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Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden)

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 19 Mai - 1:12

- Vocem. Le gamin. Shore, tu te charges de l'ahuri. Dhelm. Avec moi.

Le premier repondit d'un simple signe de tête, le second d'un signe de main. Tous deux savaient qu'Orkem n'aimait ni parler ni attendre. Il ne fallut qu'un instant pour que le dignitaire que devait rencontrer Vahlaan le lendemain se laisse convaincre de déplacer leur entrevue de 48 heures, quand a l'actuel possesseur d'Eden, il devait pour sa part rencontrer un marchand l'après-midi même, marchand qui avait malheureusement connu ce que l'on pourrait appeler couramment un "facheux incident de route", et que remplaçait désormais le garde du corps du conseiller de Sven. La négociation se ferait dans son bureau, Orkem n'avait donc plus qu'à attendre. L'idée était très simple, il lui suffirait d'un instant, un seul instant pour reprendre ce qui, d'après lui, lui revenait de droit. Dhelm était le plus fin de ses deux gardes (quoi que d'un gabarit malgré tout conséquent), mais surtout, le plus rapide, et expérimenté à des techniques de combat particulières. A l'inverse de Shore, dont la spécialité était de massacrer avec une violence inouïe tout ce qui se mettait en travers du chemin de son supérieur, Dhelm était un spécialiste du coup étourdissant. Une seule de ses frappes bien placée pouvait s'avérer redoutable. Les deux hommes allèrent se poster non loin de l'entrée du palais. Ranrek n'en saurait rien...et s'il en apprenait quoi que ce soit, il n'aurait pas le loisir de réagir : Voceml'occupait pour une paire de jours avec ses vieilleries récupérées en route.

Sous une colonnade, à l'ombre d'un pilier de marbre blanc, Orkem attendait. Dhelm, pour sa part, faisait passer le temps en discutant avec une demoiselle, son petit sourire charmeur et sa voix calme faisant leur effet. Le conseiller de Sven se surprit à penser qu'à ce rythme là, son garde-du corps allait finir par s'éclipser pour s'envoyer en l'air avant même d'avoir accompli sa mission. Alors que Dhelm se baissait pour embrasser la main de la jeune femme avec politesse, son employeur lâcha un claquement de langue sec, auquel, main droite dans le dos, le garde répondit simplement en un geste du bout de l'index et du majeur. Il avait compris, et ralentit son petit numéro de charme. Grand bien lui en prit, puisque quelques instants plus tard, un garde sur les talons, une vision angélique s'offrit aux yeux d'Orkem...Toujours aussi belle, toujours aussi radieuse, Eden sortait faire une course. Le marché était à quelques centaines de mètres a peine, il fallait agir vite.

- Magne ton cul, Dhelm, ou j'te jure que tu finis la journée oenuque..., grogna Orkem entre ses lèves en se cachant à la vue de la belle et de son garde-chiourme.

Le soldat n'était pas bête, sinon, comment aurait-il pu prétendre à entrer dans la garde rapprochée d'Orkem? Ce dernier sélectionnait lui-même se hommes, triés sur le volet parmi les meilleurs soldats, éprouvant en personne leur résistance physique et psychologique. Une fois, il avait été déçu par un de ses gardes. Une seule. Le châtiment réservé au fautif avait été exemplaire, et surtout, pas anodin. Asseoir son pouvoir sur l'armée par la terreur fonctionnait particulièrement bien. Pour cela, quoi de mieux que de sévir en faisant écarteler un enfant de huit ans ainsi que sa mère, et faire manger leurs coeurs au condamné dont les globes oculaires avaient été arrachés sans aucun soin ni ménagement, avant de l'enfermer à vie dans une cellule où les geôliers s'efforçaient de faire en sorte qu'il puisse profiter le plus longtemps possible de sa pénitence. Depuis lors, seuls les plus motivés, compétents et résistants osaient tenter de passer les épreuves qu'il leur imposait. Dhelm était de ceux-ci. Docile comme un chien fidèle, dénué de tout sentiment humain dans l'exercice de ses fonctions (du moins, quand il fallait "faire du sale"), il remplissait sa tâche avec brio depuis huit mois. Quittant sa conquête du jour à contrecœur, il fut le premier des deux hommes à emboîter le pas des deux cibles d'Orkem, que ce dernier rejoindrait deux ruelles plus loin. Torse-nu, un brassard de cuir à chaque avant-bras, son pantalon et ses chausses de cérémonie troqués pour un costume beaucoup moins voyant, de faux tatouages recouvrant les siens comme s'il s'agissait d'ornements banals et non de signes d'appartenances, et encore moins celui qui prouvait que la Flamme l'avait choisi, il était paré à la rencontre. Il partit donc sur la gauche, au lieu d'aller sur la droite comme Dhelm, le garde et sa proie, et fit le tour d'un pâté de maison. La ruelle rejoignait le chemin de l'esclave et de celui qui veillait sur elle.

~Allez, mon vieux, dès qu'ils croisent...~

Un peu à l'avance, Orkem s'adossa à une masure en arrosant ses bracelets d'alcool, un briquet dans la main droite, poignets joints. Lucrezia offrait l'avantage de ne pas loger tout le monde dans les grottes, contrairement à son pays d'origine, et par conséquent, de permettre de se reposer contre les bâtiments...Enfin, il aperçut l'uniforme du garde. Le signal d'alerte, un sifflement bref et aigu, n'echappa pas à Dhelm, qui coupait toute retraite aux fugitifs en les poussant dans la ruelle latérale ou attendant Orkem, qui alluma son briquet, faisant prendre feu à ses deux mains avant d'envoyer un coup de poing magistral dans le plexus du garde, juste sous sa cuirasse, faisant s'infiltrer les flammes entre les mailles de sa protection, décochant une droite magistrale dans la mâchoire de celui-ci avant qu'il n'aie eu le temps de tirer son arme au clair. Sonné, il fut réceptionné par le garde du corps de son agresseur, et un coup à la nuque plus tard, finit à terre, hors-course pour quelques dizaines de minutes. Bien plus de temps qu'il n'en fallait pour que son système digestif soit consumé dans sa totalité s'il n'était pas suffisamment aguerri dans la maîtrise du Feu. Orkem ne s'en préoccupait pas. Il ne fallut qu'un instant supplémentaire à Dhelm pour mettre hors-course la jeune femme. Tout s'était passé comme prévu, en une simple paire de secondes.

- Nettoie.

Pas un mot de plus ne fut nécessaire. Dhelm allait faire ce qu'il fallait pour se débarasser du corps, tandis qu'après avoir éteint ses brassards et ses mains, Orkem souleva la jeune femme comme s'il s'eut agi de sa fille. Sa barbe épaisse, ses traits fatigués le vieillissaient grandement, et il avait pris soin ce jour-là de s'enduire visage et corps de poussière. On l'aurait sans mal pris pour le père d'Eden, portant sa fille jusque chez un médecin, mais en réalité, il amenait celle-ci jusqu'à sa résidence Lucrezienne. Une cage dorée pour 48 heures seulement, mais de laquelle elle ne parlerait jamais, il saurait s'en assurer. Oh oui, ce ne serait pas un problème...Dhelm le rejoint une dizaine de minutes après, endossant bien vite un costume bien plus agréable à l'oeil, mais également un masque de cuir brun cachant totalement son visage. Il avait pour rôle de veiller sur la belle "endormie", alors qu'Orkem était parti se laver et se parer. Bientôt, elle le verrait. Dans quelques minutes seulement. Et elle n'aurait pas la moindre chance de s'enfuir.

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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 19 Mai - 1:19

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Une cage dorée pour une bien douce colombe
24, dixième lune de l'an 836 ☙ Deux jours... Leanor semblait ne pas s'en inquiéter. Elle avait bien raison d'ailleurs. Les affaires de Ranrek lui prenaient du temps, beaucoup de temps. Et j'avais l'impression qu'il récupérait les affaires que Khorde, son aîné, ne voulait pas traiter... Même si cela me déplaisait de le savoir éloigné ne serait-ce que deux jours, ça ne pouvait pas être une mauvaise chose. Les jours avançaient et je ne parvenais pas à chasser les idées qui me venaient lorsque je me trouvais seule dans une pièce avec lui. Il était loin de me laisser indifférente. Un mélange que je ne savais expliquer. Des ressentiments qui m'effrayaient tout en m'attirant. Peut-être que cette distance pourrait être un repos. Avant que je ne quitte le palais, il m'assura de faire au plus vite et qu'il allait demander qu'un garde soit ajouté à ses appartements afin de veiller officieusement sur moi. Cela ne me réjouissait pas particulièrement... Je n'aimais pas l'idée d'être suivie par quelqu'un. Mais vu mes talents pour m'attirer dans ennuis ces derniers temps, ça ne serait probablement pas un luxe... Je me contenterai de faire comme s'il n'était pas là. De toute façon, il n'avait pas l'air très loquace... Tout comme les autres gardes et de manière générale, tous les autres employés de la famille Ergorn - surtout à mon égard. Se sentir ainsi observée, jugée, je pensais pouvoir passer outre mais c'était compliqué de faire abstraction de cela lorsque les différences étaient si flagrantes... Il ne fallait pas être très observateur pour comprendre que je n'appartenais pas à leur monde. Venant d'une forêt, je n'ai pas l'attitude pédante et raffinée des autres résidents. Je n'ai pas l'obscurité de la peau de mes maîtres ni ne partage leur élément. Je n'ai rien en commun avec eux... La seule chose qui m'allait dans ce palais, c'était leur mouton noir, celui qui lui-même - bien que se fondant dans le décor - était différent des siens.

Loin d'être idiote, sous les rappels de Kara et les sous-entendus de Leanor, je savais que mes chances d'appartenir un jour à ce monde étaient proches des négatives. Cela me faisait mal, car je ne souhaitais pas voir ces barrières qui persisteraient à jamais entre Ranrek et moi. Cependant, il m'était important de garder les pieds sur terre et de me contenter d'apprécier les instants présents. Penser au futur n'allait que me faire du mal. Autant que mon passé m'en faisait. Mes premiers jours à Lucrezia avaient été difficiles, mais j'avais fini par comprendre quelque chose d'important : l'isolation ne change rien. Partager avec autrui et faire de nouvelles rencontres était un bien meilleur moyen pour pouvoir tourner la page une bonne fois pour toutes. C'est ce que je souhaitais faire. Et cela n'était pas sans se voir. Apprêtée pour la sortie au marché, je posai une main sur l'un des linges qui empêchait le miroir de la coiffeuse boisée de refléter mon visage et le fis choir. Un léger sursaut me prit. Leanor avait tendance à toujours les enlever et chaque fois, je les remettais. Mais il fallait bien que cette manie me passe. Le temps où je ne voyais que les fantômes de mon passé devait se finir. Je devais faire face à moi-même. Prenant une inspiration, je m'adressai un sourire timide. Ajustant ma tunique, prenant le panier que m'avait donné Leanor, j'étais fin prête. Mais la domestique de Ranrek apparut dans l'encadrement de la porte, m'indiquant de ne pas oublier mes chaussures. Un soupir usé. Elle savait que je détestais porter des souliers, mais c'était un accessoire obligatoire dans la capitale. Un sourire forcé, je les enfilai. « Et évite de disparaître comme la dernière fois pour pavaner avec des inconnues. » Me relevant, je fronçai les sourcils. Je lui avais expliqué que c'était la dernière fois que je pouvais voir Marigold avant son retour à Vainui. Mais elle désapprouvait totalement. Elle désapprouvait que je me dérobe à sa surveillance, que je me lie d'amitié avec des éléments différents, que je sois si proche de Ranrek... Je me demandais ce que je faisais de mal en tout ça. Mais elle devait avoir ses raisons de me reprocher ces choses.

Ranrek devait déjà être parti... ou peut-être réglait-il d'autres affaires au palais avant de le quitter. Je ne m'attardai pas. Leanor avait besoin des quelques denrées qu'elle m'avait demandé d'aller chercher. Sans me poser plus d'amples questions, je descendis des appartements et passai le parvis du palais. Même si j'étais aux côtés d'un garde du Feu, je me sentais légère et pas si oppressée par sa présence que je ne le pensais. Rayonnante comme le soleil qui nous offrait son plus beau visage, je quittai l'enceinte du palais pour me diriger vers le marché. Concentrée sur ma route plus que sur ce qui pouvait se passer, j'essayais de ne pas perdre le fil de la liste de Leanor. Nous marchâmes sans encombres, le garde dont j'ignorais même le nom, n'avait pas décroché un mot. Quand soudain, nous fûmes brutalement poussés. Il ne devait pas s'y attendre, moi non plus d'ailleurs. Je vacillai quelques instants et lâchai le panier. Alors que le garde allait dans la ruelle où nous avions été poussés, je tentai de voir qui nous avait si impunément bousculés. Ce n'était pas un simple badaud. Lorsque je me retournai, je ne vis que le feu nous atteindre. Une bourrasque dirigée vers le garde. La vue de ces flammes me fit reculer de pas non assurés. Ce qui apparut à ma vue était bien plus horrible que le feu. Plus horrible que la vue de ce garde qui allait se consumer de l'intérieur. Cette vision me tétanisa et m'empêcha de crier à l'aide. Il suffit d'un coup bien placé pour qu'un voile noir se pose sur mes yeux et me fasse perdre connaissance... Impossible... cette vision était impossible. Je n'avais pas chassé mes démons, il était revenu... s'affichait sur le visage d'autrui. Je commençais à peine à délier le feu de son souvenir grâce à Ranrek. Mais les choses n'avaient pas l'air de s'arranger comme je l'aurais espéré...

Le bruit de mes inspirations et de mes expirations se fit entendre. Il m'éloignait petit à petit des bras de Tarlyn qui avait protégé mon somme en éloignant mes cauchemars, et sur le passage mes rêves. Il me coûtait de chercher à renouer les événements, ça m'était même impossible. Que faisais-je allongée sur un lit ? Étais-je revenue au palais ? Doucement, je portai ma main à ma tête que j'avais douloureuse. Les odeurs, les bruits, je n'étais pas au palais... ou pas dans les appartements de Ranrek. L'un après l'autre, mes yeux s'ouvrirent. Je n'étais pas au palais. Mon rythme cardiaque s'accélérait à la stupeur qui m'éprenait. Sans ménagement, je me redressai sur la couche. Un homme se dressait devant moi et me décrocha un gémissement de frayeur. Il semblait bien vêtu et portait un masque de cuir. « Qui êtes-vous ? » Un souvenir me revint comme un éclat. Le marché. La rue. Le garde. L'importun. Le garde au sol, le feu... « Où suis-je ? » Repris-je, inquiète et angoissée. Il ne me répondait pas. Cela ne faisait qu'ajouter à mes craintes. Je chassai de ma tête toutes les hypothèses qui justifierait cette agression. Il n'y en avait aucune de bonne. Si ce n'est l'argent... J'ai vu comment les gens à la capitale aimaient l'argent : les pièces d'or, d'argent et de cuivre. Ils aiment ces pièces clinquantes et sont prêts à beaucoup pour en obtenir le plus possible. Comme s'il les leur fallait toutes ! « Je n'ai pas d'argent à vous donner, seulement la bourse qui était dans mon panier, je n'ai rien d'autre. Laissez-moi partir s'il vous plaît. » Demandai-je sans conviction que cela puisse suffire. On n'attaquait pas les gens au hasard dans une foule...

