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Happy Meal ~ [PV Eden]

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Orkem Vahlaan
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❝ Message : 136


~#~Sujet: Happy Meal ~ [PV Eden] Ven 9 Juin - 16:05

Orkem se montra confiant et silencieux durant tout le trajet qui les séparait de la salle de banquet. Moïra se décomposa en les voyant passer, face à ces deux attitudes si différentes, en voyant le loup à côté du mouton. Dhelm, pour sa part, semblait s'en moquer au plus haut point, prenant sa petite protégée par les épaules pour la déconnecter de la vision du maître des lieux et de son "invitée". Dans son attitude, tout indiquait qu'il avait composé un véritable blindage émotionnel, qu'il n'avait, lors de ses fonctions, qu'une façade de marbre à montrer. Eden avait, en quelques heures à peine, perdu le soutien des deux seules personnes dans cette maison qui auraient pu l'aider à surmonter son séjour ici, et il y avait à parier qu'elle aurait fort à faire pour rectifier le tir si elle le souhaitait. Ce soir-là , elle serait dans une position compliquée, et elle le savait. Ce soir-là, elle se trouvait dans une situation que ni Dhelm ni Moïra n'auraient souhaité, quand bien même ce fut à leur pire ennemi, mais ni elle ni lui ne seraient en mesure de l'aider. Du moins le pensaient-ils jusqu'à ce qu'Orkem tende son bras vers Moïra en lui faisant signe de les suivre, sans même lui accorder un regard. C'était là sa manière usuelle d'appeler silencieusement ses serviteurs, Dhelm n'aurait eu droit qu'à l'évocation de son prénom, comme on aurait appelé un chiot à venir au pied de son maître. Tous s'y faisaient assez vite : ce n'était pas là une marque de mépris de la part de Vahlaan, mais son habituelle manière de s'adresser à ceux qui lui devaient obéissance.


La vie auprès de lui, déclarait-il à toute personne entrant à son service, ne serait pas facile comme celle d'un noble lucrézien, mais bien difficile, parsemée d'embûches, parfois austère, parfois calme comme les nuits à Inaki, parfois ardente, comme le soleil de Sezni par les plus chaudes journées d'été lorsque l'astre du jour était à son Zenith. Tous le savaient. Et tous l'avaient accepté. D'un signe de tête, il donna son ordre d'ouvrir la porte de la salle de banquet à Moïra. La jeune femme s'en chargea sans rechigner, laissant enfin voir à Eden la salle qui lu avait été interdite jusque là. Grande, majestueuse, la salle de banquet pouvait sans mal accueillir plus de quatre-vingt convives et comportait, en plus de l'espace de restauration, deux scènes, un parquet de danse, ainsi que deux fontaines intérieures. Les murs de marbre noirs étaient ornés de ciselures d'or, couverts par endroits d'étendards alternant entre l'emblème de Sezni et le sceau du propriétaire de ce petit palais. Une salle impressionnante, mais ô combien nécessaire pour un noble Seznien. Une seule table, sans réelle prétention, ni trop longue pour qu'ils ne puissent se parler, ni trop courte pour qu'ils soient dans la zone de confort l'un de l'autre, les attendait. Etrangement, un troisième couvert en couvrait la nappe rouge et or. Il tira la chaise pour Eden et l'invita à s'asseoir d'un geste poli.


Dhelm referma lentement la porte, et son soupir, long et anxieux se fit entendre, probablement à raison. Une fois Eden assise, Orkem attrapa une autre chaise dans un coin de la salle avant de poser une quatrième chaise autour de la table, à laquelle il fit asseoir Moïra, sur la longueur de la table. La place la moins rassurante, très probablement. Vahlaan était toujours aussi (peut-être même trop) calme, et cela se marqua encore plus lorsqu'il s'assit à sa place, prenant la parole avec une sérénité impressionnante.

- Je voulais discuter avec vous deux avant que nous ne commencions ce dîner, Eden. Moïra. Je te laisse commencer?
- Monsieur, je...je ne vois pas...
- Baste! Tu es plus perspicace, d'ordinaire! Eden t'a mise au courant de ce qui s'est passé il y a cinq ans. Je t'ai dit ce que j'en pensais tout à l'heure, et je t'ai fait une proposition. J'en attendais tes conclusions.

- ...Je reste, monsieur. Pour le moment, je reste. Vous m'avez proposé un espèce de licenciement volontaire pour vous assurer que je ne parle pas. Mais ce ne sont pas mes affaires, et si je veux être en mesure de faire quelque chose dans ma vie, je préfère rester. Ici, je peux me former à tout, apprendre ce que je veux, et j'ai une position plus que confortable. Si vous me laissiez un peu plus de temps pour voir mon grand frère, à l'occasion, ce serait parfait, le reste de ma famille habitant ici, mais...Je ne suis pas en position de le demander.

- Nous en rediscuterons, mais je n'y vois pas d'inconvénients. Je te demande beaucoup pour quelqu'un de ton âge, mais si tu veux prendre un jour le poste de chambellan, cela demande un travail monumental...et un chambellan féminin doit être en mesure d'en faire encore plus pour justifier sa place dans notre monde.

-Je sais.

- Cela dit...Je m'étonne que tu dises que ce dont t'a parlé Eden ne soient "pas tes affaires" au vu de la manière dont ces révélations t'affectent. Et je le suis encore plus que tu choisisses de rester après ça.

- Nous en avons déjà parlé, monsieur. La personne que décrit votre invitée, sans vouloir vous offenser, mademoiselle, n'a rien à voir avec le conseiller Vahlaan que je connais. Je sais que dans la noblesse Seznienne, les fautes des aïeux reposent sur les épaules de la famille entière, mais ce n'est pas mon point de vue. Ce n'est pas mon fardeau. Et pourtant je sais que vous pourriez me carboniser en un geste pour protéger vos intérêts, les joies des sphères politiques, sans doute., déclara-t'elle en montrant une façade froide et déterminée, occasionnant un petit rire amusé chez Orkem.

- Tu ne passerais pas du temps avec Dhelm, par hasard? J'ai l'impression de l'entendre à travers toi de plus en plus!, dit-il calmement alors que cela semblait amuser la jeune femme.

- Il faut bien se trouver un mentor...

- Tu as tout à fait raison! Bien, j'imagine que nous nous sommes tout dit, j'ai préféré réglé cette affaire avant le dîner. Dit à Davari de prendre la suite et prends ta soirée pour te préparer! J'ai donné quelque chose pour toi à Shore, hier, il te le transmettra au moment de ton départ, c'est lui qui garde l'entrée principale toute la nuit.

- Merci, monsieur., dit-elle en courbant la nuque, avant de saluer Eden de la même manière, Je vous prie d'excuser ma froideur, mademoiselle. Je n'aurais pas du me laisser influencer par mes émotions. Puisse le repas vous plaire, notre chef est un des meilleurs de la ville.


Elle fit place nette alors qu'une femme plus âgée entra. Elles échangèrent quelques mots à voix basse, et Davari remplaça la jeune servante, amenant plusieurs bouteilles et carafes, ainsi que deux verres en cristal bordés d'or fin. Il se servit un verre d'une liqueur ambrée, visiblement  fort alcoolisée, d'après le haussement de sourcils de la domestique, peu habituée à voir son maître boire de l'alcool en dehors du traditionnel toast à l'entrée d'un repas, mais à ces occasions, Orkem était plus habitué à un simple verre de vin. La femme présenta le plateau à Eden,s'inclinant légèrement au passage comme elle l'avait fait devant le conseiller. Orkem avait les sourcils froncés, non pas de colère, mais comme en proie à une intense réflexion.

Il n'observait pas Eden. Il observait par dessus l'épaule de celle-ci. Ou plutôt, il n'observait pas, tout simplement. Le regard perdu dans le vide, il  ne savait par où commencer. La jeunesse, la candeur de cette jeune femme l'obsédaient, le torturer. Comment diable quelqu'un pouvait-il être aussi innocent dans ce monde ? Il n'y avait pas de place pour ce genre de comportement irresponsable, dangereux, et pour elle, et pour les autres...Comment pouvait-elle persister? Il y a cinq ans de cela, il pensait l'endurcir, il pensait lui faire comprendre, tout en assouvissant ses pulsions, la dureté du monde, l'horreur de l'être humain. Avait-il échoué? Sans aucun doute. L'échec n'était pas quelque chose dont il était coutumier, et c'était là quelque chose qui le torturait. Comment? Pourquoi? Il s'intéressait au comportement des hommes et des femmes, mais elle était un véritable mystère pour lui. Cela le tracassait de plus en plus, au fur et à mesure du temps, et durant ces cinq années, il ne pouvait prétendre avoir répondu à ces questions.

- Je n'arrive pas à te cerner. Ca m'est très inhabituel.

L'aveu lui brûlait les lèvres. Il venait de s'avouer incapable de faire quelque chose. Si il avait été en capacité de se l'avouer, il en aurait été désolé. Au final, il avait gagné la partie matérielle : il pouvait faire de son corps ce qu'il voulait, quand il le voulait, il avait tous les leviers en main pour la garder ad vitam aeternam...Mais s'il pouvait la dominer, jamais il ne pourrait l'apprivoiser. Il ne l'entendait pas de cette oreille. La briser serait facile, il lui faudrait travailler, encore et encore, pour la remodeler, pour la re-créer, pour que cette Eden soit SA Eden. Sa créature, littéralement, de A à Z. Mais le pouvait-il réellement? Ne serait-il pas plus simple de la faire disparaître ou de la laisser en pâture à ce petit con arrogant de Ranrek Ergorn, qui, parce qu'il était un fils à papa qui s'entendait bien avec le Generalissime, se croyait en capacité de la posséder pour lui seul? Bien sûr que si. Hly'tha lui plaisait beaucoup, et il y en avait probablement une ou deux autres qui pourraient partager sa vie et lui faire oublier cette erreur de jeunesse....Mais il ne pouvait s'en défaire. Il était le prédateur, elle était la proie. Il était le chasseur, elle était la chassée. Il était le puissant, elle était la faible. C'était ainsi. Ce serait toujours ainsi. Et il la possèderait.

Ô combien il aurait aimé pouvoir le penser! Mais à cet instant, il l'observait, elle. Il restait neutre. Il restait calme. Impassible, encore et toujours impassible, voilà bien une constante qui ne changeait qu'en cas de force majeure chez lui. Il la détaillait, restait d'un calme parfait, son verre en main. Il fit tourner le liquide dans celui-ci, attendant qu'elle soit servie, d'une boisson alcoolisée ou non. Il pouvait lui offrir tout et n'importe quoi. La puissance. Le retour à la grâce de la Terre. Une vie calme, bien plus calme que cette vie traquée, torturée, observée. Bien plus came qu'à l'instant où il avait déclenché le dispositif qui lui avait rapporté une quantité d'informations phénoménale sur la jeune femme, bien plus encore qu'au moment de la capturer pendant le voyage, il observait Eden comme un joaillier observerait une création magnifique dont il percevrait un détail imparfait.

- Mais ce que je ne comprends pas c'est que tu ne te sentes pas en sécurité dans ces murs. Quand je suis dans la même pièce, c'est compréhensible...mais...ce n'est pas toujours le cas. Preuve en est de la scène que tu as faite à Moïra. Je la connais bien, elle aussi. Elle voulait juste t'aider.





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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Ven 9 Juin - 16:06

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Happy meal
24, dixième lune de l'an 836 ☙ Il m'était difficile de penser à quoi que ce soit entre sa présence et son calme imperturbable. Au-delà d'un sentiment de malaise, je m'attendais à chaque instant à ce que sa voix tonne dans le couloir et que le calvaire qu'il m'avait fait vivre reprenne de plus belle. Je redoutais tellement cet instant que je croyais m'en décomposer à chaque pas que nous faisions. Les mains jointes, comme si me tenir les mains pouvait m'assurer le moindre soutien, je suivais les pas d'Orkem dans un silence que s'arrachaient la peur et l'assurance. Il paraissait si sûr de lui que tout me semblait joué à dix coups d'avance. Comme si d'une plume, il avait le pouvoir d'écrire l'histoire. Comme s'il était l'homonyme de la fatalité venant frapper à ma porte pour me ramener dans ce torrent d'ignominie auquel il s'échine à vouloir m'affiler. Je ne voulais pas marcher dans son jeu, je souhaitais me battre. Mais quand bine même je pourrais avoir la moindre chance contre lui, je sais pertinemment au fond e moi, que jamais je ne l'utiliserai. De part le fait que ses moyens semblaient innombrables et que les personnes auxquelles je tiens sont déjà sous sa lame - ou ses flammes - et du fait que je n'avais, malgré les années passées à me tourmenter, pas cette violence nécessaire en moi pour chercher à lui faire du mal. Quel intérêt cela servirait ? La vengeance, pour qu'elle soit complète, devrait lui être infligée dans un passé que je ne soupçonne même pas qu'il ait pu vivre tant il n'est, à mes yeux, que brutalité et perversion. Et après, quoi ? Cela effacerait-il ce qui a été fait ? Me sentirais-je mieux de savoir qu'il a "payé" un tribu pour quelque chose qu'il m'a ou va me faire ? J'ai passé cinq années à vivre sans penser qu'il puisse concrètement me retrouver. Je n'avais que son souvenir à effacer, terrer au fin fond de mon inconscient. La seule chose concrète qu'une vengeance changerait, c'est que je rejoindrais la noirceur qui l'abrite depuis sûrement des décennies. Et je ne voulais pas me rabaisser à cela. Je savais que quoi qu'il se passe pour lui, ça ne changerait en rien ce qui s'est ou va se passer pour moi.

De mon rang social si insignifiant, de mon existence transparente, je ne pouvais lutter contre un tel homme. Le fait qu'il soit au service de celui dont le nom paraissait faire frémir Oranda elle-même le transportait dans un monde si opposé au mien... Ce n'était plus une différence de cour, mais un gouffre abyssal infranchissable. Je n'avais rien à faire dans son tableau, autant qu'il n'avait rien à faire dans le miens. Deux âmes opposées qu'il s'entêtait pourtant à faire coexister. Ceci n'était pas pour me déplaire ; je préférais être en vie plutôt que morte, balayée de ce paysage. Je n'y avais juste... pas mal place. Et je ne l'aurais jamais. Quelque soit le projet qu'il avait pour moi, je ne voyais que cette cabane oubliée de tous, éloignée de tout, où il s'accordait des instants d'égarements dont il n'a sûrement aucune notion de l'impact. En même temps, comment pouvait-il le savoir... La première fois que nos regards se sont réellement croisés, il détruisait ce que pourquoi je m'étais tant battue à obtenir... Cette marque qui prouvait à la fois mon appartenance à Gorka, à ma famille, à ce monde, et le fait que la Cérémonie n'était qu'une géante machination qui ne pouvait définir réellement une personne. Bien des facteurs pouvaient empêcher un aspirant de dévoiler son don. La Cérémonie était une machine à Exempts. Un monde que j'avais été forcée de rejoindre si je ne voulais pas passer pour une folle s'étant brûlé le bras pour pouvoir user de cette excuse pour m'extirper de ma condition d'exempte. Cette façon dont me regardent les gens lorsque, discrètement, ils aperçoivent cette absence de don des dieux et cette cicatrice qui ressemble bien plus à un marquage d'esclave qu'à une simple brûlure... Face à tout cela, le seul avenir que je le voyais me proposer était son hospitalité. Comme on recueille un oiseau dont l'aile est blessée à qui l'on offre bons soins. Sauf que cet oiseau, Orkem n'avait pas le moyen de le soigner. Cet oiseau que, pourtant, il garderait enfermé près de lui, agonisant. L'enfermement ne sera pas fait de barreaux - quoi que les fenêtres en portaient - ni de cordes. Cette fois, il sera fait de chantage. De pression sur les personnes à qui je tiens.

Étonnamment, je me préoccupais bien plus de ce qui risquait d'arriver à mes parents ou à Ranrek, culpabilisant de les mettre dans une situation de danger -quand bien même ils pouvaient ne pas en avoir conscience - plutôt que de craindre ce qui m'arriverait concrètement. Orkem m'avait déjà fait subir tant d'horreurs... Que finalement, la prochaines ne seraient qu'une continuité que j'appréhenderai chaque jour sans penser à l'état dans lequel j'en ressortirais - si tant est que j'en réchappe une nouvelle fois, ce qui m'est impossible de concevoir vu les enjeux. Là où, il y a cinq ans, j'étais anonyme, un visage dans la nuit, une mélodie, j'étais devenue une véritable proie. Et lui mon prédateur naturel. Il savait tout de moi... Comme ma vie s'était déroulée à ses pieds dans un parchemin didactique. Sur notre passage, Moïra et Dhelm se tenaient. Ou plutôt, le garde semblait maintenir la domestique. Je fermai les yeux longuement alors que le poids de mes appréhensions, de mes erreurs et de cette pression qui se reposait lourdement sur mes épaules croissaient de ces mots que je regrettais d'avoir prononcer aux côtés de Moïra. Dhelm paraissait au courant, et s'il l'était, toute la maison devait sûrement l'être. Mais au reflet de miroir que nous étions, de deux côtés différents du Conseiller, ils devaient répudier ce que je pouvait penser d'Orkem, me honnir de cette aversion explicite que je ne pouvais réprimer à l'évocation de cet homme. Autant que je ne parvenais à les laisser me convaincre que je n'étais qu'une erreur de parcours qui l'obsédait. Peut-être que j'étais dans mon tort... Peut-être qu'une personne qui m'a fait tout ce mal dont je n'aurais pu imaginer l'existence même dans mes pires cauchemars auparavant, mais qui à côté, bénissait et chérissait toutes les personnes qui l'entouraient, je n'avais pas le droit de la juger. Peut-être que je devais simplement remettre cela à son homologue Fatalité. Accepter qu'il n'ait pour moi que ce désir de violence et de cruauté et à côté, le regarder avec les mêmes yeux admiratifs que Moïra. J'avais beau être Terre, de ces Terre que l'on ne voyait que dans les forêts reculées, loin des villes et des grands de ce monde, l'archétype même de la naïveté et de la candeur, cela me paraissait être au-dessus de mes forces. Et pourtant, j'avais l'impression que toute cette villa - de ses murs à ses domestiques - voulait me forcer à aller dans ce sens. Qu'elle m'en voulait de ne pas réussir à voir Orkem d'une façon autre que ce monstre...

Les portes du banquet s'ouvrirent à nous. J'ignorais pourquoi m'avoir interdit une pièce que j'étais amenée, dans tous les cas, à découvrir sans autre surprise que la contemplation du faste dont sont faites les maisons des grands de ce monde. De grandes et vastes pièces, des couloirs aussi larges que les artères principales de Lucrezia-même, des décorations si nombreuses reflétant richesse matérielle et un goût subjectif qu'il faudrait des heures pour détailler, ces boiseries sculptées et ces vaisselles ouvragées bien éloignées des écuelles et de l'inconfort. Maintenant que je pouvais attester de ce qui se trouvait dans cette salle, je m'en voyais légèrement déçue, ou plutôt contrariée. En même temps, à quoi m'attendais-je ? À un puits dans lequel s'il on saute, on arrive au milieu de la forêt fluorescente et tout nos soucis disparaissent ? La réponse à la grande question sur la Vie, l'Univers et le Reste ? L'héritage de mon aînée, à porter toutes les hypothèses que l'on souhaite sur l'inconnu. J'avais peur de ce qui pouvait m'attendre. N'aimant ni les surprises ni le doute. Mais tant d'inconnu s'offrait à moi dans ces deux jours et les jours à venir, qu'un instant d'égarement à cultiver l'imaginaire sur une curiosité donnée par l'interdit n'avait pu m'échapper. À y repenser, j'imaginais bien Hly'tha dans ce genre d'environnements. De quoi faire briller ses yeux de rêveries et d'encore plus d'histoires. Elle était une perle étincelante qui se mariait très bien avec l'argenterie et la finesse des tissus qui ornaient la pièce. Une étoile plus brillante que celles du ciel, de jour ou comme de nuit. Dans son ombre, j'étais plus la nuance pastel qui cherchait à apaiser, adoucir, raisonner tout en me laissant aisément portée par ma couleur. Même lorsque celle-ci m'a abandonnée... Même lorsqu'Orkem a voulu m'effacer, me ternir... Je n'étais pas aussi vive que ma sœur. Mais visiblement, j'étais tenace. Bien plus que je ne pouvais le penser. Si ces semaines passées dans la honte et l'humiliation la plus totale n'avaient pas réussi à m'effacer complètement, c'était alors bien la preuve que je pouvais lui survivre. D'une manière ou d'une autre.

Mes yeux eurent à peine le temps de balayer la pièce, tant elle était spacieuse et sublimée des diverses décorations, que l'hôte m'invita à m'asseoir. Subjuguée par le raffinement de cette pièce, je n'en semblais pourtant pas plus rassurée. Cela me donnait presque le tournis ! Bien au contraire. Je ne me sentais définitivement pas à ma place. Cette salle avait pour elle le fait de captiver assez mon regard pour m'empêcher de penser au poids de celui du Conseiller. Le bruissement de l'eau des fontaines d'intérieur avaient un pouvoir apaisant. L'eau était une solution à bien des maux... Orkem fit asseoir Moïra à la table. Posant mes yeux sur celle-ci, je remarquai un troisième couvert. Mais il n'était visiblement pas pour la domestique. Sourcils froncés, cherchant à comprendre ce qu'il se passait, j'eus rapidement ma réponse. « Je voulais discuter avec vous deux avant que nous ne commencions ce dîner, Eden. Moïra. Je te laisse commencer ? » Déclara la voix posée et grave d'Orkem. L'inquiétude s'ajoutait à mon appréhension. Je sentais mon cœur battre de plus en plus vite. Elle balbutia quelques mots, surprise, avant qu'il ne l'interrompt vivement. « Baste ! Tu es plus perspicace, d'ordinaire ! Eden t'a mise au courant de ce qui s'est passé il y a cinq ans. » Ma respiration se coupa un instant, laissant mon cœur battre dans le vide tant il avait pris de l'avance. « Je t'ai dit ce que j'en pensais tout à l'heure, et je t'ai fait une proposition. J'en attendais tes conclusions. » J'ignorais de quelle proposition il s'agissait et un sifflement dans mes oreilles me perturbait. Mes yeux alternaient entre Orkem et Moïra. Je n'avais rien à faire dans cette conversation, et ils me le faisaient tout deux bien sentir. Comme si ça n'était que la suite de ce spectacle qui m'était gracieusement et honteusement servi depuis mon arrivée en ces lieux. Moïra défendit ses intérêt avec vaillance, déclarant que tout cela ne la concernait en rien et qu'elle préférait rester, voyant tous bénéfices que ça lui apporter plutôt que le danger qu'elle risquait à rester ici. Je restai incrédule. Le visage plus triste que désabusé.

