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The Crow and the Dove ☙ Orkem

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~#~Sujet: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:52

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
24, dixième lune de l'an 836 ☙ Plusieurs minutes étaient passées pendant lesquelles j'étais restée prostrée dans l'office du Conseiller. Mais une fois calmée, j'eus vite fait de retourner dans cette chambre qui constituait ma cage pour ces deux jours. Je croisai Moïra qui ralentit son pas à mon approche. La belle jeune femme me jaugea un long instant avant de m'adresser un sourire que je ne sus lui rendre. Dhelm avait beau m'avoir assuré qu'elle serait à même de répondre à certaines de mes questions, je ne souhaitais pas m'entretenir avec elle. Ni avec Shore. Ni aucun des domestiques. Je voulais que ces heures de captivité se passent dans le plus grand des silences, comme le passage d'un nuage au-dessus de la ville. Bientôt, je l'espérais, Orkem ne redeviendrait qu'un souvenir. Lorsqu'il se sera fait une raison sur le fait que jamais je n'accepterai de lui appartenir. De le revoir ne serait-ce qu'une minute. Je voulais qu'une chose : l'oublier. Une fois seule dans la chambre, je ne pus retenir plus longtemps mes larmes. Des sanglots que je tentais de réprimer en vain... Mes mains enserrant mon visage afin d'empêcher ces larmes de couler. Crispées sur ma tête, effleurant mes cheveux encore humides. Je devais me calmer, essayer de me contrôler, mais je ne parvenais pas à me résonner... Je sentais mes mains trembler, ma poitrine s'oppresser, mon cœur s'emballer. Le visage de Ranrek avait beau m'apparaître, je ne parvenais pas à trouver en cette vision le calme que pourtant m'apportait sa présence. Cela n'avait pour effet que d'accroître cette impulsion qui se déchaîna... D'un brusque mouvement, je balayai de mon bras les couverts laissés sur la table. Tout vint s'éparpiller au sol, l'assiette se brisa en mille éclats alors que les couverts en argent avaient rebondi à quelques reprises avant de gésir.

Cet élan me stupéfia. Immobile, je ne pus m'empêcher de me sentir honteuse... Même si j'avais toutes les raisons d'exploser, je n'aimais pas cette violence qui semblait naître en moi. Peut-être avait-elle toujours été là, au même titre que chaque personne avait un côté sombre et un côté lumineux. Certains se complaisaient à laisser leur mauvais côté tenir les rênes, d'autres s'entêtaient à lutter pour la maintenir silencieuse... Mais elle finissait par rejaillir. Quoi que l'on fasse. Apprendre à le cerner... Cela me paraissait toujours impossible. Je secouais ma tête, fermant les yeux que je serrais forts comme pour chasser cette idée aberrante dans laquelle je suivais les conseils de Dhelm. Je refusais de laisser cette chance à Orkem. Lui qui éveillait en moi cette partie sombre que je souhaitais garder endormie. Je n'ai pas la prétention d'être parfaite ni un exemple pour quiconque, mais, peut-être comme une revanche, je voulais conserver ce semblant d'innocence et de douceur que j'avais étant enfant. Une image de moi à l'époque où j'étais encore pleine de rêves et éloignée des affres que me réservait la vie. J'aurais pu éviter tout cela... Me plier aux règles et aux coutumes. Pour la seule fois où j'ai laissé mon cœur prendre le dessus sur la raison, je m'étais attiré la pire des rencontres... J'avais beau lui en vouloir pour ce qu'il m'avait fait, Orkem n'aurait jamais eu ne serait-ce que l'occasion de croiser ma route si je m'en étais tenue au rituel de la cérémonie comme les autres enfants. Un regret représentant un fardeau que les horreurs commises par le Conseiller à mon égard éludaient. Lui en vouloir à lui m'empêcher de m'en vouloir à moi. Ce débordement parvint toutefois à me calmer. Je ne pouvais pas le nier. Casser, frapper, ça avait un certain potentiel défoulant. Quand bien même je détestais cela.

Comme pour effacer les preuves du crime, je me baissai pour ramasser les couverts et les poser sur la table. Délicatement, je pris également les plus gros morceaux de l'assiette tristement brisée. Ses motifs étaient pourtant raffinés et avaient dû demander des heures de travail. Culpabilisant d'avoir gâché un tel travail, je manquai d'attention et me coupai avec l'un des éclats. Un léger gémissement de douleur me prit. Ouvrant ma main vers le ciel, j'observai le sang s'échapper de la paume de ma main. Un filet mené par une goutte écarlate me captiva un bref instant avant de tomber par terre. Je refermai ma main et, avant de faire plus de bêtises, je quittai la chambre pour trouver Dhelm, Shore ou Moïra, quelqu'un pouvant m'aider. Le visage inquiet et les yeux encore légèrement rouges, je traversais les couloirs encore déserts. Tenant ma main gauche égratignée de l'autre, je faisais attention de ne pas laisser tomber une seule goutte de sang. Même si les lieux appartenaient à Orkem, je ne me faisais pas d'illusions ; ce n'était pas lui qui entretenait cette villa et ce n'est pas parce que leur maître est l'être le plus abject de Lucrezia - et sûrement de tout Oranda - que je dois donner plus de travail aux domestiques qu'ils n'en avaient déjà. Je passai près de la porte que je soupçonnais être celle des banquets, une porte fermée dont la boiserie était particulièrement travaillée. Je ne comprenais pas pourquoi cette pièce m'était spécifiquement interdite et cela avait le don d'éveiller ma curiosité. Mais à l'instant où j'approchai ma main droite de la poignée, une voix m'interrompit. Mon corps tout entier se figea avant que, doucement, je ne ramène ma main droite porter celle que j'avais souffrante.

Mon cœur frappait contre ma poitrine, à l'image d'un enfant qui vient de se faire surprendre avant même d'avoir pu faire sa bêtise. Hésitante, je portai mon regard sur la personne qui me prenait la main dans le sac. Petite, j'en avais fait des bêtises. Plus souvent sous l'impulsion de ma sœur que de mon propre chef. J'avais une tête à chapeau et acceptais facilement de me sacrifier pour être grondée à la place de mon aînée qui elle, en faisait bien trop, des bêtises. Une intrépide que rien ne pouvait arrêter. Libre de ses faits et gestes quand bien même fussent-ils inconsidérés. Son ingéniosité et son agilité m'avaient longtemps fait douter de sa disparition. Pensant qu'elle devait nous jouer le plus mauvais de ses tours. Le déni dont j'avais fait preuve avait causé beaucoup de mal à ma mère. Elle qui ne voulait pas non plus accepter la mort de sa fille aînée mais qui, pourtant, devait se faire une raison pour continuer d'avancer. Depuis sa disparition, la seule bêtise qu'il m'ait été donné de faire, de moi-même, fut de quitter cette fichue cérémonie... Une erreur que je payais encore aujourd'hui. Le fait qu'ils ne m'en veuillent plus et qu'ils me croient en bonne situation, loin d'eux, sans jamais m'être donné la peine de les contacter, me pesaient bien plus que toutes les réprimandes qu'ils m'avaient données à contre-cœur. Ils n'étaient pas dupes et se doutaient bien que mon aînée se servait de moi comme bouc émissaire. Peut-être pensaient-ils qu'à être punie, je comprendrais qu'il ne faut pas que je laisse ma sœur m'utiliser comme je le faisais. Peut-être avaient-ils tout de même tenté de m'apprendre comment pouvaient fonctionner les choses à l'extérieur de notre communauté.  Rares sont les personnes acceptant d'assumer les conséquences de leurs actes, de leurs paroles. Lorsqu'ils trouvaient une personne sur qui se dédouaner, ils le faisaient sans l'ombre d'une hésitation. Comme Dhelm et ses confidences qui pourraient coûter cher à sa famille. Comme Ranrek qui n'avouait qu'à demi-mot ce qu'il attendait de nous, sachant que quoi qu'il fasse, quoi qu'il désire, l'on se berçait tous deux d'illusions. Orkem avait cela pour lui qu'il semblait ne rien regretter de ce qu'il avait fait et qu'il assumait le regard que je lui portais aujourd'hui malgré l'obsession qu'il ressentait pour moi, selon les dires de son garde...

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1408 mots
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:57

La porte s'ouvrit sur la jeune Moïra. Elle devait avoir tout au plus dix-neuf ans, ses grands yeux verts observèrent la salle d'un regard rapide mais précis, puis la blessure d'Eden. Elle se mordit la lèvre inférieure l'espace d'une demi-seconde, Orkem allait être furieux que son invitée se soit blessée...la demoiselle à la crinière rousse sortit de sa tunique une petite pince d'argent ainsi qu'une compresse légère, laissant tomber sur le tapis précieux le plateau vide qu'elle tenait à la main en refermant consciencieusement la porte derrière elle. Menue, elle n'ouvrait jamais les portes entièrement pour y passer à moins de porter une charge importante, aussi Eden n'avait-elle pu apercevoir que des tableaux et tapisseries, une cheminée ouvragée, ainsi que le coin d'une longue table qui ne semblait pas comporter de chaises. La jeune domestique parvint difficilement à ne pas baffouiller

- Permettez-moi de nettoyer votre plaie...Vous vous êtes bien entaillée, mademoiselle...

Elle semblait "quelque peu" tendue, déglutissant silencieusement à plusieurs reprises en prenant avec douceur la main blessée d'Eden. La coupure n'était pas profonde, mais le saignement était assez abondant dans cette zone là de la main. Elle tira d'une de ses poches un mouchoir rouge et or qu'elle plaça sous l'extrémité ouverte de l'invitée du maître des lieux, passant lentement et méticuleusement la compresse sur la plaie pour en essuyer le sang. En deux gestes précis et rapides, elle retira deux morceaux de porcelaine de la plaie, avant de prendre la pince par son extrémité supérieure entre ses lèvres pulpeuses, et de tirer une épingle à nourrice de la même poche où elle avait pris la compresse, enveloppant dans le tissus, avec une adresse certaine, la main de la jeune femme en serrant correctement la compresse en question, qu'elle finit par attacher avec l'épingle sortie plus tôt . Elle releva son regard vers Eden, qui la surplombait de cinq bons centimètres, plongeant son regard opalin dans celui azuré de la Gorkienne, parvenant à articuler quelques mots en se mordant l'intérieur de la joue gauche avec ses molaires.

- La plaie n'est pas profonde, elle se refermera sans doute avant la fin de la nuit...Voulez-vous que je vous apporte un récipient d'eau pour vous laver les mains?..quelque chose à boire ou à manger peut-être?.. Je suis confuse d'être arrivée si lentement, je n'étais pas dans le couloir quand j'ai entendu le plateau tomber...si

Moïra semblait dans tous ses états. Elle savait de quoi était capable le maître des lieux, il les avait prévenus quand à l'importance à ses yeux de la jeune femme qu'elle avait en face : "Traitez-là mieux encore que si notre Generalissime lui-même venait en ces lieux.", avait-il dit d'une voix sèche et ferme qui ne supposait aucun écart, écart qu'elle venait de faire en arrivant alors qu'Eden avait déja eu le temps de ramasser quelques fragments de porcelaine, de se couper et de se diriger vers la porte...Elle sentait déjà dans son dos la morsure de la flamme ou du fouet, le regard impassible d'Orkem sur sa peau nue alors que la lanière de cuir viendrait lacérer sa peau...ses yeux se remplirent de larmes alors qu'elle se mordait encore plus fort pour ne pas céder aux larmes qui lui venaient...Elle avait vu comment il traitait ceux de ses gens qui le décevaient, peu importe l'age, le sexe ou la gravité de l'erreur...Elle était à deux doigts d'en trembler de peur, mais c'eut été une erreur de plus s'il arrivait dans son dos, et elle le savait parfaitement. Elle mit un genou en terre, tête basse, avec le plus grand empressement, les deux mains posées face contre le sol pavé, et parvint à retenir un sanglot en déclamant avec une solennité procédurière empreinte d'une tristesse et d'une résignation certaines:

- Je vous demande humblement pardon, mademoiselle...je vous promets que cela ne se reproduira plus...demandez-moi ce que vous voulez, je suis à vos ordres...