L'homme au masque restait impassible. Était-il seulement en vie ? Je me levai subitement et tentai d'atteindre la porte qui s'opposait au lit sur lequel j'étais installée. Sans surprise, il m'en empêcha, m'étreignant un bras, puis l'autre alors que je tentais de me défaire de cette emprise. « Lâchez-m... » Criai-je avant qu'il ne me ferme la bouche d'une main, me libérant un bras dont je me servis pour tenter d'attraper un objet, n'importe lequel pourvut qu'il soit contondant. Il me faisait reculer et nous fûmes arrêtés par un mur. Malgré sa main, j'essayais de crier mais il m'était impossible de me faire entendre. En usant de son étreinte sur mon autre bras, il me lança violemment sur le lit. Posté devant moi, il dégaina une petite lame et me pointa avec. Je reprenais ma respiration, dépassée par les événements. Il ne me laisserait pas partir facilement. Il me fallait pourtant trouver un moyen de me sortir d'ici. « Que voulez-vous ? Qu'escomptez-vous obtenir ? » Cela pouvait avoir avec Ranrek et mon rapprochement avec le palais du Feu... Une jeune femme dont on n'attestait même pas l'élément, une exempte à leurs yeux, cela devait embêter plus d'une personne. En priorité les représentants eux-mêmes. Ranrek m'avait toujours assuré que dans ses appartements, j'étais en sécurité. Pensait-il possible que les siennes en viennent à me faire disparaître de la sorte ? En m'enlevant et m’emmenant loin ? Cela ne tenait pas la route. Ils auraient pu me tuer à la place du garde. Et pourquoi tuer le garde ? Ne pas savoir me frustrait. J'ai toujours pensé qu'ignorer ce qui nous arrivait pouvait nous aider à oublier, mais je savais d'expérience que c'était faux. Qu'au contraire, on maintient en vie bien plus férocement ce que l'on n'a pas pris le temps de connaître car on cherche le pourquoi, on cherche la raison. Je cherchais inconsciemment la raison pour laquelle ces marques se lisaient sur ma peau. C'est ce qui me coûtait insomnies et cauchemar... Or le cauchemar, j'allais le vivre...

La porte s'ouvrit sur un second homme, mais pas des moindres... Ces yeux perçants, cette posture... Il était revenue... C'était impossible... Mon visage sembla se décomposer alors que tout ce qui s'était construit autour de moi paraissait s'étioler. Le souffle coupé, je ne parvenais même pas à ciller. Pétrifiée par sa vision, mon esprit et toutes mes facultés autant intellectuelles que physiques avaient déposé les armes. J'ignorais son nom, son statut, ses intentions. Pourtant, je me souviens de son souffle heurtant le creux de mon cou, sa pilosité se plier contre ma peau, ses mains chaudes parcourir les courbes de mon corps. Je me souvenais du son de sa voix, de la force de ses poignets et de la douleur du feu qu'il maîtrisait. Je revenais cinq ans en arrière dans ce cauchemar qui avait détruit ma personne, détruit ma vie. Je revenais en arrière, bien avant Ranrek. Avant la jungle, avant Razaël... Ma gorge me parût sèche au souvenir même de la savane Seznienne où j'avais pris la fuite. Mes poings se serrèrent alors que j'avais cette impression d'être acculée dans cette vielle cabane où il m'avait tenue captive si longtemps. Il m'avait tant fallu lutter pour venir à bout du spectre de ces souvenirs qu'il m'était encore plus douloureux et éprouvant de voir la plaie s'ouvrir à nouveau... Muette, immobile, je savais que sa proximité, un simple touché suffirait à me faire tressaillir et tenter quelque chose de stupide. Je ne voulais pas revivre cet enfer. Je ne voulais pas ressentir à nouveau le feu me brûler. Je ne voulais pas à nouveau le sentir me posséder. Si seulement je parvenais à fermer les yeux et à les rouvrir pour quitter ce cauchemar !

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 19 Mai - 1:49


Un khepesh à la ceinture, sa tenue d'officiel du gouvernement Sezni endossée, quelques ornements d'or autour du cou et une chevaliere au majeur gauche, voilà comment, propre comme un sou neuf, Orkem se présenta à sa captive. Ses yeux brillaient à la fois de plaisir, de désir et de cruauté, un cocktail aussi dangereux et imprévisible que l'élément qu'il manipulait. Droit et fier, un léger sourire sur le visage, il servir deux verres d'eau, dont un qu'il posa sur la table de nuit, à côté du lit luxueux sur lequel reposait le séant d'Eden. Il congédia Dhelm d'un revers de main. Le garde se posta donc devant la porte, qu'il referma soigneusement.

Les barreaux aux fenêtres n'étaient pas seulement là pour la décoration, c'était un fait indubitable à en juger par la torsade et la facture de la fonte qui les composait : même en concentrant la flamme la plus chaude qu'il puisse produire de l'un d'eux, Orkem aurait été dans la plus totale incapacité d'en abimer un. Il s'assit calmement face à la jeune femme, détaillant son corps avec la plus grande attention dans un mutisme parfait qui laissait planer sur la pièce un froid silence parmi les plus angoissants. Il but une gorgée à son verre, le gardant à la main, tout en croisant les jambes, toujours aussi détendu.

- L'argent...Penses tu réellement que ce soit ce qui me motive, Eden? Regarde autour de toi. Ai-je vraiment l'air sans-le-sou au point de capturer une esclave avec un pécule à peine bon à payer un seul de ces oreillers?

Le moindre de ses mots franchissait ses lèvres comme une rivière calme entre deux rochers, dont l'eau glacée semblait tétaniser l'objet de ses convoitises. Le silence revint sur la pièce, la question était rhétorique, et quoi qu'elle fut jeune, Eden n'etait pas débile. Elle savait que face à lui, l'expérience le lui avait appris, le silence et la soumission étaient les deux seules réponses tolérées. Une nouvelle gorgée d'eau vint rafraîchir sa gorge alors que sa main droite venait lentement jouer avec sa barbe soignée. Il n'avait que quarante-huit heures, et comptait bien profiter de chaque seconde. Qu'il aimait cette sensation grisante, puissante, ce sentiment qui prenait aux tripes, l'excitation du chasseur devant sa proie acculée...Elle lui appartiendrait, c'était une certitude. S'il avait essayé de l'y forcer sans grand succès, il avait cette fois-ci, et ce depuis leur dernière rencontre, préparé avec soin tout un panel d'autres stratégies. Il ne l'avait pas touchée et ne comptait pas le faire. C'était la première partie des mâchoires de son piège. Et plus elle s'agiterait, plus elle s'y empêtrerait. Il était une heure de l'après-midi, environ, et il savait que Ranrek, à la même heure, deux jours plus tard, donnerait une ultime poignée de main à Meh'lir pour conclure un accord de vente qu'il n'aurait jamais l'occasion d'effectuer avec la personne qu'il attendait réellement. Le silence était retombé, pesant, et il modulait sa respiration pour ne pas faire le moindre bruit. Eden devait pouvoir entendre les battements de son propre coeur. Les secondes s'égrainaient, un peu plus à chaque instant, mais même un sablier aurait suspendu son cours pour respecter le religieux silence qui régnait sur la pièce. Orkem restait immobile, parfaitement immobile, il n'était plus qu'un simple élément du décor. Eden n'etait pas face à lui. Elle était face à elle-même. Face à ses peurs, face à sa propre vie, face à sa propre mort. Il savourait cet instant clé le plus délicat des mets, mais c'était bien elle qu'il allait dévorer, comme son brasier intérieur le dévorait lui-même. Une fois de plus, sa voix grave et calme rompit le silence avec une lenteur toute mesurée.

- Dhelm. Amène nous de quoi nous restaurer. Et lorsque Shore sera de retour, prenez votre poste tous les deux... declara-t-il calmement avant de se redresser un peu dans son fauteuil, face a Eden. Pardonne mes manières quelque peu cavalières... Je brûlais d'impatience de te retrouver. Et voilà chose faite...Laisse-moi te proposer un marché, mais sois sûre de ta réponse, je ne te ferais pas cette offre deux fois. Si tu te tiens tranquille durant quarante-huit heures et ne cherches pas à quitter les lieux , tu pourras circuler librement dans ce bâtiment, si l'on exclut la salle de banquet, et je ne te ferais aucun mal, absolument aucun, et mes hommes non plus. De plus...À l'issue de ces quarante-huit heures, tu seras libre de partir. Transige ces conditions, et ce statut d'invitée sera remplacé par celui d'esclave. Je ne te demande même pas ton obéissance totale, je te demande seulement deux choses. Ne pas chercher à t'enfuir et rester docile. Prends le temps de réfléchir.

Il termina son verre et le posa sur la table en bois d'If, assez grande pour accueillir quatre convives, qui trônait derrière lui. Le silence planait de nouveau, comme un oiseau de proie au dessus de son terrain de chasse, et il s'en ravissait bien plus que de raison. Il devait maîtriser ses pulsions, c'était la une certitude. Dhelm revint pendant ce silence. Si Eden voulait accéder à la porte, il lui faudrait contourner Orkem assez largement pour qu'il ne puisse l'attraper, mais également esquiver Dhelm, avant, comme en témoignaient les bruits de pas dans le couloir, de se soustraire à la massive étreinte de Shore. Impossible pour une simple esclave. Sur un plateau d'argent, deux fourchettes, un couteau, deux assiettes de porcelaine et une soupière d'argent d'où dépassait la hampe d'une louche côtoyaient une carafe de vin épicé et deux verres issus du même service en cristal ciselé. Le garde les posa sur la table, rallumant d'un geste de la main la cire sous la soupière close pour réchauffer son contenu. Un danger de plus pour Eden. Orkem changea de siège pour s'installer à la présidence de la table. Dhelm commençait à repartir vers le couloir quand son supérieur l'interpella.

- Nous sommes deux à manger. Ton couteau, Dhelm.

L'homme s'exécuta sans un mot de plus, tendant son couteau personnel à Orkem, qui s'en saisit et l'ouvrit en posant celui en argent à côté de l'assiette prévue pour Eden. Cette fois ci, le garde sortit, refermant de nouveau la porte. Soupirant doucement, Orkem posa son regard sur Eden. Invitée ou friandise, il ne tenait qu'à elle de choisir le rôle qu'elle endosserait deux jours durant.

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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 19 Mai - 2:34

Orkem Vahlaan
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Eden'el Lumnar


Une cage dorée pour une bien douce colombe
L'encadrement de la porte semblait ne pas parvenir à le laisser entrer. Accompagné d'un cortège où mes souvenirs et mes démons valsaient sans relâche depuis toutes ces années, je peinais à le croire réel. Et pourtant. Ma respiration se fit haletante, mon expression mêlait la crainte à la tristesse. Il me faisait l'effet d'être une malédiction obstinée à revenir me hanter à chaque jour où je commence à regagner l'espoir de retrouver une vie normale. Après cette fuite de la cérémonie. Après cette captivité qui m'avait littéralement brisée, autant physiquement que mentalement. Il était l'incarnation du mal. J'ignorais s'il avait ne serait-ce qu'un soupçon d'empathie. Mais chaque parcelle de mon corps s'éprenait de frissons glaçants comme si elles se souvenaient du mal qu'il avait fait. Des marques qu'il avait laissées sur ma peau comme signe de sa propriété. Je ne lui appartenais pas. Avoir brûlé ma marque ne suffisait d'ailleurs guère à me faire sienne. Bénie par la Terre, je méritais le respect même des personnes de son rang. Il n'avait pas à me traiter ainsi. Mais malheureusement, jamais je n'étais parvenue à trouver un maître capable de m'aider à faire progresser mon pouvoir, grandir ma marque. Aux pas qu'il faisait, s'avançant afin de poser le verre sur la table de chevet, mon regard se remplissait d'une rage que je ne me connaissais pas. J'en avais ressenti de la colère, de la haine, de la frustration et des désirs de le voir souffrir comme il m'avait fait souffrir. Cela ne me ressemblait pas... c'était l'antonyme de ma personne à son paroxysme. Et pourtant... Pourtant il m'avait fait connaître ces sentiments négatifs et nocifs. Cette aversion qui m'avait rongée et me causait encore bien du mal.

Installé sur un fauteuil disposé face à moi, il me détaillait. Maintenir son regard m'était impossible... Ses yeux suffisaient à me donner l'impression qu'il me voyait à nu. Cela me dégoûtait... Cette déviance qui paraissait s'emparer de lui, le posséder, j'avais tenté de nombreuses fois de la mettre sur le coup de son éducation, de sa culture Seznienne. Je m'étais alors toujours méfiée des Feu, autant que je crains le feu depuis que ma sœur aînée y a laissé sa vie. Et malgré leur sévérité, leur manque d'empathie, je n'ai jamais vu aucun Feu avec cette même lueur dans le regard. Avec cette même perversion de l'âme. Détester un peuple, sa culture, était bien plus aisé que de se dire que tout ce que l'on ressent de mauvais ne provient en fait que d'une personne. On ne peut lutter seul contre un peuple. Pourtant, on peut se mesurer à un homme. Je n'étais pas dupe au point de vouloir m'en prendre directement à lui, mais d'autres pourraient le faire tomber pour moi. D'autres pourraient peut-être venir à bout de lui. Mais ce n'était pas la solution que je souhaitais. Je ne voulais pas devenir ce genre de personne. Il m'était impossible de souhaiter la mort de quelqu'un, quand bien même il puisse s'agir de ce monstre. J'avais beau vouloir qu'il paye pour les atrocités qu'il a commises, jamais je ne pourrais prendre la place de son juge ni de son bourreau. Il y a cependant des nuits où j'ai rêvé à lui faire du mal... Mais déchaîner ma colère sur lui était vain. On ne peut défaire ce qui a été fait. Le faire souffrir physiquement n'effacerait pas les souffrances que j'ai endurées. Lui ôter la vie n'enlèverait pas ce voile d'ombre qu'il a déposé sur mon passé. Cela n'effacera jamais les marques qu'il a laissées...

Sa simple présence m'oppressait. Il m'était impossible de réfléchir à comment me sortir de là, ni même à comment réagir face à lui. Comme si mon esprit s'était totalement fermé. Je baissai mon regard dont la noirceur - qui ne lui seyait guère - s'était évaporée. Portant mon attention sur le verre posé, je m'imaginais le saisir et lui envoyer en plein visage. « L'argent... Penses-tu réellement que ce soit ce qui me motive, Eden ? » Demanda-t-il en ouvrant les hostilités. Eden... Je n'avais pas le souvenir de lui avoir laissé savoir quoi que ce soit concernant mon identité. Mais après tout, si j'étais ici à présent, c'est que se renseigner sur moi n'a pas dû être si difficile. Les lèvres serrées, le regard encore perdu vers ses yeux, je restai silencieuse. « Regarde autour de toi. Ai-je vraiment l'air sans-le-sou au point de capturer une esclave avec un pécule à peine bon à payer un seul de ces oreillers ? » Son statut était bien plus explicité en ces lieux qu'auparavant. Même si sa tenue trahissait déjà un rang particulièrement élevé dans la société Seznienne. Mais des nobles, il devait y en avoir beaucoup. Surtout qui voyageaient à Lucrezia. Cela n'aurait mené à rien si j'avais tenté d'effectuer la moindre recherche sur lui. J'avais renoncé à savoir. Je ne souhaitais qu'une chose : ne plus avoir affaire à lui. Mais il démontrait aujourd'hui sa résignation. Il n'avait pas abandonné. Cet attachement me dépassait totalement. S'il était parvenu à m'attraper, il aurait très bien pu jeter son dévolu sur une autre. Pourquoi tant d'acharnement ? Surtout après toutes ces années.. Il ne devait pourtant pas avoir de mal à se trouver des distractions auprès de la gent féminine Seznienne... Bien sûr qu'il ne manquait pas d'argent... Pourtant, ça aurait été bien plus simple si ça avait été le cas.