Le discours de Moïra me dépassait complètement. Mais en même temps, je ne pouvais pas lui en vouloir. À sa place, je me serais convaincue que ça n'étaient que des balivernes. Que tout cela n'avait jamais eu lieu. En fait, même à l'instant où je me serais entendue vider ce sac que je me traînais depuis trop longtemps, je me serais interrompue. À la fois indignée par un tel mensonge et suppliant que les mots cessent pour ne pas avoir à affronter le dilemme auquel Moïra devait faire face. Il lui faudrait sûrement plusieurs jours pour encaisser ces changements, et ce en dépit de ses efforts pour passer outre. Mais elle y parviendrait. Au moins, j'étais sûre de cela... « Je m'étonne que tu dises que ce dont t'a parlé Eden ne soient "pas tes affaires" au vu de la manière dont ces révélations t'affectent. Et je le suis encore plus que tu choisisses de rester après ça. » Je ne savais pas comment interpréter le ton d'Orkem. Cherchait-il une nouvelle fois à me prouver la loyauté et la dévotion de ses gens ? Devais-je comprendre en cela le début de son jeu fallacieux ? « Nous en avons déjà parlé, monsieur. La personne que décrit votre invitée, sans vouloir vous offenser, mademoiselle, n'a rien à voir avec le Conseiller Vahlaan que je connais. Je sais que dans la noblesse Seznienne, les fautes des aïeux reposent sur les épaules de la famille entière, mais ce n'est pas mon point de vue. Ce n'est pas mon fardeau. Et pourtant je sais que vous pourriez me carboniser en un geste pour protéger vos intérêts, les joies des sphères politiques, sans doute. » Lança-t-elle sans un seul accroc dans la voix, déterminée, sûre d'elle, comme s'il était normal qu'un politique face ce genre de choses. Mes lèvres serrées tremblotaient indiciblement alors que mes yeux s'humidifiaient. L'eau qui menaçait de perler sur mes prunelles bleutées brillaient subrepticement à l'éclairage modeste de la salle. Le témoignage de complicité entre les deux Feu me gênait au plus haut point. Je mourrais d'un opprobre qui semblait se déverser sur moi. L'amertume de ces larmes qui cherchaient à se faire violence remontait alors que je m'efforçais de déglutir en restant entière. Mes mains jointes, avant-bras posés sur le rebord de la table, j'entremêlais mes doigts et tentais de faire passer une part de ce malaise qui me pesait sous leurs sourires échangés en laissant la marque de mes ongles sur mes phalanges qui rougissaient à leur passage.

Cette première affliction, tel un prémisse à ce qu'allait apporter ce dîner comme lot de méandres, sembla terminée lorsque le maître des lieu en jugea ainsi. La domestique me salua d'une timide inclinaison dont mes yeux attestèrent sans qu'une seule autre parcelle de mon corps ne cille d'un millimètre. « Je vous prie d'excuser ma froideur, mademoiselle. Je n'aurais pas du me laisser influencer par mes émotions. Puisse le repas vous plaire, notre chef est un des meilleurs de la ville. » Une fois qu'elle eut pris congés, mon regard se posa sur mes mains. Évitant à nouveau tout risque d'être interpellé par Orkem. L'arrivée d'une autre domestique causa une distraction qui me permit de réunir mes esprits. M'autorisant à une seule longue respiration pour me remettre de cela, je pensais être parvenue à me calmer. Son regard m'échappait mais j'essayais de faire attention à ce qui se passait autour de nous. La servante lui tendit un plateau de divers nectars. Elle le regarda avec des yeux stupéfaits quant à son choix. « Je n'arrive pas à te cerner. Ça m'est très inhabituel », déplora Orkem. Ce qui s'ajoutait à mon envie de vouloir m'enfoncer vulgairement dans mon siège jusqu'à ce que je puisse le transpercer et me retrouver recouverte de terre... À la tête de la domestique et à la couleur du breuvage, je me décidai, une fois que ce fut-ce à mon tour, de prendre à l'inverse, la boisson qui me paraissait la plus claire. Transparente. De l'eau. Je me servis de gestes hésitants sous l'œil discrètement réprobateur de la dame âgée. L'interrogeant du regard, je me demandais ce qui pouvait être bizarre quant au fait de boire de l'eau à un dîner. Sezni était si pauvre en eau que cela ne se faisait pas ? Qu'il fallait forcément... bhheehe... Après une gorgée que je n'avais guère calculé si violente, je compris que ce n'était pas de l'eau. Toussotant bêtement, je reposai le verre et compris alors la réaction de la servante. Détestant une fois de plus ces coutumes de nobles ou de Feu à constamment proposer de l'alcool à leurs invités. N'était-ce pas pour les grandes occasions ? Des fêtes, des célébrations ? Il n'y avait rien à fêter, encore moins à célébrer. Luttant contre un haut-le-cœur qui laissa place à la sensation de brûlure qui tapissait le passage de l'eau de vie, je persévérais à rester d'apparence calme alors que je sentais son regard juger ma maladresse.

Mes yeux l'évitaient. Comme si cela pouvait occulter, à défaut de sa présence, l'acrimonie qu'il m'inspirait. « Mais ce que je ne comprends pas c'est que tu ne te sentes pas en sécurité dans ces murs. Quand je suis dans la même pièce, c'est compréhensible... mais... ce n'est pas toujours le cas. Preuve en est de la scène que tu as faite à Moïra. Je la connais bien, elle aussi. Elle voulait juste t'aider. » Ses mots m'interpellèrent toutefois bien trop pour que mon regard ne finisse pas par croiser le sien. Pensif et scrutateur. « La... scène ? » Je sentais cette boule au ventre revenir comme l'annonce d'une tempête par les vents qui se lèvent petit à petit. Serrant les dents, je m'efforçai de garder mon calme en ravalant l'offuscation de mon ton, détournant une nouvelle fois mes yeux des siens. Comme si je me ravisais de vouloir rentrer dans son jeu. Bientôt, il allait me reprocher d'avoir vécu ce qu'il m'avait infligé. J'allais être le monstre et lui l'innocent. Cillant longuement, il fallait que je me résolve à lui répondre au risque de provoquer sa colère. Il n'aimait pas attendre une réponse, ne laissant guère le temps de la réflexion. « J-je suis désolée pour Moïra. Elle n'avait pas à entendre tout ça, je sais bien. » Avais-je à endurer ce qu'il m'avait fait endurer . Vivre avec ce passé qui me tourmentait et m'avait paralysée toutes ces années ? Je n'avais pas de jalousie envers Moïra qui, jusqu'à lors, avait le luxe de vivre en ignorant les vices de son maître. Je me sentais idiote d'avoir cédé face à elle, d'avoir entrevu cette fenêtre ouverte dans laquelle je pouvais essayer d'alléger ce poids qui, enserré dans mon esprit par un étaux qui se refermait à chaque parole d'Orkem, menaçait de me faire imploser. La culpabilité que je ressentais pour ce laisser-aller ne changerait rien, de toute façon. Le passé est tristement et fatalement immuable. « Ça ne se reproduira plus. » Me contentai-je de prononcer entre mes dents serrées. Je bougeais frénétiquement mon genou et mordillais mes lèvres. Les éclats luminescent se reflétant sur mes prunelles s'étaient dissipés pour laisser place à un regard plus fermé, plus sobre. Une froideur qui pouvait paraître hostile tant on n'était pas habitué à voir un tel manque de douceur dans mon regard.

Quelques secondes planèrent au-dessus de nous comme si le temps lui-même se mettait en suspend pour nous accorder une chance de nous prononcer. Rester muette ne changerait rien. Il m'était impossible de dire ce que j'avais sur le cœur. Impossible de décrire ce que je pouvais ressentir. Les mots et adjectifs se bousculaient, tonitruants dans mon esprit. Si je m'accordais d'en laisser sortir un seul, même le moindre, alors ce serait un déferlement, un flot intarissable de cinq années passées dans des cauchemars aussi torturés les uns que les autres. À me nourrir d'une solitude que je prenais comme méritée, comme plus légitime qu'à mes désirs, qu'à mes rêves qui, au fil des jours, s'étiolaient. « Vous ne vous êtes jamais dit que si vous ne parveniez pas à me cerner, c'était peut-être parce que nous étions l'opposé l'un de l'autre ? Deux faces d'une même pièce qui n'étaient pas vouées à se rencontrer, jamais ? » Ma voix était douce, presque mélodieuse alors que je la voulais aussi impassible que possible. Mon regard se replantait peu à peu dans le sien. Les yeux s'embrumant une nouvelle fois de cette eau saline que je n'autorisais pas à perler. « Le seul endroit où je pourrais me sentir en sécurité, c'est un endroit où vous ne pourriez plus jamais, jamais, me faire le moindre mal. Par des gestes ou par des mots. » Je baissai les yeux. Presque honteuse d'avoir prononcé cette pensée. Je replaçai mes mains sous la table, sur mes genoux, toujours liées. Les politesses, la bienséances et les bonnes manières n'étaient pas quelque chose de naturel chez moi. Je ne pouvais feindre de me sentir dans mon élément en ces lieux. Même si on m'y forçait, je crains de ne pas en être capable... Constatant que j'avais là la réponse à une partie de sa question, je ravisai de me refermer et le lui déclamai : « Je sais que je pourrais probablement bien plus facilement trouver ma place ici que chez les Ergorn... et ce malgré que ce soit votre demeure. Le fait est que je ne peux pas me sentir en sécurité en étant si entourée, servie, cloisonnée... Je ne suis pas de ce monde. » Mon ton et mon expression transpiraient d'une gêne qui dénotait plus d'une déclaration d'excuse que d'un moindre reproche. Même le jardin, aussi beau pouvait-il être, ne saurait remplacer la plénitude qu'évoquait en moi les forêts. Que ce soit la jungle de Dahud ou la Forêt Fluorescente de Gorka de mon enfance...

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Ven 9 Juin - 16:07

Il souriait calmement, sans la moindre once d'agressivité. Etonamment, ce n'était pas un sourire satisfait, mais en un sens...Protecteur. Presque paternel. Cette jeune femme avait dit juste. Ils étaient les deux faces opposées d'une même pièce. Une femme et un homme. Une blonde et un châtain. Les yeux verts. Les yeux bleus. Elle, fêle, venant de Gorka, lui, musculeux, venait de Sezni. Elle était une roturière. Il était un noble. Elle n'aspirait pas au pouvoir. Il transpirait le pouvoir. Elle se voyait libre, erratique, il ne se voyait pas autrement que dans un cadre limitant, mais dont il contrôlait les bordures à la perfection. Tout les opposait. Et cela le fascinait. Il ferma les yeux quelques secondes en soupirant, longuement. Il se leva lentement, et fit le tour de la table, tout aussi lentement. Il ne la regarda même pas. Il ne la toucha pas non plus, et tira un drapé qui cachait un tableau, laissant tomber au sol la pièce de velours rouge pour dévoiler une toile, sans cadre. Il ne s'agissait pas d'un tableau de maître connu (et pourtant, il y en avait quelques uns dans sa demeure), ni même d'une représentation que l'on s'attendrait à retrouver chez un Seznien.

- J'entends et comprends. Mais je ne partage pas ton point de vue à cent pour cent. Pourtant, il est parfaitement logique. Et...Arrête de me vouvoyer, s'il te plait. Je sais bien que mettre de la distance entre nous est tout ce qui t'importe, mais j'ai du vouvoiement à longueur de journée, c'est...lassant.

Il poursuivit lentement son tour de la pièce. Six toiles couvertes furent bientôt découvertes à la lueur des bougies, tandis que la domestique qu'il avait faite mander leur apportait à chacun une petite assiette remplie, pour celle d'Eden, de crudités et de feuilles composées de farine de riz frites contenant divers légumes cuits à la vapeur, et pour celle du conseiller, une version plus carnée du même plat. Il revint s'asseoir et tendit son verre en arrière, que la servante remplit d'un vin capiteux et épicé. Il appréciait tout particulièrement les breuvages forts en bouche, son palais et sa langue ayant pâti de son habitude de fumer, qu'il s'agisse de tabac ou d'autre chose, et de chiquer. Il reposa lentement le verre face à lui et s'avança sur sa chaise, coudes sur l'angle de la table, les mains jointes vers le ciel, pouces sous le menton, et s'adressa de nouveau à Eden, passées quelques secondes pour chercher ses mots et humecter ses lèvres tannées du bout de sa langue.

- Ne parlons plus de Moïra. C'est oublié...Ecoute plutôt ce que j'ai à te dire. Il n'est pas un seul endroit, pas un, sur tout Oranda, ou je ne pourrais t'atteindre et te blesser. Il n'y en a aucun. Et pourtant... Il se tut quelques instants pour boire une petite gorgée de vin et reprit : Et pourtant ce n'est pas ce que je veux. Tu es comme un enfant dans le désert que poursuivent tous les scorpions pour le compte du plus grand d'entre eux...

Son regard sembla se voiler alors qu'il se remémorait des faits vieux de plus de quinze ans. Ses parents. Sa maison. Son lit. Ses frères et sa soeur. Ce jour où il avait décidé de les quitter pour vivre en ermite dans le désert. Ce jour qui avait amorcé plus d'un mois de souffrances, de famine, de déshydratation et...de liberté. Et quelle liberté! Des hectares, des dizaines, des centaines, des milliers d'hectares de ce sable qu'il aimait tant s'ouvraient à lui, s'offraient à sa vue, à ses pas...Libre, il l'avait été. Il avait même trouvé un support. Un ami. Un vrai ami. Peu bavard, plein de fourrure et craintif, mais un ami malgré tout. Ce petit fennec, qui l'avait aidé à supporter l'aridité du désert et à combattre la mort elle-même, car elle était partout en ce temps...Combien de secondes passèrent avant qu'il ne revienne à la réalité? Seule Eden pouvait le dire, la servante s'étant éclipsée. Le silence qui s'en suivit n'était même pas pesant. C'était le vide. L'inconnu. Il cligna des yeux plusieurs fois en baissant la tête pour cacher à la vue d'Eden ce que personne n'avait jamais eu l'occasion de voir auparavant. Une larme. Une simple, une petite, une unique larme, qu'il avait chassée d'un battement de cils, mais sans doute était-il déjà trop tard pour le lui cacher.

- J'ai été de ton côté de la pièce, moi aussi, il y a longtemps... lâcha-t'il dans un souffle avant de relever des yeux légèrement rougis. Il y a...presque vingt ans, maintenant. Mais peu t'importe sans doute. Je t'ai interdit l'accès à cette pièce uniquement pour ces tableaux. Ils sont arrivés hier, et je ne voulais pas te les montrer tout de suite. Je te laisse en observer la signature, autant que le trait. Il n'y a guère que toi et moi pour les reconnaître, dans cette ville...C'est l'oeuvre de notre troisième convive, mais...Je ne pense pas que nous aurons l'honneur de l'avoir à notre tablée ce soir.

Il but une nouvelle gorgée de vin, les yeux clos. Si elle voulait l'abattre, elle le pouvait, sans mal. Qu'en avait-il à faire? Elle n'en avait pas le courage. Celui de lutter s'il l'agressait, sans doute, mais elle était si innocente, candide comme personne d'autre sur Oranda. Il la traîtait bien depuis son arrivée ici. Il savait qu'elle ne le ferait pas. Même lorsqu'elle s'était enfuie, elle aurait pu le tuer, sans le moindre gêne, c'était une certitude, mais elle ne l'avait pas fait alors que n'importe qui se serait vengé jusqu'à être certain que le cadavre ne bouge plus jamais... Mais pas elle. Pas Eden. C'était quelque chose qu'il admirait, chez elle, quelque chose qui l'avait, fut un temps, rendu furieux...Il pensait lui rendre service, l'aider à devenir une femme endurcie, implacable...Il n'avait fait que la détruire, et il le savait parfaitement. Pourtant, ils n'étaient pas si différents. Ils n'étaient que le reflet l'un de l'autre au travers d'un miroir. Opposés, mais identiques. Sa voix, toujours aussi grave et calme, reprit son laïus. Contrairement à son habitude, il semblait dérangé par ce qu'il allait dire. Il préparait toujours soigneusement le terrain, avec une méticulosité proche de la folie, mais cette fois, il avait l'allure d'un homme se jetant du haut d'une falaise sans la moindre certitude de s'en sortir vivant. Pourtant, il survivrait. Il était chez lui. Il était Orkem Vahlaan. Deux excellentes raisons pour lesquelles ses chances de mourir étaient totalement nulles (ou presque, le risque zéro n'existant pas), mais en voyant Eden ainsi arrêtée devant un tableau, il sut qu'il ne pouvait réellement se permettre de faire autrement.

En réalité, il pouvait tout à fait ne pas dire ce qui s'apprêtait à franchir ses lèvres. Mais quelque chose le poussait à le faire. Quelque chose qu'il ne connaissait pas. Quelque chose qu'il ne pouvait ignorer. Se pouvait-il qu'il s'agisse...De remords? De pitié peut-être? Non, ça ne pouvait pas être ça, Orkem Vahlaan ne connaissait ni l'un ni l'autre. Et il ne voulait pas les connaître. Il ne pouvait pas les connaître! Non. En réalité...Il ne pouvait plus les connaître...Mais il y avait pourtant cette chose, cette horrible, cette effrayante sensation de tension sans adrénaline, cette espèce de crise de manque à laquelle il suffisait d'une phrase pour remédier, une seule et simple phrase, plus facile à prendre qu'une dose de poison, plus saine, et plus libératrice...Il luttait, luttait pour ne rien dire, pour conserver cet avantage de plus, garder cet atout dans sa manche encore un peu, mais au fond de lui, il avait, pour la première fois, cette impression horrible. L'impression que sur cette lutte intérieure, il allait perdre la partie. Il le savait. Il ne pourrait pas s'en empêcher. Alors il relacha peu à peu la pression qu'il se mettait, inspira profondément, courbant légèrement la nuque pour la détendre avant de rejoindre Eden face au tableau et d'oser la toucher pour autre chose que la transporter, inconsciente, pour la première fois depuis cinq ans. Sa main n'était pas agressive. Elle n'était même pas lourde, c'était comme s'il effleurait à peine la peau blanche et frêle de son épaule, juste pour la ramener à la réalité, se retenant de la poser réellement pour ne pas l'effrayer ou la blesser. Il avait prévu son coup pour ce geste, cela dit. Son verre à lui sortait d'une cave froide, et avait fait redescendre la température de sa paume un peu en dessous de la normale pour quelqu'un qui ne manierait pas le feu. Il passa sa langue sur ses lèvres avant de laisser doucement filer entre ses lèvres ces mots qui le dévoraient de l'intérieur.

- Il y a cinq ans, je t'ai pris une part de toi. Et je sais que je ne pourrais pas te la rendre, que personne ne le pourra. Alors laisse-moi t'en rendre une autre. Tout à l'heure, je t'ai dit qui j'étais. Mot pour mot, j'ai eu une phrase qui ne t'a pas faite réagir. "D'aucuns disent même que mon influence pourrait faire revenir un mort à la vie, mais j'ai malheureusement plus souvent l'occasion d'envoyer des vivants à la mort...cela dit, je devrais essayer, un jour, ce pourrait être enrichissant." Eh bien...Je vais le faire...Je vais te rendre Hly'tha.

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Ven 9 Juin - 16:07

Orkem Vahlaan
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Happy meal
Subrepticement, je l'observais, tentant d'appréhender sa réaction. Celle-ci ne fut pas hostile. L'esquisse d'un sourire paraissait, pour une fois, dénuée de malversation. Les traits anxieux, je fixai mes yeux dans les siens. De gestes calmes, Orkem se leva et, faisant le tour de la grande table, fit glisser un voile cachant un tableau. Seules des couleurs et quelques traits doux, raffinés, s'imprimèrent dans mon esprit alors que je détournais le regard. Comme si je ne souhaitais pas que mon intérêt soit suscité. « J'entends et comprends, articula le Conseiller. Mais je ne partage pas ton point de vue à cent pour cent. Pourtant, il est parfaitement logique, ajouta-t-il. Et... Arrête de me vouvoyer, s'il te plait. Je reportai mon attention sur lui, intriguée. Je sais bien que mettre de la distance entre nous est tout ce qui t'importe, mais j'ai du vouvoiement à longueur de journée, c'est... lassant. » Je restai incrédule face à cette requête pour le moins... anodine. Il est vrai que j'attachais une certaine valeur au vouvoiement. Si dans certains cas cela indiquait mon respect envers une personne, comme le veut la bonne éducation à Lucrezia, le vouvoiement tient ici plus de cette distance à laquelle il fait référence. Pourtant, quelque soit sa signification pour la personne qui l'utilise, il me semblait que les personnes de haut rangs aimaient cette déférence hypocrite, cette politesse commandée et non méritée pour la plupart. En quoi ce serait différent pour Orkem ? Ses gens le vouvoyaient bien. Pourtant, ils avaient l'air d'être proches de lui...

Suivant ses pas des yeux, je le vis découvrir de la même façon d'autres toiles. Au plus il en découvrait, au plus un sentiment étrange de déjà vu m'éprenait. Comme si je connaissais ces traits, ou que les peintures en elles-mêmes m'évoquaient des choses. Mon rapport à l'art était assez complexe... Je pouvais m'extasier devant le dessin d'un enfant et rester de marbre devant un portrait officiel. Frissonner à l'écoute d'un chant tribal et m'endormir devant la rigidité d'un cours de musique guindé, prémédité. Me laisser transporter dans des danses semblables aux disciples à qui l'on prête une transe divine et m'ennuyer des tours incalculables d'une valse à trois temps. L'art est moyen d'exalter les sens, d'exprimer un sentiment, une émotion, de faire vibrer notre être. Les éclats que provoquaient ces tableaux dans mon esprit me laissait plus que curieuse.