Sa nuque blanche dévoilée alors que le geste de s'agenouiller avait fait voler ses cheveux sur son épaule droite, elle semblait encore plus frêle et fragile que la jeune femme devant qui elle courbait l'échine. La trace d'une cicatrice due à une lacération dépassait de son col, dans cette position, descendant, au vu de sa largeur, bien plus bas que les omoplates, mais cela ne pouvait être que suggéré par la partie apparente de la blessure visiblement ancienne. Shore accourut sur ces entrefaits, quelque peu gêné par son armure, et naturellement bien moins leste que Dhelm, champion incontesté du trajet rapide sans s'encombrer des divers escaliers qui permettaient d'accéder à tel ou tel étage du bâtiment. Il ne portait jamais qu'une armure légère de cuir, à l'inverse de Shore qui y préférait le métal, et avait l'habitude, en tant qu'ancien éclaireur, de se déplacer rapidement et silencieusement sur tout terrain, et le fait que cette demeure leur soit à tout deux coutumières n'était pas non plus pour rien dans ses apparitions rapides ici où là alors qu'il vaquait à ses tâches. Shore, n'ayant pas vu Eden de face alors que son corps vêtu de blanc cachait la main blessée à sa vue, s'adressa à la jeune servante agenouillée en s'approchant, remarquant en cours de route la main bandée de l'invitée d'Orkem.

- Que se passe-t-il, Moïra? Tout va b...ah. Non.

Il semblait ennuyé par le fait qu'Eden se fut blessée, mais bien moins affecté que Moïra, n'étant pas en charge directe de l'invitée du maître des lieux, et reprit bien vite son attitude de garde, repoussant l'émotion de contrition légère qui avait commencé à se lire sur son visage. Il soupira doucement et ramassa le plateau, comprenant à l'allure des fragments de porcelaine qu'il s'agissait de la vaisselle de la chambre allouée à Eden, et monta pour y rentrer et ramasser de sa main gantée les fragments de porcelaine et de nourriture au sol, débarrassant la chambre de cet encombrement non-souhaité, et re-descendit à toute vitesse dans le hall où se trouvait Eden. Plateau en main, il lui adressa une révérence polie, le visage toujours aussi calme, impassible, son expression faciale parfaitement neutre.

- Notre cuisinier vous a prévu pour ce soir des asperges à la vapeur, des légumes braisés, une purée aux épices ainsi qu'un filet de sole avec une sauce vanillée, et des entremets au fruits pour le dessert, et s'excuse de ne pas avoir pu trouver autre chose que du poisson pour accompagner le tout, si vous souhaitez la moindre modification de votre menu, Moïra lui transmettra vos demandes., dit-il calmement avant de reporter son regard vers la jeune servante. Tu as de la chance qu'il soit de bonne humeur ces derniers temps...Je te laisse à ton travail. N'oublie pas de ramener une corbeille de fruits et une carafe d'eau dans la chambre après avoir nettoyé ce que mes gantelets ne me permettent pas d'attraper..


Elle acquiesça piteusement d'un léger signe de tête, ses épaules s'affaissant un peu plus sous le poids de la culpabilité. Elle aurait elle-même fait choir ce qui recouvrait la table que c'eut, à son avis, été moins grave. Les yeux rivés sur le pavé, sa respiration profonde dans l'espoir de retrouver un semblant de calme, elle ne bougea pas d'un pouce tandis que le garde descendait les escaliers en portant le fruit de la colère d'Eden. Colère certes compréhensible, mais elle n'avait nulle idée de pourquoi et comment cette invitée s'était retrouvée là, ne se préoccupant pas vraiment des raisons, mais des actes, comme cela lui était demandé. Silencieuse, elle n'attendait que la réponse d'Eden pour pouvoir (ou non) se relever et accomplir sans devoir sans perdre de temps. Si Orkem arrivait...Elle préférait ne pas y penser.
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:57

Orkem Vahlaan
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Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
La silhouette de la domestique se dessina dans un encadrement à peine ouvert. Plus à redouter la personne qui pouvait apparaître qu'à penser à satisfaire ma curiosité, je ne portai qu'une attention succincte à l'intérieur de la pièce. Les traits tirés de Moïra m'inquiétèrent plus que de paraître intrusive. Le bruit du plateau tombant au sol me concentra sur la domestique aux beaux cheveux de feu. Interloquée par la détresse apparente de la jeune femme, je me sentis démunie. « Permettez-moi de nettoyer votre plaie... Vous vous êtes bien entaillée, mademoiselle... » Je la laissai s'occuper de ma main, me demandant pourquoi elle était si perturbée par cette blessure qui, objectivement, n'avait rien de grave. Une légère cicatrice quelques jours ne fera malheureusement pas tâche avec les autres qui ont élu domicile sur mon corps au bon gré du Conseiller redouté... Prévenante ou ingénieuse, la jeune femme improvisa un pansement avec une épingle et un carré de tissu qu'il me gênait de voir être tâché par mon sang tant il avait l'air précieux. Lorsqu'elle releva les yeux vers moi, il me tenait de la rassurer d'un léger sourire. « Ce n'est rien Moïra... » Je n'eus le temps de m'enquérir de la raison de son inquiétude qu'elle prononça non sans difficulté : « La plaie n'est pas profonde, elle se refermera sans doute avant la fin de la nuit... Voulez-vous que je vous apporte un récipient d'eau pour vous laver les mains ?.. Quelque chose à boire ou à manger peut-être ?.. Je suis confuse d'être arrivée si lentement, je n'étais pas dans le couloir quand j'ai entendu le plateau tomber... si » Je secouais la tête de gauche à droite, lui indiquant que je n'avais besoin de rien. Elle n'avait pas à surveiller le moindre de mes gestes. Je n'avais pas été attentive, ce n'était en rien de sa faute si je m'étais blessée...

Au fond, je redoutais de comprendre qu'elle devait craindre la réaction d'Orkem si jamais il venait à s'apercevoir de cette égratignure. Peut-être viendrait-il à penser que j'ai été malmenée par l'un de ses employés ? Moïra ni les autres n'avaient quoi que ce soit à voir avec ce malheureux incident. Et quoi qu'il se passe, je ne les laisserai pas porter le chapeau. Bien au contraire. J'étais à leur place au palais des représentants du Feu. Ma maladresse m'avait souvent attiré les foudres de Leanor et parfois celle des résidents qu'il m'arrivait de servir. Enfin, ma différence faisait que même sans rien faire de mal j'en prenais tout de même pour mon grade. « Tout se passera bien Moïra, il faudrait juste... ranger un peu la chambre... J'ai malheureusement fait... tomber quelques trucs... » J'étais complètement gênée par ma bêtise et cet emportement dont je n'étais aucunement fière. Elle paraissait au bord des larmes. Elle s'inclina, ce qui me surprit en premier lieu. Jusqu'à ce que j'aperçoive la cicatrice, ou ce que j'assimilais à une cicatrice au bas de sa nuque. Un frisson d'effroi. Dhelm se trompait. Son maître n'avait aucunement changé. La violence dont il faisait preuve, je la connaissais. Cela me laissa sans voix... Je portai ma main valide vers l'épaule de la domestique lorsque Shore apparut. Retenant mon geste, je mis mes bras le long de mon corps, tentant malhabilement de cacher le pansement qui devait sûrement être le plus coûteux de tous les pansements. « Que se passe-t-il, Moïra ? Tout va b... ah. Non. » Le regard que je lui posai était sûrement tout aussi inquiet que celui de la jeune femme. Il avait remarqué ma blessure. Mais le garde se rassembla en enlevant l'expression embêtée de son visage. « Si ! Tout va bien, il n'y a rien de grave, ne vous en faites pas... » Tentai-je de relativiser. Mais Shore semblait déjà décidé et partit en ramassant le plateau sans dire un mot de plus.

Reportant mon attention sur Moïra, je réfléchissais à un mot, un geste pouvant la rassurer. Je n'étais pas très douée dans mes relations avec autrui... Ayant vécu un certain temps isolée de tout, il m'était difficile d'agir au mieux. Et même en paroles, je ne savais quoi lui dire. Que tout irait bien ? Si elle se mettait dans cet état, c'est sûrement parce qu'elle redoutait ce que pourrait lui faire Orkem s'il venait à apprendre que je me suis fait le moindre mal. Il mettrait ça sur son dos pour extérioriser sa colère ? Ses frustrations ? L'idée qu'il lui fasse le moindre mal me révulsait, alors si en plus cela devait être à cause de moi... Impensable. Comment pouvait-elle être aussi légère qu'elle l'avait été plus tôt lorsqu'elle lui apportait cette fameuse missive et en même temps, subir cette violence gratuite ? Ce n'était pas une vie. Accepter d'être ainsi traitée selon l'humeur, allant de congés donnés aux sévices corporels... Même Khorde ne s'en prenait pas gratuitement aux domestiques. Et pourtant, vu comment il traite sa femme, on est en droit de se le demander. Orkem était décidément l'être le plus abjecte de tout Oranda. Je me rapprochai d'un pas peu assuré de la domestique. Luttant pour chasser de mon esprit toute cette colère qui s'entêtait à vouloir revenir. Mais les secondes avaient défilé plus rapidement que je ne le pensais et Shore nous retrouva. Toujours le plateau en main, il s'inclina avant de prendre la parole. « Notre cuisinier vous a prévu pour ce soir des asperges à la vapeur, des légumes braisés, une purée aux épices ainsi qu'un filet de sole avec une sauce vanillée, et des entremets au fruits pour le dessert, et s'excuse de ne pas avoir pu trouver autre chose que du poisson pour accompagner le tout, si vous souhaitez la moindre modification de votre menu, Moïra lui transmettra vos demandes. » Je n'avais que faire du menu... Trop préoccupée par l'état de la domestique pour tiquer sur la mention de poisson dans celui-ci, je soupirai avant de reporter mon regard sur la jeune femme. « Tu as de la chance qu'il soit de bonne humeur ces derniers temps... Je te laisse à ton travail. N'oublie pas de ramener une corbeille de fruits et une carafe d'eau dans la chambre après avoir nettoyé ce que mes gantelets ne me permettent pas d'attraper... » Dit-il sur un ton neutre très malvenu vu la situation.

Délicatement, je posai finalement ma main sur son épaule une fois que le garde n'était plus à portée.Je n'étais pas accoutumé aux contacts physiques. Depuis les sévices que m'avait infligé Orkem, je n'avais laissé personne m'approché. Seul Ranrek avait su faire naître en moi assez de confiance. Même si mon contact était hésitant, mes mots ne l'étaient pas. « Tout se passera bien pour vous Moïra... Je ne sais pas vraiment quel poids je peux avoir envers lui mais je ferait tout ce qui est en mon possible pour que ça ne vous retombe pas dessus. Vous n'y êtes pour rien. » Perturbée par ces marques que j'entrevoyais, je lui demandai de se redresser. « Relevez-vous. » Mon ton était assez sec et mes yeux froids accompagnés d'une moue hésitante sur mes lèvres annonçaient que j'allais me montrer plus que déplacée. « Il... vous fait du mal ? Pour... ça ? » Je n'étais pas idiote, des esclaves et domestiques étaient réprimandés lourdement. Surtout dans ce genre de demeures où la qualité du service et des prestations des employés étaient surveillés de près afin qu'aucun impair ne soit commis s'ils venaient à servir des invités de marque. Laissant ma main glisser le long de son bras pour revenir le long de mon corps, je cherchais son regard. « On ferait mieux de retourner à la chambre. Je vais vous aider à ranger. » Attendant son approbation avant de faire le moindre pas, je souhaitais m'assurer qu'elle m'accordait un minimum de confiance. S'il était capable de la frapper, il était aussi capable d'abuser d'elle comme il avait abuser de moi. Ce monstre sans cœur ni compassion n'était régi que par ses désirs et ses impulsions. Sa position et sa stature lui évitait d'avoir à prendre en compte les avis ou protestations de ses victimes. Même ses gardes, pourtant visiblement bien entraînés, ne devaient avoir la moindre chance contre lui. Si je n'avais aucune chance face à lui, j'étais persuadée que je pouvais trouver un moyen de protéger les autres de ses foudres. Nous étions diamétralement opposés, lui et moi. Mais cela ne voulait pas dire que je ne pourrais pas finir par comprendre comment il fonctionne. Tout être humain avait sa faiblesse. Et si je mettais la main sur celle d'Orkem, alors je n'hésiterai pas à m'en servir une seule seconde. Les paroles de Dhelm résonnaient en écho dans mon esprit. Je pouvais m'en servir. Sans que le Conseiller ne soupçonne qu'elles m'aient été dites. Il y avait forcément un levier qui se cachait dans ces mots.