L'atmosphère était lourde, si lourde que je crus sentir son poids peser sur mes épaules, sur ma tête. Tout mon corps semblait lourd. Oser bouger ne serait-ce que le petit doigt me paraissait impossible. La raison qui l'emportait sûrement... Je n'avais pas plus d'armes à user envers lui que je n'en n'avais eu la dernière fois. Les épreuves m'avaient, certes, endurcie, mais guère plus armée. Attendre le bon moment. Peut-être dans une heure. Peut-être ce soir. Leanor pourrait s'inquiéter de mon absence, non ? La dernière fois je lui avais faussé compagnie au marché et n'étais rentrée que le soir. Je lui avais assuré que cela ne se reproduirait plus jamais ; elle penserait sûrement que je n'ai pas tenu parole et ne s'inquiétera pas plus que cela de mon absence... Et Ranrek... Il ne revient que dans deux jours. Deux jours... Lui saura que ce n'est pas normal ! Mais rien n'allait le faire revenir plus tôt et j'ignorais même si j'allais survivre à cette journée. Comment son garde pouvait contribuer à ces ignominies ? Comment pouvait-il le laisser s'en prendre à moi ? Son masque de cuir semblait parler pour lui : il n'était qu'un pion. Un pantin de ce magnat qui m'avait prise pour cible. Le silence laissait une empreinte amère où il me toisait du regard. Comme une araignée satisfaite de voir que son repas s'est enfin empêtré dans sa toile. Me débattre ne servirait qu'à plus me paralyser. Je restais aussi muette et immobile. Attendant de trouver une opportunité, une étincelle d'idée qui me sauverait de ses griffes acérées prêtes à me déchiqueter. C'était injuste. Si injuste que je ne pouvais que me résoudre à penser que la folie l'avait atteinte et que par malchance, j'attisais le foyer de ce mal sommeillant en lui.

Chercher à savoir ce qu'il escomptait faire était peine perdue. Personne ne pouvait rendre une âme aussi perdue prévisible. On ne pouvait lire en lui sans se brûler les pupilles. Le ton de sa voix était placide et cordial. Une contradiction avec les gestes qu'il est capable de poser. Avec l'agressivité et toute la brutalité dont il est capable. Cela ne le rendait que plus odieux à mes yeux. « Dhelm. Amène-nous de quoi nous restaurer. Et lorsque Shore sera de retour, prenez votre poste tous les deux... » Il se redressa après avoir donné ses directives. « Pardonne mes manières quelque peu cavalières... Je brûlais d'impatience de te retrouver. Et voilà chose faite... » Un frisson désagréable me traversa à son insistance sur le mot "brûlais"... Mes sourcils se froncèrent alors que mes yeux se plissaient, j'étais morte de peur à l'idée qu'il ait pu penser pendant toutes ces années aux atrocités qu'il pourrait alors me faire subir s'il parvenait à me retrouver un jour. « Laisse-moi te proposer un marché, mais sois sûre de ta réponse, je ne te ferais pas cette offre deux fois. Si tu te tiens tranquille durant quarante-huit heures et ne cherches pas à quitter les lieux, tu pourras circuler librement dans ce bâtiment, si l'on exclut la salle de banquet, et je ne te ferais aucun mal, absolument aucun, et mes hommes non plus. De plus... À l'issue de ces quarante-huit heures, tu seras libre de partir. Transige ces conditions, et ce statut d'invitée sera remplacé par celui d'esclave. Je ne te demande même pas ton obéissance totale, je te demande seulement deux choses. Ne pas chercher à t'enfuir et rester docile. Prends le temps de réfléchir. » Voilà qui m'assurait de ne pas m'être trompée sur un point : les sociopathes dans son genre sont imprévisibles. Est-ce que cela le rendait, paradoxalement, prévisible ? Certainement pas. Mais au moins, je m'attendais à tout.

Sa manœuvre me paraissait dénuée de sens... Pourquoi me garder deux jours ? Qu'avait-il à gagner à cela ? S'il ne souhaitait pas me faire de mal ou en finir avec moi, pourquoi s'encombrer de ma présence ? Pourquoi prendre le risque que j'accepte puis trahisse sa confiance une nouvelle fois et parvienne à m'évader ? Si je mettais un seul pied dehors, alors je pourrais retrouver Ranrek ou ses gens et il serait sûrement traqué. Cet homme avait beau sembler avoir de l'argent et une place de choix en Sezni, je l'imaginais mal dépasser l'autorité d'un fils du représentant de son peuple. Quelque chose sonnait faux. Il y avait anguille sous roche et ne pas savoir me laissait perplexe. Pouvait-il avoir fait tout cela pour espérer se repentir ? Non, c'est impensable. Ou alors il est bien plus inapte socialement que je ne pouvais le suggérer ! Après son laïus, le silence de mort qui nous liait repris sa place tel un hôte qui semblait se délecter de l'absurdité de nos retrouvailles. Son jouet, Dhelm, s'approchait de la pièce. À l'affût de mes sens, je décelai sa présence près de nous avant que l'on entende ses pas. Il passa la porte et je perçus la présence du dénommé Shore. Il me serait impossible de fuir. Ni par les portes, ni par la fenêtre qui était tristement ornée de barreaux habilement travaillés. La demeure devait avoir une fière allure vu de l'extérieur. Ce devait être un minimum requis pour cacher le mal qu'elle abritait... Il s'installa au bout de la table après avoir ravivé de quoi réchauffer les plats. Il retient son garde qui entreprenait de prendre congé. « Nous sommes deux à manger. Ton couteau, Dhelm. » Sa voix aurait pu avoir un quelque chose de reposant et d'apaisant. Grave et calme. Son élocution témoignait d'un milieu aisé. Je détournai mes yeux des siens lorsque son regard se posa à nouveau sur moi. Le larbin était parti.

De gestes lents, je me résignai à prendre le verre d'eau posé à côté de moi pour en boire quelques petites gorgées. Je le reposai délicatement. Hésitante, je me levai et fis quelques pas vers la table où s'était installé mon ravisseur. Luttant pour garder courage, je sentais toutefois mes mains et mes lèvres trembloter. « J-je ne crois pas que vous soyez sujet à des troubles de la mémoire... et ce n'est pas non plus mon cas. Le mal, vous me l'avez déjà fait, si bien que seule votre présence suffit à raviver les souffrances que vous m'avez infligées. » Au fur et à mesure que les mots défilaient, ma voix prenait une assurance presque malsaine. Comme si les mots pouvaient traduire ce qu'il m'avait fait... Ce qui était impossible. Je m'avançai de quelques pas de plus, atteignant une chaise. Je posai ma main dessus, sans lâcher mon tortionnaire du regard. « Il m'est difficile de concevoir que vous ayez attendu tout ce temps avant de me retrouver pour vous contenter de ma seule présence pendant quarante-huit heures. Quand bien même, vous vous doutez que je ne me suis pas installée à Lucrezia par simple envie. Des personnes sont sûrement déjà à ma recherche et à celle du garde que vous avez tué pour me ramener dans votre prison dorée. » Cela n'était qu'un tissu de mensonges... Personne ne me cherchait. Personne ne me chercherait jusqu'au retour de Ranrek. Mon absence était sûrement appréciée au palais. L'outrage de ma présence devait redonner sa normalité aux appartements du fils du grand Karam Ergorn. Je laissai glisser ma main du dossier, me risquant à m'approcher d'un pas de plus vers lui. Les couteaux ne me seraient d'aucune utilité. S'il y avait un moyen de sortir d'ici, ça ne serait que par la ruse. Loin d'avoir de bons réflexes ni le moindre entraînement et ne dépassant pas les un mètre soixante-cinq, il me contrerait avant même que je ne puisse agir...

À mesure que je m'avançais, ma respiration se faisait plus rapide, mon regard plus insistant mais aussi bien moins convaincu... Je voulais qu'il comprenne que je n'étais plus la jeune fille de quinze ans qu'il avait réduit à l'état d'objet. Je ne me laisserai pas avoir. Pas cette fois. En tout cas... pas si facilement... J'essayais plus de m'en persuader qu'autre chose... « Si vous me laissez partir dans les prochaines minutes, je vous assure que jamais je ne raconterai quoi que ce soit de ce qui s'est passé. Je ne connais rien de vous et cette maison doit sûrement ressembler à d'autres villas de Lucrezia. Je n'ai rien pour vous nuire. Alors laissez-moi simplement partir et oubliez jusqu'à mon existence. » Ma voix fluette avait un ton sec que je ne lui connaissais pas. Loin d'être une habituée des mensonges et de la manipulation, j'ignorais si ma voix avait l'effet escompté, sonnait comme une mélopée divertissante ou comme une parfaite ridiculisation de ma personne. Les mots étaient mon seul échappatoire... Ma seule façon d'espérer trouver un moyen de me défaire de lui. Je ne l'implorais pas, le passé me rappelait qu'il n'avait aucune pitié pour ceux qu'il torturait. Même s'il n'avait pas encore revêtit le masque traduisant toute la cruauté dont il était capable, je me souvenais également de sa notion du bien et du mal. Si je me laissais faire, il ne me ferait pas de mal. Si je le laissais faire ce qu'il voulait de moi, sans me débattre, il ne me ferait pas de mal. Or tout ce qu'il tentait à mon égard était du mal. Ses mains posées sur moi, glissant dans mes cheveux, épousant mes formes et son regard se délectant de ma détresse... J'avais envie d'exploser. De prendre une de ces chaises et de lui envoyer en pleine face. Mais je n'en fis rien. En fait, je me posai seulement sur le siège et mis mes coudes sur la table. Mes mains soutenant ma tête. Je ne voulais pas revivre ça. C'est impossible que les dieux le laissent s'en prendre à moi à nouveau... N'avais-je pas assez donné ? Il avait pris bien plus que mon innocence, il avait déjà commencé à prendre mon âme...

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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Mer 24 Mai - 12:54

Orkem éclata d'un rire franc, cristallin. Elle le menaçait ? Avait-elle..Non, elle n'avait aucune fichue idée de qui il était, et il pourrait très bien se dévoiler qu'elle n'aurait pas plus d'armes contre lui. Il attendait précisément qu'elle cherche un élément auquel se rattacher. L'endroit n'était pas des plus désagréables à vivre, loin s'en fallait, la moitié de la population de Lucrezia aurait tué père et mère pour s'octroyer le luxe d'une telle chambre, alors d'un palais entier...Il sembla oublier le linge habituellement employé pour soulever un couvercle chaud, linge dont l'utilité était inexistante pour toute personne choisie par le Feu, et servit calmement Eden d'une portion largement suffisante pour rassasier une demoiselle de son gabarit. Le plat, qu'il affectionnait particulièrement, avait été créé dans une des provinces de Sezni parmi les moins arides. Celui-ci consistait en un plat de viande rouge grillée pour être saignante, puis ajoutée à un potage légèrement acidulé et épicé dans laquelle elle mijotait doucement pendant de longues heures pour garder la quasi-crudité du cœur des larges morceaux (en l’occurrence, de bœuf) tout en l'attendrissant encore. Il se servit également, et se servit du couteau de Dhelm pour attaquer le premier morceau de viande, tandis que celui-ci revenait chargé d'une corbeille à pain en contenant trois sortes, la déposa sur la table, et repartit de son pas militaire à peine caché. Lui comme Shore avaient pour ordre de ne blesser en aucun cas la jeune femme, et de se débrouiller pour la retenir sans lui causer de blessures si elle venait à tenter de s'enfuir. Retournant à côté de son collègue en fermant pour la troisième fois la porte, il n'en bougea plus, et Orkem reprit la parole pour répondre aux diverses suppositions de son invitée-captive.

- Je vais reprendre depuis le début. Personne ne se préoccupera de ce garde, sache-le, ce n'était qu'un dommage collatéral. Il avait la main au fourreau, je ne pouvais pas lui laisser le temps de tirer son arme au clair, c'est malheureux, mais c'est ainsi. Quand à toi...je te l'ai dit, il y a cinq ans, c'est même la seconde phrase que je t'aie adressé : je n'ai aucune intention de te faire du mal tant que tu te plies à ma volonté.

Il prit le temps de savourer le morceau de viande qu'il amena à ses lèvres de la pointe du couteau, comme il était de coutume de le faire à Sezni, ou, contrairement à Lucrezia, l'usage de la fourchette était jugé inutile. Le jus de la viande, le goût de la sauce dans laquelle elle avait longuement cuit, jusqu'au dosage des épices, tout était absolument parfait. Il nota dans un coin de sa tête d'allouer une petite prime à son cuisinier sur place et reprit sa mastication lente, laissant une fois de plus ce pesant silence s'installer entre eux. De sa main libre, il leur servit à chacun un verre de vin rouge sang, et porta le sien à ses narines. Il avait bien fait de ne pas lésiner sur le personnel. Capiteux, laissant un léger dépôt huileux sur le cristal, le liquide aux notes de mûre était parfaitement adapté au plat. ~Ca la changera de la viande séchée de la dernière fois~, songea-t-il avec un fin sourire. Une fois sa bouchée de viande terminée, il en avala une petite gorgée, calmement, avec toujours cette mesure, ce calme qui régnait depuis le début de son entrevue avec ce petit brin de jeune femme. Sa voix, à nouveau, brisa le silence avec une douceur qui contrastait avec l'être que tous connaissaient.

- Cette maison est difficilement imitable, puisque mes armoiries sont gravées au dessus de la porte d'entrée. Permets-moi d'être un peu plus avenant que lors de notre dernière rencontre : je suis Orkem Vahlaan. Conseiller politique et militaire de Sven Ramose, et son émissaire direct auprès de la famille Ergorn. Karam est un vieil ami, et il ne serait sûrement pas content d'apprendre que son fils cadet s'acoquine avec une esclave...J'ai toutes les possibilités du monde pour te reprendre à ce pauvre petit Ranrek sans même avoir à bouger de mon siège...Et il se trouve, par le plus grand des hasards, qu'il négocie actuellement avec mon bras droit, et ce, pour deux jours, dans un endroit convenu il y a quelques semaines, entre lui et un marchand qui sera malheureusement retenu durant quelques siècles sous les sables du désert. Un de nos oiseaux saurait rallier en une petite heure leur point de rendez-vous, avec à la patte un message qui pourrait bien causer un fâcheux accident à notre connaissance commune sans que jamais personne n'aie la preuve que ce soit autre chose...et si d'aventure tu parlais de cela à qui que ce soit, penses-tu vraiment que ta parole prévaudrait contre la mienne ? Sois raisonnable, mon enfant, je ne te demande que quarante-huit heures de ton temps, ou tu ne seras pas une esclave, mais mon invitée. J'apprécie ta compagnie, et je l'apprécierais d'autant plus si tu ne me forçais pas à mettre à exécution des menaces que je préférerais ne pas avoir à proférer.