La servante arriva avec les plats. Posant devant chacun de nous une assiette différente, je lui glissai un "merci" à peine audible. Elle parvint à la hauteur d'Orkem qui s'était assis et lui tendait son verre. Reposant mes bras sur la table sans me risquer à commencer à manger la première. Mon malaise grandissait à mesure que les secondes défilaient. Comme si je perdais le peu de moyens que j'avais réussi à rassembler. Me retrouver avec Orkem me troublait et sa versatilité m'empêcher de garder l'esprit clair. Allait-il me faire du mal ? Quand ? Quelles idées avait-il derrière la tête ? Si je fais un faux pas, s'en prendra-t-il à moi ou bien à mes proches sans même que je ne sache où est ma faute ? Comment essayer de comprendre un homme comme lui avec toute cette pression qu'il encourageait toujours plus à chaque instant ? Ce que me demandait Dhelm me paraissait impossible... « Ne parlons plus de Moïra. C'est oublié... dit-il pour s'assurer que nous passion à autre chose. Ce qui n'était pas pour me déplaire... quand bien même je pouvais redouter les sujets qu'il pourrait souhaiter aborder. Écoute plutôt ce que j'ai à te dire. Il n'est pas un seul endroit, pas un, sur tout Oranda, où je ne pourrais t'atteindre et te blesser. Il n'y en a aucun. De stupeur, j'inspirai longuement, ne pouvant empêcher cette oppressante sensation d'être compressée dans un étau à ses mots. Et pourtant... ses mots restèrent en suspend le temps d'une gorgée de vin. Et pourtant ce n'est pas ce que je veux. Tu es comme un enfant dans le désert que poursuivent tous les scorpions pour le compte du plus grand d'entre eux... » Exprima leur prédateur. Cela avait beau être l'impression que je donnais, cela faisait déjà quelques années que je n'étais plus une enfant. À cause ou grâce à lui, je commençais à douter de ce qui pouvait être bien ou mauvais dans ce qu'il m'avait apporté. Pendant tout ce temps je m'étais acharnée à rejeter tout ce qui pouvait être en rapport avec ce qu'il m'avait fait. Comment pouvais-je imaginer que l'histoire vienne à se répéter ? Et qui plus est, dans ces circonstances plus que déroutantes après ce visage que j'avais gardé pendant cinq longues années de cauchemars où même à mon réveil je percevais encore la douleur de ses brûlures, ses coups, sa voix...

Le regard d'Orkem perdit de son assurance, ce qui n'échappa guère à ma perception. Il semblait ailleurs. Non pas à cause d'une quelconque substance aliénante. Une pensée ? Un souvenir ? Cet instant me faisait détester une qualité des Terre que j'avais pourtant toujours loué : l'empathie. Quelque chose l'avait marqué, profondément. Ce qui n'était pas difficile à imaginer pour un Feu. L'aridité de leurs terres et l'austérité de leur peuple ne pouvait qu'engendrer malheur et souffrance. Le seul visage que je connaissais de Sezni, et celui avec lequel je mourrai sûrement, c'était le sang des hommes comme celui des animaux. Razaël menant ses soldats à travers la savane en chasse d'âmes perdues. J'ignorais pourquoi il avait décidé de me sortir de Sezni, pourquoi il n'avait pas réagi comme tout autre Feu l'aurait fait : me tuer.

Le silence imposé par les rêveries du Conseiller me laissèrent incertaine. Refusant de chercher à savoir ce qui le captivait de la sorte, je respectai ce silence. En un sens, il me profitait aussi. Peut-être s'agissait-il du calme avant la tempête...

Un mouvement de recul me prit sans le moindre bruit ni autre justification qu'un retour à la réalité d'Orkem. Le voir ainsi me rendait... perplexe. Je détournai le regard, gênée. La seule chose qu'il m'inspirait était un mélange de haine et de crainte. Je ne voyais en lui que le monstre qui m'avait réduite à néant, celui qui avait tenté d'arracher mon âme à ce corps qu'il torturait à longueur de temps. Et pourtant, même lorsqu'il avait obtenu ce qu'il voulait de moi, ce tortionnaire abjecte restait aussi fermé et ténébreux. Comme si me faire ce mal ne lui procurait pas le plaisir qu'il escomptait. Comme si cela ne suffisait pas. Je ne me suis jamais demandé ce qu'il recherchait en faisant tout ça. Bien trop traumatisée par les faits... Pensant qu'ignorer les raisons qui poussaient un homme à agir de la sorte me protégeait de cette folie délétère. « J'ai été de ton côté de la pièce, moi aussi, il y a longtemps... avoua-t-il en attirant mon attention. Il y a... presque vingt ans, maintenant. Mais peu t'importe sans doute. » Ajouta Orkem sans attendre de réaction de ma part. J'en aurais peut-être eu quelque chose à faire s'il n'était pas ce qu'il était à mes yeux. Et le fait de se montrer si soudainement perméable ne faisait qu'attiser ma colère. Comme si j'étais prête à lui reprocher de ne pas convenir à l'image que je me suis faite de lui à travers les années : un monstre sans cœur, sans une seule once d'humanité et de sentiment. « Je t'ai interdit l'accès à cette pièce uniquement pour ces tableaux. Ils sont arrivés hier, et je ne voulais pas te les montrer tout de suite. Je te laisse en observer la signature, autant que le trait. Il n'y a guère que toi et moi pour les reconnaître, dans cette ville... C'est l'oeuvre de notre troisième convive, mais... Je ne pense pas que nous aurons l'honneur de l'avoir à notre tablée ce soir. » Fronçant les sourcils, je me sentis piquée par une insidieuse aiguille. Aucune connaissance ne nous était liée en dehors de ces leviers qu'il s'échinait à établir pour m'empêcher de me sentir libre du moindre de mes mouvements.

Anxieuse et craignant le pire, je me levai doucement, le regardant avec hésitation alors que je m'approche d'un des tableaux. Au fur et à mesure que mes pas m'amènent devant l'un d'eux, mes poings se referment jusqu'à se serrer. Les couleurs et les traits m'étaient familiers. Non seulement par leur technique - je n'y connaissais pas grand chose en peinture... - mais aussi dans les représentations. Dans mon esprit, la seule chose qui venait en lisant la signature était l'impossibilité de ce qui se trouvait devant moi. El-elle était... morte. Depuis sept ans... elle ne pouvait pas... c'était impossible... Les yeux humides, je restai immobile, face au tableau. Il représentait un lac non loin de terres que notre père cultivait. Il y avait ces fleurs aux teintes bleutées et violines qui arpentaient le sous-bois où se détachait une petite cabane qui nous servait de poste avancé pour établir nos plans pour combattre les mauvaises créatures qui empêchaient les fées de quitter la sécurité que leur offrait l'eau du lac. Mon cœur se compressait, je peinais à respirer. Mes inspirations étaient longues et l'air ressortait avec difficulté. Comment pouvait-il être en possession de ce tableau ? Et quand bien même ? Comment était-ce possible qu'elle l'ait peint ? Une rupture semblait s'être faite, je ne parvenais plus à réfléchir ni à penser à quoi que ce soit. J'étais totalement paralysée, de corps et d'esprit. Hly'tha ne pouvait être en vie... Elle ne pouvait être en vie et Orkem ne pouvait... la retrouver ? Non... impossible... impossible... Elle est morte. J'ai fait mon deuil, difficilement, mais je l'ai fait. Je suis passée au-delà de ce drame. Enfin... presque... cela m'avait fait douté de tout. J'en avais quitté ma Cérémonie. À cause de sa mort, je m'étais condamnée. Condamnée à être rejetée. Balancée par les dieux entre les griffes d'Orkem. Complètement asservie et abandonnée. Depuis le jour où je compris qu'elle ne reviendrait pas à la maison, je m'étais sentie seule.

Figée à fixer les nuées de pervenches, je ne perçus guère Orkem s'approcher. Je ne sentais ni sa présence, ni sa proximité. Je n'entendais ni ses pas, ni sa respiration. Pas même la mienne à vrai dire... Un violent sursaut m'épris lorsque de sa main il m'effleura. Mon regard était noir, si noir d'incompréhension, de ce nouveau jeu auquel il s'adonnait pour essayer une nouvelle fois de me détruire. Mon souffle était court, mes lèvres ainsi que mon corps se mettaient à trembler frénétiquement. Je ne comprenais... je ne comprenais rien... Comment... Pourquoi ? Je m'efforçai de garder mon calme, laborieusement. « Il y a cinq ans, je t'ai pris une part de toi. Et je sais que je ne pourrais pas te la rendre, que personne ne le pourra. Alors laisse-moi t'en rendre une autre, ma tête faisait non, sans que je ne m'en aperçoive. Tout à l'heure, je t'ai dit qui j'étais. Mot pour mot, j'ai eu une phrase qui ne t'a pas faite réagir. "D'aucuns disent même que mon influence pourrait faire revenir un mort à la vie, mais j'ai malheureusement plus souvent l'occasion d'envoyer des vivants à la mort... cela dit, je devrais essayer, un jour, ce pourrait être enrichissant." Eh bien... Je vais le faire... Je vais te rendre Hly'tha. » L'évocation du nom qui s'était agrippé à mes lèvres me fit tressaillir, au point que je ne parvenais plus à respirer. L'idée d'imaginer une seule seconde que Hly'tha était encore en vie était un choc profond, moi qui ai tant pleuré sa mort. Imaginant à cela en plus qu'Orkem ait pu lui faire le moindre mal... Je m'effondrai. Les paupières se refermant alors que j'avais cette sensation étrange de faire une chute depuis le haut d'une falaise. Rattrapée par le lit de l'eau en contrebas.

Cela ne dura que quelques secondes où mon corps tout entier lâcha prise. Lorsque j'ouvris les yeux, je me trouvais soutenue par Orkem. J'agrippai son épaule pour m'aider à me redresser mais je n'y parvenais pas. Œuvrant surtout pour reprendre mon souffle et mes esprits. Ma main se resserra sur le tissu couvrant son épaule. « C'est impossible, laissai-je échapper dans un soupir. Hly'tha est... morte... le feu l'a emportée il y a sept ans... Ça ne peut pas être elle. Vous... tu... tu as inventé tout ça ! M'indignai-je en le fustigeant du regard. Pourquoi ?! Pourquoi... ça ne t'apporte rien, rien ! Ne me fais pas ça Orkem... Je t'en prie... Laisse ma sœur auprès de Tarlyn... Ne me fait pas croire à ton histoire... » L'implorai-je, larmes ruisselantes alors que mes yeux le transperçaient. Il ne peut pas avoir inventé ce tableau. Mais je ne peux pas non plus croire que ma sœur soit en vie. Elle aurait forcément cherché à revenir à la maison. À nous donner un signe de vie... Ce que pourtant, je n'avais pas non plus fait lorsque j'ai quitté ma Cérémonie. Je pourrais en vouloir à Orkem autant que je le voudrais, ça ne changerait rien... Alors que je réprimais les sanglots qui souhaitaient accompagner mes larmes, je laissai mon front se poser contre lui, serrant mes mains et priant Tarlyn pour me réveiller de ce cauchemar.

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Lun 12 Juin - 14:41

Lorsqu’elle tomba, il la rattrapa sans la moindre hésitation et la serra contre lui doucement. Le parfum de ses cheveux blonds, la douleur de sa peau candide, tout en elle lui inspirait des pulsions qu'il refoula dans un effort qui lui parut surhumain...Il aurait aimer la garder ainsi, toute contre lui, pendant encore des heures, des jours, des semaines, même... Elle était si pure, si jeune, si innocente...Oui, elle avait perdu dans chacun de ces trois domaines depuis la période où il la gardait dans cette cabane, au milieu de la jungle de Dahud, mais elle restait toujours resplendissante de cette enfance et de cette innocence que lui n'avait jamais vraiment connu. Longtemps, il s'était demandé s'il n'était pas tout simplement amoureux d'elle, surpris par ses propres réactions, après-coup, et n'aurait pas su l'exprimer...Mais en réalité, il n'y avait entre eux que fascination dans un sens et dégoût dans l'autre. Une fascination que l'on aurait pu appeler "folie", tant son esprit était obnubilé par elle...Il la désirait de tout son être, désirait la posséder, la conserver à jamais à ses côtés et à ses ordres, il avait un besoin irrépressible de disposer d'Eden à ses côtés, et toute cette etreinte traduisait le conflit qu'il y avait entre ses pulsions bestiales et ce besoin, bien plus tendre, qu'il avait d'elle en tant que canalyseur, en tant que complément de ce qu'il était : un adulte qui n'avait jamais réellement connu l'enfance, l'innocence et la pureté.

Elle aurait pu s’enfuir de ses bras d’un simple mouvement de recul…mais étonnamment, elle ne le fit pas. Il ne pouvait que comprendre la détresse dans laquelle se situait Eden, lui-même, s’il avait été dans pareille situation, n’aurait pas cru un seul instant les mots de son interlocuteur. Mais il avait des preuves importantes à l’appui. Il était évident au premier regard que ces toiles étaient plus que récentes, et pour cause : il avait demandé à Hly’tha de réaliser pour lui des toiles, sans plus de détail, laissant libre cours à l’imagination de la jeune femme, et il fallait reconnaître qu’elle l’avait fortement surpris dans le bon sens du terme : elle avait parfaitement accordé les traits de ses tableaux avec certains motifs que formaient la pierre composant les murs de cette salle. Elle avait prévu jusqu’à l’endroit où il les mettrait, par conséquent…Elle était forte. Elle était très forte. Mais le problème venait d’ailleurs. Eden avait reconnu le trait, le nom, également, mais elle semblait avoir reconnu un troisième élément sur un tableau représentant un lac que le conseiller ne connaissait absolument pas, mais dont le trait laissait percevoir une certaine nostalgie du passé, un souvenir bien présent mais dont la réalité remontait à des années auparavant, sans doute même quelque chose de personnel. Il était bien pratique pour lui de s'être intéressé aux choses autant qu'aux gens, il pouvait appréhender leurs réactions, presque deviner leur pensée à force de les observer, de les cotoyer...Mais Eden restait pourtant un mystère pour lui, une anomalie à son système d'analyse et de compréhension de l'être. Pourtant, il parvenait toujours, après-coup, à trouver une raison logique à ses actes, à ses dires...Mais sur l'instant, il en était toujours incapable. Elle semblait à la fois effrayée, au désespoir, mais heureuse et rassurée à la fois, un cocktail étrange, mais dont il comprit tout de suite la raison, ne se faisant pas prier pour la conforter dans son espoir et son bonheur. Non. Hly'tha n'avait pas disparu. Et il venait de le lui prouver.


- C'est impossible, souffla-t-elle, estomaquée, Hly'tha est... morte...

- Non.

- le feu l'a emportée il y a sept ans...

-Ce n'est jamais arrivé.

- Ça ne peut pas être elle…Vous... tu... tu as inventé tout ça ! Lâcha-t’elle furieusement en  fustigeant du regard le conseiller.. Pourquoi ?! Pourquoi... ça ne t'apporte rien, rien ! Ne me fais pas ça Orkem... Je t'en prie... Laisse ma sœur auprès de Tarlyn... Ne me fait pas croire à ton histoire...

- Je ne t’ai jamais menti jusqu’ici, Eden, et je ne suis pas prêt de le faire…Mais dans son cas…Tu devrais invoquer Jalahiel, et non Tarlyn. Elle a été choisie par l’air. Au lieu de ne jamais revenir sans donner de nouvelles, sachant que vos parents n’ont pas vraiment les moyens de faire des voyages réguliers jusqu’à Lucrezia…Valait-il mieux pour eux et pour toi une courte période de deuil, ou une vie entière de doutes et de souffrance sur une disparition inexpliquée de leur fille ? Quand à ce que ça m’apporte…J’y gagne le fait de réunir une famille. C’est tout.


Il soupira longuement et la mena jusqu’à sa chaise, à table. Elle n’avait pas vraiment d’autre choix que de lui emboîter le pas jusque-là, il s’était cette fois montré ferme. Bien moins qu’au début du séjour d’Eden dans ces lieux, certes, mais il savait qu’elle n’oserait pas réellement se rebeller. Et quand bien même elle le ferait, quelle importance ? Il se rassit à son tour et se resservit lui-même de vin  en fixant la table, mangeant silencieusement pendant quelques secondes sans regarder Eden, le regard perdu dans le vide.


- Tu vois toujours le mal que les autres te font, et pour moi, je ne peux pas te le reprocher…Mais tu devrais ouvrir les yeux à ce qui t’arrive. Tu te voiles derrière la rancœur et la haine pour ne pas assumer que tu puisses être dans l’erreur. Je n’ai absolument rien inventé, et elle te le dira d’elle-même. Et si cela peut te rassurer, Hly’tha et moi nous apprécions réciproquement. Je ne lui ai rien fait de mal, je te le promets. En attendant, mangeons, se coucher le ventre vide n’est pas propice à un sommeil réparateur, et tu as les traits si tirés que je doute qu’une nuit blanche ne te fasse du bien.

Vahlaan sourit calmement. Son annonce avait eu le petit effet escompté, cela allait même bien au-delà de ses espérances. Il avait tenté de la dominer, de la conquérir par la torture, les gens comme elles ne pouvaient résister bien longtemps et finissaient par accepter leur condition d’être soumis pour protéger ceux qu’ils aiment…Mais elle ne l’acceptait pas. Ranrek lui rendait trop d’espoir désormais pour qu’elle puisse ce faire. Intérieurement, il en bouillonnait de rage, il aurait volontiers abattu le fils Ergorn de ses propres mains…Mais c’était un Ergorn, et un ami de Sven Ramose. Inutile de tenter quoi que ce soit : il y perdrait tout. Alors il prenait son mal en patience, il ne lui suffisait plus qu’à glisser le bon mot dans la bonne oreille et enfin il aurait Eden pour lui, pour lui seul. Malgré tout, il ne pouvait s’empêcher de revoir cette période si sombre, vingt ans plus tôt, ce désert qui l’entourait, ces grottes, ces feux de camp, et ce petit fennec…Quand il  la regardait, il se voyait lui-même, enfant, perdu dans les sables environnants. C’était sans doute cette vague de triste nostalgie qui le faisait sourire doucement, presque paternellement face à cette jeune femme alors qu’une part bestiale de son esprit voulait la posséder, la dominer, la prendre et ne plus jamais la laisser sortir de ces murs. Il en chassa cette idée de son crâne. Il y avait à cette heure bien plus grave à penser, et il ne pouvait se permettre ce genre de songes à l’heure actuelle. Les tableaux de Hly’tha, en plus de leur petit effet sur la jeune Eden, décoraient de manière admirable les murs de l’endroit. Cette jeune femme était décidément bourrée de talents ! Et elle l’aiderait inconsciemment à réaliser ses plans, que demander de plus ?


Le repas annoncé plus tôt par Dhelm arriva, commençant par les asperges promises, effilées, cuites à la perfection, avec une sauce aux herbes pour accompagner le tout. Le filet de sole n’en fut pas moins réussi, et son accompagnement également. Ayant vu Eden ne pas toucher à la viande le midi-même, Vahlaan avait ordonné que son plat soit exempt de toute matière d’origine animale. Le cuisinier avait fait des merveilles avec une quantité limitée de crème, d’épices, de légumes cuits et de fruits secs, pour servir à Eden une petite tourte adaptée à son régime alimentaire. Orkem ne se préoccupait pas de comment mangeait Eden, en quelles quantités, il n’allait pas la forcer ni la gaver, là n’était pas l’objectif. Il se félicita silencieusement d’avoir embauché ce cuisinier, décidément bien plus talentueux que ne le laissait à penser son salaire, et se nota mentalement de lui accorder une augmentation. Le poisson et les légumes n’étaient pourtant pas les bases de l’alimentation du conseiller, mais il mangea malgré tout avec grand appétit, et finit sur un digestif à base de pomme, faisant servir à Eden un mélange de jus de fruits.


- Il n’y a pas d’alcool cette fois-ci, j’avais cru comprendre que tu n’en étais pas vraiment une adepte. J’espère en tout cas que le repas était à ton goût…Je te prie de m’excuser, il se fait déjà tard et j’ai du travail…Passe à mon étude dans la soirée, il  faut que je te donne quelque chose. Et non, ce n’est pas un traquenard, c’est un simple cadeau.


Il se leva donc de table et frappa rapidement deux fois dans ses mains, la domestique se précipitant pour débarrasser l’assiette et les couverts qu’il avait employés. Il disparut non sans une révérence polie à l’égard d’Eden et se dirigea effectivement vers son étude, où il se fit un plaisir de reprendre sa lecture précédente, une liasse de feuilles annotées sur la table, une mine de plomb et un parchemin vierge à côté. Il vérifia que la boîte soit bien dans son tiroir de gauche, et s’alluma un chillum de tabac sans mettre fin à ses pérégrinations oculaires sur les lignes rédigées en attendant l’arrivée d’Eden. Le cas échéant, il n’aurait qu’à poursuivre ses travaux, qui sait, il y trouverait peut-être la fatigue nécessaire à son endormissement…

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Lun 12 Juin - 17:07

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Happy meal
Son étreinte me maintenait consciente, me reposant sur lui, je fermais les yeux pour essayer de reprendre mon souffle et mon calme. Je ne pouvais pas feindre l'indifférence face à lui, surtout avec une telle révélation... Hly'tha... Pourquoi avait-il fallut que ce soit Orkem qui m'apprenne cela ? Pourquoi est-ce que cette nouvelle devait venir de l'homme que je m'étais efforcée de blâmer pour tout ce qui m'arrivait de mal ? Cet exutoire que je m'étais résignée à garder, devant me faire à l'idée que jamais je ne pourrais lui pardonner le mal qu'il m'a fait. Pourtant, j'ai essayé. Pour avancer, pour que les couleurs reprennent de leur gaieté et que le monde me paraisse à nouveau juste et bon. Mais je m'étais raccrochée à cette vision manichéenne qu'ont les enfants : une personne est soit bonne, soit mauvaise. Les nuances n'avaient pas leur place, ce qui me permettait de détester cet homme de qui découlait ma peur de tous les autres. Cet homme qui m'avait fait fuir toute civilisation, errant pendant des années avant de revenir à ce point de départ... Je ne voulais pas que le cauchemar reprenne. Je ne voulais pas lui donner l'opportunité de me faire à nouveau du mal... Pourtant, il avait tous les moyens possibles et inimaginables de me faire plier, me laissant impuissante face à lui.