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1564 mots
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:59

Habituée au ton sec de Shore, la jeune femme savait qu'il n'y avait aucune animosité dans son propos : elle devait faire son travail, et bien le faire, après tout...elle était payée assez grassement pour pouvoir mettre tout son coeur à l'ouvrage. Rare étaient les Lucréziens qui pouvaient prétendre aux salaires offerts par Orkem. Elle se releva lentement, appréciant sincèrement le geste d'Eden, lui adressant un regard empli de gratitude après avoir essuyé ses yeux. Elle était jeune, si jeune...Elle devait avoir passé sa cérémonie depuis à peine deux ou trois ans. La marque du feu, encore petite, se voyait sur ses bras blancs. Elle inspira profondément à deux ou trois reprises, se calmant peu à peu. Dhelm lui aurait surement dit avec un sourire "quand t'auras fini de nettoyer le tapis avec tes genoux, n'oublie pas d'aller finir la chambre, tu connais le patron...imagine s'il se plante un bout de porcelaine dans le pied!", lui aurait mis une petite tape amicale sur l'épaule et serait reparti tranquillement. Shore était bien plus droit dans ses bottes, ce n'était pas un mauvais bougre, mais il avait appris le sort de son prédécesseur et ne voulait en aucun cas finir de la même manière. Cela dit, même Vahlaan faisait la différence entre une bourde mineure et une trahison de secrets d'état. Eden reprit la parole alors qu'elle finissait de faire taire ses sanglots avant qu'ils n'éclatent.

- Il... vous fait du mal ? Pour... ça ?

- Le conseiller Vahlaan ne m'a jamais fait de mal, je ne crois pas même qu'un autre de mes collègues aie jamais subi quelque sanction physique de sa part...Dans le pire des cas, il diminue nos salaires temporairement, mais même dans ce cas, nous avons un solde plus que convenable...Seulement il a été très clair sur les consignes à votre égard, mademoiselle, plus encore que lorsque Karam Ergorn était venu dîner, il y a un mois et demi...

Elle soupira lentement et inspira à nouveau profondément alors qu'Eden laissait retomber son bras. A cet instant, la chaleur de la peau de la gorkienne lui fit défaut, elle aurait aimé, comme avant, que son frère la prenne dans ses bras et lui dise que ça allait bien se passer...Mais jamais elle n'aurait pensé qu'une invitée de marque ne le ferait...elle se sentait plus calme désormais, et continua de retrouver un état normal alors qu'elle suivait Eden jusqu'à la chambre, demandant à Dhelm, croisé au passage, de lui amener de quoi ramasser de la porcelaine brisée, qu'il lui jeta en criant "Moïra! Réflexe!" par la porte de la chambre. Une chance qu'elle en eut, des reflexes, puisqu'elle les rattrapa plus ou moins habilement au vol en manquant de se mettre elle-même un coup de balayette dans le nez. Elle soupira a nouveau. Elle aimait bien Dhelm, c'était un substitut à son grand frère, dans le monde professionnel...même s'il était parfois un peu con, mais ça faisait aussi son charme. Elle reprit la parole en commençant à ramasser les petits éclats que Shore n'avait pas pu attrapper. Effectivement, avec des gantelets en acier, la tâche était impossible.

-Avec ses soldats, Orkem est une brute, un monstre qui n'accepte pas la moindre erreur...Il nous a parlé comme s'il était devant l'infanterie, avant que vous n'entriez ici...même Dhelm était droit comme un piquet...Pourtant il est loin d'avoir l'esprit Sezni...il est né à Sterenn, vous savez, et si il n'avait pas été choisi par le feu, je suis certaine qu'il aurait choisi une autre carrière...Mais il a aimé la droiture du pays, et il a vite apprécié le maniement des flammes, alors...Il a fait ce qui lui semblait rationnel pour survivre au mieux...

Les fragments de vaisselle épars furent bien vite ramassés, mais elle s'attela aussitôt au nettoyage du sol, qui n'avait que moyennement aimé la meringue. C'était noté: le parquet n'avait pas le palais bien fin. Elle frottait le sol avec un torchon imbibé de térébenthine comme si sa vie en dépendait. Ce n'était pas vraiment le cas, en relativisant, elle se disait que quoi qu'il en soit, si Eden était aussi importante que ça aux yeux d'Orkem, elle saurait le tempérer le temps de sa présence...Et Dhelm la défendrait, elle le savait parfaitement. Elle lui devait beaucoup, à ce garde aux cheveux blonds, depuis son arrivée à Dahud. Il était intelligent, sympatique, il arrivait à trouver l'exacte limite entre le dépassement des règles et le convenable, ce qui lui vallait d'ailleurs une sympathie certaine d'Orkem, à l'inverse de Shore, qui n'entretenait avec son supérieur qu'un lien hiérarchique professionnel. Moïra termina sa tâche (au sens propre comme au figuré) avant de se redresser et de s'essuyer le front d'un geste de l'avant-bras, se tournant de nouveau vers Eden.

- J'imagine que...vous avez vu la marque que j'ai dans le dos, tout à l'heure...Je sais que je vais défendre celui que je craignais plus que tout il y a à peine deux minutes...Mais j'ai été élevée par mon oncle, avec mon grand frère. Et il n'était pas aussi tendre que mes parents...il nous a violentés pendant onze ans...quand j'ai été bénie par le feu... le conseiller Vahlaan m'a prise sous son aile, et il a réglé le problème en achetant mon frère comme esclave, alors qu'il avait été choisi par l'air... Il lui a rendu sa liberté le lendemain, sans même le marquer comme la plupart des esclaves le sont...Rosk est forgeron, maintenant, en centre-ville, il s'en sort bien...Et dans deux ans, quand j'aurais fini de payer notre dette, j'aurais le choix entre rester à travailler ici et rejoindre mon frère...Je l'ai vu dans votre regard, tout à l'heure, vous lui en voulez, vous le haïssez...Je ne sais pas ce qu'il vous a fait, mais je doute que ce soit sans raison, et celle-ci m'a l'air aussi effrayante qu'il peut l'être quand il est fou de rage...le conseiller Vahlaan est d'une humeur totalement imprévisible...Le plus souvent, il est froid, distant, cassant...Mais il peut se montrer chaleureux, compréhensif et sympathique, vous l'avez vu tout à l'heure, et d'après Dhelm, ce n'est pas toujours pour berner la confiance de ses interlocuteurs...C'est un humain, après tout...
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:59

Orkem Vahlaan
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Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
La plus infime des raisons suffisait parfois à justifier l'impensable. Comme le disait Kara, il n'y avait pas besoin de réelle raison pour certains hommes afin qu'ils ne déchaînent leur colère, leurs frustrations sur autrui. J'expirai bruyamment lorsque Moïra m'assura que le Conseiller ne lui avait jamais fait de mal. Lèvres et dents serrées, je peinais à croire cette jeune femme qui n'avait pas l'air plus vieille que moi. Peut-être était-elle même plus jeune. Cela m'attristait de la voir heureuse de travailler pour cet homme. « Seulement il a été très clair sur les consignes à votre égard, mademoiselle, plus encore que lorsque Karam Ergorn était venu dîner, il y a une lune et demie... » Cela n'était pas vraiment pour me rassurer. Je n'avais qu'une envie : disparaître, m'éloigner de tout cela, des domestiques, des gardes, de cette demeure, d'Orkem... Surtout d'Orkem. Il n'avait pas à exiger quoi que ce soit à ses gens à mon égard. Je n'ai aucune valeur. Il y a cinq ans, il s'en était bien assuré ; brûlant de ses flammes tortionnaires ma marque de Terre. Je n'étais pas à l'aise, ni avec Moïra, ni dans ces lieux. Loin d'être à ma place et ne comprenant pas où il souhaitait en venir avec tout ça. Ignorer ce qui m'attendait m'insupportait. Tant de choses étaient possibles : disait-elle la vérité ? Mentait-elle ? Dhelm parlait-il sérieusement ? Ne tentait-il pas de m'amadouer ? De quoi était capable le Conseiller à mon égard ? Quels étaient ces projets dont j'ignorais tout ? Voulait-il simplement être pardonné pour les atrocités qu'il m'avait faites ? Ou comptait-il récidiver ? Loin de moi l'idée de croire qu'il puisse éprouver quoi que ce soit de bon envers moi. D'une part car je soupçonnais que rien d'humain ne restait en lui, et d'autre part, m'enfermer deux jours durant n'était clairement pas un moyen très diplomatique pour obtenir quoi que ce soit de moi. Toutefois, il fallait bien que je me rende à l'évidence : s'il m'avait trouvé simplement, m'accostant en pleine rue ou au palais, jamais je ne l'aurais laissé approché... S'il n'avait pas démontrer l'ampleur de son influence, je n'aurais jamais accepté de rester...

Pensive, je traversais les couloirs avec la domestique. Nous croisâmes Dhelm. Je tentai de cacher à sa vue ma main gauche, évitant les remarques et les brimades envers Moïra. Mais il semblait plus avenant et moins rigide que son camarade. Cela eut me rassura, quelque part. Une fois arrivées dans la chambre, nous nous attelâmes à ramasser ce qui se trouvait par terre. Honteuse de cet acte, qui aura cependant causé plus de peur que de mal, je restai silencieuse et attentive à mes gestes. Ne voulant risquer de me couper à nouveau. Sur mes gardes, j'étais également attentive à mes sens. Ne voulant pas que quelqu'un n'entre à nouveau et me surprenne. Si j'avais été plus concentrée, j'aurais pu, grâce à mon don de la Terre, sentir une personne arriver vers cette porte et m'en éloigner. S'il s'était agit d'Orkem, ça ne se serait sûrement pas passé de la même façon. Je n'écoutais que d'une oreille Moïra qui me décrivait le passé de Dhelm et l'affinité qu'il avait tissé avec Sezni et ses valeurs. Mon regard se porta un instant sur la domestiques qui continuait de nettoyer le sol. Sezni cachait bien ses secrets. Je n'avais sûrement vu que la partie austère faite pour faire fuir ceux qui ne sont pas dignes d'elle... Mon inattention m'avait fait passer à côté de quelques unes de ses surprises. Peut-être n'aurais-je pas attendu de croiser Ranrek pour penser que cette partie mirifique de Sezni n'était qu'une fable. Je repris mes esprits, remarquant que j'avais cessé de l'aider alors qu'elle frottait sans relâche. Me redressant, je rassemblais ce qui devait être jeté. Songeuse, je ne pouvais m'empêcher de faire tournoyer cette question dans ma tête : disaient-ils vrai sur Orkem ? Quand bien même il tienne sa parole, Dhelm le savait : le Conseiller ne souhaitait pas forcément mon bien. Il souhaitait le sien, subvenir à ses besoins et assouvir ses envies. Pourquoi s'attacher à une personne comme moi ? Je n'étais pas une Feu et l'intolérance des Seznien était tristement connue... Un homme de sa position ne devait-il pas s'intéresser à plus prometteur qu'une Terre à peine sortie de sa bulle ? Orkem devait aimer faire éclater ces bulles où l'on se sent protégé, en sécurité. Cela ne devait pas s'appliquer seulement à ma personne.