Orkem continua à manger calmement. Son regard s'était fait moins inquisiteur, il s'interdisait de baisser les yeux plus bas que la base du cou d'Eden (a moins qu'il ne regardât sa propre assiette, son verre, ou n'attrappe un morceau de pain, ce qu'il fit d'ailleurs toujours aussi calmement). Il termina son verre et se resservit, attendant qu'Eden aie terminé le sien pour faire de même. Il n'y avait pas, dans cette carafe entière, de quoi rendre ivre un gaillard de son gabarit, alors en buvant a deux, ni lui ni elle ne risquaient de subir le contrecoup de l'alcool. Il s'accommodait fort bien de se repas en la compagnie de celle qu'il traquait depuis si longtemps, et rien ni personne ne pourrait l'empêcher, quand et où que ce soit, de reprendre possession de ce qu'il souhaitait. Or il ne voulait qu'elle. Toutes les richesses de Lucrezia n'auraient suffi à peser suffisamment lourd dans la balance pour contrebalancer l'influence qu'elle avait sur lui. Elle devait lui appartenir, et elle lui appartiendrait.


- Je suis homme de parole, Eden, et tu n'as pas à craindre de moi que je transgresse la moindre de mes promesses : ce n'est jamais arrivé et cela n'arrivera jamais. Je pourrais t'appâter par de beaux mots, de belles promesses, et j'aurais sans aucun doute les moyens de les réaliser. D'aucuns disent même que mon influence pourrait faire revenir un mort à la vie, mais j'ai malheureusement plus souvent l'occasion d'envoyer des vivants à la mort...cela dit, je devrais essayer, un jour, ce pourrait être enrichissant. Mais trêve de plaisanteries macabres, nous ne sommes là ni l'un ni l'autre pour parler de notre actuel vis à vis. D'ailleurs, j'en aurais sans doute plus à t'apprendre sur toi-même que tu ne saurais m'en dire. Mais même si tu n'as rien pour me nuire, et rassure-toi, tu n'en auras pas plus dans deux jours, j'ai bien l'intention de les passer en ta compagnie. J'étais furieux, il y a cinq ans, et si le brasier de rage qui me consumait ne s'est pas éteint, j'ai appris à le tempérer. Tant que tu respectes ta part du marché que je t'ai exposé tout à l'heure, tu es mon invitée, et tu seras traitée ici comme telle. Tu es...fascinante. Suffisamment pour que cinq ans à ressasser les événements du passé me donnent envie de passer deux jours en ta compagnie, si possible dans la plus totale cordialité. Monstre, abomination, tortionnaire, appelle-moi comme tu le voudras, juge-moi à ton gré, peu me chaut, et si tu as aussi bonne mémoire que moi, ce serait même assez justifié. Mais ce n'est pas le rôle que j'endosserais si tu acceptes la proposition que je t'ai faite. « Geôlier » serait à la limite un terme plus juste, mais si je te faisais visiter le sous-sol de cette demeure, tu comprendrais que tu es tout de même mieux lotie ici que dans les plombs de l'étage inférieur. Cette chambre est tienne. Même passé le délai de ta présence ici, tu y seras toujours la bienvenue, et n'y seras pas dérangée par d'autre que moi si tu ne le souhaites pas...et tu serais surprise de savoir que même moi, je pourrais te laisser tranquille si tu veux un peu de repos ! Lorsque nous aurons fini de manger, j'irais à mes quartiers, si tu me cherches. Le cas échéant...les tiens sont ici, et tu peux circuler librement dans ce bâtiment. Mais je radote, et la viande refroidit!

Il se resservit tranquillement, ainsi que de vin, finissant son verre au gré des silences de son laïus, et proposa à la jeune femme de la resservir également de l'un et de l'autre. Il plaçait soigneusement chacun de ses mots, prenait son temps. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui fasse confiance, et quand bien même elle respecterait les termes de ce petit contrat (impliquant qu'il les respecterait également), elle repartirait sûrement au pas de course se blottir dans les bras de son propriétaire. Cette idée lui fit froncer le nez, un fugitif instant seulement. Ce petit con ne payait rien pour attendre, et Orkem était patient. Très patient. Et consciencieux. Très consciencieux. Meh'lir mettait une autre partie du jeu en place, chaque seconde le rapprochait de son but, et il le savait, il le sentait. Il n'y avait pas que la viande qu'il savourait, et s'il eut aimé se nourrir de ce petit cou gracile et de ce corps chaud et étroit qu'il avait tant apprécié par le passé, il se contenterait du plaisir des yeux et du visage de son invitée. Elle tenterait sûrement de jouer le jeu, ou à l'inverse, de le faire sortir de ses gonds, mais il avait déjà envisagé l'un et l'autre, et s'était préparé aux deux possibilités, tout comme à un juste milieu. Elle était loin, très loin d'être sotte, mais il n'était pas non plus ni dupe ni débile, loin s'en fallait ! Il avait la prestance d'un prince, l'influence d'un roi, la fortune d'un empereur et le verbe d'un tribun. Il avait la force d'un lion, la patience d'un vautour, et la rage d'un dragon. Rien ne pourrait arrêter la machine infernale qu'il avait mise en route, peu importe qu'entre les engrenages, un grain de sable ou la totalité du désert viennent tenter d'en ralentir le mouvement : elle serait à lui. De complexes schémas de réflexion naissaient à chaque instant de ce repas dans son cerveau, ses pensées étaient en ébullition, et, il fallait le dire, son cœur battait à tout rompre, malgré le calme qu'il affichait avec un impressionnant contrôle de son corps et de ses émotions. Il ne maîtrisait pas que le feu. Il se maîtrisait aussi à la perfection.

Bien sûr, comme elle l'avait sans doute pensé durant la longue et infructueuse attente de réponses que la totalité de son corps avait trahi, des gestes parasites aux signes respiratoires, il avait eu des conquêtes nombreuses durant son existence, et malgré son âge, pouvait encore prétendre à séduire des femmes plus jeunes qu'Eden, plus vives, peut-être. Mais il ne voulait qu'elle, et aucune autre. Il était obsédé par sa voix, par son regard, par sa manière de bouger. Par la douceur de sa peau, la chaleur de son souffle, par l'odeur de son corps. Tout en elle le faisait la désirer plus encore que quoi que ce soit d'autre au monde. Elle le savait sans doute déjà, mais même si elle s'exilait à des centaines de lieues de là, il saurait la suivre à la trace, la traquer comme la proie qu'elle était à ses yeux, et il ferait d'elle sa chose. Son esclave. Sa propriété. Il avait envisagé d'autres options, comme par exemple en faire sa femme...Mais cela aurait été très mal vu par la haute société de la nation du Feu, qu'un des conseillers les plus proches de Sven Ramose épouse une simple esclave... et il lui était inutile d'espérer qu'elle puisse prétendre à ce statut avant quelque temps. Mais une fois de plus, il avait également échafaudé quelques (dizaines de) stratégies pour contourner ce mince obstacle. Il écouta calmement ce qu'elle lui répondit, la laissant parler sans l'interrompre ou tenter de prendre le dessus, et l'observait tranquillement.

- Avant de répondre à tout cela, je propose que nous passions au dessert...Shore.

Masqué comme son collègue, vêtu de la même tenue, portant pour seule différence une longue tresse noire au lieu de la chevelure blonde de Dhelm, qui lui tombait en une cascade dorée sur les épaules, le garde entra dans la pièce et débarrassa la table, ramenant à son alter-égo le couteau que lui avait emprunté Orkem. Orkem, d'ailleurs, qui réfléchissait tranquillement à quelque chose d'autre. Son attitude pensive pouvait laisser présager le calme avant la tempête, pourtant dans sa posture, dans son regard, dans son attitude, tout menait à penser l'inverse, et pour cause : il était en train de réfléchir à la tournure de sa prochaine phrase. Celle-ci ne se voulait d'aucune manière agressive, il avait déjà un ascendant considérable sur la personne d'Eden, et elle n'avait rien pour lutter face à lui (ce qui l'arrangeait d'ailleurs beaucoup), aussi, lorsque son homme de main revint, chargé d'un nouveau plateau comportant un nombre impressionnant de desserts divers, du simple sablé au gateau élaboré, le tout en portions individuelles, ainsi que de deux bouteilles de jus de fruit (pour changer du vin) et une d'un alcool de grain translucide couleur caramel, il se contenta de servir lui-même les assiettes en chassant de sa tête toutes les possibilités de réponse qu'il venait d'échafauder et qui ne lui plaisaient pas. Il se saisit délicatement d'une tartelette aux pommes et en croqua une bouchée dans le plus grand des calmes.

Sa réflexion reprit alors son cours, cette fois-ci étoffée d'un nombre hallucinant de possibilités, ainsi que de scénarios possibles. Une de ses grandes qualités était de tout analyser, de tout prévoir, et de ne laisser au hasard que le choix de faire fonctionner la moindre de ses planifications. C'était d'ailleurs ce qui lui avait valu une longévité sans pareille au sein du cercle proche de Sven Ramose : son efficacité et sa loyauté ne trouvaient aucun égal dans tout Sezni. Il n'existait pratiquement personne qui puisse prétendre à posséder un esprit aussi bien affûté que le sien, et encore moins qui puisse d'une façon où d'une autre prétendre à le concurrencer. Sa position était bien ancrée au sein de l'organisation de la nation du Feu, et il y avait des raisons à cela. Des raisons qu'Eden ne tarderait pas à découvrir...

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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Mer 24 Mai - 15:46

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Eden'el Lumnar


Une cage dorée pour la plus douce des colombes
Son rire entaillait ma colère comme une épée fendrait l'air... Il ne croyait pas une seule seconde à ce que je lui racontais. Cela m'exaspérait et me décomposait. Je n'avais rien, rien pour me sortir de cet enfer vers lequel il me menait. Je ne croyais en rien à un désir de rédemption ou de quoi que ce soit de bon à mon égard lorsqu'il s'agit de lui. Quand bien même il parlerait de veiller sur moi et penserait bien faire les choses qu'en réalité, ça ne serait que la suite des maltraitances qu'il m'infligeait jadis. Le pire dans tout cela, c'est qu'il penserait bien faire les choses. Être juste. Un homme comme lui, ça devait finir derrière des barreaux au fond de cachots oubliés. L'enfermer pour qu'il cesse de nuire. Tuer le garde n'avait semblé être qu'une mise en forme. Comme écraser une fourmi. Ce monstre n'avait aucune morale. Voilà qui tranchait toutefois avec le respect dont il pouvait faire preuve. Malgré son manque de considération, il m'avait maintenue en vie. Bien des fois j'aurais préféré y rester. Fermer les yeux pour ne plus jamais les ouvrir à nouveau. Mais j'ai cette flamme dans le cœur en commun avec ces Feu que j'abhorre ; cette flamme de vie qui, même lorsqu'il vente et que la pluie fracasse la terre, résiste et se bat pour continuer de briller. Ce dernier espoir, je l'avais souvent effleuré. Lors de ma cérémonie, de ma fuite, de ma capture et encore plus aisément lors de ma course à travers la savane de Sezni où mes rencontres paraissaient à chaque fois être les dernières. Les péripéties qui ont tenté de m'accabler ne se sont pas arrêtées là. La femme qui me capturât et le marchand qui me vendît, ils auraient très bien pu me laisser à des personnages aussi dérangés que cet homme avec qui je semblais partager un repas... Les dieux devaient avoir eu pitié de moi en envoyant Ranrek. Ranrek...

Lorsque je repense à lui, je n'imagine pas seulement celui qui m'a sorti de ce cercle infernal qui m'aurait certainement mené à la mort au fil du temps. Je pense à la déférence qu'il avait su m'exprimer, sa douceur et son tact. Sa présence suffisait à me rassurer, m'apaiser, me faire croire que tout ira toujours pour le mieux tant que je serais à ses côtés. Même si je savais que cela ne pourrait durer qu'un temps - surtout avec la pression de son père et de son aîné - je me voilais le visage et me convainquais que je pourrais rester avec lui et que nous pourrions être heureux ainsi. Mais il est fils d'un représentant, et je ne suis qu'une fille d'un paysan de Gorka. Sans même de marque apparente pour attester d'un quelconque statut. Un objet au service des élémentaires. C'est tout ce que j'étais, grâce à celui qui s'acharnait à vouloir me malmener encore aujourd'hui. Sans avoir la moindre inquiétude face à la chaleur du plat, il en leva le couvercle sans linge. Cette insensibilité, je l'enviais. Mais en même temps, tout ce qui pouvait être en commun avec lui, je le repoussais sans même penser si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Il n'y avait que Ranrek, par un hasard ironique, que je n'avais pas repoussé. Peut-être aurais-je dû... Ce qui nous liait semblait aller au-delà des mots. J'avais l'impression qu'il retrouvait en moi une douceur qui l'avait quitté en même temps qu'il avait perdu sa femme... Je n'égalais probablement en rien Ashara au vu de ce qu'il m'en avait décrit, mais je lui apportais un certain réconfort. Comblais un vide qui s'était installé en lui. C'est pour cela que son entourage sain, à défaut de me considérer, m'acceptait. Il en était pour preuve Leanor, et sa belle-sœur, Kara, dont il était très proche. L'une me tient à l'écart sachant que je ne pourrais rester éternellement au palais, l'autre me laisse le champ libre mais me rappelle sans cesse que je n'étais que de passage dans sa vie. Qu'il ferait toujours passer son devoir avant son cœur et qu'à ce moment-là, je passerai à la trappe.

Mon avenir était des plus incertains, cela pouvait me rendre malade... Avoir franchi tant d'obstacles, parvenir à retrouver un semblant de vie normale et savoir que ça ne serait qu'une courte pause avant que la course ne reprenne de plus belle... Dès lors que Karam aura trouvé une femme pour son fils, je devrais partir au risque d'être simplement éliminée de l'équation. J'avais beau tenir à Ranrek d'une façon difficilement rationnelle, je ne pourrais me résoudre à être tuée. De plus, il avait encore du mal à faire le deuil de sa femme. Même si son attachement à moi était plus minime, je ne voulais pas qu'il porte le poids de ma mort sur ses épaules. Il me fallait trouver un moyen de rentrer chez moi à Gorka, mais entre les illusions dans lesquelles je me berçais et le détachement que les années avaient cultivé entre mes origines et ce que j'étais devenue, il m'était difficile de me projeter dans cet avenir où je rentrerai chez moi. Ils devaient me croire morte... Après toutes ces années, s'ils m'attendaient encore, alors ils ne devaient plus être que des ombres. Ma grand-mère qui m'avait toujours élevée en disant que j'accomplirai de grandes choses et que je serais une digne enfant de Tarlyn, elle serait bien déçue de voir que je n'avais été choisie par notre déesse qu'en dernier recours. Que je n'avais rien accompli d'autre que de fuir. Je n'étais, au final, même pas digne de rentrer chez moi. Bientôt, il ne me resterait rien. Ces grandes chambres dorées, ornées de tentures et de longs rideaux colorés. Ces draps de soie et ces oreillers. Ces tenues raffinées dans lesquelles aimait me voir Ranrek, ces mets cuisinés avec les meilleurs ingrédients par les meilleurs cuisiniers. Tout cela serait derrière moi et je retournerai en cavale. Il m'était impensable de me laisser à nouveau empêtrer dans un asservissement quelconque. Je n'avais pas trouvé de maître de la Terre capable de m'apprendre à développer mon don, et aucun à Lucrezia ne serait assez fou pour croire mon histoire et me prendre pour l'une des leurs. Sans marque apparente, il était déjà bien que notre voix soit écoutée. De là à être cru, il y avait tout un monde...