Les blessure du mal qu'il m'infligeait n'étaient guère visibles. Et pourtant, je parierai sentir en cet instant mon cœur qui saigne. Me rendre Hly'tha ? Je ne pouvais pas le croire, je ne voulais pas le croire. Quand bien même cela se révélait être la plus belle chose que l'on puisse m'accorder. Pourquoi cela devait venir de lui ? Pourquoi n'avait-elle pas laissé de trace, une lettre, un message, quelque chose qui aurait pu nous faire croire qu'elle avait survécu, plutôt que de se laisser passer pour morte ? « Je ne t’ai jamais menti jusqu’ici, Eden, et je ne suis pas prêt de le faire… me confia Orkem avec conviction. Mais dans son cas… Tu devrais invoquer Jalahiel, et non Tarlyn. Elle a été choisie par l’air. Au lieu de ne jamais revenir sans donner de nouvelles, sachant que vos parents n’ont pas vraiment les moyens de faire des voyages réguliers jusqu’à Lucrezia… Valait-il mieux pour eux et pour toi une courte période de deuil, ou une vie entière de doutes et de souffrance sur une disparition inexpliquée de leur fille ? Tenta-t-il de justifier alors que ma main se desserra, reposant simplement sur lui. Quant à ce que ça m’apporte… J’y gagne le fait de réunir une famille. C’est tout. » Force est de constater qu'effectivement, il ne m'avait jamais mentis. Cela avait beau être porté à son crédit, il y est des phrases que j'aurais aimé ne pas constater être vraies. Et le souvenir de paroles prononcées cinq ans plus tôt me ramenaient sur la terre ferme. Devais-je le croire quand il me disait qu'il ne voulait pas me faire de mal, après tout ce qu'il m'avait fait endurer ? Peut-être ne comprenait-il pas qu'il soit légitime que les réminiscences du passé m'empêche de lui accorder la moindre confiance, la moindre estime ? Réunir une famille lui importait forcément pour une raison personnelle. Pensait-il ainsi obtenir ma gratitude ? Peut-être que si le brouillard que notre passé commun imposait à mon esprit se levait, je pourrais songer à cela. Mais après avoir endurer cinq ans de cauchemars où jamais il ne me quittait, où constamment il me pétrifiait et me caressait de flammes, il me paraissait impossible de voir en lui autre chose que le monstre que mes songes avaient façonné.

Encore chancelante, je me laissai guider par ses gestes. Sa peau était moins brûlante qu'à mon souvenir... N'opposant aucune résistance, je restai silencieuse et docile, prenant place à la table où il m'accompagna avant de retourner s'installer à l'opposé. Un regard vide traduisait l'état de choc qui m'étreignait. Mes yeux le suivaient sans se demander pourquoi ni quelle impression cela lui donnerait. Orkem n'y prêta pas de réelle attention. « Tu vois toujours le mal que les autres te font, et pour moi, je ne peux pas te le reprocher… engagea-t-il. Mais tu devrais ouvrir les yeux à ce qui t’arrive. Tu te voiles derrière la rancœur et la haine pour ne pas assumer que tu puisses être dans l’erreur. Je n’ai absolument rien inventé, et elle te le dira d’elle-même. Et si cela peut te rassurer, Hly’tha et moi nous apprécions réciproquement. » Je fronçai les sourcils. Ils... s'appréciaient ? Un bref instant, je crus faillir une nouvelle fois. Prenant une grande inspiration, je continuais de l'écouter. « Je ne lui ai rien fait de mal, je te le promets. En attendant, mangeons, se coucher le ventre vide n’est pas propice à un sommeil réparateur, et tu as les traits si tirés que je doute qu’une nuit blanche ne te fasse du bien. » Ce que je fis sans poser de question lorsque les plats furent apportés. Je ne savais quoi penser de tout cela... Comment pouvais-je voir autre chose que le mal qu'il m'a fait ? Au fond de moi, je restais persuadée qu'il y avait toujours quelque chose de bon en chacun. Je n'avais simplement jamais eu la force de lui pardonner. De passer outre les sévices qu'il m'avait infligé. Et rien que de penser à cela me déchirait de l'intérieur. Me demandait-il vraiment de lui accorder une chance ? Après m'avoir détruite dans l'idée de m'asservir jusqu'à ne plus être que sa... chienne... Malgré la qualité des mets, ce souvenir me fit lâcher mon couvert. Un tintement retentit quand la fourchette heurta l'assiette. Je posai mes mains devant mon visage, soutenant le front de ma tête baissée. Il m'était impossible d'oublier. Impossible. Je voulais trouver la force de passer au-dessus de cela, me bercer d'une illusion selon laquelle aujourd'hui et par le passé, il s'agissait de deux personnes totalement différentes. Peut-être y parviendrai-je. Peut-être que non. Peut-être était-il à l'image de ce joyeux repas : un homme se montrant avenant, comme les mets servis, avec ce côté violent et bestial, comme la révulsion causée par la mémoire de ce qu'il m'avait fait.

Tant bien que mal, j'essayais d'éloigner ces mauvaises pensées de mon esprit. Je ne voulais pas continuer de vivre dans ce dégoût que j'étais venu à ressentir envers lui et envers moi-même. J'ignorais comment me libérer de cela, mais je savais qu'en un sens, c'était ce dont j'avais besoin. Admettre qu'il m'était pratiquement impossible de ressentir quoi que ce soit de positif à travers Orkem me coûtait bien plus qu'il n'y paraissait. Malgré la peur que m'évoquaient les hommes, ma crainte du feu et mon aversion pour les Feu, c'étaient là des choses que je pouvais surmonter et les préceptes de mon éducation me permettaient de voir en chaque personne affligée d'une de ces sources de peur, ce qu'ils pouvaient avoir de bon ou de bénéfique. Si ce n'est pour les autres, au moins pour eux. Pour Orkem, c'était différent. Si bien qu'il m'apparaissait comme néfaste à lui-même, notamment avec ces... scorpions, dont il s'infligeait les souffrances causées par le venin. Une once de culpabilité m'atteignit en repensant la justification que Dhelm m'avait servie. Après mon départ, il avait commencé à s'infliger cette atrocité. Lorsque Dhelm m'en avait parlé, je n'avais pu m'empêcher de penser qu'il payait pour ce qu'il m'avait fait. Mais je commençais à croire que ma fuite lui causait ce mal. Que c'était de ma faute. Comment une jeune femme comme de ma trempe pouvait ne serait-ce qu'intéresser un homme comme lui ? Comment pouvais-je lui causer tant de tord ? Et pourquoi persistait-il à vouloir me laisser en vie, quitte à en payer un prix, seulement pour passer quelques heures avec moi ? Dubitative, j'avais au moins réussi à chasser les mauvais souvenirs de mon esprit. Je mangeai à nouveau quelques bouchées des plats savoureux qui avaient été préparés. Le poisson me laissa un instant pensive. Nostalgique, l'ombre un sourire trancha avec mon visage défait alors que je repensais à Marigold. Arrivait-elle à tenir son nouveau régime alimentaire ? Une pensée superficielle face à la situation actuelle, mais qui permit au repas de se dérouler sans autre encombre.

À la fin du repas, un verre me fut servi. Je le regardai avec une appréhension que le Conseiller évinça de simples mots. « Il n’y a pas d’alcool cette fois-ci, j’avais cru comprendre que tu n’en étais pas vraiment une adepte, avait-il jugé. J’espère en tout cas que le repas était à ton goût… Je te prie de m’excuser, il se fait déjà tard et j’ai du travail… dit-il pour mettre un terme à ce dîner. Passe à mon étude dans la soirée, il faut que je te donne quelque chose. Et non, ce n’est pas un traquenard, c’est un simple cadeau. » Mes yeux se plissèrent. Un cadeau... Je pensais avoir eu bien assez d'émotions pour la soirée, pour la journée, sûrement pour toute cette lune et les dix prochaines. Je n'aspirais qu'à une chose : pouvoir reposer mon esprit et ne plus avoir ce lourd fardeau sur mes épaules. Je donnerai beaucoup pour pouvoir, ne serait-ce que quelques heures, le poser sur le côté et ne plus avoir tout ces questionnements et ces remises en question. Juste quelques heures où plus rien n'aurait d'importance. Mais ma curiosité était plus forte que cette fugace aspiration. Je m'étais souvent détestée d'avoir ce défaut, étant donné que cela me coûte généralement cher. Ce manque de considération pour le danger et les conséquences, je le devais probablement à ma sœur. Hly'tha... vivante. Comme si une latence avait eu besoin de se faire, je ressentis une chaleur intense me parcourir. Ma sœur : en vie.

Alors qu'Orkem quittait les lieux pour se retirer dans son bureau, je terminai de boire le verre qui m'avait été servi. Il aurait pu y avoir mille choses dissimulées dans la nourriture, les breuvages, mais je restais encore assez naïve pour ne pas penser qu'il serait capable de ce genre de choses. Comme si inconsciemment, je savais qu'il ne me ferait pas de mal. Enfin, pas sans que je ne contrarie l'un de ses projets. Ce qui pourrait le rendre assez prévisible, mais ne suffisait pas à annihiler la crainte qu'il m'inspirait. Je me levai ensuite et, pendant de longues minutes, j'observai les différents tableaux signés par Hly'tha. Son talent paraissait avoir explosé. Le fait d'avoir quitté Gorka lui avait sûrement permis de s'épanouir comme jamais elle n'aurait pu le faire à nos côtés... Penser qu'elle vivait mieux sans moi, que je n'avais été qu'un boulet accroché à son pied pendant toutes ces années, m'attrista. Préférant laisser cette pensée de côté, je finis par quitter la grande salle. Lassée d'avoir à me poser des questions, je me dirigeai vers l'étude d'Orkem, comme il l'avait suggéré plus tôt. Préférant m'attendre au pire, c'est timidement que je frappai deux fois à la porte avant de l'ouvrir pour rentrer. Je restai à deux pas de la porte, sans l'avoir fermée. Mon regard suivait le sien avec peine, loin d'être devenue à l'aise en sa présence. Non sans difficulté, je m'adressai à lui en faisant attention de ne pas le vouvoyer, difficulté qui se remarqua. « Tu.. souhaitais me montrer quelque chose ? » Bien plus que me montrer, il avait évoqué un cadeau qu'il voulait me donner. Mais l'idée d'accepter un quelconque présent de sa part me paraissait être hors de question. Cette journée avait été bien trop mouvementée pour que je vienne à accepter quoi que ce soit de plus de sa part.

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Lun 12 Juin - 22:03



- Tu.. souhaitais me montrer quelque chose ?

- Effectivement.


Orkem était d'un calme impressionnant, presque parfait. Bien loin du calme avant la tempête, il était assis en tailleur devant le feu, son livre à la main, son tas de notes devant lui. Il semblait plongé dans la lecture et ce qui semblait être la traduction. L'ouvrage, usé jusqu'à la tranche, semblait receler d'histoires mythologiques de Sezni. Les pages déchirées avaient été recollées avec une mixture à base de farine et de poisson de manière à en rendre la lecture possible. Il était absorbé par sa lecture, et termina de retranscrire son paragraphe sur le parchemin avant de relever la tête lentement, souriant à peine. Il posa sa plume horizontalement sur l'encrier et referma l'ouvrage en humant la tranche du livre pour inhaler l'odeur si particulière des parchemins vieillis. il soupira doucement en reposant le livre au sol et se leva tranquillement.


- Je m'attendais à ce que tu ailles dormir sans passer ici, pour être franc...Mais te voilà.


Souriant légèrement plus, il se dirigea d'un pas enjoué vers son bureau et en exhiba une boîte de bois blanc qu'il posa sur celui-ci en s'asseyant sur sa chaise de bois. Face au bureau, il avait installé un confortable fauteuil tapissé de velours rouge, dont les boiseries travaillées étaient recouvertes de feuille d'or, invitant la demoiselle à s'y asseoir d'un geste poli. Sur le bureau, une pipe d'ébène au foyer d'ivoire émaillé dont la gravure et la facture étaient d'une finesse incroyable trônait sur son piédestal en métal. Il caressait la boîte du dos de la main, attendant tranquillement qu'Eden prenne place face à lui, reprenant son ton calme et sa voix grave.

- Je sais que cette soirée est lourde en révélations, et t'est probablement pénible, alors...Je ne te donnerais pas tout de suite ce que je voulais t'offrir.


Il instaurait un délicat suspense, calmement, laissant le silence souligner ses effets verbaux. Ses yeux se reportèrent sur la boîte, qu'il tourna doucement en direction d'Eden avant de la faire glisser sur le bureau pour qu'elle se trouve au bord de celui-ci, devant elle. Il conserva cependant sa main sur la boîte pendant de longues secondes, plongeant cette fois-ci son regard dans celui de son invitée. Il semblait quelque peu nerveux de te confier ce qui se trouvait dans le contenant ouvragé, mais tenait visiblement à le faire malgré tout.


- Ce qui se trouve là-dedans...sont deux objets auxquels je tiens énormément. Ils ont une valeur pécuniaire probablement équivalente à celle de cette maison, mais ça n'a aucune importance...C'est leur valeur sentimentale qui compte. J'aimerais qu'ils soient tien. Prends-en soin, s'il te plaît.


Il retira lentement sa main et reposa celle-ci sur son ventre avant de donner à la demoiselle un signe d'approbation de la tête pour l'inciter à jeter un oeil à l'intérieur. La boîte ouverte révélait un livre comme neuf, à la couverture rouge bordeaux, frappé d'un symbole d'édition doré, doré comme les tranches des pages qui, légèrement pliées, dévoilaient une gravure en couleurs représentant le désert de Sezni. Celui-ci, rédigé dans la langue commune aux quatre peuples, était calligraphié à la main, enluminié et décoré du début à la fin. Une pièce absolument magnifique, qui tenait autant du livre que du tableau. Chacune des lignes finement tracées à l'intérieur des pages de vélin fin racontait des contes pour enfant et des chants de Sezni. Sous celui-ci, un simple jouet de bois grossier, un simple, un tout petit cheval taillé au couteau dans le tronc d'un arbuste vivace des frontières Sezniennes. Inutile d'être un génie pour comprendre à qui il avait appartenu. Et pourtant, il était prêt à offrir un des derniers souvenirs physiques, si ce n'est le dernier, de cette période remontant avant même la naissance d'Eden. Il soupira légèrement et plongea son regard dans celui de la jeune femme, à nouveau.


- L'écriture de ce livre remonte à plus d'un siècle. C'est un miracle d'en trouver un en si bon état. J'ose espérer que la lecture t'en sera agréable...et si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais ou me trouver. L'heure avance...Je vais être en retard. Sens toi-libre d'aller et venir à ta guise  dans toutes les pièces de cette maison, ou dans le jardin, bien sûr. Je serais là où la lumière n'est pas stable, si tu me cherches!


Déclara-t'il en se levant calmement, avant de contourner le bureau pour se diriger vers la porte. Il posa au passage sa main sur l'épaule de la jeune femme, un fugace, un simple instant, juste le temps de lui adresser une dernière phrase avant de quitter la salle.


Je te souhaite une excellente lecture, quand tu le souhaiteras. Et si tu as la moindre question à me poser, j'y répondrais sincèrement, quoi que tu me demanderas.

Sortant de son étude, il se dirigea très calmement ans le couloir en direction de sa salle d'entrainement. Il y avait déja vingt quatre heures qu'il n'avait pas exercé son corps à la discipline de fer qu'il s'imposait usuellement, ni son esprit au maniement du feu. Tout n'était pas affaire de gestes et de fioritures. Tout était question de volonté, d'intention, et de technique. Une technique plus dure à apprendre que n'importe laquelle de celles qu'il avait pu lire dans les livres. Il croisa Dhelm en chemin, qu'il embarqua le temps d'échanger quelques mots, le forçant à accepter de passer outre l'état dans lequel avait été Moïra quelques temps plus tôt pour servir à nouveau Eden. Le garde râla, contesta, pesta, mais finit par se plier aux dires de son maître qui mit fin à la discussion avec un radical direct au plexus de son garde. Dhelm avait compris. Jamais Orkem n'avait jusque là usé de violences physiques sur ses hommes lorsqu'ils n'avaient pas commis une faute grave. Très grave. La punition physique unique était le dernier avertissement d'Orkem avant l'élimination. Une forme de sommation, délicate, très délicate à côté de ce qu'il était capable de faire à ceux qui lui désobéissaient un peu trop à son goût.


- Bonne soirée, Dhelm. Ne me déçois pas, tu ne l'as jamais fait jusque là.


Il se positionna dans sa salle d'entraînement après que Dhelm soit reparti dans le couloir. Abandonnant l'air frais de l'extérieur pour descendre les trois marches qui l'amenaient à l'endroit ignifugé  dans lequel il s'exerçait régulièrement et entama ses sessions usuelles d'exercice physique pour s'échauffer avant de passer aux choses sérieuses. La nuit allait être longue, et il n'avait pas sommeil. Autant rentabiliser le temps de l'astre lunaire!

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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Mar 13 Juin - 1:21

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Happy meal
Loin d'être sûre de moi, je restais attentive à ses mouvements, ses réactions. Il avait l'air... calme. Un calme qui ne le lâchait pas depuis bien des instants et qui me paraissait toujours tout aussi oppressant. Tellement loin de ce qu'il devait être. « Je m'attendais à ce que tu ailles dormir sans passer ici, pour être franc... Mais te voilà. » Me sentant de trop, je détournai mon regard de lui. Moi aussi, je n'aurais pas parié sur ma venue en ces lieux. Mais le fait est que ses mots ne tombaient pas dans l'oreille d'une sourde et qu'en dépit de tout ce qu'il avait pu me faire, de tout ce qu'il pouvait représenter pour moi, Orkem avait raison en un point que je lui accordais volontiers : je ne voyais en lui que le mal qu'il m'avait fait. Le mal que je supposais qu'il me faisait. Et celui qu'il allait certainement me faire. Car je ne démordais pas d'une chose : je ne servirai en rien les projets que son esprit tisserait pour moi. Jamais je ne serais à lui.

Son sourire affichait une satisfaction non dissimulée. Mais qui, pour l'heure, n'avait rien de pernicieux. Quelques pas le menèrent à son bureau. S'asseyant sur sa chaise, il sortit une boîte étrange qui attira mon regard. D'un geste, le Conseiller m'intima de m'asseoir sur le fauteuil qui faisait face à lui. Bien moins assurée que lui dans ma démarche, je m'assis, mains jointes face à moi. Difficile de cacher ma nervosité. Qu'étais-je en train de faire ? J'avais l'impression de me familiariser avec lui. Familiariser avec le visage en qui j'avais placé toutes mes peurs, mes craintes. Inutile de prier pour que Ranrek parvienne à me sortir de là... Entre Dhelm, Shore, Orkem... Ces murs et surtout cette distance qu'il y avait entre lui et moi... C'était peine perdue. Prise au piège comme un papillon intercepté par la toile d'une araignée.

La boîte paraissait être d'une valeur estimable. Oscillant une fois de son regard à cette boîte qu'il effleurait du revers de sa main, je sentais une appréhension me tordre le ventre. Craignant ce qu'il allait en sortir. La pipe exposée dignement sur son bureau me rappela les scorpions. Un frémissement imperceptible m'épris et mes traits se crispèrent. Je me maudissais un peu plus d'avoir passé cette porte. Pourquoi n'avais-je rien dans la tête ? Pourquoi je venais à accepter sa demande qui, pourtant, n'avait rien eu d'obligatoire. Et quand bien même... Il n'avait rien à m'obliger. Affronter ses mots et sa présence me demandait déjà bien assez d'efforts. Difficile de réaliser qu'après tout ça, je n'étais pas devenue complètement folle. La force qui me tenait debout était bien plus profonde que celle utilisée par les émotions. Celles qui nous emportent et nous font préférer l'impulsion de nos instinct plutôt que le conseil de nos sentiments, de nos valeurs et de celle d'autrui. L'empathie qui me berçait depuis mon plus jeune âge m'a toujours incité à servir les intérêts de autres avant de penser aux miens. Chose que mon exil avait bien évidemment entaché. Mais pas dénaturé pour autant. J'avais simplement l'impression de ne plus comprendre les autres. Je pouvais comprendre leurs émotions, ce qu'ils ressentaient, mais je peinais à savoir pourquoi ils préféraient des actions de colère et de violence à des actions de paix et de réconciliation. Pourtant, je commençais à percevoir une onde commune entre ce en quoi je croyais et ce que proposait Orkem. Malheureusement, cela sonnait faux. Si faux... Entre la façon dont il m'avait amenée ici, cette journée, ce visage qu'il me proposait. Le lien qui unissait un Terre à tout ce qui portait une âme, ce lien sacré que tout disciple de Tarlyn louait, je ne pouvais me résoudre à le laisser se tisser entre lui et moi. Je ne voulais pas.

Ma réticence conservait cette appréhension et la faisait croître à chaque seconde où il restait secret. « Je sais que cette soirée est lourde en révélations, et t'est probablement pénible, alors... Je ne te donnerais pas tout de suite ce que je voulais t'offrir. » Mes yeux, craintifs, s’immiscèrent dans les siens. Car malheureusement, cela confortait ma crainte d'être à nouveau accablée par l'une de ses manœuvres. Cela m'asséna un coup en plus qui venait alourdir ce poids qui pesait sur mes épaules de plus en plus, à mesure de ses menaces et de ses révélations. Combien pourrais-je en porter encore ?