Il m'était difficile de croire qu'il y avait autre chose chez le Conseiller que la perversion et la cruauté que dépeignait également Dhelm. Cela rendait peu crédible les mots de Moïra qui déclinait tout comportement agressif physiquement de son maître sur elle. Elle acceptait de lui appartenir, tout comme les gardes, même si c'était contre mon gré, il fallait être objectif : je lui appartenais également. Aux yeux du monde, il avait tous les droits pour s'en prendre à nous. Peut-être que les domestiques et les gardes pouvaient se révolter d'une quelconque façon et espérer gagner gain de cause s'ils étaient prêts à sacrifier ce qu'Orkem utilise pour maintenir leur loyauté intacte. Mais pour mon cas, peu importe la situation, peu importe les mots, j'étais fichue... Cette absence de marque sur mon avant-bras rendait ma parole caduque. La protection de Ranrek n'était qu'une bien maigre chose comparé à l'ascendant du Conseiller Vahlaan... Il n'était pas son père, Karam, ni l'héritier Khorde, il n'était que le dernier d'une fratrie qui déjà, est en total désaccord avec le fait que je sois à ses côtés. « Ranrek ne sera pas toujours là, Eden’El. Il t’aide à traverser ces ténèbres, mais une fois qu’elles seront passées, tu devras tracer ton propre chemin. » Les paroles de Kara me revenaient. Il ne mettra jamais en péril les relations entre Dahud et Sezni pour moi. En vérité, je ne souhaitais pas non plus qu'il le fasse. Dans ce grand échiquier, je n'étais pas même un pion. Un simple grain de poussière qui virevoltait au gré des déplacements des cavaliers et des fous... Je ne méritais pas le moindre éclat de sang. Et pourtant, déjà il en avait coulé... Je me souviens avoir vu du feu aller vers le garde qui était chargé de ma protection -plutôt de ma surveillance... - mais je ne parviens pas à voir de quelle façon il a été tué. Mon cerveau suggère habilement que le feu l'a consumé. Mais je ne suis pas sûre... Le coup qui m'avait été porté a dû troubler ma mémoire. Ou alors mon inconscient me protégeait de ce souvenir en le remplaçant par une zone d'ombre.

Essuyant son front, la domestique sembla avoir terminé. Elle s'accorda un instant pour me confier une partie de son histoire. « J'imagine que... vous avez vu la marque que j'ai dans le dos, tout à l'heure... » Commença à suggérer Moïra avec justesse. J'acquiesçai d'un malheureux hochement de tête. Pensive, à moitié dans cette chambre et dans mes songes. Elle me décrivit son passé, les sévices portés par ceux qui pourtant, auraient dû l'aimer le plus, la choyer et la protéger. « [...] Le Conseiller Vahlaan m'a prise sous son aile, et il a réglé le problème en achetant mon frère comme esclave, alors qu'il avait été choisi par l'air... Il lui a rendu sa liberté le lendemain, sans même le marquer comme la plupart des esclaves le sont... » Cela happa la moitié pensive de mon attention qui se portait alors complètement sur Moïra. « Rosk est forgeron, maintenant, en centre-ville, il s'en sort bien... Et dans deux ans, quand j'aurais fini de payer notre dette, j'aurais le choix entre rester à travailler ici et rejoindre mon frère... » Je ne cherchai pas à me renseigner sur l'autre frère qui allait passer sa cérémonie cette année. Je le voyais bien dans ses yeux, ce n'était pas son histoire qui importait dans ce qu'elle me racontait. Mais la suite, là où elle souhaitait en venir. « Je l'ai vu dans votre regard, tout à l'heure, vous lui en voulez, vous le haïssez... » Ce n'était pas difficile à remarquer... Même si je me retrouvais honteuse de laisser transparaître cette aversion qu'il m'inspire. N'appréciant guère de porter un jugement si négatif envers quelqu'un. Même s'il le méritait mille fois et encore mille fois de plus... « Je ne sais pas ce qu'il vous a fait, mais je doute que ce soit sans raison, et celle-ci m'a l'air aussi effrayante qu'il peut l'être quand il est fou de rage... » Sa rage, j'y avais déjà fait face. Mais... s'il n'y avait que ça... Force est de constater qu'il n'avait pas toujours été bercé de colère. Bien des fois, ses actes étaient guidés par autre chose. Une passion, une pulsion... J'ignorais ce qui pouvait se passer dans l'esprit de cet homme et redoutais de le savoir. Mais ses penchants sadiques et cruels n'attendaient pas d'avoir une quelconque colère pour se justifier avant d'agir. « Le Conseiller Vahlaan est d'une humeur totalement imprévisible... Le plus souvent, il est froid, distant, cassant... Mais il peut se montrer chaleureux, compréhensif et sympathique, vous l'avez vu tout à l'heure, et d'après Dhelm, ce n'est pas toujours pour berner la confiance de ses interlocuteurs... C'est un humain, après tout... » Un instant de silence où je détournai mon regard du sien.

M'éloignant vers la fenêtre, observant ma main endolorie, je m'efforçai de garder une respiration calme et un ton neutre alors que dans ma poitrine, mon cœur frappait comme s'il voulait s'échapper. Je portai mes yeux vers l'horizon que les barreaux me permettaient de contempler. « J'aimerais vous croire, Moïra, sincèrement. J'ai eu le temps de réfléchir à ce qu'il m'a fait. De trouver une réponse à pourquoi ? Je ne comprenais pas ce qui pouvait déclencher une telle folie chez un homme. Et je ne le sais pas plus aujourd'hui... On ne peut pas s'en prendre aussi impunément à un innocent et en même temps jouer les bienveillants. Je voudrais croire à votre histoire, mais je ne peux pas. Les... horreurs que j'ai vécu... Ces années à ressasser tout ça... À être rongée par la honte, la culpabilité, vivre dans la peur et la hantise de son regard se posant sur moi... » Mes yeux s'emplissaient d'eau et je peinais à prononcer mes mots avec clarté. « À chaque fois que je ferme mes yeux, je le vois... » Dis-je en me retournant vers Moïra. Ma respiration s'accélérait progressivement à mesure que je me confiais. « À chaque nuit où je parviens à trouver le sommeil, je sens ses yeux lubriques se poser sur moi... » Je posais ma main égratignée sur mon avant-bras droit. « À chaque réveil, je ressens encore le spectre des flammes qui brûlent ma peau... » Un pas en arrière suffit à me coller contre le mur. « Depuis cinq ans, cinq années, je vis avec son souvenir et la crainte que tout ceci recommence comme une ritournelle incessante. Le jour où je parviens à m'émanciper de cette peur qui m'habite depuis tout ce temps, le jour où j'entrevois à nouveau la lumière au bout du tunnel... » Un sanglot m'échappe. Fermant les yeux, deux larmes choient sur mes joues. « Il revient... Déterminé à ne jamais vouloir me laisser en paix... » Doucement, je me laissai glisser le long du mur pour m'asseoir par terre. Ramenant mes genoux à ma poitrine, je fonds en larmes amères qui restaient enfermées depuis bien trop longtemps. Je ne suis pas fière de me laisser ainsi abattre, mais leurs histoires, ses manipulations, tout cela perturbe mon esprit déjà fragilisé par ces retrouvailles intempestives. Je ne suis pas comme lui : froide et sans cœur. Je ne peux pas rester impassible et simplement laisser le temps s'écouler...

Quelque part, lui aussi m'avait obsédée et m'obsédait encore... Un simple souvenir suffisait à me faire frémir du contact chaud de sa peau sur la mienne. Rendre réel et perceptible le feu qu'il s'amusait à faire courir puis s'évaporer. Je n'essayais pas de me calmer. Persuadée que le bien ne pouvait se loger dans un être aussi odieux qu'Orkem et que je trouverai la force d'empêcher le mal de m'envahir. Ma naïveté faisait de nous deux extrêmes. Un manichéisme que les mots de ses gens ne parvenaient pas encore à évincer de mes convictions. « Il aimerait que vous le cerniez un peu mieux. » Dhelm me paraissait à ces paroles aussi naïf que je pouvais l'être... Était-ce réellement à moi d'essayer de le cerner ? De le comprendre ? L'appréhender ? Orkem avait beau sembler connaître tout de mon existence, il ne savait rien sur moi, sur ce que je pouvais ressentir, la torture qu'il représentait à mes yeux qui l'avaient tant de fois supplié de leur laisser leur innocence et leur intégrité ! Il avait, en toute impunité, détruit tout ce en quoi je croyais ! Maintenant que je réussissais à renouer avec moi-même, voilà que je devais moi faire l'effort d'aller vers lui et de comprendre pourquoi il s'était amusé à bafouer ainsi mon honneur ?! Il était incapable d'éprouver le moindre sentiment et les tortures qu'il s'infligeait n'étaient qu'un moindre mal ! Cette obsession qu'il semblait me vouer n'avait pas lieu d'être. Pour un homme aussi intelligent qu'il devait être, Orkem devait bien le savoir que ça ne mènerait jamais à rien tout ceci. Que cet acharnement à ne pas vouloir se désintéresser de moi allait finir par le détruire... Oui, c'est ça... Cinq ans. Il avait retourné Oranda durant cinq ans... Illuminé d'esprit qu'il semblait être, il se détruisait pourtant l'esprit et le corps avec ces... scorpions. Le Conseiller avait l'air d'être un homme dont la droiture et l'intransigeance n'avaient d'égal que la cruauté dont il pouvait faire preuve. Cependant, il laissait une porte ouverte. Quand bien même ce soit un piège béant, cela pouvait très bien être un moyen pour moi de l'atteindre au-delà de cette imperméabilité qui l'entourait... Mes pleurs finirent par cesser. Je relevai la tête, yeux rouges et joues écarlates. « Pardonnez-moi Moïra... J-je suis navrée de m'être laissée emporter comme ça... je n'aurais pas dû... » Articulai-je entre deux sanglots. « Ça va aller... je ne m'y reprendrai plus. » Assurai-je en me relevant et essuyant mon visage. « Pourrais-je aller me rafraîchir un peu ? » L'heure du dîner n'allait pas tarder à approcher et je ne voulais pas montrer à Orkem ces états dans lesquels il pouvait me mettre sans même être à côté de moi. Il avait bien assez de levier contre moi, je en souhaitais pas en ajouter. J'avais passé assez de temps à me tourmenter par sa faute. Aujourd'hui, j'étais plus forte que ça. Et ce n'est pas à lui que je voulais le prouver. Mais à moi-même.

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 2640 mots
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:00

Moïra ne savait pas comment réagir. Vahlaan? Violer et torturer une fille qui ne devait alors être qu'une enfant? Il n'avait jamais fait d'inégalité entre les hommes et les femmes à son service, d'aussi loin qu'elle se souvienne, à l'exception de traitements un peu plus rudes pour ceux dotés d'une bonne constitution, et jamais il n'avait levé la main sur elle, ni, aux dires des autres servantes, sur aucune d'entre elles. C'était peut-être un psychorigide acharné de travail, capable, avec les soldats, de commettre des exactions remarquables...Mais infliger ça à cette jeune fille? Jamais elle ne l'en aurait cru capable. A vrai dire, elle peinait quelque peu à croire Eden, mais son apparente sincérité et l'état dans lequel elle se mettait en repensant à ce qui lui était possiblement arrivé n'était pas anodin. Partagée entre la connaissance qu'elle avait de son employeur, et ce visage sous lequel le dépeignait l'invitée de celui-ci, elle ne savait plus où se mettre. Comment pouvait-elle se lamenter à l'idée qu'il lui passe un savon quand cette jeune fille avait connu tant d'horreurs et de douleurs? Elle tentait de reprendre une consistance, chamboulée par la gentillesse d'Eden et sa tristesse, respirant profondément, quand celle-ci se laissa tomber au sol, comme une enfant attristée se cachant pour pleurer, et s'empressa de venir la prendre dans ses bras. Elle n'avait que dix-huit ans, elle ne connaissait rien, rien qui puisse concurrencer pareilles horreurs, et elle ne pouvait se permettre de dire qu'elle "comprenait" Eden. Mais elle pouvait tenter de la réconforter au mieux. Sa main d'enfant se posa sur la joue de la jeune femme,ramenant le visage d'Eden sur son épaule. Comment réagir face à cela? Que faire? Que dire? Elle n'en avait aucune idée. Lorsque les pleurs d'Eden cesserrent, les yeux rougis, celle-ci demanda à Moïra la permission d'aller se rafraichir. A l'exception de lui laisser l'accès à la salle de banquet et de la laisser sortir, Moïra n'avait rien à lui interdire, aussi l'aida-t-elle doucement à se lever, se mordant toujours la levre inférieure.

-N'ayez pas honte...Vous n'avez pas à vous excuser devant moi, mademoiselle...je vous accompagne jusqu'aux bains...