L'odeur de la viande atteignit rapidement mes sens. J'avais relevé la tête pour faire attention à ses moindres gestes. Lorsqu'il approcha la louche pour me servir, j'ôtai mes coudes de la table et me reculai sur la chaise. Je n'allais pas manger ça. Dévisageant l'assiette et les argenteries qui poursuivaient ce faste auquel j'avais déjà du mal à m'habituer au palais, je luttais pour ne pas devenir malade. Clouée contre le siège, je le regardai enfourner un morceau de viande dans sa bouche, crispée. Je ne m'y ferai jamais. Mais il m'avait été imposé de voir bien pire que cela dans son pays. Les bêtes sauvages m'attaquant alors que, bénie par Tarlyn, je devais leur inspirer confiance. Ces bêtes étaient tellement affamées dans ces terres arides... Si Razaël n'avait pas été là, elles m'auraient sûrement dévorée. J'avais compris pourquoi il l'avait fait. Il n'y avait pas non plus de quoi cultiver le moindre légume ni le moindre fruit, aucun espace ne semblait favorable à des cultures de blé ou de maïs... Je comprenais pourquoi ils mangeaient alors leurs cibles. Il y avait un besoin primaire direct, un instinct de survie. En Sezni, c'était manger ou être manger. Mais nous n'étions pas là-bas. Nous n'étions pas dans ces zones désertiques où la moindre espèce vivante devait faire preuve de force et de domination pour survivre. La capitale était riche et possédait toutes les denrées possibles. Cette viande n'était pas nécessaire. Cette opulence n'était pas non plus nécessaire. L'aller-retour du garde me faisait penser à un fantôme qu'il garderait captif pour le servir. Mes yeux ne se détachaient pas de lui tant que les siens ne les croisaient pas. Mon malaise était évident. En même temps, il y avait de quoi... Il semblait en avoir parfaitement conscience. Cherchait-il à apaiser ces appréhensions en faisant montre d'un calme sans failles ?

Mes tremblements cessaient peu à peu. Comme si je m'acclimatais, m'était résolus à sa présence et à notre proximité tant redoutée. J'étais si proche de parvenir à accepter ce qui m'était arrivé, ce qu'il m'avait fait... Pourquoi apparaissait-il maintenant ? Le hasard m'avait joué bien des tours. Il m'était difficile de penser que tout cela n'était que son œuvre. On avait beau m'avoir juré que les dieux ne s'amusaient pas du malheur de leurs enfants, je recommençais à en douter. Me disant que j'allais vraiment faire quelque chose d'ignoble dans mon futur pour commencer à le payer dès à présent... « Je vais reprendre depuis le début. Personne ne se préoccupera de ce garde, sache-le, ce n'était qu'un dommage collatéral. Il avait la main au fourreau, je ne pouvais pas lui laisser le temps de tirer son arme au clair, c'est malheureux, mais c'est ainsi. » Finit-il par répondre à mes interrogations. Son ton calme m'énervait. Comme si nous partagions tout bêtement un repas entre amis de longue date. Or il n'en était rien et n'en serait jamais rien ! « Quand à toi... je te l'ai dit, il y a cinq ans, c'est même la seconde phrase que je t'aie adressé : je n'ai aucune intention de te faire du mal tant que tu te plies à ma volonté. » Mes pupilles se plantèrent dans les siennes. J'œuvrai contre mon corps pour ne pas tressaillir. Mes yeux brillaient de particules aqueuses qui signaient mon envie d'exploser et la peine que je prenais à ne pas céder. Aucune intention de te faire du mal tant que tu te plies à ma volonté. Sa volonté était mon mal. Mes poignets s'appuyant sur le rebord de la table voyaient mes poings se serrer. Sa volonté... Il avait beau ne pas laisser la lubricité s'échapper de son regard, je ne pouvais penser à autre chose que la façon dont il avait de me toucher en toute impunité. Et je devais me laisser faire ? Me laisser faire... Il n'avait pas plus de considération aujourd'hui qu'il n'en avait auparavant. Pour les hommes du Feu, les femmes n'étaient que des choses dont ils pouvaient disposer à leur guise. Notre volonté à nous ne comptait pas. Nous n'avions pas notre mot à dire. Cette misogynie me dégoûtait. Autant que me dégoûtaient les marques laissées sur la peau de la belle Kara par son impitoyable mari, le grand et fameux Khorde Ergorn, à qui l'on pardonnerait les pires crimes. Mais lui, cet homme-là, un jour il devra répondre de ses actes. Il sera traduit en justice et payera pour le mal qu'il a fait.

Son air impavide lui attribuait une confiance en lui inquiétante. Il avait quelque chose derrière la tête et je craignais les moyens qu'il pourrait employer pour parvenir à ses fins. Il prenait son temps. Répondait à toutes mes interrogations avec placidité. Ne tentait rien contre moi. Cela me troublait... J'aurais peut-être préféré qu'il s'en prenne à moi. Que je sache à quoi m'en tenir plutôt que de rester contrite dans cette inexorable attente qu'il se plaisait à cultiver autour de ses intentions. Le vin coula dans le verre placé face à moi. Il faudrait bien ça pour tenir la route... Je n'étais pas une fervente des breuvages alcoolisés et n'avais découvert leurs propriétés euphorisantes qu'avec Mari. Il serait bien plus sage de garder mes esprits en sa présence. Ou alors décrocher complètement et perdre la petite once de contrôle qu'il me laissait encore ? Je ne lorgnai pas longtemps avant de me résoudre à en boire une gorgée. Je n'y connaissais absolument rien en vin. Et même s'il n'agressait pas mon palais, je ne me révélai pas d'accointances avec le vin rouge. Je reposai le verre avant qu'il ne reprenne la parole. « Cette maison est difficilement imitable, puisque mes armoiries sont gravées au-dessus de la porte d'entrée. » Commenta-t-il aisément, me faisant comprendre que quand bien même je reconnaîtrais cette villa, cela ne lui causerait aucun problème. Ce qui eut le don de m'intriguer. Curiosité piquée, je me montrai attentive à ses paroles. « Permets-moi d'être un peu plus avenant que lors de notre dernière rencontre : je suis Orkem Vahlaan. Conseiller politique et militaire de Sven Ramose, et son émissaire direct auprès de la famille Ergorn. » Ma bouche s'entre-ouvrit légèrement, m'attribuant un air béat alors que le poids de cette rencontre s'alourdissait à mesure qu'il parlait. « Karam est un vieil ami, et il ne serait sûrement pas content d'apprendre que son fils cadet s'acoquine avec une esclave... » Il était au courant pour Ranrek... pour tout... Il semblait connaître le moindre détail de ma présence à Lucrezia, c'était terrifiant ! « J'ai toutes les possibilités du monde pour te reprendre à ce pauvre petit Ranrek sans même avoir à bouger de mon siège... Et il se trouve, par le plus grand des hasards, qu'il négocie actuellement avec mon bras droit, et ce, pour deux jours, dans un endroit convenu il y a quelques semaines, entre lui et un marchand qui sera malheureusement retenu durant quelques siècles sous les sables du désert. Un de nos oiseaux saurait rallier en une petite heure leur point de rendez-vous, avec à la patte un message qui pourrait bien causer un fâcheux accident à notre connaissance commune sans que jamais personne n'aie la preuve que ce soit autre chose... » Je peinais à réaliser mais... menaçait-il de s'en prendre à Ranrek ? « ...et si d'aventure tu parlais de cela à qui que ce soit, penses-tu vraiment que ta parole prévaudrait contre la mienne ? Sois raisonnable, mon enfant, je ne te demande que quarante-huit heures de ton temps, ou tu ne seras pas une esclave, mais mon invitée. J'apprécie ta compagnie, et je l'apprécierais d'autant plus si tu ne me forçais pas à mettre à exécution des menaces que je préférerais ne pas avoir à proférer. » Voilà qui eut le don de me laisser sans voix...

En toute sérénité, cet... Orkem... continuait à manger. Mon sang était glacé. Je sentis ma tête tournoyer un instant face au choc de ses paroles. Un... Conseiller... J'ignorais quelle était la réelle portée de son influence, mais cela me semblait dépasser celle du fils d'un représentant. Karam rêverait de m'évincer d'un simple coup de pied. Mais il devait trouver une raison pour l'expliquer à son fils. Ranrek était un esprit libre, il pouvait le forcer à bien des choses, mais ne pouvait pas m'éloigner de lui si aisément. Si Karam ou Khorde venaient à apprendre l'intérêt que me portait Orkem, ils sauteraient sur l'occasion pour se séparer efficacement de moi. Accusant le coup de tant de paroles comme s'il s'agissait d'aiguilles que l'on me plantait dans le cœur, je restai muette et, de la fourchette en argent, je piquai ce qui semblait m'être mangeable. Un goût mélangeant les épices et la sauce qui faisait mariner la viande m'écœurait autant que les mots d'Orkem. Je portai ma main à ma bouche. Luttant pour ne pas fondre en larmes. j'étais plus forte que ça, je ne le laisserai pas me démonter ainsi. Reprenant le verre de vin que je descendis finalement d'une traite, mes traits se crispèrent un instant. Je n'étais vraiment pas faite pour ce genre de gastronomie. Le vin... la viande... Tout, absolument tout semblait nous opposer lui et moi. Était-ce que qui, justement, paraissait le fasciner chez moi ? Je ne comprenais pas cet attachement. En quoi ma compagnie pouvait signifier quelque chose après ce qu'il m'avait fait ? Je me sentais prise en tenaille. Incapable de m'en sortir. Ni par mes propres moyens et encore moins grâce à ceux des autres. Mettre Ranrek en danger était la dernière chose que je souhaitais. Après tout ce qu'il avait fait pour moi, jamais je ne pourrais me résoudre à lui causer le moindre tort. Il me coûtait déjà de faire du mal à des inconnus, innocents ou non, alors lui en faire à lui était impensable. Cela voudrait dire que je devrais me résoudre à répondre aux attentes d'Orkem ? Non... il devait y avoir une échappatoire.

« Je suis homme de parole, Eden, et tu n'as pas à craindre de moi que je transgresse la moindre de mes promesses : ce n'est jamais arrivé et cela n'arrivera jamais. » Se justifia-t-il, comme pour acheter ma confiance. Une confiance qui a perdu toutes ses chances de naître le jour où il m'a enlevée. Celui où il a brûlé ma marque alors que je clamais mon droit à être considérée comme une personne et non comme un objet. Ce jour où il a posé pour la première fois ses mains sur moi. Ce jour où il... « Je pourrais t'appâter par de beaux mots, de belles promesses, et j'aurais sans aucun doute les moyens de les réaliser. D'aucuns disent même que mon influence pourrait faire revenir un mort à la vie, mais j'ai malheureusement plus souvent l'occasion d'envoyer des vivants à la mort... cela dit, je devrais essayer, un jour, ce pourrait être enrichissant. Mais trêve de plaisanteries macabres, nous ne sommes là ni l'un ni l'autre pour parler de notre actuel vis-à-vis. D'ailleurs, j'en aurais sans doute plus à t'apprendre sur toi-même que tu ne saurais m'en dire. Mais même si tu n'as rien pour me nuire, et rassures-toi, tu n'en auras pas plus dans deux jours, j'ai bien l'intention de les passer en ta compagnie. J'étais furieux, il y a cinq ans, et si le brasier de rage qui me consumait ne s'est pas éteint, j'ai appris à le tempérer. » Confia-t-il en aiguisant ma peur qu'il en vienne à me faire du mal sans s'en rendre compte. Il était malade. Son âme était noire et terne. Il était incapable de voir à quel point il m'avait brisée... Sur un ton toujours aussi tranquille et doux, il me décrivit les termes de mon séjour en ces lieux. M'assurant que j'y serais toujours la bienvenue et que personne ne m'y ferait le moindre mal. Même lui saurait respecter mon repos. Ce dont je doutais fortement. Je ne voulais pas de son hospitalité. Cette chambre, aussi belle soit-elle, restait un moyen de me garder à portée alors que ma seule envie était de fuir plus loin que le permettaient les frontières et les mers...

Difficile de ne pas lui accorder cela : il se tenait à ses paroles. Malheureusement... Sa détermination était une traduction de la dégénérescence de son esprit. Que pouvait-il bien avoir vécu comme traumatisme pour être ainsi ? Était-ce de la pure folie ? Comment un homme pouvait ainsi se permettre de s'accaparer une personne ? Il me tenait dans des serres dont je ne pouvais connaître la largeur mais dont je connaissais la force. Lutter ne serait qu'une descente dans des abîmes dont je ne pourrais peut-être jamais remonter. Accepter son offre était la seule façon de sortir d'ici le plus indemne possible. Mais je ne pense pas être capable de supporter le moindre geste de sa part. La coupe était à nouveau pleine de vin. Mais tout cela me donnait plus la nausée qu'autre chose. M'efforçant de garder mon calme, je mangeai à nouveau quelques morceaux de légumes imbibés de cette marinade au goût des odeurs de viande qui émanaient du plat. Il ne laissait rien transparaître, mais j'étais loin d'être aussi résistante que lui... J'avais cette horrible impression qu'il était capable de scruter la moindre parcelle de mon âme et qu'il possédait toutes les cartes pour détruire tout ce qui pourrait m'éloigner de lui en un claquement de doigts. Orkem était la personne qui m'avait appris à détester. Et cela continuait de plus belle. Contentant tout élan acrimonieux, je ne parvenais toutefois guère à masquer la haine qu'il m'inspirait. Mes yeux autant que mon visage et le reste de mon corps trahissaient le moindre de mes sentiments. Bien piètre menteuse je ferais si je me lançais dans cette voie-là... Ce qui ne semblait pas être le cas d'Orkem dont l'impassibilité me mettait encore plus mal à l'aise. J'avais l'impression qu'il ne jouait pas franc jeu et je redoutais ce qu'il espérait vraiment obtenir de moi. Que je reste avec lui pour toujours ? Que je me mette à répondre au moindre de ses désirs ? Je refusais de penser un jour lui appartenir.

Reprenant mes esprits, je repris une gorgée de vin. Finalement, je pourrais peut-être m'habituer à ce goût... Reposant le verre avec délicatesse, je me risquai à l'interroger à nouveau. « Si j'accepte, rien ne vous empêchera de nuire à Ranrek. Si j'accepte de passer ces deux jours en ces lieux, nous savons tous les deux que je ne reviendrai pas de mon propre gré. Alors quand vous serez lassé de mon absence, vous viendrez prendre la vie de ceux qui doivent me protéger des personnes de votre genre ? Peu importe ce que je désire, vous n'aurez de cesse de faire les choses selon vos envies. Et vous souhaitez que j'accepte cela sans ciller ? Votre esprit doit être malade pour croire que l'appréciation que vous dites ressentir face à ma compagnie soit réciproque. » Son manque de réaction me narguait. Comme s'il s'attendait à ce que j'explose et m'en prenne à lui pour justifier les sévices qu'il devrait me porter pour me contenir. « La seule chose qui me ferait accepter votre offre serait que vous m'assuriez qu'après ce repas je n'aurais plus à supporter une seule seconde de plus votre présence dans la même pièce. » Loin de ce qu'il devait espérer de ces deux jours, je n'étais pas naïve à ce point. « Avant de répondre à tout cela, je propose que nous passions au dessert... Shore. » Se contenta-t-il de répondre. Je tentai d'expier ces tensions insoutenables en vidant une nouvelle fois mon verre. Mais ça n'apportait rien. Le deuxième larbin de service du mal incarné entra dans la pièce et débarrassa la table. Je n'affrontais pas le regard d'Orkem ni son air décontracté et apaisé. Nerveuse, je passai ma main dans mes cheveux, enlevant de mon visage une mèche blonde qui avait menacé plusieurs fois de tremper dans le potage servi. Un nouveau plateau arriva sur la table. Ce repas n'aurait pas duré longtemps et pourtant il me paraissait être comme cinq années balayées d'un coup de vent... Revenue au point de départ. Au moins les desserts avaient pour eux qu'ils ne s'ajoutaient pas à mon dégoût...