Le silence regagna la pièce. Mais mon esprit bouillonnait trop pour que cela ne me gêne. En vérité, le plus bruyant des silences comme le plus assourdissant des vacarmes ne pourraient me gêner. Alors que je tentais de rester concentrée sur lui, je balayais des réminiscences d'elle. Hly'tha... Lorsqu'Orkem fit glisser la boîte jusqu'au bord du bureau, vers moi, je décelai une lueur anxieuse qui me cloua sur le siège. Déglutissant avec mal, j'essayais de m'attendre au pire. Qu'avait-il mis dans cette boîte ? Des scorpions ? Allait-il s'amuser à me torturer à la vue de ces insectes ? Eux menaçants, lui les tuant ? « Ce qui se trouve là-dedans... mon cœur accélérait ses battements. Sont deux objets auxquels je tiens énormément, dit-il en suscitant mon étonnement. Ils ont une valeur pécuniaire probablement équivalente à celle de cette maison, mais ça n'a aucune importance... C'est leur valeur sentimentale qui compte. J'aimerais qu'ils soient tiens. Prends-en soin, s'il te plaît. » Incrédule, je n'osai pas prononcer un mot. Scrutant son regard comme s'ils étaient capables de me dire ce qui s'y trouvait réellement. Pourquoi me les donnaient-ils à moi si ces objets avaient de la valeur pour lui ? Pourquoi ne pas les donner à une personne qui comptait pour lui ? En qui il plaçait au moins plus d'estime que cette fille que, cinq ans plus tôt, il avait traîné plus bas que terre ?

Son attention était obnubilée par cette mystérieuse boîte dont il se détacha finalement. D'un simple signe, il m'incita à l'ouvrir. Je n'étais pas rassurée, pas le moins du monde. En vérité, je ne voulais pas ouvrir cette boîte. Me décidant à délier mes mains, j'approchai ma main gauche de l'objet de mon angoisse. Lorsque je me penchai pour voir le contenu de la boîte, mon anxiété paraissait atteindre des summums. Mais mon inspiration se bloqua à la vue de ce qui se trouvait à l'intérieur de la boîte. J'effleurai du bout des doigts la couverture de l'ouvrage que je soulevai avec délicatesse. Mais mon regard émerveillé se fixa sur le petit cheval en bois taillé grossièrement. Tous les enfants d'Oranda devaient avoir eu ce genre de jouets. En tout cas, mon père m'en avait fait plusieurs. Il m'avait même montré comment en faire. J'avais toute une petite collection d'animaux de Gorka faits de bois. Dans cette chambre que je partageais avec ma sœur, dans le seul foyer que nous ayons eu. Je voulais lui demander pourquoi il se séparer de ces affaires ? Et pourquoi me les donner à moi ? Mais à peine avais-je le temps de relever les yeux vers lui qu'il m'expliqua de quoi il s'agissait. « L'écriture de ce livre remonte à plus d'un siècle. C'est un miracle d'en trouver un en si bon état. J'ose espérer que la lecture t'en sera agréable... et si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver. L'heure avance... Je vais être en retard. Sens-toi libre d'aller et venir à ta guise dans toutes les pièces de cette maison, ou dans le jardin, bien sûr. Je serais là où la lumière n'est pas stable, si tu me cherches ! » Conclut-il en se levant. Prenant alors conscience de la valeur de ce livre, je le reposai dans la boîte. « Je ne peux pas... » Sa main vint se poser un bref instant sur mon épaule, ce qui me tut en me faisant tressaillir un instant où mon regard se fit plus hagard. « Je te souhaite une excellente lecture, quand tu le souhaiteras. Et si tu as la moindre question à me poser, j'y répondrais sincèrement, quoi que tu me demanderas. » Retenant ma respiration jusqu'à son départ, une fois seule, je sentis tous mes muscles se détendre. Un long soupir était la seule chose dont je pouvais user pour tenter de m'apaiser. Mais ça n'avait pas l'effet escompter.

Après quelques minutes où les interrogations se heurtèrent dans mon esprit, j'entendis le bruit du calme m'envelopper. Un instant de paix qui me paraissait être volé mais que je n'avais pas l'intention de laisser filer. Curieuse, je pris le fameux livre centenaire. Presque solennellement, je l'ouvris. La beauté des illustrations me frappa la première, quand je fis défiler mes yeux pour lire ce qui y était écrit.

« Quand le Feu qui va du désert à Inaki,
Lie au tronc du dattier sa cavale amaigrie,
Et, sous l'ombre poudreuse où sèche le fruit mort,
Dans son rude manteau s'enveloppe et s'endort,
Revoit-il, faisant trêve aux ardentes fatigues,
La lointaine oasis où rougissent les figues,
Et l'étroite vallée où campe sa tribu,
Et la source courante où ses lèvres ont bu,
Et les brebis bêlant, et les bœufs à leurs crèches,
Et les femmes causant près des citernes fraîches,
Ou, sur le sable, en rond, les chameliers assis,
Aux lueurs de la lune écoutant les récits ?
Non, par delà le cours des heures éphémères,
Son âme est en voyage au pays des chimères.
Malaggar venant en ses songes, cheval glorieux,
L'emporte en hennissant dans la hauteur des cieux ;
Il tressaille, et croit voir, par les nuits enflammées,
Les filles de Sezni à ses côtés pâmées.
De leurs cheveux plus noirs que la nuit de l'enfer
Monte un âcre parfum qui lui brûle la chair ;
Il crie, il veut saisir, presser sur sa poitrine,
Entre ses bras tendus, sa vision divine.
Mais sur la dune au loin le chacal a hurlé,
Sa cavale piétine, et son rêve est troublé ;
Plus de Sezni, partout la flamme et le silence,
Et le grand ciel cuivré sur l'étendue immense ! »


De la couleur du sable du haut de la page, se dessinait une nuit aux couleurs vivent et étincelantes, nuances d'un crépuscule pareil à nul autre qui me transportèrent dans un rêve envoûtant m'éprenant le cœur. Émue par cette lecture, je refermai le livre avec délicatesse avant de le replacer dans le coffret que je fermai également.

Posant mes coudes sur le bureau, je pris ma tête dans mes mains. Essayant de ne pas me perdre, de ne pas perdre le fil. En arrivant ici, j'étais loin de pouvoir m'attendre à ce que tout ceci me tombe dessus. Après les épreuves que j'avais endurées, cette journée me paraissait être un dénouement. Alors que je pensais, grâce à Ranrek, être capable de laisser tout cela derrière moi, il ne fallut que quelques heures pour que tout s'éveille et ne cherche à trouver son sens. Le sens à un acte que j'avais laissé sur le dos de la folie humaine dont on m'avait toujours préservée. Cette folie qui luisait pourtant dans bien des regards envers qui je me montrais bien moins méfiante qu'Orkem. Le fait est que le passé ne pouvait être réécrit et que malgré tout ce qu'il était capable de mettre en œuvre pour panser ces blessures immuables, aucune volonté ne serait assez forte pour que l'eau commence à couler sous les ponts.Ce qu'il m'avait fait était ancré en moi. Dans mes cicatrices, sur ces brûlures dont les marques jonchaient toujours ma peau. Le détacher de cet homme, ce monstre, c'était trop me demander. Mais au moins pour les heures qui me restaient à vivre en sa présence, je pouvais tenter de faire abstraction de ce qui me rebutait le plus chez lui. Je ne m'attendais pas à y voir un autre visage. Mais peut-être qu'une lumière saurait se faire sur sa nature. Ce qu'il était vraiment...

Le temps passé dans l'étude me parut court et pourtant, je notais un calme presque surnaturel. Annonciateur de la ville qui s'endormait. Cette villa également. J'hésitai à prendre la boîte en bois blanc. Je ne pourrais pas la garder avec moi. Ce livre n'était à sa place qu'en ces lieux. Je ne pourrais l'emmener avec moi. Ce qui n'était pas le cas du cheval en bois. Mais je justifiais mon refus de porter avec moi tout objet estimé par Orkem en me disant que cette boîte formait un tout : en enlever la statuette n'avait pas de sens. Idiot, mais suffisant à me dire que ces objets resteraient près de leur propriétaire. Toutefois, j'avais envie de consulter ce livre librement. Alors je pris tout de même la boîte, au moins pour l'apporter jusqu'à la chambre que j'occupais.

Mes pas dans les couloirs étaient légers, comme si je ne souhaitais pas être remarquée. L'appréhension de tomber sur Dhelm ou sur Moïra me nouait l'estomac. Je traversai les couloirs jusqu'à atteindre la chambre dont je refermai consciencieusement la porte. La boîte dans les main, je balayai du regard la pièce afin de savoir où je pourrais la poser. Au côté le plus éloigné du lit, se trouvait une table de chevet avec une tiroir. J'avais beau vouloir y glisser la boîte, le tiroir n'était pas assez haut. Alors je sortis le livre et la statuette pour les mettre dans le tiroir et je posai le coffret sur la table de chevet. Perplexe, je me sentis idiote de chercher à cacher ces objets. Je m'assis sur le lit. Mes pensées allèrent à Hly'tha de longues minutes avant que mon regard ne se pose sur les barreaux qui ornaient cette fenêtre. M'y approchant, je l'ouvris pour tenter d'inspirer de l'air frais. Une légère brise vint caresser mon visage. Mais la vue de ces barreau me rappelaient que trop bien la situation dans laquelle je me trouvais : un oiseau enfermé dans une cage. Aussi dorée soit-elle... L'or n'avait aucune valeur à mes yeux. Même enfant, j'étais plus attirée par les trésors de la nature à déchiffrer plus qu'à observer librement. Les couleurs et la magie de la Forêt Fluorescente m'avaient toujours captivée, mais ce qui avait de la valeur pour les gens de Lucrezia n'en avait guère pour moi. Les pierres précieuses luisantes de couleurs me laissaient souriantes, mais là où mes yeux pétillaient d'émerveillement, c'était en voyant les pierres de lumières, le noir profond de cette pierre qui m'était étrangère, de ces choses dont la beauté ne sautait pas aux yeux. Celle qu'il fallait trouver. Celle qui avait de l'intérêt.

Je refermai la fenêtre. Le seul endroit où je pourrais me sentir un tant soit peu confortable était le jardin. Sans avoir pris le temps de me changer, je quittai la chambre. Essayant de retrouver le chemin que j'avais précédemment emprunté, j'arrivai au rez-de-chaussée. Le jardin ne devait plus être bien loin, mais je vis dans l'entre-ouverture d'une des salles qui jonchaient le couloir une faible lumière vacillante. Amenée par ma curiosité, je m'approchai et tentai de déceler un bruit. Tout ce que je pouvais sentir, c'était une présence. Sa présence. Je serais là où la lumière n'est pas stable. Tâchant d'être la plus discrète possible, je me risquai à observer. Je le voyais tenir une pierre noire. Cela m'interpella, si bien que j'eus un mouvement de recul. Je n'étais pas vraiment sûre de ce dont il s'agissait. Mais il la rangea avant que je ne puisse en voir plus. Orkem se leva et, de gestes cérémoniels, commença à effectuer des mouvements. Était-ce là une sorte de méditation ? Me rapprochant à nouveau, je continuais de l'observer, intriguée.

La concentration dont il faisait preuve et la fermeté de ses mouvements rappelaient des gestes mécaniques, comme dictés par un dogme, mais que je mettais plus sur le coup de son côté militaire... Cet aspect méditatif qui le caractérisait en cet instant laissait ses mouvements les plus vifs solennels. La précision paraissait calculée au millimètre près. C'était captivant. Alors que les mouvements se faisaient de plus en plus denses, des flammes vinrent s'ajouter à eux. Comme une continuité. Les yeux écarquillés, je continuais de l'observer, plus fascinée par la pratique que l'homme. Il avait beau ne pas être désagréable à regarder, ces années passées à le noircir m'empêchaient de le voir sous un autre aspect que ce cauchemar qui me hantait encore. Les yeux pétillants de l'émerveillement du mouvement des flammes autrement plus impressionnant qu'avaient pu être les démonstrations au bal des représentants, je faisais fi de mon cœur qui paraissait s'emballer à chaque mouvement se rapprochant de ma direction. J'avais beau avoir peur du feu, sa lumière restait ensorcelante. Hypnotisée, je fus soudainement surprise par son interpellation. Depuis quand avait-il remarqué ma présence ? Je quittai l'ombre de la porte. « Veuillez m'excuser je... je ne voulais pas vous déranger dans votre... ton... qu'est-ce ? » Ne puis-je m'empêcher de demander après m'être étalée piteusement en excuses à peines crédibles.

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Mar 13 Juin - 11:57

Il suait à peine. N'importe qui aurait été en nage après pareil entraînement : course à pieds, exercices physiques, exercices d'équilibre, soulever de poids croissants, frappes dans le vide...Une bonne quarantaine de minutes sans mettre fin à son entrainement faisaient seulement perler quelques orbes irisés sur son front alors qu'il contemplait silencieusement une pierre d'un noir profond. Un nodule d'obsidienne de la taille de son poing, portant, sur deux côtés opposés, des iridéscences concentriques formant comme des yeux sur la pierre. Quelques minutes passèrent alors que, genoux au sol dans sa tenue d'entraînement (un sarouel de toile épaisse couvert de deux jambières et de protections de haut-de-cuisse et des attributs masculins et deux bracelets de cuir épais pour maintenir son poignet lors des frappes), il contemplait chaque aspect du minéral envoûtant. Il finit par le ranger, après de longues minutes, dans un coffret de métal rembourré à l'intérieur de couches de velours successives formant un écrin ferme et résistant à la pierre. Un petit autel, encadré de deux bougies vacillantes, se trouvait face à lui, et il y posa le contenant en courbant humblement la nuque. Se retournant d'un coup, les yeux clos, il se mit à exécuter quelques gestes précis, décrivant tout d'abord un cercle parfait, chacun de ses bras tendus en dessinant une moitié, pointe des doigts dressés vers l'extérieur, avant qu'il ne les fasse se rejoindre au centre de la forme immatérielle, paume contre paume. Il adopta ensuite plusieurs postures, avec une lenteur et un calme mesurée, toutes étudiées pour réfuter le combat par la défensive en situation réelle. Il semblait habité d'une paix intérieure hors du commun, comme s'il avait laissé à la porte celui qu'il était pour ne faire plus que corps avec l'effort.

Lentement, il passa d'une posture défensive, bras tendus, paumes ouvertes vers un adversaire imaginaire, à une position de combat, inspirant profondément, en appui sur sa jambe arrière (en l'occurence, la droite), la gauche pliée de manière à ce que la seule pointe de son pied nu touche le sol, genou en avant, et les mains en une garde ouverte vers l'adversaire, dressées jusqu'à ses tempes. Au bout de ses doigts naquirent des flammèches qu'il regroupa d'un geste léger au centre de ses poings et ferma ces derniers. Ils semblèrent prendre feu comme l'aurait fait n'importe quel objet enduit de poix : instantanément, et avec une flamme comme démultipliée par un combustible qui n'était en réalité autre que l'air lui-même. Les premiers coups de poings partirent, rapides, secs, précis, nombreux, sifflant dans les airs comme des lanières de fouet avant de claquer, laissant dans les airs derrière eux une traînée rougeoyante. Le silence de la nuit, l'ampleur de la salle faisaient résonner le crépitement et le grondement des flammes, mais ce n'était rien comparé à ce qu'il s'apprêtait à entamer alors que même ses coudes venaient s'éclater sur un adversaire imaginaire dans des gerbes d'étincelles et de flammèches impressionnantes. Ce fut enfin son pied droit partit subitement décrire un arc de cercle qui aurait sans mal atteint la tempe d'un homme de sa taille, ne faisant pas que laisser une trace, mais projetant la flamme vers cet ennemi fantomatique avec un vrombissement qui n'annonçait que le début d'un spectacle pyrotechnique que bien peu de maîtres du feu auraient pu donner.

Prenant appui sur son pied droit, ramené au sol, il s'élança vers l'avant en faisant un tour complet sur lui-même, dépliant d'un coup sec la jambe d'appui pour décrire un nouvel arc de cercle à hauteur de tête qu'un coup de pied chassé du pied gauche vint suivre en percutant la trace incandescente laissée par son collègue dans une gerbe de flammes. Des coups amples, puissants, faits pour briser une garde et les os qui la composaient, faits pour tuer, écraser par la force brute. Mais bientôt, ce ne fut plus la puissance pure qui guida ses membres dans des grandes langues de flammes qui venaient lécher jusqu'aux murs recouverts de métal, y laissant des traces noirâtres, mais bel et bien une succession de coups rapides et précis dont les points d'impacts semblaient être le théâtre d'un flux et reflux de la flemme comme le ferait la goutte d'eau expulsée dans les airs lorsque l'on laisse dans l'onde tomber un galet plat : une première onde de choc, rapidement suivie d'une seconde encore plus puissante. Des coups d'arrêt, des coups pour faire reculer, pour faire plier. Mais outre la technique martiale, le plus impressionnant en lui restait la maîtrise qu'il avait des flammes qui couraient sur son corps: pas une ne semblait vaciller quand bien même elle serait sur son pied et qu'il soit en train de porter des coups de poings, même lorsqu'il croisait ses bras pour une parade fictive, les flammes de ses mains ne venaient pas s'amuser à lécher la chair de l'autre bras. Lorsque les flammes se développaient après un coup, comme quittant leur propriétaire pour se répandre dans les airs, il lui suffisait d'un retour en garde pour que celles-ci reviennent à leur place d'origine, comme la lanière d'un fouet que l'on replie après un coup.

Concernant sa maîtrise de la flamme, Orkem Vahlaan avait toujours été doué pour son âge, et son entraînement rigoureux avait fait de lui un combattant qui n'avait en ce monde que de rares égaux : formé pour entrer originellement dans la garde royale, il s'était refusé à ce poste pour pouvoir profiter plus longtemps de l'enseignement d'un maître du feu en particulier, auprès duquel il avait évolué aux côtés de celui qui était depuis lors devenu son supérieur hiérarchique : Sven Ramose. Mais là où Sven était impressionnant dans la technique, le propre de Vahlaan était de s'exprimer par la flamme, de vivre au travers d'elle. Lorsque se terminèrent les successions de coups, qui auraient pu être d'une efficacité redoutable en combat, ce fut pour donner suite à des enchaînements de mouvements offensifs et de parades, sans réelle portée martiale visible, des exercices de répétition alliant esthétique et efficacité. En observant les flammes, il n'aurait pas été difficile pour quelqu'un avec un minimum d'imagination d'y voir non pas une langue incandescente suivant ses mains, mais bien un dragon majestueux qu'il semblait guider à la baguette comme un dompteur talentueux.

Si il n'avait pas eu ces prédispositions pour le combat et la stratégie martiale, Vahlaan aurait souhaité entrer dans les ordres de Malaggar. Les cérémonies étaient depuis longtemps désertées par les Sezniens, et lui-même s'abandonnait parfoisà ce fatalisme qui avait depuis des années pris le pas sur la religion. Mais il avait appris dès son plus jeune âge les pas des danses rituelles dédiées au dieu de la flamme et de la guerre, et faisait partie, dans l'armée, des rares à encore s'autoriser ce que beaucoup appelaient ces "fantaisies religieuses". Toujours était-il qu'elles l'avaient bien aidé à apprendre à manipuler la flamme, à en faire une de ses plus précieuses alliées, et avait longtemps hésité à quitter l'armée pour vénérer Malaggar. Nul doute qu'il serait un bien plus puissant maître du feu qu'il ne l'était déjà, sans doute-même aurait il pu dépasser Ramose...Mais la vie avait fait qu'il avait choisi le pouvoir sur les hommes plutôt que celui sur les éléments et sur lui-même. Il le regrettait, parfois, en sentant à quel point il était proche, comme en cet instant, de la flamme, comme il aurait aimé faire corps avec elle. Il était beau au milieu des flammes, beau dans la fureur de ce qu'il aurait pu être et de ce qu'il était devenu, beau alors que les larmes de regrets de ce passé qu'il aurait tant aimé avoir se mêlaient à la sueur du présent qu'il avait. Ici, personne ne pouvait voir ses réelles émotions, caché par la flamme, caché par la transe, il pouvait s'exprimer librement. Il ne pensait pas à Eden, qu'il avait parfaitement repérée alors qu'il changeait d'exercice, passant du combat à la danse rituelle, le blanc de sa robe, éclairé par les flammes, tranchant avec l'obscurité nocturne, il faisait tout pour occulter de son esprit ce qu'elle représentait, mais une part de lui ne pouvait s'en détacher. Une part qui l'amena, un fugace instant, à dessiner, au creux des formes incandescentes qu'il guidait dans les airs d'une main de maître, le visage de la demoiselle.


Lorsqu'il cessa ses gestes, l'idée de voir les flammes comme un dragon n'étaient plus qu'une simple métaphore, et rapidement, le vrombissement du brasier fit penser au grondement agressif que pareille bête pourrait déployer pour intimider ses adversaires...Tous dans la demeure y étaient habitués, mais seul Dhelm avait déjà vu la fin de cette petite cérémonie, alors que s'élevait vers le plafond haut d'une huitaine de mètres une colonne de flammes travaillées, porteuse de motifs qui bougeaient au rythme des ondulations des ignitions successives, Orkem, bras en croix paumes vers le plafond, jambes jointes et tête basse, semblait diriger lentement la flamme en ne bougeant que le bout des doigts, comme un marionnettiste habile, alors que se dessinait cette fois-ci clairement un dragon, qui redescendit du plafond pour se lover tout autour de lui, l'entourant d'une sphère de flammes épaisses. Le bruit de ses poings claquant l'un contre l'autre précéda celui des flammes soufflées vers les murs, emplissant la pièce dans un souffle digne de celui d'une explosion dans un espace confiné, et l'onde d'air chaud qu'elles produisirent éteignit d'un bloc toutes les bougies disposées autour de la pièce. Il était assis en tailleur, dos à la porte, comme sa silhouette l'indiquait clairement, ne serait-ce qu'à la position de ses jambes, et respirait rapidement. Là, il avait sué. Il prit quelques instants pour reprendre son souffle, apaisé par cette catharsis physique et mentale, enfin en paix avec lui-même pour quelques minutes après avoir exécuté ce rite d'expiation, et ricana doucement.

- Question sécurité, rester derrière la porte était une bonne idée, Eden... mais tu peux rentrer, maintenant... je ne vais pas carboniser à nouveau...toute la pièce.

Souriant en coin, il continuait à haleter, visiblement épuisé par l'exercice. Nuque courbée, il étirait lentement ses bras pour échapper aux courbatures, et faisait craquer ses articulations pour vérifier que tout soit bien en place. Eden se confondait en excuses, bredouillant, bafouillant, et cela n'était pas sans l'amuser légèrement, sans pour autant le rendre moqueur.