Elle était choquée par ce qu'elle venait d'entendre, encore jeune, empathique, et naïve comme elle pouvait l'être. Que dire de plus? Elle n'en savait rien. Le chemin ne fut pas réellement compliqué, Orkem ne pointa pas le bout de son nez, seul Shore, en grande discussion avec un autre homme en armure, et Dhelm, en train de fumer un chillum se virent croisés par les deux jeunes femmes. Moïra restait silencieuse, tête basse. Dhelm la couvrirait auprès d'Orkem, peut-être même le garde dirait-il qu'alors qu'il venait ouvrir la fenêtre pour aérer, comme il le faisait régulièrement car la jeune femme oubliait de temps en temps de s'en charger, il avait fait tomber le plateau, et qu'Eden avait voulu l'aider...Une histoire sans doute abracadabrante, ou une autre plus logique, peu importait. Ce qui lui faisait garder la tête basse était ce qu'elle venait d'apprendre. Elle progressait les yeux clos, connaissant par coeur chaque recoin du domaine, tentant de trouver dans l'obscurité de ses paupières la force de chasser la vision d'Orkem forçant son actuelle invitée à...non, il ne pouvait pas en être capable. Il pouvait être violent, irrascible, agressif, blessant, impitoyable envers ce qui se trouvait sur son chemin, ce n'était pas possible! Cela signifierait qu'il mettrait sa place au sein du gouvernement Seznien en danger pour une...jeune femme sans marque? Quelques pièces auraient suffi à régler le problème...A moins que ce ne soit lui qui l'ai brûlée...Et même dans ce cas, il n'aurait eu qu'à payer une redevance à Dahud pour posséder un esclave supplémentaire, et ce n'était sans aucun doute pas ce qui lui posait problème. Dans tous les cas, elle ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas comprendre. C'était un acte tellement irrationnel de la part du conseiller Vahlaan que ça ne pouvait être de lui qu'il s'agissait. Tout le monde l'avait toujours décrit comme un homme aussi vicieux qu'imprévisible, violent, mais pouvant être bienveillant, un homme intelligent, un bourreau de travail inépuisable, une force de la nature qui avait taillé sa place dans le marbre à coups de poings et de stratégies élaborées, un champion de la manipulation comme de la castagne...Mais en aucun cas quelqu'un d'aussi sensé et intelligent que lui n'aurait pu être aussi animal qu'elle le disait. Pourtant, elle ne pouvait se tromper. Ou alors, elle jouait magnifiquement bien la comédie, mais Moïra en doutait : il y avait toujours des détails qui trahissaient un mensonge, et Dhelm était un champion pour les repérer. Jamais il n'aurait cautionné ça. Dhelm l'aurait dénoncé dès que possible, il avait assez de temps libre pour ce faire, et il se battait sans doute aussi bien qu'Orkem, il n'aurait eu aucun mal à le retenir le temps que des autorités compétentes arrivent...Ou se pouvait-il que Sven Ramose lui-même craigne ce conseiller aussi retors qu'intelligent, aussi imprévisible que calculateur? Elle en doutait. Le dictateur était un maître du feu extraordinaire, Orkem n'aurait pas tenu une minute en combat singulier face à lui. Tant de questions, tant de questions sans réponse sur le feu dévorant qui aurait potentiellement consumé l'humanité de son employeur par le passé. Des questions que l'eau apaiserait peut-être un instant chez Eden. Elle s'enhardit un instant à relever la tête, hésitante.

-Cela...vous dérangerait-il si nous nous baignions ensemble? Je garderais des sous-vêtements si vous le souhaitez, je ne veux pas...déroger à votre intimité...Mais je crois qu'un passage au caldarium ne serait pas de trop pour moi...Si vous le voulez bien, bien sûr...sinon j'attendrais que vous ayez terminé, et quand Dhelm se sera baigné - il a ses horaires bien précis-, j'irais...Mais après...après vous avoir vue comme à l'instant...A votre place, je n'aimerais pas être totalement seule...D'autant que je ne sais pas où est le conseiller Vahlaan...
-Il est actuellement aux cuisines, puis il ira ensuite dans son bureau, il passera sans doute à la salle de repos de la garde, il passera un instant au palais de Sterenn, la messagère, c'était cette petite qu'il aime bien, la blondinette qui passe son temps à se moquer de lui gentiment... alors comme d'habitude, il va aller lui porter la réponse en main propre avant qu'elle ne reparte, et puis il viendra sans doute se baigner et dîner. Vous avez une bonne heure. Et si il vous faut plus de temps, j'essaierais de l'occuper un peu, mais je ne pense pas qu'au retour, il soit d'humeur a autre chose que se laver, tu le connais, le soir, quand il finit sa redescente, il lui faut de la flotte froide...Quel con.
- Merci, Dhelm... Et pourquoi le traites-tu de con?
- T'as jamais senti ce qu'il s'envoie? Rien qu'à l'odeur, t'as la tête qui tourne, des crampes, et tu sues comme un boeuf! Il se fout dans un état minable. C'est pas vraiment ce que j'appelle du propre, déjà que je m'en veux de fumer du tabac, ça, c'est même pas la peine!
- Pas faux...a toute à l'heure, Dhelm!
- Bon bain, mademoiselle, et à tout à l'heure, poil de carottes!
-Eeeh!
- "Eeeh!", l'imita-t'il avec un clin d'oeil, un peu de répartie ne te ferait pas de mal, jeune fille...Faut tout leur apprendre, aux p'tits bleus...
- Tu sais ce qu'elle te dit, la bleue, vétéran décrépi?, lui lança-t'elle en posant les poings sur ses hanches,
- Aaaaaah, là, c'est mieux! bon, allez, je me tire avant de me faire enguirlander, Shore voulait sa revanche aux echecs, ça fait déja dix minutes qu'il poireaute!

Ils souriaient tous les deux, Moïra, bien plus tristement que Dhelm, qui pouvait passer du coq à l'âne en un instant, et semblait avoir éclipsé Eden de son esprit pendant qu'il taquinait la jeune femme. Lui, il savait sans doute. Elle devait lui demander...Mais pas maintenant, pas devant l'invitée de Vahlaan. Pas alors qu'elle se sentait aussi mal. Il était donc reparti d'un pas leste en direction de la salle de garde où les deux hommes pouvaient se reposer. Dhelm paraîssait si détaché des choses, profitant des plaisirs de la vie, et pourtant, en service, il était d'une loyauté quasi-sans failles à l'égard d'Orkem, et pouvait se montrer redoutable pour quiconque viendrait ennuyer son employeur. Il y avait le Dhelm en service, et le Dhelm au repos. Deux personnes bien distinctes dans un seul et même corps. Elle lui enviait cette capacité. Mais au fond d'elle, elle avait senti qu'il n'était pas à l'aise en présence d'Eden, il était un peu plus raide, un peu plus crispé que d'habitude. Et cela ne la rassurait pas du tout quand aux propos qu'avait tenue l'invitée du conseiller quelques minutes plus tôt.

- Bon...je...Souhaitez-vous... vous baigner seule, mademoiselle?..
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:01

Orkem Vahlaan
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Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
La douleur de ce que j'avais pu vivre émergeait d'un sommeil que j'avais tant lutté à obtenir que je ne sentais qu'à peine l'étreinte se voulant rassurante de Moïra. Pourtant son toucher m'était aussi insupportable que n'importe lequel aurait pu l'être. Comme une enfant qui aurait à nouveau peur du noir, tout me paraissait menaçant et effrayant. Je me laissai faire malgré ça. Et pour une fois, pas pour éviter qu'elle se sente inutile ou de trop, mais parce que je ne voulais tout simplement pas lutter. Son geste partait d'une bonne intention, mais ça aurait pu être néfaste ou - tout comme je le pensais - spécieux, que je me serais également laissé faire. Je ne souhaitais pas me battre... Je reprenais mes esprits alors que mes joues écarlates et mes yeux gonflés témoignaient de mon instabilité. « N'ayez pas honte... Vous n'avez pas à vous excuser devant moi, mademoiselle... je vous accompagne jusqu'aux bains... » Proposa Moïra. J'ignorais ce qu'elle s'imaginait sur moi. Qui je pouvais être. Ce que je pouvais représenter pour Orkem. Moi même je l'ignorais à vrai dire... Je n'étais rien à Lucrezia à par une domestiques ratée, cette fille que l'on accepte pour ses beaux yeux mais dont on se rend vite compte de l'inutilité et de la gêne qu'elle occasionne. Et pour le Conseiller, je n'étais pas sûre de ce qu'il pouvait en penser. Un simple jouet à briser à chaque fois que quelqu'un accepte de le lui réparer. Cette soit-disant obsession évoquée par Dhelm n'était qu'un prétexte. Orkem avait trouvé une âme à torturer et il aimait que je sois cette âme. Cette fille sans défenses qui avait tant de fois servi ses pulsions... Au-delà de la honte que je ressentais, il y avait cette colère que j'engageais contre moi-même, me détestant d'être celle que j'étais. Tout aurait été plus simple si j'avais été quelqu'un d'autre. C'était évident. Et stérile à penser...

À la vue du visage offusqué de Moïra qui semblait partagée entre l'horreur et l'incrédulité de mes propos, je compris que je n'aurais jamais dû laisser ces mots traverser mes lèvres. Encore plus gênée de ce constat, je ne savais plus vraiment où me mettre ni que faire. La laissant me guider, je suivais ses pas. Tâchant de ne prêter aucune attention à ceux que nous pourrions croiser, tant qu'il ne s'agissait pas d'Orkem. Il semblait avoir quitté les lieux. Comme si la grandeur de cette demeure occultait l'idée de sa présence. Et pourtant, je ressentais toujours l'idée de son regard derrière nous, marchant sur nos pas. Moïra a pu constater que je tournais souvent la tête derrière nous afin de m'assurer que rien ne nous guettait. Je n'étais pas rassurée, pas le moins du monde. Cet espace et ce faste m'oppressaient. J'aimais les espace confinés mais conviviaux, où l'on n'avait pas l'impression que les ténèbres souhaitaient y élire domicile le temps de notre présence. « Cela... vous dérangerait-il si nous nous baignions ensemble ? Je garderais des sous-vêtements si vous le souhaitez, je ne veux pas... déroger à votre intimité... Mais je crois qu'un passage au caldarium ne serait pas de trop pour moi... Si vous le voulez bien, bien sûr... sinon j'attendrais que vous ayez terminé, et quand Dhelm se sera baigné - il a ses horaires bien précis -, j'irais... Mais après... après vous avoir vue comme à l'instant... À votre place, je n'aimerais pas être totalement seule... D'autant que je ne sais pas où est le conseiller Vahlaan... » Sa requête me laissa dubitative. Bien que je n'éprouvais pas de grande pudeur face à une femme, au vu de ce qui s'était passé et de ce que j'avais pu lui dire, je préférais de loin lui épargner la vue de mes marques. Alors qu'hier encore je commençais à ne plus les sentir sur ma peau, ne plus penser que les regards se porteraient dessus, ça n'était plus à l'ordre du jour à présent. Mais avant que je ne puisse lui répondre, nous entendîmes Dhelm répondre à la dernière question de Moïra.

Il décrivit son emploi du temps, rassurant la domestiques. Il évoqua une jeune femme blonde du palais des représentants de l'Air qu'il affectionnait ; je ne cherchai même pas à comprendre. En vérité, je n'écoutais même plus leur discussion ni ne fis attention à leurs chamailleries. Pensive, les yeux dans le vague, j'essayais de comprendre l'objet de ma présence, de cette insistance dont Orkem avait fait preuve pour me garder ici. C'était objectivement un homme bien assez pris par son travail et ses occupations. Cette affirmation qui se confirmait au fur et à mesure que les heures passaient me terrifiait encore plus. La seule chose qui avait changé depuis ces cinq ans, c'est que je n'étais plus attachée à un lit dans une cabane austère et abandonnée. Ses gens s'occupaient à s'assurer de mon confort pour qu'à l'instant où il lui passerait l'envie de se servir de son jouet, il soit présentable. Je ne bouillonnais même pas de l'intérieur. Cette acrimonie virulente, je l'avais déjà expiée. Dès l'instant où j'ai recroisé son visage, je savais. Je savais que le calvaire allait recommencer. Les règles du jeu n'ont pas changé. « Bon... je... Souhaitez-vous... vous baigner seule, mademoiselle ? » Elle n'avait pas commencé sa phrase que j'étais entrée dans la salle des bains. Je la laissai se refermer devant son nez. Fatiguée de les entendre parler. Fatiguée d'avoir à tourner et retourner la situation sous tout ses angles. Même sans être là, finalement, il trouvait un moyen de me torturer l'esprit. Je laissai tomber la robe sur le côté. Mon ancienne tunique n'était plus là. Sans doute avait-elle été jetée avec les autres chiffons usagés.