Orkem nous servit avec minutie et une lenteur délicate que je lui ignorais. Je n'arrivais pas à croire ce qui se passait. Comment la situation avait pu dégringoler au point de me faire tomber dans la gueule du loup... Un Conseiller... Il pouvait m'avoir suivie dès ma disparition que cela ne m'étonnerait pas... Essayant de ne pas penser à ce qui pourrait m'attendre face à ce silence à nouveau présent, je mangeai ce qui semblait être une tarde aux fruits. Les aliments avec un goût amer dans ma bouche. Je n'avais absolument pas le cœur à manger mais ce n'était pas le moment de se laisser abattre. Ces deux jours allaient se révéler être les plus longs de ma vie. Il y a cinq ans, j'en avais perdu la notion du temps. Ne faisant plus attention aux jours qui défilaient. Je n'en avais ni la force ni l'envie. Les prières me semblaient vaines et je ne me raccrochais qu'à de faibles espoirs et des rêves irréalisables. Mais aujourd'hui, il y avait des enjeux qui dépassaient ma simple personne. Qui dépassaient ma petite intégrité de fille sans valeur balancée dans un monde qui la dépasse. Je ne me le pardonnerai jamais si Ranrek venait à être blessé par ma faute. Orkem devait l'avoir deviné depuis longtemps. Il connaissait ma réponse. C'est peut-être de là que venait son assurance et la confiance qu'il semblait arborer face à ses projets. Cela ne le rendait que plus détestable encore. Manipuler ainsi autrui, c'était criminel. Mais le crime... cela semblait n'être qu'une notion abstraite à ses yeux. Un simple mal nécessaire pour arriver à ses fins. Et c'est ce qui devait compter : qu'au final, il obtienne ce qu'il désire. S'il existait un moyen de lui échapper, je le trouverais. Mais pour l'heure, il me tenait enfermée dans une impasse...

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka

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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Mar 30 Mai - 2:13

- j'aurais du me douter que ton père et ta mère, qui sont au demeurant fort sympathiques et toujours vivants, n'avaient rien pu t'apprendre sur la politique et ceux qui la pratiquent...

Il soupira longuement et servir deux généreux verres de digestif, de quoi commencer à lui faire ressentir clairement les effets de l'alcool, et vint nonchalamment s'asseoir sur le coin de la table avec un léger sourire, juste à côté d'Eden. Il retira sa chevalière, la posant à côté de l'assiette de la jeune femme. Le bijou était brulant, comme le sang du conseiller Valhaan, qui posa un des deux verres à côté du dessert de la demoiselle. L'alcool avait une odeur caramélisée, avec une pointe poivrée et une touche finale semblable à un goût de poire cuite, et était autrement plus fort que le vin, mais le sucre qu'il contenait permettant de le boire sans ressentir une sensation intense de brûlure. Dans le même temps, il ouvrir un des tiroirs de la table et en sortir deux bourses de cuir épaisses et remuantes, les posant sur la table avec douceur. Un long silence s'en suivit alors qu'il contemplait silencieusement les contenants lacés de la même matière qui les composait,gardant malgré tout un oeil sur le couteau à côté de l'assiette de son ''invitee''. Il reporta enfin sur elle son attention en caressant doucement sa propre barbe.

- Ranrek paraît bien différent de son père, n'est-ce pas? Il ne me faudrait pas plus d'une semaine pour te fournir assez de rapports sur lui pour que tu en viennes à douter que nous parlions du même. Tous les politiques de ce monde sont de la même engeance. Manger ou être mangé. Voilà comment les choses ont été, sont et seront. Nous sommes, lui, moi, ou n'importe quel autre de nos collègues, ou devrais-je dire, rivaux...Similaires à ces deux là.

Il tira d'un coup sec sur les deux cordons, et deux magnifiques scorpions de Sezni se firent face sur la table de bois blanc. Le premier, jaune orangé, mesurait dix huit bons centimètres, et tout indiquait qu'il pouvait encore grandir. Les habitants de Sezni le craignaient pour la plupart, car sa piqure était mortelle pour un cheval en moins d'une heure sans remède connu, mais Orkem aimait vivre dangereusement. Il lui caressa lentement le dos de la base de la queue jusqu'à la tête, retirant vivement sa main alors que l'arachnidé lançait son dard mortel pour lui perforer le doigt. L'appendice empoisonné faucha l'air alors qu'Orkem souriait doucement. Le vis à vis du Scorpion jaune était un de ses congénères, mais celui-ci mesurait presque cinq centimètres de moins, et la totalité de son corps était noire, d'un noir d'encre, plus profond que la teinte des cieux nocturnes en hiver, un soir de nouvelle lune. L'homme répéta le petit manège qu'il avait effectué sur le Scorpion jaune, esquivant à nouveau de justesse un coup de dard. Il se releva et se baissa pour avoir se yeux à la hauteur de la table. Les deux insectes à la piqure létale s'observaient, dard levé, prêts à frapper, sans passer à l'acte.

- le premier à toucher l'autre le tuera. Mais aucun n'attaquera s'il risque d'y laisser sa peau. Les deux sont patients, calculateurs, ils sont prêts à frapper...Majestueux dans cette posture, fascinants...Si tu devais miser sur un de ces deux scorpions...Il perdrait. Parce qu'il serait le champion de ta petite personne, l'autre serait mon champion. Et que dans un cas comme dans l'autre...

Il claquant des doigts et les deux insectes commencèrent à se tordre de douleur sous la brûlure que leur infligeait l'homme vêtu de rouge. Il souriait en coin, appréciant chaque instant de souffrance des deux insectes, dont s'échappait lentement de fins volutes de fumée, qu'il huma avec le plus grand plaisir, prenant soin de ne pas les pousser à la folie ni de bruler leur dard. Il mit fin, quoi qu'à contrecœur, à cette torture, et les deux scorpions reculèrent de quelques centimètres. À échelle humaine, cet écart aurait été de plusieurs mètres. Ils restaient immobile, queue baissée, se regardant l'un et l'autre sans même tenter de s'attaquer. Il laissait planer ce silence pesant dont il savourait la profondeur durant de longues secondes, et ne le rompit qu'une fois certain d'avoir capté l'attention de son invitée, se redressant peu à peu.

- Ainsi sont tous ceux de notre espèce : prêts à tuer l'autre au moindre instant de faiblesse, calculateurs, patients...Mais docile face à ceux qui les dépassent. Qu'il s'agisse de Ranrek, de son père, de moi ou d'un autre. Nous sommes tous de la même trempe. Certains cachent leur jeu. D'autres non. C'est là la différence entre un bon et un mauvais politicien. Savoir quelles cartes il a en main ne veut pas dire avoir l'avantage: il peut les abattre selon son bon vouloir, quitte à perdre une manche pour gagner la partie.

Il enferma de nouveau l'un des deux insectes dans la bourse qu'il le retenait, jetant son dévolu sur le plus clair des deux, qu'il prit dans sa main sans la moindre peur, bloquant le dard létal entre son annulaire et son auriculaire. D'un seul coup de dents, il lui arracha la tête et le quart supérieur du corps, avant de prendre en bouche une demi-gorgée d'alcool qui dissolvait peu à peu la carapace de l'insecte. Sa mastication fut lente, mesurée. Il n'avait peur ni du Scorpion ni de ce qu'il représentait. Il ne craignait pas la mort. Il ne craignait pas la douleur. Il ne craignait rien ni personne. Lorsqu'il finit par déglutir, il se rendit d'un coup de langue délicat sur ses lèvres et ses dents, nettoyant le sang sur sa bouche et retirant une patte coincée entre une canine et une incisive, qu'il posa délicatement sur le coin de son assiette.

- Manger ou être mangé. Ranrek n'a pas la carrure pour décorer un animal de la mienne. L'inverse est en revanche possible. Que tu acceptes ou que tu refuses, rien ne m'empêchera de l'atteindre. Seulement...Dans un cas, je n'ai pas de raison de le faire. Dans l'autre, si. Quand à être protégé de quelqu'un ''en mon genre'' par quelqu'un de la même engeance, c'est aussi paradoxal qu'inutile. Tu le sais au fond de toi, j'ai tous les moyens de te posséder contre ton gré, presque sans effort. Une lettre bien placée, un mot à la bonne personne, une rumeur...Et tu serais mienne sans pouvoir rien y faire. Je t'ai vu tressaillir quand je parlais de Karam. Inutile de le nier, tu as très bien compris. Pourtant l'ai-je fait? Non. Ai-je fait abattre Ranrek? Non plus. Alors peut être devrais tu réfléchir un peu en mettant ta haine de côté, juste pour quarante-huit heures, et qui sait? Tu pourrais même revenir réellement de ton plein gré. Je suis même certain que ce sera le cas.

Il termine d'une traite son verre de digestif, soupira longuement et appela un de ses hommes en claquant deux fois dans ses mains. Ce fut Shore qui répondit à son appel, venant déposer une petite boîte de bois orné sur la table avant de ressortir aussi sec. Orkem l'ouvrir précautionneusement et en exhiba un cylindre en verre bordé de bronze sculpté imitant les pattes et la chitine de l'insecte qu'il venait de décapiter, comportant deux ouvertures a pas de vis sur les bases. A la première, il vissa un embout en forme de tête et pinces de Scorpion. À la seconde, il vissa le dard, percé d'un trou. Il emplit à moitié d'eau le cylindre en ouvrant la plaque métallique dorsale, et finit en deux bouchées de dévorer le Scorpion, prenant garde à en conserver le dard ainsi qu'une bonne portion de la queue. Il les fit chauffer pour les assécher, et les effrita entre les pinces du Scorpion métallique, à l'exception du dard, qu'il plaça au coeur de la poudre de chitine , plaçant ses lèvres à l'embout servant à aspirer, à l'extrémité du dard du Scorpion de bronze. Un instant plus tard, alors qu'il inspirait profondement, l'eau bouillonnant sous l'aspiration, le cylindre de verre s'emplit lentement d'une fumée ocre tandis que se consumait à une vitesse ahurissante le combustible placé dans les mandibules du Scorpion sculpté, qui faisait office de foyer à cette pipe à eau.

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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Mar 30 Mai - 2:26

Orkem Vahlaan
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Eden'el Lumnar


Une cage dorée pour la plus douce des colombes
Le choix ne se présentait pas réellement. Je n'avais que l'illusion du choix. Malgré les mots et quoique j'attente, cela se résulterait par la même réponse... Prisonnière de sa toile, faire des vagues n'allait faire qu'empirer les choses... « J'aurais dû me douter que ton père et ta mère, qui sont au demeurant fort sympathiques et toujours vivants, n'avaient rien pu t'apprendre sur la politique et ceux qui la pratiquent... » Mon regard le fustigea. Mes parents... Mille questions sur le pourquoi du comment il pouvait avoir la moindre information sur eux se bousculaient dans ma tête et défilaient à toute vitesse. Mais je ne m'arrêtai pas à y chercher des réponses. Je ne pensais pas vouloir obtenir de réponses. Un épais frisson m'hérissa à l'idée qu'il ait pu en personne les approcher, quand bien même j'étais bien placée pour savoir que les frontières étaient bien gardées. Même un homme de sa trempe ne pourrait passer officiellement à Gorka. Préférant ne pas fabuler sur ce qu'il était capable ou non de faire, je me contentai de l'observer silencieusement. Orkem expira et servit des verres d'un breuvage aqueux dont l'odeur caramélisée m'atteignit lorsqu'il s'approcha de moi. De sa place, il vint s'asseoir sur le coin de la table. Reculant sur ma chaise, je restais stoïque. Je fronçai les sourcils, interpellée par le fait qu'il ôte sa chevalière. Les verres posés côte à côte, semblaient ne pas être destinés à être entamés. Le Conseiller préféra ouvrir un tiroir rattaché à la table. Il en sortit d'étranges bourses de cuir. Quelque chose de vivant était retenu dans chaque bourse. Cela me rendait perplexe. J'ignorais totalement à quoi m'attendre.

Mes yeux restaient rivés sur les bourses dont le contenu semblait vivant. Que gardait-il là-dedans ? Je m'attendais à tout et rien à la fois. Des bestioles ? Mais quoi comme bestioles ? Quel homme sensé garderait, de toute façon, des bêtes dans des bourses en cuir ? L'air dubitatif, je restais attentive. Ce qui était sûr, c'est qu'Orkem avait un certain don pour la surprise. Même si d'ordinaire, lorsqu'il s'agissait de mes proches et de mes amis, j'aimais les surprises, lorsqu'elles venaient de lui cela m'inquiétait plus qu'autre chose. Cependant, curieuse comme j'étais, il m'était impossible de nier que je n'attendais qu'une chose : qu'il les ouvre. « Ranrek paraît bien différent de son père, n'est-ce pas ? » Dit-il en brisant le pesant silence qui semblait persister à vouloir rythmer nos paroles éparses. « Il ne me faudrait pas plus d'une semaine pour te fournir assez de rapports sur lui pour que tu en viennes à douter que nous parlions du même. » Je n'écoutais que d'une oreille. Les mots qu'il prononçait me faisaient l'effet d'un venin qu'il tentait de m'inoculer. Surtout lorsqu'il parlerait de Ranrek, je ne lui prêterai pas de crédit. Peu m'importait finalement de ce que Ranrek pouvait faire dans ses fonctions, pour servir son père ou son peuple. Je m'accrochais à cette image que je m'étais faite de lui et cela me permettait de maintenir la tête hors de l'eau. Cela me suffisait. J'aurais bien assez de temps pour trouver des raisons de lui en vouloir si un jour je venais à devoir le quitter. Peut-être que croire les paroles d'Orkem m'aiderait alors à passer à autre chose plutôt que de me morfondre d'avoir perdu la seule personne qui parvenait à me faire tenir debout. « Tous les politiques de ce monde sont de la même engeance. Manger ou être mangé. Voilà comment les choses ont été, sont et seront. Nous sommes, lui, moi, ou n'importe quel autre de nos collègues, ou devrais-je dire, rivaux... Similaires à ces deux là. » Ponctua-t-il en déliant les cordons refermant les bourses.

Un coup sec suffit à ouvrir les bouts de cuir qui laissèrent sortir deux petites bêtes. Petites... mais indubitablement agressives d'apparence. Leurs pinces semblaient prêtes à m'arracher les yeux alors que leurs nombreuses pattes me faisaient penser qu'elles allaient me sauter dessus avant même que je ne puisse m'en rendre compte. Le plus impressionnant restait cette queue courbée qui se terminait par un dard. Sûrement prêt à piquer quiconque tenteraient de s'approcher... Je ne pus réprimer un mouvement de recul, intimidée par ces choses pourtant bien plus petites que moi. Ma présence ne semblait pas les intéresser. Orkem sembla s'amuser à les toucher et esquiver au dernier instant leur dard. Je portai ma main à ma bouche, comme si cela pourrait m'éviter de crier si jamais il venait à se faire piquer ou si moi-même je venais à me faire piquer. Il se baissa, amenant ses yeux à la hauteur de la table. Alors qu'il se laissait captiver par les deux bestioles, mon regard dévia lentement vers le couteau posé à côté de mon assiette. Même si l'idée me traversait l'esprit, que l'envie d'au moins le blesser pour l'affaiblir et parvenir à m'échapper pouvaient résonner, je n'en ferai rien. Par manque de courage ? Je ne pense pas. Quand bien même je parvenais à prendre ce couteau avant qu'il ne m'intercepte, il me serait impossible de venir à bout de ses gardes. Et même si je parvenais à m'en sortir, il n'aurait aucun mal à trouver Ranrek ou... ma famille... « Le premier à toucher l'autre le tuera. Mais aucun n'attaquera s'il risque d'y laisser sa peau. Les deux sont patients, calculateurs, ils sont prêts à frapper... Majestueux dans cette posture, fascinants... Si tu devais miser sur un de ces deux scorpions... Il perdrait. Parce qu'il serait le champion de ta petite personne, l'autre serait mon champion. Et que dans un cas comme dans l'autre... » Cela paraissait l'amuser, l'intéresser comme un enfant curieux de découvrir le comportement d'un animal. Je replaçai mes mains sur mes jambes, observant tour à tour Orkem et le sujet de son attention.