- Veuillez m'excuser je... je ne voulais pas vous déranger dans votre... ton... qu'est-ce ?

- Tu ne me déranges pas, sinon, pourquoi t'aurai-je dit où j'allais? répondit-il en souriant, se laissant tomber en arrière en poussant un soupir de soulagement au contact du sol de pierre glacé. Un entrainement? Une remise en forme? Une partie pour répéter des mouvements de combat, une autre à la gloire de Malaggar...Bien peu de Sezniens sont pratiquants, mais...C'est notre culture. C'est Malaggar qui nous donne le privilège de manier les flammes. L'honorer est la moindre des choses, au moins pour une simple danse. Outre l'aspect religieux et esthétique, c'est également un excellent exercice pour stabiliser sa flamme et la maîtriser, la canaliser et la modeler à loisir. Cette danse puise sa source dans le cinquième conte du livre, probablement pas le plus joyeux, mais le plus instructif, en tout cas. J'ai du tellement lire mon exemplaire de chevet que je me demande comment l'encre ne s'est pas incrustée sur mon index...

Il sourit doucement et leva un poing qu'il déplia lentement. Des filaments de flammes aussi fins que du tissus de soie partirent de sa paume comme des tentacules incandescents, se dirigeant lentement vers les bougies tout autour de la pièce, les rallumant une à une avant de se résorber jusque dans sa chair sans laisser la moindre trace sur celle-ci. Orkem passa doucement sa langue sur ses lèvres en fermant les yeux. Sa voix était d'autant plus profonde et calme que d'accoutumée, et ce fut avec une curiosité réelle qu'il adressa sa question à Eden.

- A Gorka, les enfants apprennent-ils les légendes au sujet de Tarlyn? La Foi y est, je sais, bien plus importante qu'en Sezni...Mais je ne connais que les légendes les plus connues à ce sujet.

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Mar 13 Juin - 14:49

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Happy meal
Dans les clignements de mes paupières, je revoyais l'image de ce dragon de flammes, à la fois terrifiant et majestueux. Je n'avais jamais assisté à ce genre de vision où la vie donnée par le feu prenait presque tout son sens. L'état extatique d'Orkem paraissait m'avoir contaminée à cet instant où la déflagration parut faire trembler chaque pierre de cette villa, chaque cœur y résidant. Perplexe, je le crus sans mal lorsqu'il me déclara ne pas souhaiter carboniser une nouvelle fois la pièce, mais sa voix entrecoupée - par un halètement ou un effet d'éloquence - me laissa croire que, par contre, il ne promettait pas de ne pas me carboniser moi. Il semblait ne rien avoir à y faire : je ne pouvais pas rester insouciante et sereine en sa présence. Comme si chaque séquelle de ces brûlures qu'il m'avait infligée avaient une force persuasive inaltérable. De quelques pas, je m'avançai dans la pièce alors que le Conseiller semblait amusé par mon anxiété qui, pourtant - même à ses yeux - devait être compréhensible. J'avais toujours crains le feu. Plus par manque de contrôle que par conviction. Mais le fait d'avoir cru le feu être responsable de la mort de ma sœur n'avait fait qu'amplifier cette crainte. Le reste n'était qu'un engrenage qui m'avait même laissé croire que Malaggar en personne souhaitaient s'acharner à voir le feu me détruire. Jusqu'à ce que je rencontre Ranrek... Il me paraissait si loin... J'avais peur de cette distance. Pas tant dans les menaces proférées par Orkem ; tant que je ne faisais pas de faux pas, il ne ferait rien, j'en étais persuadée. Mais par l'influence que pourrait exercer le Conseiller sur moi. Ces deux jours allaient être bien plus difficile que je ne le pensais. Une difficulté qui n'avait rien d'une violence physique mais morale...

Le Conseiller n'était pas surpris de ma présence. Si déjà il ne s'attendait pas à ce que je vienne à son étude, comment pouvait-il ne pas l'être de ma présence ici ? « Tu ne me déranges pas, sinon, pourquoi t'aurai-je dit où j'allais ? » Il se laissa reposer sur le sol. « Un entrainement ? Une remise en forme ? Tenta-t-il de décrire en un mot. Une partie pour répéter des mouvements de combat, une autre à la gloire de Malaggar... Bien peu de Sezniens sont pratiquants, mais... C'est notre culture. C'est Malaggar qui nous donne le privilège de manier les flammes. L'honorer est la moindre des choses, au moins pour une simple danse. Outre l'aspect religieux et esthétique, c'est également un excellent exercice pour stabiliser sa flamme et la maîtriser, la canaliser et la modeler à loisir. Cette danse puise sa source dans le cinquième conte du livre, probablement pas le plus joyeux, mais le plus instructif, en tout cas. J'ai dû tellement lire mon exemplaire de chevet que je me demande comment l'encre ne s'est pas incrustée sur mon index... » Détailla Orkem tout en reprenant progressivement son souffle après l'effort que cet entraînement lui avait demandé. Mes yeux voyagèrent avec les filaments de flammes qu'il invoqua d'un simple geste. Je fis un pas de recul alors que le feu vint allumer à nouveau les bougies qui redonnèrent sa luminosité tamisée à cette pièce.

Chaque région, chaque élémentaire, avait sa façon d'honorer son dieu. Les dieux en général même. Et bien que ma mère nous apprenait beaucoup de choses sur notre culture et celle des autres, j'étais loin d'imaginer un tel spectacle pour un rituel de feu. J'aurais certainement mieux fait de m'éloigner et de le laisser, mais encore happée par le virtuose jeu de flammes auquel j'avais assisté, je restai figée à l'entrée de la salle aux lumières vacillantes. « À Gorka, les enfants apprennent-ils les légendes au sujet de Tarlyn ? La Foi y est, je sais, bien plus importante qu'en Sezni... Mais je ne connais que les légendes les plus connues à ce sujet. » Son intérêt pour la culture Terre me fit ciller. Les Feu n'étaient-ils pas fermés à ne voir que leurs secrets bien gardés et leurs légendes ? Au vu des rencontres qui m'avaient été données de faire, rares étaient ceux qui s'ouvraient aux autres. Ils étaient bien plus à l'image de cet homme qui m'avait violentée sans autre raison que son plaisir cinq ans auparavant. Penser que les mêmes flammes qui m'avaient tant causé de souffrances étaient là, à quelques courts mètres de moi, me fit frissonner. Ma main gauche vint se poser sur l'endroit où ma marque aurait dû apparaître. « Les légendes bercent nos nuits comme tout Orandien. Mais je ne crois pas qu'il existe de recueil. Notre culte est oral et se transmet de génération en génération. Les rituels dépendent de chaque ville, chaque lieu de Gorka. J'ignore si des écrivains les retranscrivent à l'écrit. Ce serait là le travail de plusieurs vies. » Lui confiai-je d'une voix basse dont la douceur dévoilait un air mélancolique. Comme par devoir de respecter l'état de rite dans lequel il s'était plongé.

Non sans timidité, à pas plus silencieux que ceux d'un félin, je m'avançai un peu plus vers Orkem. Il était encore allongé, yeux clos. D'aucuns auraient profité de ces nombreux instants d'insouciance de leur tortionnaire pour atteindre à son intégrité, voire à ses jours. Mais l'idée de lui faire le moindre mal ne parvenait même pas à traverser mon esprit. Le temps lui-même ne parvenait pas à atténuer ce mal qu'il m'avait fait subir. Malgré ma conscience de l'horreur de ces atrocités, ma nature de Terre et les préceptes qui m'avaient façonnées dès ma plus tendre enfance ne pourraient rester acculés par les réminiscences du passé bien longtemps. Même si je considérais ce qu'il m'avait fait comme impardonnable, j'étais de moins en moins sûre de parvenir à ne pas lui accorder une chance de se montrer différent. Malgré mon intention de suivre les conseils de Dhelm pour ces deux jours, je restais enfermée de l'idée que je m'étais faite de cet homme. Dès lors que ma garde baissait, je devais me souvenir de ce qu'il m'avait fait. Des mots qu'il prononçait. C'était là le seul moyen que j'avais de ne pas le laisser m'influencer. Il me fallait trouver un équilibre, un juste milieu qui me permettrait de survivre à demain et en même temps, à ne pas me laisser dévorer par ses manœuvres. Néanmoins, cela me semblait s'assimiler de plus à de la prétention... Je ne connaissais rien à la manipulation et à la destruction délibérée d'autrui. Difficile alors de croire que je pourrais sortir d'ici indemne... Ce n'est pas pour autant que je baisserai les bras et me laisserai abattre si facilement.

« Du peu que j'ai vu de Sezni, rien ne lui prêtait les couleurs qui lui sont données à l'ouvrage que tu m'as confié... » Faire allusion à ces jours où moi-même je ne pensais guère survivre dans cette savane, avait quelque chose de gênant. Le fait que je sois parvenue à lui échapper pouvait le mettre en colère, il pourrait considérer cela comme de la provocation... Quitte à provoquer un réaction néfaste, autant l'assumer, me dis-je alors. « Comment as-tu pu savoir que j'avais survécu à ça ? » Tabler sur le fait qu'il me croit morte n'a jamais vraiment fait partie de l'équation. C'était un espoir que je nourrissais : qu'il m'ait laissée pour morte pour ne plus jamais penser ne serait-ce qu'à mon visage qu'il avait tant scruté. Mais comme si mon inconscient me forçait à anticiper ce qui m'avait paru si aisément évitable, j'ai toujours vécu avec cette sombre idée que nos chemins pouvaient un jour se recroiser. Car en vérité, il ne m'avait jamais quittée. Nos deux âmes paraissaient liées dans cette fatalité où souffrance et asservissement semblaient être les seules tenants. Je détestais la fatalité. Je la détestais car avec toute la positivité du monde et tout l'optimise dont je pouvais faire preuve, cela ne changerait jamais rien au résultat. J'étais coincée dans un dédale de coursives dont les murs étaient tapissés des flammes et où chaque impasse me ramenait à une personne menacée, à une personne que je risquais de blesser par la moindre tentative que j'aurais de me débattre. La seule sortie se trouvait au bout d'un sombre tunnel où seul le visage d'Orkem m'apparaissait...

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Mer 14 Juin - 14:28

-Les légendes bercent nos nuits comme tout Orandien. Mais je ne crois pas qu'il existe de recueil. Notre culte est oral et se transmet de génération en génération. Les rituels dépendent de chaque ville, chaque lieu de Gorka. J'ignore si des écrivains les retranscrivent à l'écrit. Ce serait là le travail de plusieurs vies.

- Les Sezniens n’écoutent plus les legendes…C’est bien dommage. J’aurais aimé entendre quelques-unes de celles qui se racontent dans ton pays…

- Du peu que j'ai vu de Sezni, rien ne lui prêtait les couleurs qui lui sont données à l'ouvrage que tu m'as confié...

- Si tu avais vu le sud de Sezni, tu aurais vu le vrai désert, celui des légendes…Le sable est plus chaud que nulle part ailleurs, l’air a une note olfactive de fumée et  de poussière…Le soleil y est si vif que l’on a l’impression de marcher sur des paillettes d’or, et les dunes…ah, les dunes du sud…Au nord, elles font trois, cinq mètres de haut, au sud…certaines s’étendent sur trente ou quarante mètres, le désert à lui seul est une construction de la nature, une des merveilles de ce monde…Mais quiconque veut la voir doit la mériter, tant le danger y est présent. Scorpions, serpents, tempêtes de sable, sables mouvants, glissements de terrain…C’est autre chose qu’au nord…la vie y est relativement facile, et le désert semble austère à côté de celui du sud…


Au fond de ses yeux, la nostalgie semblait illuminer ses rétines d’une flamme sans pareille. Il en parlait avec une voix si calme, si chargée de sentiments et de souvenirs que le risque d’y mourir, pourtant assez évident dans les mots en eux-même, semblait n’être qu’une formalité pour circuler dans un paradis doré.  Il soupira longuement en croisant les bras sur ses pectoraux, poings fermés, et reprit doucement son descriptif, à mi-voix, comme s’il s’agissait d’un des plus grands secrets qu’il soit en charge de garder.


- Il y a, dans ce désert, des lieux oubliés, des tombeaux et des ruines, des vestiges d’un passé enfouis sous les dunes, remontant parfois, après un vent d’ouest, au dessus du sable que celui-ci a dégagé…D’aucuns disent que la vie est apparue dans l’eau, d’autres, qu’elle est possible grace aux plantes, certains pensent que sans l’air, la vie n’existerait pas…Mais les véritables traces du passé, de la vie, on les retrouve dans ce désert, qui voit naître et mourir, qui détruit et conserve,  ce désert si beau, si grand que lorsque tombe la nuit, les étoiles semblent n’être que des grains de sable qui se sont projetés au firmament pour mieux pouvoir l’admirer…Si je dois mourir, où et quand que ce soit, alors que mon âme aura déjà subi le jugement de Malaggar, je veux que mon corps soit laissé là-bas, que mon être mort aide à la vie des chacals et des vautours…et qu’un beau jour… lorsque tout le monde aura oublié notre époque, quand, peut-être, les noms de Ramose, Birghild, Drogon, Valior et autres auront disparu des livres d’histoire…Peut-être même que ce jour là,  le soleil ne brillera plus autant sur les sables de Sezni… alors, ce jour lointain, j’aimerais qu’un coup de vent découvre ma carcasse, et que je puisse une dernière fois, de mes orbites vides et de mon âme pleine, contempler, noir d’encre, les étoiles semblables à des broches piquées sur un tissu de soie, sans nuages, sans lune, pour mieux voir les comètes, le ciel des nuits glacées de ce désert…


Il se passa un certain temps avant qu’il ne rouvre lentement les yeux, respirant calmement alors que son cœur battait encore à tout rompre, ses veines tout entière ressortant sous chaque impulsion de cet organe vital, parfois dit de pierre, parfois dit de braise, rarement dit d’or, et contre lequel il avait plus souvent la main qu’il ne l’avait sur la main. Vahlaan avait toujours été un visionnaire et un rêveur, mais il n’arborait jamais réellement que son côté pragmatique et froid. En tant que conseiller de Ramose, il devait faire avec l’image des Sezni, froids, durs, renfermés, et il faut bien dire que cela l’arrangeait bien. Rares étaient ceux (très rares, même, deux personnes, trois peut-être sur cette planète) à avoir vu celui qu’il était lorsque ses fonctions, ses peines, ses angoisses lui laissaient le répit qu’il pouvait avoir en attente du repos éternel.  Eden ne répondit pas tout de suite, mais finit par articuler quelques mots. C’était à croire qu’elle ne l’avait pas écouté, mais…peu lui en importait. Il savait qu’en chaque légende se cachait une part de vérité. Il savait que dans ce désert se cachaient les plus grandes merveilles qu’Oranda aie porté. Il savait que, quoi qu’elle en dise, les sables du sud avaient été son berceau, son école, et si aujourd’hui, ils n’étaient plus en permanence son lieu de vie, ils seraient un beau jour le dernier lit qu’il aurait, pour la totalité de son existence. Il l’écouta attentivement, fermant de nouveau ses paupières alors que son cœur reprenait un rythme normal.


- Comment as-tu pu savoir que j'avais survécu à ça ?[/color]


Orkem soupira légèrement. Il s’attendait à ce qu’elle lui raconte une de ces histoires dont elle parlait, mais elle n’en fit rien. Le point culture viendra plus tard dans leur discussion, du moins l’espérait-il. Il était quelque peu épuisé par l’effort physique, mais fort heureusement, l’âge n’avait pas encore altéré à outrance ses capacités de récupération, et il reprit un rythme respiratoire normal avant même de lui répondre. La question…l’ennuyait quelque peu, c’était dévoiler une partie de son réseau, de son influence, mais il avait promis de répondre sincèrement, et n’y dérogea donc pas.


-Ceffyl et moi avons été formé en même temps, au même endroit. Nous avons fait partie de la même unité, comme beaucoup de ses hommes, d’ailleurs. Une gorkienne à peine sortie de l’enfance, perdue dans le désert, ça ne passe pas inaperçu. J’ai formé un certain nombre de nos garde-frontières, je n’ai eu qu’à tendre l’oreille…Et j’étais persuadé que tu n’étais pas morte. Tu es une survivante, Eden. Une personne d’une force d’esprit impressionnante. Bornée, qui se cache la vérité, mais forte. J’avoue t’admirer en cela.déclara-t’il, souriant légèrement avant de marquer une petite pause.

- Mais en tant que conseiller militaire du Generalissime Sven Ramose…Quoi que tu dises, que tu fasses, je n’ai qu’à poser la question à une personne, et il y en aura une de mon réseau qui saura me répondre. La politique est une gigantesque toile d’araignée sur laquelle se battent les politiciens. Les nœuds de la toile sont leurs informateurs. A chaque mouvement d’une araignée, toute la toile vibre. Celui qui a le plus de nœuds capte le mieux la vibration et peut réagir en conséquence. Toi aussi, tu as tes toiles et tes nœuds. Mais tu préfères des nœuds solides à tes pieds que des nœuds fragiles partout sur la toile. C’est une manière de jouer. Tout dépend comment se déplace l’araignée face à toi, et ce que tu fais pour survivre.


Ses yeux se reportèrent vers le plafond alors qu’il levait son poing vers celui-ci, lentement, l’ouvrant pour que sa paume pointe vers une trace que l’explosion qu’il venait de provoquer avait laissée. Un petit globe de flammes apparut au creux de sa main, grossissant jusqu’à occuper un diamètre d’une quinzaine de centimètres. Il s’amusait à le faire rouler sur le bout de ses doigts et le dos de sa main, tranquillement, à l’aplatir, à le diviser pour en faire plusieurs…Il ne faisait que s’amuser. Rien dans son attitude n’indiquait qu’il avait l’intention d’en faire usage contre Eden, et ce n’était effectivement pas le cas. Il observait la demoiselle depuis quelques temps déjà, et c’est en conséquence de cela qu’il s’adressa à elle, sans la moindre animosité. Ce qu’il s’apprêtait à dire lui faisait froncer les sourcils : il s’interrogeait à ce sujet depuis quelques heures, déjà, et il pensait déjà avoir une idée assez juste de la réponse. Cela ne l’empêchait pas de penser qu’une fois de plus, Eden répondrait à côté de la plaque, car elle-même se conditionnait pour ne pas entrer dans son jeu.


- A mon tour de te poser une question, et je te demande deréfléchir attentivement à ta réponse, s’il te plaît…Tout à l’heure, tu n’avais aucune raison de me rejoindre dans mon étude, mais tu l’as fait, et je t’en remercie, cela dit, cela marque que tu ne me crains pas tant que ça... Quand tu es arrivée devant cette pièce j’imagine qu’en voyant la lumière, tu t’es simplement demandé ce que je faisais, donc disons que la curiosité était une raison suffisante, mais la Flamme t’a captivée, donc en un sens, il est possible que tu la craignes profondément par peur de l’inconnu. Mais tu ne craignais ni elle ni moi quand tu es venue dans mon étude en début d’après-midi. Alors j’ai l’impression que tu fais fausse-route dans ta propre réflexion.  Crains-tu plus l’homme que je suis, la flamme que cet homme manie, ou l’homme que tu penses que je suis ?


Il était toujours aussi calme, mais en plus, intrigué. Il n’était pas sûr qu’elle n’aie pas commencé à prendre conscience de certaines choses à son sujet, et peut-être parviendrait-elle à jouer la carte de la franchise, celle que lui cachait son inconscient, celle qu’il n’attendait que de voir ressortir en elle. Il s’autorisa un nouveau soupir, plus discret, en continuant, les yeux clos, à jouer avec les petites sphères enflammées qui virevoltaient entre ses doigts comme un joueur professionnel l’aurait fait avec des pièces. Elle avait tant à perdre à refuser de se donner à lui, tant de temps, tant de biens…tant d’amis…Matériellement ou immatériellement, elle avait tout à gagner à accepter de le rejoindre pour de bon, et pourtant…elle mettait en jeu un avenir radieux pour des histoires qu’Orkem considérait comme « déjà vieilles de cinq ans », et des idées qu’elle s’imposait sans réel fondement. Réfléchis bien, jeune femme, tu serais étonnée de te découvrir toi-même…  « Rares et heureux ceux qui sont ce qu’ils pensent-être » dit-on à Sezni. Mais ça, Orkem ne te le dira pas…

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Mer 14 Juin - 19:04

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


Happy meal
La description qu'Orkem me faisait de Sezni n'était pas crédible face au souvenir que j'en avais. Ce côté austère, je l'avais reçu comme une gifle. La férocité des animaux, de cette nature, m'avait mise à terre et m'aurait certainement laissée pour morte dans ces étendues de sable donc les grain qu'il décrivait comme étoiles sublimées, n'étaient dans mon souvenir que chaleur insoutenable brûlant mes pieds. La sécheresse et la solitude, accablante monnaie pour espérer sortir vivante de cette immense fournaise torturée. Malgré tout, il me suffit de fermer les yeux pour imaginer cette région à travers ses yeux. Comme les histoires que l'on me contait quand j'étais enfant. Son ton monocorde et calme, la voix douce mais gardant cette profondeur qui lui permettait de tonner si fort que les dieux eux-mêmes pourraient l'entendre, avait un côté berçant. Je m'assis, laissant un peu moins d'un mètre de distance entre lui et moi. Parler de sa région natale semblait l'emporter dans un autre monde. Avais-je l'air aussi nostalgique et touchée lorsque je parlais de Gorka ? Sans doute... Quelque part, la région qui nous avait portée, faisait partie de nous. On ne pouvait s'en détacher. Hly'tha avait-elle toujours cette part de Gorka en elle ? Cette part de nous ?

La tirade d'Orkem aurait pu donner envie à n'importe qui d'aller attester de cette beauté cachée de la région si aride et austère que l'on ignorait. L'enfant qui était en moi s'y prêterait d'ailleurs probablement. Je repensais à l'idée de Ranrek de partir à Inaki pour son travail. Cela faisait quelques courtes semaines qu'il m'en avait parlé, m'ayant avoué qu'il ne s'attendait pas à ce que je veuille l'y accompagner. Par peur d'y recroiser le chemin de mon tortionnaire, j'avais freiné des quatre fers, refusant l'idée même que je puisse y remettre les pieds un jour. Mais ne pas me rendre à Inaki n'avait pas empêcher ma pire crainte de se réaliser... Devais-je alors continuer à craindre cette région ? Je restai songeuse, attentionnée à ses descriptions tout en gardant le silence.