Corps à nu, j'entrai dans un baquet qui devait avoir été coulé depuis quelques temps déjà. Sans être froide, l'eau était bien en-dessous de la chaleur corporelle moyenne. Sans une hésitation pourtant, j'immergeai mon corps dans le bassin. La fraîcheur de l'eau rendait ma respiration difficile, mais ça n'avait aucune importance. Je laissai ma tête se poser sur le rebord et pliai mes genoux doucement pour que, glissant, elle soit totalement immergée. Le manque d'air et le froid paraissaient agresser chacun de mes muscles mais je m'en fichais. Les yeux fermés, visage crispé, au moins on ne me verrait pas pleurer. Je me mis à crier dans l'eau. Elle étouffait le son de ma voix, l'empêchait de se propager alors que des bulles d'airs s'agitaient à la surface. Manquant de souffle, je remontai vivement, suffocante. Reprenant ma respiration avec difficulté, je finis par me calmer et m'habituer à la température de l'eau qui me paraissait bien plus soutenable à mesure que le temps avançait. M'allongeant à nouveau, je gardais mes oreilles sous l'eau. Le calme. Le silence. Le plus complet. Dans l'eau on retrouvait la plénitude. La communion avec Glorë. La voix de Brehn résonnait et je lui prêtais quelques essais de prières que j'accordais à la déesse qu'il chérissait tant. Les yeux fermés, j'essayais d'oublier l'endroit où je me trouvais. « Terre d'ours et terre d'aigle, Terre qui nous a donné naissance et bénédiction, Terre qui nous tire vers la maison jamais, Nous allons rentrer à la maison à travers les montagnes, Nous allons rentrer à la maison, à travers les montagnes, Nous allons rentrer à la maison, nous allons rentrer à la maison. » Les yeux rivés vers le plafond, j'entendais ma voix percuter la surface de l'eau et ne m'atteindre qu'en une faible résonance intérieure. Cet instant de solitude était, à mon sens, préférable au regard de Moïra et à la légèreté ambiante de cette maison qui tranchait bien trop avec la réalité que je vivais. Cela commençait à me rendre folle. Ce décalage oppressant et empli de doutes... Je ne me faisais pas d'illusions sur ce qui pouvait m'attendre et ne voulais pas être bercée de réconfort et de bons soins. Laisser ces deux jours passer sur moi comme le sable s'écoulant d'un sablier... Dhelm pouvait se garder ses conseils... « Entends nos chants, Entends notre désir, Nous allons rentrer à la maison à travers les montagnes, Nous allons rentrer à la maison à travers les montagnes, Nous allons rentrer à la maison, à travers les montagnes, Nous allons rentrer à la maison, nous allons rentrer à la maison... » Cet instant, je souhaitais qu'il dure des heures. Peu m'importait les intérêts de la domestique ou les imprévus du garde...

Les minutes s'enchaînaient sans que je n'y prête attention. Sortant ma tête de l'eau, je la laissai tout de même reposer sur le baquet. Il ne me fallut quelques instants avant de m'assoupir dans l'eau fraîche. S'était-elle réchauffée à ma présence ? Ou m'étais-je adaptée à elle ? Aucune idée. La physique n'était pas dans mes principaux intérêts à ce moment. Le visage presque serein, cet instant d’insouciance paraissait imperturbable. Je revoyais l'étendu de nos champs, les bois qui les jonchaient, ce petit lac qui servait à nourrir nos cultures... Je sentais l'odeur de la forêt et entendais les bruissements des animaux qui la peuplaient. Mes songes étaient bercés du souvenir du sourire de mon père regardant Hly'tha et ma mère danser au rythme de ses notes et aux paroles que je chantais. Nous étions si heureux ensemble... Pourquoi es-tu partie si vite Hly ? Lui en voulais-je intérieurement de m'avoir laissée ? Abandonnée sur cette terre, seule ? Livrée à moi-même alors qu'elle avait toujours été là pour moi ? Quand bien même elle aurait passé sa cérémonie, qu'est-ce qui aurait changé ? Aurais-je eu la foi de poursuivre ? M'auraient-ils accompagnés comme nous l'avions fait pour sa cérémonie à elle ? Dans ce cas, si je m'étais échappée, m'auraient-ils attendus et risqué de me ramener à l'insu des instructeurs et des autorités ? J'aimais à croire que si un seul détail était changé, alors tout serait différent et aurait un autre visage. Or, de plus en plus encline à considérer la fatalité comme une possible façon dont le monde était finalement régi, je finissais par me dire que les choses auraient beaux être différentes, elles auraient mené au même résultat.

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1813 mots
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:01



La pauvre petite Moïra était au bord des larmes. Seule face à la porte fermée, elle n'y comprenait plus rien. Elle se refusa à pleurer avant d'être retournée à ses quartiers. De toute façon, Shore gardait sans doute la porte d'entrée, et Dhelm avait la vue découverte sur le seul accès aux thermes. Elle s'allongea lentement sur son lit blanc, roulée en position fœtale, des perles irisées coulant silencieusement sur ses joues blanches encore marquées des rondeurs de l'enfance, qui disparaissaient lune après lune, et pourtant à cet instant, elle était aussi fragile que son jeune âge et sa frêle stature le suggéraient. Perdue entre les propos d'Eden et la connaissance qu'elle avait déjà d'Orkem depuis quelques lunes. Elle ne pouvait croire que l'invitée du maître des lieux mentait, à en voir à quel point ses propres dires l'affectaient, mais jamais elle n'aurait supposé que Vahlaan ait pu commettre pareille horreur...Et alors qu'elle se montrait prête à aider Eden à surmonter son séjour ici, elle l'avait rejetée comme si elle n'avait besoin de personne...Elle se croyait bien plus forte qu'elle ne l'était, mais Moïra l'avait senti : elle ne tiendrait pas plus que ces quarante-huit heures...si elle les tenait. Elle avait accueilli des représentants antipathiques, des militaires cul-pincé, même deux personnes ayant voulu assassiner le maître des lieux, et qui étaient aussi charmants que des portes de prison, jamais aucun ne l'avait repoussé comme le faisait Eden. Que lui avait-elle fait? Elle ne comprenait pas...


Deux coups se firent entendre à sa porte, elle n'eut même pas le courage de répondre. Elle aurait eu la voix tremblante, elle aurait sans doute laissé échapper les sanglots qu'elle retenait depuis quelques minutes déjà. La porte s'ouvrit lentement, alors qu'une voix familière, chaude, amicale, apostropha doucement son prénom. Son lit était face à la porte, mais elle ne tourna même pas le regard vers l'entrée, que Dhelm passa doucement pour venir s'asseoir sur le bord du lit et retirer du visage de la jeune femme une mèche de cheveux roux trempée de larmes, lui caressant doucement la joue du dos de la main.


- Plus personne ne surv...

- Peu importe. Vu l'état dans lequel elle était, elle ne sortira pas de sitôt, et Gahar est en train de s'occuper du jardin, je lui ai dit de garder un oeil sur les bains. Et puis si elle se fait la malle, je prendrais une rossée et basta. Je suis un soldat, pas une brindille, j'en ai vu d'autres.

- Redescends...Tu n'as pas besoin de te faire sanctionner pour venir me voir...ca va aller...

Une moue peu convaincue se posa sur le visage tendu du garde.

- Moïra.

- S'il te plait...

- Il ne me plait guère. Ne lui en veux pas, et ne t'en veux pas non plus. Elle sera hostile au moindre de nos mots, de nos gestes. Avec ce qu'elle a subi, c'est compréhensible.

- Tu veux dire que...C'est...C'est la vérité?..


Il resta silencieux, un instant immobile, avant de la prendre doucement dans ses bras et de la serrer tendrement contre lui. Il était devant cette cabane pendant des jours, des semaines. Il avait tout entendu. Il savait. Mais il ne pouvait rien dire. Il ne voulait même pas y repenser. Toujours, il avait soutenu Vahlaan. Depuis qu'il était devenu lieutenant, alors que Dhelm n'était qu'un soldat du rang avec qui le conseiller avait fait ses classes, ce dernier avait accompagné Orkem dans sa moindre démarche. Sauf celle-ci. Forcé par sa fonction à le suivre, forcé par son employeur à protéger ce lieu insalubre pendant huit longues semaines. Il aurait aimé aider la jeune femme. Mais il y aurait perdu la vie, et il n'aurait pas été le seul. Alors il avait espéré, prié Mallagar pendant des nuits entières, agenouillé devant sa lame. Elle avait profité de l'occasion qu'elle avait pour s'enfuir. Mallagar avait entendu ses prières et l'avait sauvée des dangers du désert. Etait-ce là un bien ou un mal? Il avait espéré qu'elle puisse se reconstruire...Mais ce n'était pas gagné.


A quelques mètres de là, une paire de bottes ferrées piétinait les pavés du passage sous les arcades, leur claquement lent rappelant le rythme d'une marche funèbre Seznienne. Au dessus, eux jambières de cuir tenant des mollets durs comme l'acier, surmontées de cuisses larges et musclées. Au dessus des hanches droites maintenues par une épaisse ceinture repoussée, une cuirasse rouge et or couvrait une chemise rouge habillant un torse solide, sur les épaules duquel une cape vermeille reposait. Orkem, le visage dur, les yeux rivés vers les bains à l'heure prévue, s'y rendait tandis que les derniers effets du poison se dissipaient. Il en ouvrit la porte d'un geste calme et s'arrêta dans le petit hall qui précédait les différents bassins pour poser son armure et ses vêtements sur un portant destiné à cet effet. Il fronça rapidement les sourcils. Le lieu n'était pas aussi silencieux que d'accoutumée, un léger bruissement d'eau se faisait entendre. Il tira la lame du fourreau, encore vêtu de tout ce qui lui couvrait la taille et en dessous à l'exception de ses bottes, et se dirigea vers le caldarium sans que ses pieds ne fassent le moindre bruit sur la mosaïque au sol, et tourna le dos au bassin en entrapercevant celle qui s'y trouvait. Il frappa deux fois le sol de la pointe de sa lame pour que le son du choc se répercute dans l'eau. Eden en sortit la tête vivement, se trouvant face au dos couturé de brûlures et de cicatrices de son tortionnaire d'antan, dont la voix calme résonna dans les alcôves recouvertes de tuiles colorées.


- Je te prie de m'excuser de cette interruption, mais cela fait plus de deux heures que tu te trouves ici, et j'eus apprécié de pouvoir me laver avant le dîner. Je te laisse te sécher et te rhabiller tranquillement, j'attendrais dans les jardins que la place soit libre., déclara-t'il en faisant demi-tour, lame sur l'épaule.


Il la rangea au fourreau et posa le tout à côté de son armure avant de ressortir en chemise. Il partit tout d'abord récupérer la lettre reçue plus tôt, en humant le parchemin doucement, avant de redescendre, un livre à la couverture noire et bordeaux, et relit la missive qu'il coinça entre la première de couverture et la page de garde, reprenant son livre là où une lanière de tissus rouge marquait une page. L'ouvrage, écrit en langue Sezni, semblait le captiver, alors qu'assis en tailleur, dos à la fontaine, il en parcourait les pages anciennes.