Un claquement de doigts me surpris. Enfin, pas tant le claquement que de voir les deux bestioles se tordre. Elles paraissaient souffrir mille souffrances alors qu'Orkem se délecter de les voir ainsi réagir face son pouvoir. Terrorisée comme si je me trouvais à la place de ces deux êtres, je me retenais de dévier son attention pour qu'il cesse de les tourmenter. Il n'avait aucune, aucune, aucune once d'empathie. Ni pour ces bêtes, ni pour les autres, ni pour moi. Pour personne ni rien sur Oranda. Ni même pour lui... Le voir sourire d'un tel acte m'inspirait presque de la pitié pour cet homme semblant aussi vide qu'il n'était cruel. Peut-être pourrait-il écraser Ranrek d'un simple pas. Mais jamais il ne l'égalera en tant que personne. Si chez lui, en Sezni, la force primait, ce n'était guère le cas à Lucrezia. Il leva de lui-même son emprise. J'observai les deux bêtes se reculer, se remettant de leurs émotions. J'étais attachée à ma chaise comme je l'aurais été à ma mère si elle avait été présente... « Ainsi sont tous ceux de notre espèce : prêts à tuer l'autre au moindre instant de faiblesse ; calculateurs, patients... Mais docile face à ceux qui les dépassent. Qu'il s'agisse de Ranrek, de son père, de moi ou d'un autre. Nous sommes tous de la même trempe. Certains cachent leur jeu. D'autres non. C'est là la différence entre un bon et un mauvais politicien. Savoir quelles cartes il a en main ne veut pas dire avoir l'avantage : il peut les abattre selon son bon vouloir, quitte à perdre une manche pour gagner la partie. » Sur ces paroles, il renferma la bestiole noire dans la bourse en cuir. Laissant l'autre à son sort. Sans aucune précaution, il saisit la rescapée et la porta à sa bouche pour la manger. J'assistais à la scène pétrie d'horreur. Un mélange de dégoût et de peur.

Il prit l'un des verres d'alcool et en bu une gorgée. Je suivis son geste en prenant le deuxième verre. Sans retenue, j'en pris une lampée. Le breuvage me paraissait avoir un goût agréable, jusqu'à ce qu'une traînée semble me brûler l'œsophage, me décochant une bruyante quinte de toux. « Manger ou être mangé. Ranrek n'a pas la carrure pour décorer un animal de la mienne. L'inverse est en revanche possible. Que tu acceptes ou que tu refuses, rien ne m'empêchera de l'atteindre. Seulement... Dans un cas, je n'ai pas de raison de le faire. Dans l'autre, si. Quant à être protégé de quelqu'un ''en mon genre'' par quelqu'un de la même engeance, c'est aussi paradoxal qu'inutile. Tu le sais au fond de toi, j'ai tous les moyens de te posséder contre ton gré, presque sans effort. Une lettre bien placée, un mot à la bonne personne, une rumeur... Et tu serais mienne sans pouvoir rien y faire. Je t'ai vu tressaillir quand je parlais de Karam. Inutile de le nier, tu as très bien compris. Pourtant l'ai-je fait ? Non. Ai-je fait abattre Ranrek ? Non plus. Alors peut-être devrais-tu réfléchir un peu en mettant ta haine de côté, juste pour quarante-huit heures, et qui sait ? Tu pourrais même revenir réellement de ton plein gré. Je suis même certain que ce sera le cas. » J'ignorais de quelles illusions il se berçait pour oser penser qu'un jour je viendrais vers lui sans qu'il n'ait à m'y forcer, mais il se trompait sévèrement sur ce coup. Il finit son verre alors que je peinais à garder le mien ne serait-ce qu'en main. Je reposai d'ailleurs le verre sur la table. Il appela l'un de ses hommes qui lui apporta une étrange boîte. Il en sort un étrange objet dont je ne compris la fonction qu'une fois qu'il se mit à fumer. Il avait placé le... dard de cette chose qu'il avait mangée.

Ne pensant pas pouvoir être plus en danger avec ce verre d'alcool que je ne l'étais déjà en présence d'Orkem, je bus une nouvelle gorgée. À nouveau, la sensation de brûler de l'intérieur me prit. Mais bien moins que la première fois où j'avais pris une trop grosse lampée. « Je n'ai que faussement le choix de décider si je souhaite rester ou non pendant ces deux jours auxquels vous semblez tant tenir. » Me résignai-je d'une voix qui se faisait faible. « Je préfère encore espérer pouvoir y tenir une place d'invitée que d'esclave, même si pour vous, la seule chose qui change, c'est qu'un invité reste de son plein gré. Dans tous les cas, vous allez obtenir ce que vous souhaitez. » Déçue de moi-même de ne pas trouver de solution pour lui échapper sans que quiconque n'en vienne à payer le prix... Je pris une autre gorgée avant de poser le verre et de me lever. De pas lents, je m'avançai vers la fenêtre fermée aux barreaux de fer. Un soupir. « Ne m'imposez pas vos coutumes et vos déviances. Pendant quarante-huit heures, je ne veux pas avoir à vous regarder torturer ou... vous adonner à ce genre de pratique en ma présence. » Lui demandai-je comme si j'étais en posture me permettant d'exiger la moindre chose de lui. Je me tournai vers Orkem. « Si, comme vous dites, vous appréciez ma compagnie, ça ne sera pas un grand sacrifice que d'essayer de ne pas être vous-même pendant ces deux jours. » Mon regard avait beau être soutenu, il n'était en rien agressif ou menaçant. Ma tête me paraissait lourde. Je portai ma main droite à mon front pour la soutenir, fermant mes yeux un instant. L'alcool semblait faire un effet bien moins agréable que ça n'avait été en compagnie de Marigold... J'ignorais ce que j'avais bu, mais ça ne paraissait pas m'aller...

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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 9 Juin - 15:36

L'âcre fumée jaunâtre entra comme d'habitude dans ses poumons, les dépliant lentement, les emplissant de son goût acide, le brûlant de l'intérieur. Ce n'était pas la morsure d'un morceau de charbon ardent, ce n'était pas la chaleur de la flamme, c'était autre chose qui le brûlait, et à l'inverse des températures arides de Sezni, qu'il supportait sans mal, il ne supportait pas sans rien dire ou faire cette douleur profonde, insidieuse et durable. Depuis qu'il avait goûté à ce plaisir coupable, il ne pouvait se détacher de cette douleur expiatoire. Les visions qu'il avait ensuite, ce plaisir fou qu'il prenait à lire alors que le venin ainsi sublimé prenait le pas sur son cerveau valaient bien la peine d'un mal continu, un mal qui se ravivait à chaque fois qu'il inspirait cette fumée diabolique, insidieuse, addictive...elle était à la fois tortionnaire et salvatrice, douloureuse et libératrice: elle était sa pénitence, face à Eden, son pêché. Un pêché encore clair d'esprit, qui pensait, bougeait et parlait...Il conserva de longues secondes durant l'épaisse fumée venimeuse dans ses poumons, se refusant à laisser s'en aller si vite la substance interdite et ô combien dangereuse, et lorsqu'enfin il l'expira, ce fut par une des fenêtres à portée de main, qu'il avait pris le soin d'entrouvrir. Il la referma dès qu'un peu d'air frais eu chassé le dernier petit volute trainant entre les barreaux, et rangea soigneusement sa pipe favorite dans l'écrin que lui avait apporté son homme de main, alors qu'Eden s'adressait à lui de nouveau.

- Je préfère encore espérer pouvoir y tenir une place d'invitée que d'esclave, même si pour vous, la seule chose qui change, c'est qu'un invité reste de son plein gré. Dans tous les cas, vous allez obtenir ce que vous souhaitez.

- Tous ceux qui ont croisé ma route te le diront, mon enfant. J'obtiens TOUJOURS ce que je souhaite.

Elle se leva, se dirigeant vers les noirs barreaux de sa cage dorée après avoir achevé le digestif qui se trouvait dans son verre, et fit une remarque quand à de possibles pratiques qu'Orkem pouvait effectivement mettre à l'occasion en oeuvre, et dans lesquelles il devait bien admettre exceller. La force de l'habitude, sans doute. Il soupirait doucement, son corps commençant à être agité de petits spasmes musculaires...elle ne pouvait pas le sentir, mais elle pouvait le voir: il se retenait pour ne pas hurler de douleur. Il l'écouta ainsi poser des conditions, comme si elle avait été une femme d'une noblesse quelconque qu'il aurait invitée dans son palais, qui lui parlait sans même le regarder. Elle se tourna vers lui -un peu vite pour son organisme, qui avait visiblement du mal avec les alcools de Sezni-, et lui adressa une dernière requête. Il serrait si fort les dents que ses sternocléidomastoïdiens en étaient tendus comme des cordes d'arbalète, sa respiration saccadée, les pupilles dilatées et les yeux brillants comme des diamants polis, il l'écouta néanmoins malgré la douleur. Orkem n'avait que faire de se montrer sous ce jour, mais il aurait pensé quitter cette pièce avant d'arriver à cet état, alors, soutenu par Dhelm, il aurait pu rejoindre son office pour une longue session de lecture paisible...mais ce ne fut pas le cas. Aussi prêta-t-il une attention toute particulière à la demande de la demoiselle, qui l'amusa quelque peu, mais surtout, qui eut le mérite de le détendre suffisamment pour l'y laisser répondre.

-Si, comme vous dites, vous appréciez ma compagnie, ça ne sera pas un grand sacrifice que d'essayer de ne pas être vous-même pendant ces deux jours.

- J'accepte...de t'épargner d'éventuelles...exactions de ma part, quoi que je ... je n'en avais pas prévu durant...hhh...durant ton séjour ici... Quand à cette dernière requête...Je pense au contraire...que je devrais...arrêter de jouer un rôle...comme je l'ai fait il y a cinq ans...Et pendant ce repas...Shore saura ou me...trouver si tu as besoin de quoi que ce soit...Mais tu devrais...te reposer...

Il se leva lentement du coin de la table, s'éloignant sans accélérer la cadence, d'un pas lourd mais encore maîtrisé, prenant une canne à la sortie de la salle, sur laquelle il s'appuya pour laisser Eden se reposer. Le plateau couvert de pâtisseries et de fruits resta sur la table, quoi que Shore vint débarrasser les assiettes sales. Il laissa un couteau, une assiette, un verre ainsi qu'une fourchette propres à la demoiselle, et posa à côté de ceux-ci une serviette brodée dont l'odeur fleurie indiquait qu'elle venait également d'être lavée. Orkem était plus que confiant : elle ne tenterait rien pour s'évader. Sans doute tenterait-elle d'échafauder des plans (d'ailleurs, c'était probablement déjà le cas), mais la sécurité du lieu était, pour quelqu'un comme elle, à plus forte raison sans soutien de l'intérieur, absolument impossible. Lui laisser un couteau était à la fois une preuve de confiance, et à la fois une manière de la narguer quelque peu. Elle pourrait le cacher et tenter de venir embrocher son "hôte", mais quoi qu'il fut dans un état second, Vahlaan avait assuré ses arrières par la présence de deux gardes dociles (quoi que le terme exact eut été "obéissants"), mais également par sa seule personne : l'ancien militaire, même ivre et abruti par le venin, saurait faire le poids face à une esclave sans aucun entrainement.

Il se fit d'ailleurs, sur le chemin menant à ses quartiers, la remarque qu'elle avait pris un peu de ventre et de cuisses depuis leur dernière rencontre, mais la chose était compréhensible: elle vivait désormais comme une petite favorite d'un noblaillon de pacotille, alors qu'à l'époque, même si elle mangeait à sa faim, elle n'en était pas pour autant gâtée. Il s'avéra cependant déçu d'une chose. Il s'attendait à ce qu'elle refuse le plat qui lui était proposé, car composé de viande. Elle aurait eu par ce biais l'occasion d'obtenir quelque chose de plus adapté à son alimentation, ainsi que la certitude d'être, tant qu'elle respectait les termes du contrat qu'il lui avait quelque peu imposé, bien traitée en cette demeure. Arrivant à son étude, composée sobrement d'un bureau basique, comportant trois plumes de tailles différentes rangées par ordre croissant, une bouteille d'encre ainsi qu'un support d'écriture, le tout secondé d'une chaise de bois inconfortable, d'une natte en bambou étendue sur le sol, et de quelques rangements tous soigneusement numérotés, dans lesquels pas un seul papier ne volait; il posa son manteau, se mettant torse-nu, et d'un geste, alluma toutes les lampes de la salle sans fenêtres, ainsi que la cheminée, a côté de la natte, devant laquelle il s'assit en tailleur, passant ses mains entre les flammes.

Il se sentait bien, à proximité de cette source de chaleur, apaisé. Des formes dansantes, invisibles pour tout autres, vinrent s'ajouter à la chorégraphie flamboyante qui s'offrait à son regard, et il ferma les yeux pour mieux visualiser le tout, son esprit embrumé profitant enfin de la douleur physique et du soulagement mental que lui apportait le venin de scorpion. Dans sa folie douce et brumeuse, il voyait les sons, entendait les couleurs, les odeurs semblaient le toucher tandis qu'il tanguait doucement d'avant en arrière face aux flammes, dodelinant lentement de la tête de gauche à droite...Ces visions, ces "rêves du scorpion", comme il les appelait, il en avait chaque jour, car il ne se passait pas vingt-quatre heures sans qu'il ne s'adonnât à ce plaisir coupable. Et toutes n'étaient pas seulement des visions de son esprit : la plupart guidaient sa vie. Les autres n'étaient que des affabulations...ou des prémonitions. Ce jour-là, face aux flammes, il entrevoyait un avenir radieux, il entrevoyait des jours heureux, il entrevoyait tant de portes ouvertes qu'une vie humaine n'aurait suffi à toutes les explorer. Mais surtout, il voyait Eden. Et il la voyait sienne. Alors il se fit de nouveau le serment que cette vision n'était pas qu'un phantasme. Rouvrant les yeux lentement, alors que dans ses iris azurés se reflétaient les flammèches dansantes, il murmura pour lui-même, comme une lente mélopée dont le dernier mot semblait à la fois prophétique et mystérieux, objet de rêves et pourtant bien réel, dans cet océan de douleur et de calme entremêlés face au sinueux chemin de la destinée.

- Ce rêve...bientôt...sera réalité...Tu m'appartiendras...et tu le feras de ton plein gré...Eden.