L'envie de décrire certains lieux, certains trésors de nature que seul un Gorkien pouvait voir, ne me manquait guère. Quand bien même cela serait dévoilé à Orkem. Il y est des secrets de légendes et de beautés créées par Jalahiel que Tarlyn a accordé d'aimer aux Hommes qui devraient êtres livrés à tous. Malgré mes préjugés sur les Feu, j'étais de ces jeunes utopistes qui pensaient que le monde pouvait continuer de grandir si nous étions tous unis et non chacun dans notre coin. Partager ma culture et apprendre celle des autres était un cadeau d'une valeur inestimable à mon sens. Bien qu'essayer de rendre réelle la vision qu'Orkem avait de Sezni m'était difficile, cela restait une image que je saurais probablement apprécier en temps voulu. Il semblait partager cette curiosité, s'attendant peut-être à ce que j'énonce à mon tour donc, une image de Gorka. Malheureusement, mon esprit était bien trop préoccupé pour que je ne parvienne à laisser mon cœur évoquer en détail ma terre natale.

Ma question nous éloigna de cet élan lyrique bercé des souvenirs du Conseiller. « Ceffyl et moi avons été formés en même temps, au même endroit. Nous avons fait partie de la même unité, comme beaucoup de ses hommes, d’ailleurs. Une Gorkienne à peine sortie de l’enfance, perdue dans le désert, ça ne passe pas inaperçu. J’ai formé un certain nombre de nos garde-frontières, je n’ai eu qu’à tendre l’oreille… me décrivit-il en réponse à ma question. Je fronçai les sourcils, prenant conscience que même cinq ans auparavant, je n'ai pu réellement lui échapper... Et j’étais persuadé que tu n’étais pas morte. Tu es une survivante, Eden. Ses mots me surprirent et je portai mon regard au sien, perplexe. Une personne d’une force d’esprit impressionnante. Bornée, qui se cache la vérité, mais forte. J’avoue t’admirer en cela. » Comment pouvait-il avoir la moindre idée de ce que je pouvais être ? Des choses que je me cachais ou que j'affrontais ? Je n'étais rien d'autre qu'un jouet à ses yeux. Sans valeur, ne méritant aucune considération. Je sentis une once de colère s'éveiller en moi. Pourquoi ? La seule raison était mon refus de voir les choses changer. De voir des réponses apportées. De comprendre pourquoi... Fut un temps où j'ai regretté de ne pas savoir ce qui s'était réellement passé. Des raisons qui l'avaient poussées à agir de la sorte avec moi. Un autre temps où, au contraire, je considérais l'ignorance comme une bénédiction. Or, là, l'ignorance n'était plus de mise. Petit à petit, Orkem semblait placer ses pions pour me faire voir les choses en face. Je ne voulais pas... Il m'offrait une personne à détester, quelqu'un à qui m'en prendre. Il n'était plus un visage, il était l'homme qui se tenait à quelques dizaines de centimètres. Cherchait-il à provoquer chez moi ce besoin irrépressible de vengeance et de "justice" dont raffolent tant les Hommes ? Son sourire avait beau être sincère, je ne parvenais pas à m'empêcher de voir en ces mots un moyen de plus pour chercher à se jouer de moi.

Une brève pause marquée, il me "rassura" sur le fait que ça ne changeait rien à mon infériorité par rapport à lui. « Mais en tant que Conseiller militaire du Généralissime Sven Ramose… Quoi que tu dises, que tu fasses, je n’ai qu’à poser la question à une personne, et il y en aura une de mon réseau qui saura me répondre. La politique est une gigantesque toile d’araignée sur laquelle se battent les politiciens. Les nœuds de la toile sont leurs informateurs. À chaque mouvement d’une araignée, toute la toile vibre. Celui qui a le plus de nœuds capte le mieux la vibration et peut réagir en conséquence. Toi aussi, tu as tes toiles et tes nœuds. Mais tu préfères des nœuds solides à tes pieds que des nœuds fragiles partout sur la toile. C’est une manière de jouer. Tout dépend comment se déplace l’araignée face à toi, et ce que tu fais pour survivre. » La vision qu'il m'offrait du monde me déplaisait. Voir tant d'énergie et de chemins tracés dans le seul but d'être au-dessus des autres, d'être le plus réactif, le plus influent, le plus fort... C'était une course à laquelle je ne souhaitais pas participer. Car je savais que d'où je venais, nous n'avions pas besoin de cela pour vivre. Ce n'était pas mon monde... Et pourtant, je compris que quoi que je fasse, j'étais déjà empêtrée dans cette immense toile. Je n'étais pas le nœuds dont il obtiendrait des informations. Mais l’insecte qu'il dévorerait au moindre creux.

Partagées entre plusieurs émotions, je conservai toutefois un silence imbattable. Je n'ai jamais été très douée pour exprimer ce que je pensais ni ce que je ressentais. Et cela était d'autant plus vrai lorsque je n'avais pas le bon interlocuteur... Je regardai la boule de feu qu'Orkem créa. Cela me fit un mauvais frisson dans le dos alors que de ma main gauche, je tins mon avant-bras droit sans y faire attention. Je fixais les flammes et ce qu'il en faisait. Bien que je restai persuadée qu'il n'avait pas l'intention de me faire de mal avec ceci - pour le moment - je ne pouvais m'empêcher d'être légèrement crispée. La distance qui nous séparait me paraissait soudainement trop courte. « À mon tour de te poser une question, dit-il comme ajoutant une règle à son jeu : je veux bien te répondre avec honnêteté, mais pour chaque question que tu me poses, je t'en poserai une en retour. Et je te demande de réfléchir attentivement à ta réponse, s’il te plaît… Je le regardais, méfiante. Tout à l’heure, tu n’avais aucune raison de me rejoindre dans mon étude, mais tu l’as fait, et je t’en remercie. Je détournai mes yeux de son regard. Cela dit, cela marque que tu ne me crains pas tant que ça... Quand tu es arrivée devant cette pièce j’imagine qu’en voyant la lumière, tu t’es simplement demandé ce que je faisais, donc disons que la curiosité était une raison suffisante, mais la Flamme t’a captivée, donc en un sens, il est possible que tu la craignes profondément par peur de l’inconnu. Mais tu ne craignais ni elle ni moi quand tu es venue dans mon étude en début d’après-midi. Mon regard se reporta vers le sien, plus inquiet qu'autre chose. Alors j’ai l’impression que tu fais fausse-route dans ta propre réflexion. Crains-tu plus l’homme que je suis, la flamme que cet homme manie, ou l’homme que tu penses que je suis ? » Je me retrouvai coite devant cette question. Ne comprenant d'abord pas en quoi ça changeait quelque chose pour lui, mais me disant que c'était une question parmi - sûrement - plein d'autres. Elle était cependant... difficile. En tout cas, la réponse était compliquée...

Mille réponses traversaient mon esprit. Certaines pertinentes, d'autres refermant la discussion ou pouvant le provoquer ou tout bonnement le rejeter. Persuadée que ça aurait dû être mon choix dès le début : le rejeter, continuer à rester enfermée le temps de ces deux jours quitte à ne plus être considérée comme une invitée. Cela aurait été bien plus difficile à vivre, sans nul doute, mais peut-être plus aisé d'en réchapper. Je ne voulais pas voir mon empathie se libérer face à lui. J'avais ce blocage en sa présence, cette barrière à laquelle je tenais comme un chevalier tiendrait à son bouclier. Cela ne me protégerait peut-être pas de grand chose, mais face à lui c'était tout ce que j'avais... Car même si je m'accordais quelques élans d'insouciant à marcher selon les conseils de Dhelm, selon mon instinct qui pourtant m'avait bien souvent induite en erreur ou dans des ennuis plus gros que moi, je ne voulais pas venir à le pardonner de ce qu'il m'avait fait. Ni même d'enterrer cela sans l'enterrer lui - enfin, façon de parler - avec. Son visage représentait mes cauchemars, mon errance, la souffrance, mes erreurs, ma honte, un déshonneur qui m'avait longtemps fait fuir mon propre reflet... « L'homme que vous êtes m'échappe totalement... commençai-je d'un ton défaitiste malgré une voix douce et cristalline. Mais qui que vous... tu sois... ça ne change pas la crainte que tu m'inspires. Indépendamment des flammes... La peur de l'inconnu, de l'incontrôlable, c’était ma première source de peur du feu. Jusqu'à ce que j'en blâme la mort de ma sœur. Ce qui... visiblement, ne devrait plus être vrai... Mais je ne crois pas qu'il soit si simple de s'enlever une peur... Depuis que je suis revenue à Lucrezia, j'arrive à trouver la force de me confronter à cette peur comme aux autres, en espérant qu'elles s'atténuent avec le temps, puis qu'elles ne deviennent que des ombres que je peux balayer d'une simple pensée. Dès mon retour de Sezni, je n'ai plus été capable d'approcher qui que ce soit pendant des années... Et même si j'ai fait beaucoup d'efforts de ce côté, je n'en reste pas moins paniquée dès qu'un homme m'approche... » sauf Ranrek, avais-je eu la présence d'esprit de ne pas évoquer. Je repris, d'un ton un peu plus clair alors que mes yeux s'humidifiaient à mesure que les mots suivants s'enchaînèrent. « Certaines de ces peurs découlent de la personne que je suis. Mais celle d'autrui, c'est à toi que je la dois. Cette idée que chaque flamme pourrait me brûler sous la simple volonté d'un Feu, c'est à toi que je la dois. Tu m'as... enlevée, séquestrée, brûlée... ma marque et pour toutes ces ces choses que tu me forçais à faire avec une telle violence... » Les perles hyalines quittaient mes yeux pour ruisseler le long de mes joues. Je ne sanglotais pas, j'étais simplement incapable de les empêcher de choir...

D'un revers de la main, presque agacée de ces larmes, je les essuyai. Aucune colère ne transparaissait dans ma façon de parler ni dans les expressions de mon visage. « Tu n'es peut-être pas entièrement et seul responsable de cette image de toi que je me suis faite au fil des années. J'aimerais ne pas avoir à ressentir tout ces mauvais sentiments... lui confiai-je en gardant le regard baissé. Le fait est que tu ne peux pas me demander d'oublier ce que tu m'as fait, Orkem... » Mes yeux croisèrent les siens. Il n'y avait pas de peur en eux, mais un constat fataliste qui ne laissait pas de doute possible : peu importe ce qu'il ferait, Orkem ne pourrait jamais totalement se défaire de la façon dont je le voyais après le traumatisme de ce qu'il m'a infligé. « J'aurais beau réussir à surmonter mes peurs, ça ne changera rien... Le jour où tu voudras obtenir quelque chose de moi, tu utiliseras tous les moyens qui sont en ta possession pour l'obtenir. Sauf que je ne t'appartiens pas, je ne suis pas ton jouet ni ta... ton animal de compagnie. Arrivera bien assez tôt je le crains, le jour où tu me demanderas quelque chose que je refuserai. Alors le cauchemar reprendra vie... » Je cillai à plusieurs reprises pour dégager ces dernières gouttes salines avant de me lever. J'ignorais quelle serait sa réaction face à ces mots. Mais j'avais l'impression d'avoir fait le bon choix : lui dire ce qui me pesait sur le cœur. Bien que mon fardeau restait lourd et pesant, au moins semblait-il s'être allégé.

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Jeu 15 Juin - 11:13

Un fin sourire se dessina sur les lèvres d’Orkem. Il n’avait probablement jamais autant souri que durant cette soirée, et pourtant, ce n’était pas par moquerie ou pour afficher une quelconque supériorité (quoi qu’il soit, de toute évidence, supérieur en tout point à Eden), mais il était en un sens satisfait. Non pas satisfait de ce qu’il avait pu faire des années plus tôt, au contraire, il s’en mordait quelque peu les doigts, mais satisfait d’enfin avoir une réponse. Enfin, il entendait son invitée parler franchement. La catharsis que lui procurait son explication fit verser à la jeune femme quelques larmes, tandis qu’Orkem l’écoutait sans un mot : ceux d’Eden le touchaient. Orkem n’avait jamais eu un naturel altruiste, ou une empathie quelconque. Il savait juste que des employés satisfaits faisaient un meilleur travail que des employés contraints, ce qui le faisait tendre à une sympathie certaine à leur égard, mais sans plus. En ce qui concernait Eden, il fallait bien l’avouer : il ressentait des remords à l’égard de ce qu’il lui avait fait subir. Non, ce n’était pas exactement ça. Il ressentait des remords à l’égard de ce qu’il lui avait fait subir parce qu’il n’avait pas réussi à la briser totalement. Si ça avait été le cas, elle aurait su vivre avec, elle aurait abandonné depuis longtemps. Mais ça ne l’était pas. Il aurait pu, avec un flegme certain, sans particulière concupiscence, ne pas se montrer affecté par les faits, c’eut été facile pour un homme comme lui, mais ce n’était pas l’objectif. Son sourire s’effaça peu à peu : il écoutait encore, encore et toujours ce que lui disait la magnifique jeune femme.

- L'homme que vous êtes m'échappe totalement...[/color] lui dit-elle alors qu’il arquait très légèrement un sourcil. Il n’était pourtant pas bien difficile à cerner. [b] Mais qui que vous... tu sois... ça ne change pas la crainte que tu m'inspires. Indépendamment des flammes... La peur de l'inconnu, de l'incontrôlable, c’était ma première source de peur du feu. Jusqu'à ce que j'en blâme la mort de ma sœur. Ce qui... visiblement, ne devrait plus être vrai... Mais je ne crois pas qu'il soit si simple de s'enlever une peur..., poursuivit-elle, le faisant clairement froncer les sourcils. Bien sûr que si, il était facile de détruire ses peurs…si on le voulait. Il se retint néanmoins de le lui faire remarquer, la laissant poursuivre sans l’interrompre. Depuis que je suis revenue à Lucrezia, j'arrive à trouver la force de me confronter à cette peur comme aux autres, en espérant qu'elles s'atténuent avec le temps, puis qu'elles ne deviennent que des ombres que je peux balayer d'une simple pensée. Dès mon retour de Sezni, je n'ai plus été capable d'approcher qui que ce soit pendant des années... Et même si j'ai fait beaucoup d'efforts de ce côté, je n'en reste pas moins paniquée dès qu'un homme m'approche...

Elle eut la présence d’esprit, quoi qu’il en soit parfaitement conscient, de ne pas évoquer le fils Ergorn. Ranrek n’avait jamais été qu’un pion sur l’échiquier politique, et certainement pas celui qui arriverait au bout du plateau pour devenir une dame ou un cavalier, non, c’était un simple pion destiné à être mangé. Sa toile était fine, mais cassante. Et Orkem allait la briser. Il allait LE briser. Mais une fois de plus, le conseiller se tût, restant allongé sur le sol, jouant encore et toujours avec les petites sphères de flammes sans même les regarder, se contentant d’écouter. Toujours, encore, écouter.

-Certaines de ces peurs découlent de la personne que je suis. Mais celle d'autrui, c'est à toi que je la dois. Cette idée que chaque flamme pourrait me brûler sous la simple volonté d'un Feu, c'est à toi que je la dois. Tu m'as... enlevée, séquestrée, brûlée... ma marque et pour toutes ces ces choses que tu me forçais à faire avec une telle violence...

Un coup au but pour la demoiselle. Il n’allait pas prétendre le contraire, il n’était pas en position de ce faire. Le souvenir de son petit corps brûlant, de ses lèvres chaudes et douces, de cette innocence et de cette jeunesse insouciante, soumise, cette gamine qu’il avait contrainte à devenir son jouet…Elle était là, devant lui, celle qui serait un jour à peine plus que son animal de compagnie...Non, il avait fait le choix de changer d’approche, il ne devait en aucun cas continuer sur cette ligne de pensée. Ce souvenir raviva en lui des pulsions qu’il contenait, et nul doute qu’il se fit violence pour réprimer l’envie de les soulager, sa tension, d’ailleurs, était palpable : au creux de ses coudes, les veines saillantes de ses bras battaient de manière visible sur ses muscles tendus. Mais elle n’avait pas terminé sa réponse, et il continua à réfréner ses instincts en respirant profondément, se calmant peu à peu.

- Tu n'es peut-être pas entièrement et seul responsable de cette image de toi que je me suis faite au fil des années. J'aimerais ne pas avoir à ressentir tous ces mauvais sentiments... Le fait est que tu ne peux pas me demander d'oublier ce que tu m'as fait, Orkem...

Bien sûr que non, il ne le pouvait pas ! Sinon il y a longtemps qu’il l’aurait fait, il lui aurait présenté des excuses, aurait tout fait pour ! Mais ce n’était pas une possibilité. Il avait marqué son esprit d’une brûlure à jamais douloureuse en même temps qu’il marquait son corps de la flamme qu’il manipulait. Il était impossible pour Orkem de lui demander d’oublier tout ça. Il ne pouvait que l’aider à passer outre. Pourquoi ? Pourquoi le ferait-il ? Lui-même se le demandait. Mais quelque chose en lui le poussait à le faire, une logique mentale sans nul doute implacable, dont il ne semblait pas percevoir l’entière portée. Il voulait se rapprocher d’elle. Calmer ses craintes et ses peurs à son égard. Le pavot et le venin l’aidaient à surmonter ces épreuves, depuis longtemps, il en avait fait ses meilleurs alliés. Mais sans nul doute, ils n’étaient que des palliatifs à ce qu’il souhaitait au fond de lui sans le savoir. Cela dit, c’était certain : il ne pouvait lui demander d’oublier. Elle semblait incapable de retenir ses larmes, et ne s’y essaya même pas. Il ne pouvait pas non plus la consoler. Alors qu’elle prenait quelques secondes pour reprendre un peu plus de contenance, il marqua un instant cette césure en fermant les yeux quelques secondes, les rouvrant lorsqu’elle reprit la parole.

-J'aurais beau réussir à surmonter mes peurs, ça ne changera rien... Le jour où tu voudras obtenir quelque chose de moi, tu utiliseras tous les moyens qui sont en ta possession pour l'obtenir. Sauf que je ne t'appartiens pas, je ne suis pas ton jouet ni ta... ton animal de compagnie.Eden n’avait pas osé le dire. Et heureusement. Il ne devait pas craquer, il ne pouvait pas se le permettre. Pas maintenant. Pas comme ça. Il s’attendait à ce qu’elle prenne conscience de certaines choses, lui-même savait parfaitement qu’elle se refusait à revenir (et c’était bien normal) dans la configuration qu’il y avait entre eux cinq ans plus tôt. Arrivera bien assez tôt je le crains, le jour où tu me demanderas quelque chose que je refuserai. Alors le cauchemar reprendra vie...
Ses cils battirent un instant, comme si elle se réveillait, qu’elle prenait conscience de tout ce qu’elle venait de lui dire. Angoissée, mais à la fois soulagée, voilà comment Orkem percevait son interlocutrice. Il concevait sans mal qu’une jeune femme de vingt ans puisse être désorientée à l’idée de remettre sur le tapis des faits datant de ses quinze ans, et surtout, des faits de pareille gravité. Quelques instants passèrent durant lesquels il ne répondit rien, ne modifia pas son attitude. Puis il éteignit une à une les sphères avec lesquelles il jouait, lentement, sans un bruit. Son bras resta en suspens dans l’air, comme un somnambule en proie à une hésitation étrange. Son dos se redressa, sans qu’il s’appuie sur ses mains, et il finit par s’asseoir en tailleur devant Eden, calmement. Silence. Long silence. Puis enfin, calme, posée, sa voix se fit entendre.

- Je ne peux effectivement pas te demander de me pardonner. C’est pourquoi je ne te l’ai d’ailleurs pas demandé, et quand bien même je le ferais, ce serait inutile. Et autant je te trouvais paradoxale et perdue il y a à peine cinq minutes, autant tu ne m’as jamais parue aussi lucide que maintenant. Tu as bien grandi en cinq ans.

Orkem courba la nuque, fermant les yeux calmement. Il n’y avait ni en ses mots ni en son attitude aucune animosité, aucun signe des pulsions que lui inspirait la jeune femme en temps normal. En se recentrant sur ses mots, sur le message qu’elle voulait véhiculer, il avait pu réprimer ces torsions viscérales qui le poussaient à agir comme autrefois. Non, décidément, se le permettre ne faisait pas partie des options disponibles. Il ne pouvait tout simplement pas. Il releva la tête lentement, les yeux toujours fermés, ses paupières faisant obstacle au regard d’Eden, et reprit :

- Mais il y a un point sur lequel tu as tort. Il y a cinq ans, tout le gouvernement finissait de se reconstruire. J’avais une liberté de mouvement et une marge d’erreur énormes. Je ne les ai plus. Quand bien même j’aurais envie, et je peux t’assurer que ce n’est pas le cas, de faire « reprendre vie au cauchemar », j’y risquerais beaucoup trop. J’imagine que tu ne me croiras pas sur parole, alors je vais t’en avancer une preuve : j’ai évoqué plus tôt un petit nombre des moyens de te faire plier à ma disposition. Pourquoi ne l’ai-je pas encore fait, alors que j’en avais tout le loisir ces derniers mois ? Parce que je ne souhaite pas retomber dans cette spirale. Dit comme ça…c’est égoïste, je te l’accorde. Mais si je ne replonge pas, alors tu ne subis plus, c’est aussi simple que ça. Tu n’avais rien demandé à personne. J’espère qu’en parler t’a fait du bien, et t’a permis de réaliser certaines choses que tu te cachais. Tu es vraiment une jeune femme hors du commun, Eden. déclara-t’il calmement en se dirigeant vers la porte, allumant son chilum d’un claquement de doigts, juste devant celle-ci,As-tu d’autres questions ? Ou d’autres réponses ?

Un volute de fumée blanche entra dans ses poumons pour ressortir par ses narines alors qu’il contemplait le ciel en fumant tranquillement, apaisé par le crépitement du tabac en combustion, par la lueur des étoiles et l’obscurité de cette fraiche nuit. Il s’étira lentement et s’adossa au mur en attendant une réponse d’Eden. Elle aurait un avenir, à ses côtés. Un bel avenir.