Plus haut, Dhelm berçait doucement dans ses bras la jeune femme qui pleurait à chaudes larmes. Elle n'avait pas à s'en vouloir, elle le savait, elle n'aurait jamais supporté de retrouver son tortionnaire après des années de paix, à la place d'Eden, sans doute se serait-elle même suicidée. Moïra laissait échapper toute la douleur de la complicité qu'elle avait avec cet être abject qui pourtant l'avait toujours bien traitée. C'était de son plein gré qu'elle s'abandonnait parfois à lui, charmeur, doux, attentionné comme il l'était...Mais pourrait-il jamais l'être à nouveau à ses yeux? Elle n'en savait pas. Le conseiller était un sauveur pour elle comme pour son frère...cherchait-il à se racheter? Elle en doutait. Il n'était pas de ceux qui avaient des remords ni de regrets. Il était de ceux qui menaient leur vie à l'instinct. Il savait ce qu'il faisait, ce qu'il voulait. Il savait tout ce qu'il souhaitait savoir.


Elle se reprit peu à peu, son front blanc posé contre celui, basané, de Dhelm. Vahlaan n'était plus cet homme là. Sans doute l'avait-il été, mais il avait changé. Il n'y avait qu'à voir comment il se conduisait avec Eden : Il n'était pas mielleux, il n'était pas agressif, il n'était pas bestial, il n'était pas violent. Il était calme, sympathique, il cherchait son confort à elle, et le dialogue, sinon n'aurait-il pas pris la peine de la faire venir. Cela ne retirait en rien les horreurs passées, mais au fond d'elle, elle l'avait toujours su, toujours senti. Il avait toujours été malsain. Mais c'était une part de lui qui bouillonnait comme la lave en fusion sous la paroi épaisse de la personnalité qu'il s'était composée depuis, et sans doute était-ce ce qui créait en lui ce magnétisme bestial qu'il dégageait lorsqu'elle le regardait, l'écoutait, lorsqu'elle l'embrassait, lorsqu'elle lui offrait son corps...Jamais il ne l'avait forcée à quoi que ce soit dans ce domaine. Non, il n'était plus le même, elle n'en doutait plus. Elle déposa un baiser sur la joue de Dhelm, le remerciant d'un regard qu'il ne connaissait que trop bien, à chaque fois qu'il venait la réconforter.


- Il a changé, depuis ce temps-là, hein?...

- Je ne saurais le dire. Vahlaan a toujours eu une personnalité très ambigue. Il peut être furieux, violent, dangereux, et l'instant suivant, souriant, prévenant, sympathique. C'est le tranchant et le plat de la lame. Mais il n'a pas commis pareille horreur depuis, et je commence à le connaître suffisamment pour savoir qu'il ne s'y hasardera pas. Quand à te dire qu'il ne mijote rien...Ca...

- En tout cas, je ne veux plus m'occuper d'elle...

- Tu n'as pas vraiment le choix. Contente toi de faire ton boulot, tu es là pour la servir, pas pour jouer les médecins de l'âme.

- C'est facile à dire pour toi...

- Ne compare pas ce qui n'est pas comparable, on ne joue pas dans la même cour. Tu te vois l'avoir gardée enfermée, avoir tout entendu, et avoir du la ramener ici, puis jouer celle que ça n'atteint pas? Tu es jeune, tu es une bonne personne. Ne te reproche pas ce qu'il a fait. Bientôt, tu pourras rejoindre ton frère, tu n'auras plus à penser à tout ça. Je suis lié à lui jusqu'à ma mort. Mais je l'ai choisi, toi non. Alors...fuis dès que tu peux. Tu vaux mieux que ça.

-Mais ça veut dire que je ne te verrais plus, Dhelm...C'est toi qui m'aide à tenir!

- T'inquiètes, rouquine, j'ai quelques passe-droits. Si tu restes à Lucrezia, on se reverra de temps en temps. Mais pour le moment, fais ton travail. , déclara-t'il. Moira opina de la tête, s'essuya les yeux et ils se levèrent, descendant dans la cour en évitant soigneusement de déranger le lecteur qui s'y était installé.

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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:02

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
Les rêves ne suffisaient pas à m'éloigner de cet endroit. Il me fallait le silence. Celui de l'eau heurtant mes tympans, faisant résonner les battements de mon cœur qui se faisaient de plus en plus lents. Cela faisait bien longtemps que la voix de mon père ne me berçait plus. Ni les embrassades de ma sœur, ni le sourire de ma mère. Si longtemps... et en même temps, ce n'était pas si lointain. Les souvenirs s'étiolaient à mesure que les lunes s'achevaient. Il me fallait lutter pour me souvenir de la chaleur de sa voix, de la chaleur de ses étreintes, de l'éclat de son visage illuminé... S'il existait un moyen, un seul, qui me permettrait de revenir en ce temps qui me paraissait si pur et simple, je serais alors prête à sacrifier beaucoup de choses. Mais en attendant que ce miracle ce produise, que ma sœur revienne du royaume céleste de Tarlyn et que mes parents retrouvent leur candeur passée, j'étais enfermée dans cette prison dorée. Au moins l'eau m'apaisait. Comme une étreinte bienveillante et salvatrice. Ranrek avait raison, l'eau éloignait les démons de nos cauchemars. En tout cas, pour le temps où l'on était seul... J'ignorais s'il s'agissait d'un bruit, d'une odeur, d'un toucher, mais je me rendais compte malgré mon assoupissement que je ne l'étais plus ; seule. Doucement, je reprenais conscience mais c'est le son répété d'un choc se réverbérant dans l'eau du bassin qui me réveilla d'un sursaut qui ne manqua pas d'éclabousser quelques peu le sol. Mes yeux s'ouvrir sur la silhouette du conseiller, provoquant un instant de torpeur. « Je te prie de m'excuser de cette interruption, mais cela fait plus de deux heures que tu te trouves ici, et j'eus apprécié de pouvoir me laver avant le dîner. Je te laisse te sécher et te rhabiller tranquillement, j'attendrais dans les jardins que la place soit libre. » Insensible au froid de l'eau mais pas à sa voix qui éveilla un frisson désagréable dans mon dos. Sans un mot de plus, il quitta la pièce.

Après quelques courtes secondes, m'efforçant de déceler si quelqu'un d'autre allait faire éruption dans le caldarium, je me décidai à sortir du bassin. Utilisant une serviette posée non loin du baquet, je me séchai, essorai mes longs cheveux blonds avant de revêtir la robe qui se trouvait légèrement tachetée de sang. Regardant ma main pansée, je revis le visage de Moïra. Je n'aurais pas dû craquer ainsi devant elle. Je n'aurais pas dû. Il fallait qu'elle s'éloigne d'Orkem, qu'elle s'éloigne de ce monstre sans cœur ni Morale... Et si j'étais un cas isolé ? Si, comme elle le laissait entendre, il est bon et bienveillant envers elle sans rien attendre autre chose que le travail qu'elle effectuait dans cette maison ? Si je n'étais qu'un cas isolé ? Une tache de son passé ? Quand bien même, pourquoi me ramener ici et ainsi chercher à déterrer ce qui n'a plus lieu d'être évoqué ? Mon regard se perdait alors que je pensais à la véritable raison de ma présence ici. Si le Conseiller avait espéré ma mort dans ce désert cinq ans auparavant mais que d'une façon ou d'une autre, il avait appris ma survie ? Peut-être qu'aujourd'hui il souhaitait savoir ce que j'avais pu dire et à qui. Savoir si je n'avais pas ternis sa réputation et son image en avouant la vérité sur les atrocités qu'il avait commises. Une fois qu'il aurait la certitude de savoir tout ce qu'il y a à savoir, il me ferait taire à jamais... Je ne sortirai pas vivante de cette villa... Les secondes qui passaient faisaient converger toutes les issues vers ma mort. Je n'ai rien à apporter à un homme de sa stature. Je ne suis pour lui qu'un jouet cassé qui lui traîne dans les pattes. Rien de plus. Terminant d'ajuster ma tenue, je sortis de pas lents, pieds nus laissant encore quelques traces humides sous mes pas.

Un seul chemin dessinait la sortie et l'entrée des bains. Tentant de masquer comme je le pouvais ma main bandée, je longeai les murs sans regarder autour de moi. Les jardins avaient une beauté criante qui n'appelait qu'à être contemplée et admirée, mais mon esprit était bien trop embrumé pour s'y laisser prendre. Je ne pus que constater la présence d'Orkem que j'évitais alors telle une ombre silencieuse. Je redoutais de croiser à nouveau Moïra. Pensant que des excuses s'imposaient, une part de moi-même souhaitait pourtant la rencontrer. Peut-être devrais-je attendre qu'elle rejette ou accepte ce que je lui ai avoué sous le coup de l'émotion. Je m'en voulais tellement... Espérant qu'elle me prenne pour une folle ayant tout inventé, je redoutais surtout qu'Orkem vienne à apprendre ce que j'ai pu lui dire. Aurait-elle la présence d'esprit de le lui cacher si jamais elle finissait par considérer que j'avais dit la vérité ? Il le fallait. Mais, ignorant les rapports qu'elle entretenait avec son maître, mes espoirs étaient vains. Le chemin menant à la chambre ne m'était guère inconnu. Ces couloirs, même si je ne les arpentais que depuis aujourd'hui, n'avaient rien d'un labyrinthe. Même si j'étais loin de pouvoir les parcourir en fermant les yeux comme le ferait Moïra, me perdre dans mes pensées n'allait pas m'égarer. Ce monde n'était pas viable pour une personne comme moi. Chaque jour paraissait s'échiner à vouloir me le rappeler. Et au seul instant où je pensais pouvoir avancer me renforcer, donner un sens à tout ce qui a pu m'arriver pour aller de l'avant, alors le sort me jouait à nouveau l'un de ses tours. Espérant que cette fois, je retienne la leçon. Une leçon difficile qui me coûterait sûrement la vie. Je ne voulais pas faire vivre ça à Ranrek. Il avait perdu sa femme, ayant perdu Hly'tha, je ne pouvais que compatir à cette perte. Il avait perdu également cette vie qui grandissait en elle... Son enfant... Je sais que je n'ai pas autant d'importance qu'Ashara et cet enfant naître. Mais il tenait à moi. Je le voyais dans sa façon de me regarder, de me protéger, de me préserver. Je craignais qu'en me perdant, il perde l'espoir qu'il était parvenu à retrouver.

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1121 mots


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Ven 9 Juin - 16:03, édité 1 fois
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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:02

Alors qu’Eden remontait en direction de sa chambre, Orkem prenait tranquillement la voie du laconium pour transpirer quelque peu avant de prendre son bain. Il y passa un temps certain, rallumant régulièrement le brasero qui chauffait lourdement la pièce, tout en enchaînant les exercices physiques. Plus d’une heure passa sans qu’il ne s’accordât la moindre pause. Par l’exercice, il laissait travailler mécaniquement les réflexes du corps, libérant son mental de toute occupation. C’était ainsi qu’il réfléchissait le mieux. Cela dit, Eden restait pour lui un véritable mystère…Certes, il avait merdé quelques années auparavant, fraichement promu au rang de conseiller de guerre, se croyant tout permis…Il aurait dû jouer ses coups bien plus finement, laisser un de ses homes se charger d’elle, le faire passer pour un marchand d’esclaves, racheter Eden et se débarasser de son homme de paille (car comme tout le monde le sait, la paille est un excellent combustible). Mais ce qui était fait n’avait en aucun cas la possibilité d’être défait. Il ne pouvait pas revenir en arrière. Placer ses pions pour le tour suivant était sa seule option pour la ramener à lui. Il n’avait d’autre choix que de lui faire comprendre qu’elle était perdue quoi qu’il arrive, car c’était effectivement le cas, il avait sous la main de quoi faire assassiner ses parents, pouvait sans aucun mal la narguer en se pavanant au bras de sa sœur, pouvait détruire la vie de son propriétaire…Il aurait mis Oranda à feu et à sang s’il le fallait pour la posséder, et ce n’était pas qu’une image…Mais il avait d’autres idées qu’une destruction pure et dure de tout son environnement. La sanction l’effrayait. Il pouvait lui proposer la récompense, mais elle en refusait la possible existence. Pourtant, elle aurait tout à y gagner : une vie bien plus paisible, une liberté certaine, tant qu’elle ne transgressait pas les interdits qu’il lui imposait, de quoi vivre largement…peut-être même de devenir une femme de pouvoir, il avait amplement les moyens de la rendre de nouveau une Terre légitime, le seul passage de Meh’Lir en direction de Gorka le prouvait : trouver un maître pouvant lui apprendre la maîtrise de la Terre serait d’une simplicité enfantine, en graissant les bonnes pattes.