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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 9 Juin - 15:38

Orkem Vahlaan
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Une cage dorée pour la plus douce des colombes
Des hommes de cette engeance, je pensais qu'il n'en était qu'à Sezni. Pourtant, je serais bien étonnée des créations des dieux et ce, même dans cette chère région que je chéris et porte en haute estime. Mais le fait est qu'il était pour moi la seule incarnation de tout ce qui pouvait être mauvais chez chez. « Tous ceux qui ont croisé ma route te le diront, mon enfant. J'obtiens toujours ce que je souhaite. » Proféra-t-il en insistant sur le toujours. Or certaines choses ne peuvent s'obtenir par la force. Je n'étais que trop bien placée pour savoir que ses désirs surplombaient sa raison. Les marques jonchant mon corps en étaient une preuve intemporelle. Mais il avait un argument de poids : qui me croirait si je venais à parler ? Ces marques, je pouvais très bien les avoir méritées. Les faire passer pour un accident était impossible, mais je ne suis pour les autorités qu'une exempte réduite à l'état d'esclave. Même Ranrek pourrait ne pas me croire si je venais à lui dire qui était cet homme qui m'avait fait tant de mal par le passé. Je constatai avec désespoir que j'étais seule. Comme depuis ce jour où j'ai quitté la cérémonie. Même le plus grand des cortèges ne saurait me faire croire que je n'étais plus seule. La seule personne avec qui je semblais exister n'allait être qu'un papillon éphémère... Un mirage, une oasis en plein désert. J'ignorais ce que j'étais pour lui, mais pour moi, Ranrek était bien plus qu'un bienfaiteur. Orkem pourrait bien me mentir sur sa situation que je ne prendrais même pas le risque une seconde qu'il ne lui arrive le moindre mal. Même si pour cela, je devais sacrifier certaines choses... Alors peut-être décidai-je de rester de mon plein gré. Mais ça restait sous le joug paralysant de ses menaces et de son statut. Sa parole contre la mienne... Sa vie contre ma liberté.

Mon geôlier était crispé. Comme s'il avait du mal à se réunir. Il paraissait être sous l'emprise de ce qu'il avait fumé. Ou peut-être de ce qu'il avait mangé. Le vif rappel de cette vision suffit à me donner un léger mal de cœur. Orkem me répugnait... « J'accepte... de t'épargner d'éventuelles... exactions de ma part, quoique je... je n'en avais pas prévu durant... hhh... durant ton séjour ici... Quant à cette dernière requête... Je pense au contraire... que je devrais... arrêter de jouer un rôle... comme je l'ai fait il y a cinq ans... Et pendant ce repas... Shore saura ou me... trouver si tu as besoin de quoi que ce soit... Mais tu devrais... te reposer... » Sa réponse m'offusqua. Jouer un rôle comme il y a cinq ans... Un rôle. Tout cela ne pouvait être un passage de scène où la folie paraissait prendre le dessus. Il était très lucide, par le passé. Il savait ce qu'il faisait. Ne me faisant jamais assez de mal pour que je perde pied mais toujours assez pour que des séquelles, visibles ou non, restent telles les empreintes de son passage. Telle une marque qu'il apposerait sur son bétail. Or je n'étais pas sienne. Il n'avait aucun droit de me réclamer ni de disposer ainsi de ma vie. La possessivité dont il faisait preuve n'était qu'un tissu de mensonges qu'il s'est confectionné lui-même. Un ramassis de conneries. Et il semblait persister à s'y tenir. Je ne m'attendais pas à grand chose de bon pour les deux jours à suivre. Sa présence me brouillait les idées, m'empêchait de penser clairement et de rester rationnelle. Plus qu'un trouble, il m'empoisonnait l'esprit. Ou alors était-ce l'alcool qui me montait au cerveau et biaisait ma perception. Il chancela, se tint jusqu'à la porte de sortie où il attrapa une canne pour soutenir son poids. Ses pas étaient lents, comme le fut sa locution et semblait l'être tout son corps. Cet homme qui tourmentait mes songes, encore et encore... sans relâche depuis ces jours où il me maintenait captive. L'histoire allait-elle devoir se répéter ?

Ne manquant pas un instant de la peine dans laquelle il semblait se bercer, le regard perdu et vague, je hurlais en mon for intérieur qu'un coup du sort le frappe. Qu'il disparaisse en payant pour ses crimes. Pourquoi lui ? Pourquoi lui était en vie ? Ce monstre cruel et sans aucun état d'âme ? Sans empathie et sans aucun sens commun ? Un pathétique mégalomane à qui l'on a accordé pouvoir et influence pour étancher ses déviances. Pourquoi lui n'avait pas été immolé ? Pourquoi était-il protégé par Malaggar ? Ma sœur aînée avait tellement bien plus de choses positives à apporter à ce monde que celui... La vie ne se méritait pas, je n'étais pas sans le savoir. C'est un don des dieux et il faut respecter toutes les créatures qui avaient eu la bénédiction de cette vie. Mais lui... Lui... Je devais reconnaître enfreindre mon culte en ne souhaitant que sa fin. Cette pensait me terrifiait et en même temps me permettait d'extérioriser. Enfin... de l'intérieur... Je savais qu'il me serait incapable de lui nuire physiquement. De par ma faiblesse évidente physique, même de par son pouvoir, mais également de par ces principes qui me collent au point de préférer le laisser en liberté plutôt que de l'empêcher de faire du mal. De façon durable. Bien d'autres personnes à ma place n'auraient pas hésité à tenter leur chance. Ce n'étaient pas les moyens qui manquaient. Mais je ne souhaitais pas me rabaisser à ce niveau. Le tuer reviendrait de plus à lui rendre service. Dégénéré qu'il devait être, perdre la vie serait finalement un soulagement également pour lui. On ne peut vivre avec sur la conscience tout ce mal qu'il a dû faire. C'est impossible. Pas s'il y a la moindre essence humaine en lui... Ce dont je commençais toutefois à douter.

Le garde serait à ma porte. Le repos était un conseil sûrement bien avisé vu ce qu'il devait me réserver. Les émotions m'avaient coûté bien plus d'énergie que je ne l'aurais souhaité et l'alcool me tournait dans la tête, la rendant aussi lourde qu'une enclume. Mais il me serait impossible de trouver le moindre repos entre ces murs. La chambre était bien plus petite qu'au palais, cependant, il y avait tout le confort nécessaire. En temps normal, sans l'hôte fourni avec, j'aurais sûrement aimé cet endroit. Moins fastueux et sans tout un troupeau de Ergorn et de domestiques prêts à me rappeler que ma place était tout en bas de l'échelle et que la seule raison de ma présence dans les appartements de Ranrek était que je représentais son petit caprice. De la façon dont il me regardait et dont il me respectait, gardant distance et attention sur une balance qu'il m'arrivait moi-même de vouloir faire pencher, je n'étais pas seulement un caprice. Il avait de l'affection pour moi et ses attentions n'étaient pas seulement le comble du manque qu'avait laissé sa défunte femme. Il avait probablement eu le temps de combler ce vide. Il n'était pas le genre d'homme à passer inaperçu et ne manquait pas d'élégance. Je soupçonnais même Leanor d'être attachée à lui bien plus qu'une domestique devrait l'être à son maître... Mais ces histoires me semblaient être d'une autre vie. La réalité qui me rattrapait était celle de mon passé qui resurgissait tel un boomerang que l'on avait envoyé très loin et qu'on avait oublié de rattraper. La porte fermée, je me retrouvai seule dans la pièce. Me dirigeant d'un pas rapide vers le lit, je pris l'un des oreillers, plongeai ma tête dedans et hurlai de toutes mes forces en le maintenant contre mon visage. Les cris étouffés ne devaient pas s'entendre à l'extérieur. Ce qui était en tout cas l'effet recherché.

Lorsque le souffle vint à me manquer, j'enlevai l'oreiller et le laissai tomber sur la couche. Il était humide des larmes de colères que l'expression de ma rage avait fait couler. Mais criait ne changeait rien. Dents et poings serrés, je luttai en vain pour ne pas fléchir et m'effondre en sanglots. Incapable de réfléchir à quoi que ce soit, je m'abandonnai à cette faiblesse durant une dizaine de minutes avant de parvenir à me relever et à sécher ces larmes. mais en vérité, j'étais inconsolable... Pleurer ne servirait à rien, c'est tout ce dont j'étais sûre. Doucement, je fis le tour de la pièce, tentant de trouver une idée,l'illumination capable de me faire quitter cet endroit en vie et le plus intègre possible. Le couteau ne me serait pas utile... Je glissai mes doigts sur la table débarrassée par Shore. Le tiroir, la bourse, la bête dont il avait mangé l'homonyme. Je le tirai doucement et vis la bourse se mouvoir. Un gémissement de peur m'échappa et je fis un pas de recul en sursaut. Cette... chose... partageait les lieux. J'aurais bien aimé la relâcher, mais elle ne semblait pas être très adaptée à la civilisation. Je préférai refermer le tiroir plutôt que de risquer qu'elle n'en sorte et ne s'en prenne à moi. J'ai toujours eu un bon sentiment avec les animaux. Mais à Sezni j'ai vu des prédateurs bien plus féroces que les hommes. Et pour cause : la sécheresse, la faim... Un désarroi que je ne pouvais que comprendre, l'ayant subi. Cela n'avait pas été le plus intelligent de mes tours, loin s'en faut, mais en cette époque, je préférais mourir à essayer de m'enfuir plutôt que de le laisser poser la main sur moi une fois de plus.

Qu'est-ce qui avait changé aujourd'hui ? Vouloir me prouver que j'étais assez forte pour passer au-dessus de tout ce qu'il pourrait me faire était assez présomptueux. Mais je ne voulais pas abandonner... Mes yeux parcouraient la pièce, sans grande inspiration. Les barreaux à la fenêtre symbolisaient bien la prison dans laquelle je me trouvais... La villa me paraissait grande, même vu de l'intérieur. La chambre devait se situer au premier étage. Mais les murs semblaient, le plafond haut était le témoin de la dimension imposante que devait avoir l'édifice. Effectivement, ça ne devait pas être le genre de bâtisse que l'on confond. Les maisons voisines paraissaient bien plus modestes, mais nous devions nous trouver dans le cœur prestigieux du quartier Sud. Je soupirai longuement. Ma tête tournait. Consommer des substances pouvant altérer mon esprit n'était pas des plus prudents... Je me tournai vers un petit meuble composé d'étagères où quelques livres s'étendaient. Ils semblaient ne pas avoir bougé de là depuis des lustres et pourtant, la poussière se faisait rare. Orkem devait sûrement avoir des domestiques tout autour de lui qui s'occupaient de ses affaires. Délicatement, j'en sortis un au hasard. Les livres étaient chose rare. Je n'avais que très peu de fois mit les pieds dans la bibliothèque du palais, n'étant pas une grande littéraire. L'érudition était un luxe que rares les paysans pouvaient s'offrir. Je m'estimais déjà heureuse d'avoir eu une mère assez instruite pour nous apprendre à lire, écrire et éveiller notre curiosité intellectuelle. Le livre n'était fait que de quelques pages usées manuscrites. La calligraphie semblait peu travaillée mais dénotait une très bonne aisance à l'écriture. Je vins m'asseoir sur le bord du lit et tentai de déchiffrer quelques lignes. Cela avait au moins le mérite de me faire penser à autre chose...

Des mots défilaient mais je peinais à saisir le sens. Me concentrer était compliqué. Sûrement à cause de l'alcool ingurgité si vite. Mon gabarit n'était pas vraiment fait pour résister à ce genre de breuvage. C'est sans grande surprise que je sentis ma tête pencher jusqu'à se poser sur l'oreiller que j'avais nonchalamment remis sur le lit. L'ouvrage encore ouvert dans les mains, mes paupières se fermèrent et je sombrai dans mes songes. D'abord il y eut un voile noir, puis mes démons abattant les anges venus m'aider. Je perdrais le visage de ma sœur et de Nymeria dans les flammes, Brehn et Ranrek se fondaient comme des ombres m'abandonnant. Et son visage, plus persistant que jamais, revenait inlassablement. Il m'était impossible de me défaire de sa vue. Une aura de flammes terrifiantes l'entourait et je ne pouvais que fuir. Courir plus vite, plus loin. Mais comme à chaque fois que je parviens à lui échapper dans mes rêves, je finis par me prendre cette branche qui me griffe à me laisser encore aujourd'hui une trace de son passage. Une main chaude se pose sur son épaule. Mais ce n'est pas celle de Ranrek... Je me retourne et cris à m'en déchirer la voix en voyant le visage d'Orkem déformé par différentes marques qui le rendent encore plus effrayant. Mais lorsque je me réveille en sursaut, je comprends que ce n'est qu'un mauvais rêve. Non... plus maintenant. Le cauchemar semble de retour. « La seule façon que j'ai trouvé d'apaiser mon esprit lorsque je me réveille à bout de souffle à cause d'un de ces cauchemars, c'est de prendre un bain. L'eau nettoie tous mes soucis, toute ma tristesse et toute ma douleur. » Puis-je entendre en écho dans mon esprit. Les paroles de Ranrek n'étaient pas forcément d'une philosophie ni d'une sagesse indiscutable, mais cela avait le mérite d'être abordable... Un bain... Mais je me contentai de rester allongée, tirant les draps à moi, essayant de chasser ce mauvais rêve avant que le pire n'arrive.

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~#~Sujet: Re: Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden) Ven 9 Juin - 15:40

The taste of the smoke on my red, bloody tongue, floating in my mouth and spreading in my brain, the acrid smell of smoke in my red, scratched nose, scratched by the devil in my shipwrecked mind, the contact of the pipe with my burning fingers, the sound of my mind slowly consummating, the vanishing white smoke, smelling orient and dreams, floating in the air for short, running seconds, as my mind lost himself in my head's labyrinth. Minotaur, in my dream, runs between bending walls of his golden prison with rusted iron walls, enclosed in the white shadow of the black wings of my smoke-made raven, evangelist of my soul wearing the wooden cross, ebony cross where I lay down, crucified with golden claws, looking at the world by the eyes of my soul, scattered and smashed between the marble blocks of the white stone made doors at my soul's entry, Hercules' columns of my third eye, decaying and falling off on reversed sinkholes of my soul, as I fly with them to the highest cliffs of my world...

Ô, flowers of the past, ô, geist of my nightmares! I don't fear you at all, running black horses galloping in the fog, your eyes are turning red, red as my candy blood for my own vampires, sucking, sucking my blood with the pride of white knights, under the pale glowing of the white moon, so white, so white that I ain't got and I will never have words, words...words to describe and to give to those white knights, this white moon, as my head's still floating above my chamber's door and my soul from out that shadow that lies floating on the floor shall be sealed, nevermore, in my own cage as the bird flies away, lonely and hungry, angry against the world, turning so round around the axis of war and peace, as I dig in the mud of my drying, red lips only touched by the silky touch of my smoky breathing as I fall from the sky, infinite paradise, and as I left my moon to the black and white knights in the lost memory of my awaken dreams, as the bird has flown away from the white, vanishing cage, flying and falling cage in which in close myself as I cross my arms on my coat,  as I cross on that black coat my arms, that black coat, black and more, more than black, real night in the sky and the streets of the town, black night without words, words of my fevered dreams, and my reality come back as I drown in myself, in my soul, and in the oxygen coming back in my lungs as I sadly inspire and slowly expire, ind a broken, broken breath, in this black and bare room where I just sat on the floor and whispered « Nevermore»...

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au jeu des surnoms, on m'appelle...:
 
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Une cage dorée pour une bien douce colombe (PV Eden)
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