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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Jeu 15 Juin - 15:52

Orkem Vahlaan
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Happy meal
Tant bien que mal, j'essayais de me rendre compte de ce que pourrait penser Orkem de tout ce que je pouvais lui livrer à cet instant. Il paraissait garder son calme, parfois interpellé, parfois les yeux approbateur. J'appréciais l'idée qu'il ne cherche pas à m'interrompre. Mais me livrer ainsi ne pouvait m'empêcher de croire que ça ne ferait que lui donner plus d'armes pour me nuire par la suite... Il ne me comprenait pas, et c'était cette incompréhension qui devait avoir suscité en lui cette obsession malsaine. Cependant, je n'étais pas persuadée qu'en levant le voile, il se détacherait de moi. Qu'il me laisserait. Au contraire. Il pourrait très bien en finir le jour où il considérerait que je ne suis plus une énigme pour lui. Orkem paraissait être homme à aimer chercher à comprendre les choses. Mais que faisait-il des énigmes résolues ? Je chassai cette appréhension avant qu'elle ne vienne m'embrumer l'esprit.

Lorsque je me tus, il resta silencieux. Alors que je m'étais levée, bien plus disposée à m'éloigner si besoin le fallait, lui était de marbre. Il éteignit le feu, gardant son bras en l'air. Pensif et serein. Je lui enviais cette faculté à se dominer à se contrôler... Parvenir réfléchir dans ces instants de silence qui ne paraissaient pas le gêner. J'étais bien trop impulsive et émotive pour rester de marbre. Un mouvement de recul me prit lorsqu'il se redressa et s'installa en tailleur, tourné vers moi, mais je gardai ma position. « Je ne peux effectivement pas te demander de me pardonner. C’est pourquoi je ne te l’ai d’ailleurs pas demandé, et quand bien même je le ferais, ce serait inutile, approuva le Conseiller. Et autant je te trouvais paradoxale et perdue il y a à peine cinq minutes, autant tu ne m’as jamais parue aussi lucide que maintenant. Tu as bien grandi en cinq ans. » Son constat à voix haute m'interloqua. Je n'étais pas habile pour mettre des mots sur mes pensées ou mes sentiments. Moi-même étonnée d'avoir pu ainsi me livrer partiellement, je ne pouvais nier qu'une barrière paraissait se lever. J'avais beau redouter de dire les choses, le fait que d'avoir parlé n'ait pas provoqué sa colère me rassurait. Après tout, il devait rester un être humain... Bien que ça ne changeait rien à mes pensées, je m'en trouvais quelque peu soulagée.

Loin d'être à mon aise, je gardais les sourcils plissés alors qu'il releva la tête vers moi, paupières closes. « Mais il y a un point sur lequel tu as tort, amorça-t-il. Il y a cinq ans, tout le gouvernement finissait de se reconstruire. J’avais une liberté de mouvement et une marge d’erreur énorme. Je ne les ai plus. Quand bien même j’aurais envie, et je peux t’assurer que ce n’est pas le cas, de faire "reprendre vie au cauchemar", je tressaillis d'un frisson, j’y risquerais beaucoup trop. J’imagine que tu ne me croiras pas sur parole, alors je vais t’en avancer une preuve : j’ai évoqué plus tôt un petit nombre des moyens de te faire plier à ma disposition. Pourquoi ne l’ai-je pas encore fait, alors que j’en avais tout le loisir ces derniers mois ? Continuait-il d'expliquer. Parce que je ne souhaite pas retomber dans cette spirale. Dit comme ça… c’est égoïste, je te l’accorde. Mais si je ne replonge pas, alors tu ne subis plus, c’est aussi simple que ça. » Aussi simple... J'ignorais si Dhelm parviendrait à jouer les garde-fous bien longtemps. J'ignorais même si après que me sois livrée à Moïra, il continuerait à souhaiter le faire... Comment savoir ce qui le ferait replonger ? Comment savoir quand ça arriverait ? Quand des têtes tomberont à mes pieds ? La seule solution que j'entrevoyais me déplaisait fortement. « Tu n’avais rien demandé à personne, admit-il. Et pourtant, j'étais dans cette situation. Cet étau qui pressait ma tête avec insistance. J’espère qu’en parler t’a fait du bien, et t’a permis de réaliser certaines choses que tu te cachais. Tu es vraiment une jeune femme hors du commun, Eden. » Je secouai la tête brièvement de droite à gauche en soupirant.

Je n'avais rien d'exceptionnel. Je n'avais rien de différent des autres. Je n'étais qu'une ombre, l'ombre d'un souvenir d'une fillette que je rêvais de redevenir. Cette fille souriante et émerveillée par chaque découverte. Cette fille qui, suivant les pas de sa sœur, ne s'inquiétait pas de traverser le monde tout entier pour le découvrir. Cette fille qui ne se souciait pas de quoi était fait demain. Une fleur délicate qui profitait de chaque brise d'air, appréciant le soleil faisant ressortir ses couleurs. Cette fille qui avait confiance, qui avait cette curiosité qui l'amener à aller vers les autres malgré sa timidité. Cette fille qui aimait rendre service et aider les autres même lorsqu'ils ne lui demandaient rien. Une fille que le monde n'avait pas encore touché. Une fille que la Nature-même avait protégé. Mais même les fleurs se fanent... Et les pétales tremblant aux vents doux finissent par se défaire et s'envoler ailleurs... Étais-je ainsi ? Fanée ? Non... simplement plongée dans l'ombre. Une ombre qui ternissait mes couleurs et m'empêcher de savourer les rayons de l'astre diurne...

Inspirant longuement, je ne parvins à enlever cet air inquiet sur mon visage. Une lueur triste parcourant mes iris. Mes joues avaient séché le ruissellement éparse des précédentes larmes en deux filets encore délicatement brillants. Orkem se leva et se dirigea vers l'une des portes qui donnait sur le jardin en prenant ce qui paraissait être un genre de pipe. « As-tu d’autres questions ? Ou d’autres réponses ? » Il y eut un moment de flottement. Un silence où sans vraiment le regarder, mes yeux le suivirent alors qu'il observait le ciel. Des questions, j'en avais par milliers. Pas forcément portant sur lui, ou sur moi. Certaines concernaient Hly'tha, son visage me revenant inlassablement en tête. Elle devait sûrement avoir changé depuis sept ans... Mais je ne souhaitais pas m'aventurer sur ce terrain avec Orkem. Je craignais pour ma sœur si elle était tombée entre ses griffes. Je redoutais le pire et en même temps n'aspirait qu'à partir à sa recherche. Malgré cette envie de nous voir à nouveau réunie, il y avait aussi cette déception, ce sentiment d'avoir été trompée, abusée par ma propre sœur. Elle nous avait crus incapables de comprendre... Notre père avait dû quitter sa famille lui aussi. Du peu qu'il en disait, allègrement. Ce qui, évidemment, était différent pour Hly'tha. En avait-elle souffert autant que nous en avions souffert ? J'en doutais fortement. Hly savait trier les choses. Mettre de côté ses peurs, ses tristesses, pour profiter des instants présents. Mais avait-elle de réels remords à nous avoir laissé derrière elle ? Avait-elle ne serait-ce que conscience du ras de marée que sa disparition avait causé dans ma vie ? Je ne voulais pas rejeter la responsabilité de mes choix sur Hly'tha. Mais une petite voix en moi lui en voulait cruellement.

Croisant mes bras contre ma poitrine, je m'avançai de pas lents jusqu'à la porte et entrai dans le jardin où Orkem contemplait la nuit. « Je ne pense pas être prête à risquer d'en savoir plus. J'ai bien assez à encaisser et à supporter pour ce soir. » Ce soit et cette nuit. Je ne pense pas qu'il sera possible que parvienne à fermer les yeux... Doucement, je poursuivis ma route jusqu'à la fontaine qui se trouvait au centre du jardin. Tendant ma main, je laissai l'eau fraîche glisser sur mes doigts comme une cascade sur la roche. Difficile de savoir quelle heure il était, mais il me ne me paraissait pas bien loin le début du vingt-cinquième jour de la dixième lune. C'était une journée sacrée pour les Gorkiens. Dans mon village, nous accordions ce jour-ci une couronne de fleurs à une personne de notre cœur. Une attention que j'apportais toujours à Hly'tha et elle à moi. Au grand regret de nos amis pour qui, l'intérêt, était que cette couronne soit donnée à une personne autre que notre famille. Cela nous faisait toujours sourire, et Hly'tha - fidèle à elle-même - clamait toujours que ce n'était pas à une sœur qu'elle donnait sa couronne, mais à sa meilleure amie. L'arrivée d'Orkem ne pouvait pas plus mal arriver... Ni la nouvelle de la survie de ma sœur... Depuis que Hly'tha était morte, je laissais ma couronne sur un cours d'eau. Pensant que l'eau la soignerait des flammes l'ayant arrachée à ce monde. Maintenant, même ce rituel me paraissait idiot... Une mélancolie s'empara de moi et je retirai ma main de la fontaine.

Sans prêter aucune attention à Orkem, je m'agenouillai par terre. Grattant légèrement, je pris de cette terre dans mes mains formant un creux que je refermai. Les prières à Tarlyn seraient les derniers gestes que je pourrais vraiment honorer de ce jour normalement porté sur le rapprochement des gens entre eux, des danses et des chants, des jeux et des fêtes qui ne se terminaient qu'au coucher du soleil où tous, Hommes et animaux, louions Tarlyn en faisant vibrer nos cœurs à l'unisson. « Malaggar a créé l'Homme. Jalahiel a créé la Nature. Et toi, déesse Tarlyn, a créé l'harmonie entre tout ce qui vit. Par la Nature tu t'exprimes et nous guide. Nous sommes tes serviteurs. Nous à qui tu as donné l'amour et la paix. Ouvre notre cœur à tes serviteurs. Protège ceux qui te louent et ceux qui s'aiment... » Ouvrant mes paumes, je levai mes mains jusqu'à ma bouche pour souffler sur la terre qui s'envola alors pour retomber lourdement au sol. Mes mains moites retinrent quelques poussières de cette terre que je contemplai quelques instants avant de doucement frotter mes mains l'une contre l'autre. La mélancolie n'avait pas quitté mon visage, mais celui-ci paraissait plus lourd qu'attristé. Ma voix avait été basse, mais une bonne oreille pouvait aisément les avoir discernés. Gardant mes mains l'une dans l'autre, je les laissai reposer sur mes cuisses et restai pensive.

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Happy Meal ~ [PV Eden] Ven 16 Juin - 11:58

Comme il avait écouté ce qu’elle avait à lui dire, elle avait écouté ce qu’il lui avait répondu. Il aurait aimé pouvoir passer du temps, bien plus de temps avec elle, car quoi qu’il ait la mainmise sur sa situation, et qu’il ne se soit octroyé que deux jours (il aurait pu s’arranger pour bien plus, mais il était certain que cela aurait, au lieu d’amener Eden à lui parler, fait se refermer la demoiselle sur elle-même), il appréciait sa compagnie, peut-être même plus encore que cinq ans auparavant, alors qu’il avait tout pouvoir sur elle. Si seulement il n’avait pas été assez bête pour partir ce jour-là alors qu’il n’avait pas dormi depuis plus de deux jours… Mais le passé était le passé, et il ne servait à rien de chercher à le modifier, c’était impossible.


- Je ne pense pas être prête à risquer d'en savoir plus. J'ai bien assez à encaisser et à supporter pour ce soir.

-Ne t’en fais pas. Tu auras toute la journée de demain pour  assimiler tout ça, je ne serais en ces murs que ponctuellement.


Orkem fumait calmement, à la porte. Garder la tête froide en ayant le sang chaud n’avait jamais été chose aisée, surtout en face de cette jeune femme. Cela faisait cinq jours qu’il travaillait sur lui-même pour cette occasion, et grand bien lui en avait pris d’anticiper jusqu’au pire. Les yeux rivés sur les étoiles, il expira lentement un panache de fumée blanche. Ses moyens pour s’apaiser étaient divers, depuis la contemplation d’un point fixe en faisant exclusion du reste jusqu’aux exutoires débilitants, il ne se contentait pas d’un seul moyen pour parvenir à garder son calme. Ce n’était pas pour autant que, pour se contenir, il irait jusqu’à picoler comme un ivrogne au fond d’une taverne miteuse, il aimait à prendre un verre en début et en fin de repas, éventuellement du vin pendant celui-ci, mais jamais en dehors, malgré sa cave somptueuse, et plus que bien remplie, que lui jalousaient bon nombre de nobles lucréziens.  

Il se frotta rapidement les mains l’une contre l’autre, gardant aux lèvres le tube de bois empli de tabac. Bien loin de l’habituelle chaleur tropicale des journées de Dahud, la nuit était fraiche, quoi qu’elle eut encore à envier aux glaciales nuitées des espaces désertiques qu’il aimait à traverser à pieds lorsqu’il était en terre Sezni. Un reflet adamantin vint ricocher sur sa rétine alors que la pâleur de la lune, renvoyée à son œil par la nitescence de l’eau de la fontaine, lui fit tourner lentement la tête. Eden venait de quitter la margelle de la fontaine, sur laquelle elle s’était assise pour laisser couler l’eau sur son bras. Il n’en comprenait ni la motivation ni la portée, mais ce geste ne lui sembla pas anodin, ce qui ne l’empêcha pas de reporter son attention sur le ciel étoilé.


Il redirigea cependant discrètement son regard sur Eden, agenouillée au sol. En cherchant un peu dans sa mémoire, il se rappela que les Gorkiens avaient des rites  honorant la terre elle-même, et il comprit en la voyant gratter le sol que la portée de son geste dépassait amplement celle d’un pêcheur cherchant un appât pour sa ligne. Sa connaissance de la culture des enfants de Tarlyn était bien insuffisante pour pouvoir en saisir toute l’étendue et la portée, mais il entendit la jeune femme faire mention de Malaggar, Jalahiel et Tarlyn dans le laïus qu’elle prononça. Intrigué, il ne la dérangea pas, quand bien même, agenouillée au sol, mains posées sur les cuisses, elle semblait se recueillir. Lucrezia dormait déjà à cette heure, à part quelques fêtards, la garde, et les domestiques de divers palais ou demeures de nobles, et bien évidemment, Karam Ergorn, qu’Orkem avait coutume de considérer comme un habituel couche-tard. C’était un des points communs entre les deux hommes, qui n’hésitaient en aucun cas à passer une à plusieurs nuits blanches pour achever un travail qui leur avait été donné, quelle qu’en soit la date d’échéance, pour mieux pouvoir passer aux suivants, et cela renforçait encore l’estime que l’un avait de l’autre et l’autre de l’un.


Ne souhaitant pas mettre la jeune femme mal à l’aise, le Conseiller  s’assit calmement sur un des bancs qui permettaient de se reposer le long des arcades qui encadraient le jardin et faisaient office d’abris les jours de soleil et de pluie, s’étirant lentement en fermant les yeux. Il écoutait ses mots sans pouvoir réellement les entendre, cherchant à mieux comprendre les rites et le cérémonial des enfants de Tarlyn. Si Orkem était connu pour autre chose que sa froideur, sa cruauté, et sa capacité à se montrer aussi charmeur que dangereux, c’était bien sa curiosité et sa soif de connaissances. Il était érudit, c’était une certitude, rares étaient, s’il y en avait, les sezniens pouvant rivaliser avec lui quant à la quantité de connaissances qu’il avait amassées au cours de ses lectures ou de son expérience, mais dans ce monde divisé, où chaque peuple gardait jalousement ses secrets, s’immiscer ne serait-ce qu’un instant dans leur vie quotidienne plutôt que dans la vie politique avait pour lui bien plus de valeur que toutes les pièces d’or que l’on pourrait lui proposer. Alors il écouta, et, entrouvrant discrètement un œil, il observa de longues secondes la demoiselle rendre hommage à la terre. Il avait oui dire que quelques jours durant cette période de l’année étaient sacrés pour les Gorkiens, et il ne lui serait absolument pas venu à l’idée, quand bien même elle eut encore été son jouet comme à l’époque, de l’interrompre dans cette tâche qu’il enregistrait dans un coin de son cerveau pour mieux pouvoir l’étudier ou en parler avec elle plus tard.

Dos aux espaces de verdures, les bras reposant sur le dossier du banc de pierre sur lequel sa nuque était appuyée, il se remémorait des images de sa vie, avant tout ça. Avant tout ce faste, ce feu, cette vie, ce monde de jeux de pouvoirs et de faux-semblants. Il n’était que piétaille, soldat du rang galvanisé par l’amour de la patrie, puis il avait grimpé les échelons de la hiérarchie militaire, à la force de ses bras et de son cerveau, avant d’accéder aux hautes-sphères. Cette époque tranquille, à laquelle d’ailleurs il avait connu ce fils de noble, Razaël Ceffyl…Un petit sourire en coin se posa sur son visage. Jamais ce gamin n’avait eu à travailler pour gagner en rang, jamais il n’avait eu à démontrer ses capacités : tout lui était offert. Et au final, où en était-il ? Bloqué parmi les officiers comme un chat dans un arbre, alors que lui, Orkem Vahlaan, oiseau de proie planant dans toute sa grâce au milieu des nuages, le regardait d’en haut, depuis un autre monde : celui dans lequel on décidait. Il se souvint de ces soirées, au coin du feu, avec les camarades du rang. Il se souvint de Jörek et de son fifre, et de son luth, qui égayait leurs soirées avec des airs du passé. Souvent, c’était à Orkem de mettre des mots sur le son de ces instruments,  lui qui avait par cœur appris tous les contes et les chants des enfants de Malaggar qu’il avait eu sous la main. Quelle chance que, si pauvres soient ses parents, ils lui aient appris à lire et à écrire !  C’est sans s’en rendre compte qu’il commença à déclamer des vers venant du fond des âges, comme un léger bruit de fond, ses cordes vocales vibrant doucement, le son de sa voix à peine porté par le vent, alors qu’il se laissait emporter par les mots et l’histoire.


- Des fables et des contes, il y en a tant eu
Que des vers par millions se sont vus racontés,
Leur auditoire en transe les a toutes entendues
Ces histoires, ces musiques revenant du passé.

Mais écoutez tantôt la geste de l’immobile
Qui a, de son mouvant, traversé les vallées
Les dunes, les campagnes, les monts comme les villes
Pour y faire exister l’entière humanité.

Gisant dans tant de temples ou dans tant d’épopées
Au creux de l’encre noire sur le blanc lin dormant,
Des flammes destructrices, il a pourtant créé
La race humaine, entière, car Malaggar est grand.

Il a, à ses enfants, fait don du brasier,
Sur Oranda chacun devant être capable
De faire fuire les loups et de se réchauffer.
Quand Tarlyn, aux humains, offrit rochers et sables,
Le don de Jalahiel le vent faisant souffler,
Pour rendre chaque fleuve et chaque mer navigable
Glöre se sacrifia pour toute l’humanité.

Mais quand naquirent les hommes, naquit aussi la guerre,
Rhaegal furieux détruisit sans remords
L’équilibre parfait entre hommes et terres
Qu’ils durent se partager pour éviter la mort.
Mort, il le fut ce jour, ce monde éphémère,
Naissant des quatre faibles, mourant par le plus fort
Mort, replongé dans l’ombre, sans la moindre lumière
Livré à la raison comme livré aux torts.

La flamme vint alors dissiper les ténèbres,
Le deuil était fini, plus de pleurs, plus de peine,
Sezni ne chantait plus ni d’oraison funèbre
Ni de vers de pitié : Oranda comme arène,
Les Quatre comme côtes, Dahud comme vertèbre
L’animal orandien n’était que rage et haine.

Alors, sous le soleil, alors,  devant les dunes
Et devant Malaggar, de son échec meurtri,
S’élevèrent mille voix clamant, unies en une
« Oranda sera Paix quand elle sera Sezni ».

Alors la vie fut dure pour ses fils et ses filles
Car pour cette entreprise, il n’était d’autre choix
Que de sélectionner les plus aptes entre mille
A réunifier les peuples d’Oranda.

Enfant, fais toujours face, car dans ton existence,
Il y aura des heures noires,
Seuls ta tête et ton bras te sauveront la vie
Inaki décida que si la convergence
Des intérêts des siens avait comme mire unie
Les buts de Malaggar,
Ses guerriers devraient être soumis à rude tri.

Alors la concurrence serait leur étendard
Survivraient uniquement ceux qui en valent la peine
Qui, de leur âme et corps, pourraient porter l’espoir
D’une Oranda blessée qui deviendrait sienne.

Alors un jour enfin, purifiés par le feu,
Les humains recevraient, comme par le passé
Le droit universel de vivre heureux entre eux,
Et les quatre éléments de nouveau rassemblés
Ne formeront plus qu’un aux ordres du dieu
Qui leur donna la vie pour les voir prospérer. »



Son dernier mot se perdit en un soupir alors qu’il rouvrait lentement les yeux, son visage caressé par la brise nocturne, paisible et satisfait. Il avait toujours eu une excellente mémoire, et pour cela comme pour beaucoup de choses, il remerciait Malaggar. Orkem était un des rares Sezniens à avoir encore une foi certaine en ce que certains appelaient la religion et qu’il préférait appeler l’Histoire, car nulle explication scientifique ne permettait d’éclaircir ce qui avait amené Oranda à être ce qu’elle était devenue à ce jour. Il reporta, la tête penchée en arrière, son attention sur les étoiles.  Quelque chose, peut-être la perception inconsciente d’une respiration calme, ou peut-être l’absence totale de mouvement, suspecte, lui fit dire qu’Eden n’avait probablement pas bougé de son emplacement, au pied de la fontaine. Et si ce n’était pas le cas, eh bien soit, il aurait parlé seul. Qu’en avait-il à faire ? Personne ne viendrait le lui reprocher.


- Toi non plus, tu ne te sens pas en disposition de dormir, n’est-ce pas ? demanda-t’il calmement sans cesser de fixer les cieux, J’eus apprécié, si tu le veux bien, que tu me parles un peu de vos us et coutumes…Sinon, je peux également te proposer quelque chose pour te détendre un peu, je suis sûr que tu trouveras le sommeil après.

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Happy Meal ~ [PV Eden]
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