Mais il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas qu’elle puisse le détester autant et que pourtant, elle ne soit ni en capacité ni en réel désir de lui faire du mal. Elle avait bien une option : elle pouvait bien le dénoncer à Ranrek, qui aurait dès lors un poids important auprès du Generalissime, et si il s’arrangeait pour en faire prendre conscience à Sven…alors Orkem n’aurait qu’à indiquer qu’il serait fâcheux pour la position du Generalissime qu’il ait à sévir sur un de ses conseillers les plus proches et avisés sur les dires d’une simple esclave. Cela reviendrait à dire que Ranrek écoute ses esclaves plus que ses concitoyens. Cela reviendrait à dire que sa faiblesse l’empêchait d’être de confiance. Cela revenait à jeter l’opprobre sur la lignée des Ergorn, Orkem saurait bien faire passer cette accusation sur de la jalousie de la part du fils de Karam. En réalité, elle n’avait rien de concret pour lui nuire. Tant d’occasions lui auraient permis de le faire, elle aurait pu lui mettre des bâtons dans les roues jusqu’à le faire tomber…Mais elle ne l’avait pas fait. Alors qu’elle avait non loin d’elle un insecte dangereux, elle n’avait pas pris le risque de le libérer sur lui. Alors qu’elle avait un couteau en main, elle n’avait pas eu le courage de passer à l’acte alors qu’il était affaibli, abruti par le venin. Pourquoi ? Comment un être humain ne pouvait-il ressentir que de la peur, camouflée en rancœur, qui avait certes des allures de haine, mais qui n’était au final que de la simple peur, après tout ça ? Elle avait peur, c’était tout. Elle n’avait plus à ce faire. Il n’était pas (ou plutôt : il n’était plus) celui qu’elle avait connu dans cette cabane, il avait changé en bien des points. Il ne referait pas les erreurs du passé. Pourquoi avait-elle toujours cette terreur au fond d’elle ? Pourquoi SEULEMENT cette terreur ?


Il ne comprenait pas. Il chercherait plus tard. A l’aide d’un morceau de pierre ponce, il racla les chairs desquamées que l’exercice et la chaleur sèche avaient arrachées à son épiderme en se dirigeant vers le bassin suivant, frappant un disque de métal dont le bruit résonna jusqu’à l’extérieur. Moïra se précipita vers les bains depuis les jardins tandis que Dhelm souriait doucement. Elle était reconnaissante envers Orkem, et admirative de cet homme. Comme lui. Elle savait ce que le conseiller avait fait, et pourtant, elle ne l’abandonnerait pas. C’était une Sezni. Une personne d’honneur. Come lui. Vahlaan, s’immergeant dans le frigidarium, poussa un long soupir en crispant la totalité de ses muscles qui descendaient lentement dans l’eau glacée en attendant l’arrivée de sa servante, qui apparut à l’entrée sur ces entrefaits. Il se redressa, assis sur un banc submergé, croisant les jambes en un geste pudique, quoi qu’en réalité, ce ne soit qu’une pudeur polie.


- Monsieur.

- J’aurais besoin d’une taille, Moïra, la barbe commence à me bouffer le visage…


Elle ne répondit rien et partit docilement chercher une plaque de bois, un récipient, l’onguent de rasage qu’elle employait ainsi qu’un rasoir. Ses gestes étaient précis, mesurés, elle avait l’habitude de se charger du rôle de coiffeuse et de barbière, et il appréciait tout particulièrement la douceur dont elle faisait preuve, à l’inverse de son ancien barbier. Cependant, il la sentait tendue, hésitante, et sa nervosité lui fit faire le geste de trop. La lame dérapa et entailla la joue d’Orkem, qui lui saisit le poignet d’un geste vif pour éviter que l’entaille soit trop profonde et large. Elle était médusée. Jamais cela n’était arrivé auparavant. Elle se confondit en excuses jusqu’à ce qu’il ne lui enlève le rasoir des mains et pose lentement son index sur les lèvres de sa jeune servante.


- Assois-toi, et dis-moi ce qui te tracasse.

- Je…Ce n’est rien…la journée a été épuisante…

- Moïra, j’ai horreur des mensonges, et tu le sais.

- …Votre invitée n’est pas enchantée d’être ici…et elle m’a expliqué pourquoi…


Il soupira longuement. Voilà qui était problématique. Si Eden était considérée comme une esclave, Moïra n’en était pas une. Elle était libre. Employée, mais libre. Et contre les autorités de Sezni, il pouvait tout à fait faire sauter n’importe quelle accusation, cependant, cela ne fonctionnerait pas à Dahud. Il avait déjà un meurtre à son actif, c’était un de trop sur ce séjour. Il pouvait se débarasser de Moïra sans le moindre mal, mais…ce serait prouver qu’il n’avait pas changé. Et Eden saurait dans ce cas ce qui se serait passé, elle le déduirait. Il caressa la joue de la jeune femme, qui ne chercha même pas à se défiler, rassurée par ce contact paternel. Vahlaan passa sa langue sur ses lèvres et inspira doucement.


-C’est une époque révolue. Je ne suis plus cet homme-là…si tant est que l’on puisse parler d’homme…Pour tout te dire, et j’aimerais que tu le gardes pour toi, je regrette sincèrement ce que j’ai fait. Tu es une jeune femme intelligente. Tu sais que je ne prends jamais de risques inconsidérés. Si je ne le regrettais pas, elle serait déjà morte…Je l’ai « invitée » ici pour qu’elle prenne conscience que j’avais changé. Cet Orkem Vahlaan qu’elle a connu, il est mort. Mort et enterré. Tu partages mon quotidien depuis des mois seulement, penses-tu vraiment que je sois toujours celui-ci ?

- Je ne sais pas…Mais je pense que tout le monde a droit à une seconde chance…

- Ne parlons plus de tout ça, Moïra…Même moi, ça me dégoûte…jamais l’Orkem de ce temps n’aurait fait quelque chose qui ne soit pas dans son intérêt direct. Les choses ont changé. J’ai changé. Ne parlons plus de ce qui est fait, et concentrons-nous sur ce qui est à faire…

-Vous avez raison, monsieur…comptez sur mon silence...


Implicitement, elle avait compris. Le ton de sa voix, son attitude désinvolte. Il n’était plus le même qu’à cette sombre époque qu’elle n’avait pas connue. Mais il restait implacable, prêt à tout pour rester au sommet et accomplir les tâches qui lui étaient confiées. Il était un home influent. Un homme puissant. Et pour preuve de sa confiance, il lui confia de nouveau le rasoir. Moïra resta silencieuse tout le temps que dura la coupe, elle semblait apaisée, peut-être pas pour autant moins triste pour Eden, peut-être pas pour autant moins choquée par ce qu’elle avait appris. Même lui l’avait reconnu, il était coupable des exactions dont son « invitée » l’accusait. Rien qu’à l’idée qu’il aie pu le lui révéler sans même hésiter ne la faisait pas douter : il avait changé. Jamais il ne reconnaissait ses torts à moins qu’ils ne lui pèsent sur le cœur. Elle ramassa la planche , qu’il lui tendait, recouverte des poils taillés, et tendit une serviette à Vahlaan en quittant les lieux. Il l’interpella juste avant qu’elle ne sorte de la salle.

-Moïra ?

-Oui?..

- Une fois que tu auras rangé ça…Considère ta dette comme payée. Rester au service d’un tortionnaire n’est pas forcément chose des plus agréables. Tant que tu gardes le silence sur cette sombre histoire…tu es libre à compter de l’instant que tu voudras. Nous en reparlerons après le dîner, si tu le souhaites.

- Je n’ai pas envie de partir maintenant, Monsieur. Je n’ai pas encore les moyens de ce faire.

- Tu crois vraiment que j’allais te laisser partir sans rien ? Comme ça ? Allons, Moïra, je n’ai jamais eu une servante aussi douce, dévouée, et professionnelle que toi. En guise de cadeau de départ, je ferais en sorte de vous trouver un logement, à ton frère et toi. Je te dois bien ça.

- Vous essayer de m’amadouer ?

- De te remercier. Au vu de ce que tu sais, la logique voudrait que tu ne sortes pas de cette pièce en vie. Mais tu as encore un avenir devant toi. Tu n’es pas une pièce sur un échiquier, que l’on fait manger pour mieux avancer. Et j’ai confiance en toi. Ton travail a été exemplaire. Tu m’as largement remercié pour vous avoir tirés, ton frère et toi, de ce que vous subissiez. A mon tour de te remercier. Mais si tu ne veux pas de ce présent, c’est ton droit.

- … C’est juste…que c’est beaucoup…et que je ne veux pas voir mon silence « acheté ». Je vous l’offre, monsieur. Tant que vous donnerez la preuve que vous avez bel et bien changé, il vous est acquis.

- Alors il ne risque pas de m’échapper . Cette époque est révolue. Mais je tiens quand même à vous offrir une vie décente. Vous étiez mal partis dans la vie. Mais tout le monde a le droit à un nouveau départ. Une nouvelle chance.

Elle le salua de la tête et ressortit avec un calme apparent qui trahissait sa nervosité réelle. Moïra était une véritable boule d’énergie en général, son calme n’était jamais que le signe d’une tension réelle, presque tangible. Elle retrouva Dhelm dans les jardins après avoir nettoyé le matériel de rasage, et l’embarqua jusque dans sa chambre pour lui expliquer la situation. Il fut aussi étonné qu’elle…Même plus. Qu’elle soit encore en vie après avoir avoué à Vahlaan qu’elle savait ce qui s’était passé relevait du miracle. Mais il ne pouvait s’empêcher de croire que leur employeur avait réellement changé en cinq ans, et qu’il l’avait toujours su. C’était sans doute ça qui l’avait fait rester au service de celui qu’il avait considéré comme un monstre pendant des mois.

Orkem, pour sa part, essuya son visage, épongeant le sang doucement, avant de se vêtir d’une tenue de cérémonie richement décorée. Son col haut, vermeil et or, était assorti au reste de sa cape et à sa tenue. Le cuir était un excellent matériau d’ornement, comme de protection, et il ne lui semblait pas qu’une seule de ses tenues n’en soit pas composée, aussi arborait-il fièrement côte-à-côte le blason Vahlaan et l’emblème Sezni. Ses gants de velours rouge et or s’assouplirent encore quelque peu après quelques gestes de main, et il finit de se vêtir en ceignant sa lame à son côté droit. Ce fut une fois sec, vêtu, coiffé, et après avoir rangé l’ouvrage qu’il lisait à peine moins d’une heure plus tôt, qu’il vint chercher Eden, à qui Dhelm était passé plus tôt déposer un paquet contenant différentes tenues et un petit mot indiquant qu’il se tenait à sa disposition si il lui fallait quoi que ce soit, ou si son bandage se défaisait. Vahlaan frappa trois fois à la porte, lentement. Droit dans ses bottes, il actionna la poignée et se retrouva aussitôt face à la jeune femme.

-Allons dîner, Eden. J’ai quelques petites choses don’t j’aimerais m’entretenir avec toi. La salle de banquet nous attend.


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~#~Sujet: Re: The Crow and the Dove ☙ Orkem Ven 9 Juin - 16:03

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


The Crow and the Dove
Les couloirs me parurent bien plus longs qu'à l'aller, accompagnée de Moïra. Je m'en voulais de lui avoir parlé de tout ça. Ces mots qui m'avaient échappé témoignaient d'un égoïsme bien dissimulé... Pour ne pas avoir pensé à l'impact que cela aurait sur la jeune femme, je devais être bien idiote. Je ne m'étais pas mise à sa place. N'avais pas imaginé la position dans laquelle ces révélations pouvaient la mettre. Elle allait devoir vivre avec cet homme encore pendant plusieurs lunes avant d'être enfin libre. Payer sa dette. J'étais consciente de la façon dont ses gens paraissaient le considérer. Mais cela sonnait si faux... Quelque part, j'espérais qu'elle ferait plus attention à elle, gardant ce lourd fardeau et se préservant du mal qu'il était capable de faire. Une vision d'horreur me vint à l'idée qu'il ne découvre que je lui en ai trop dit... Accélérant vers les derniers pas qui me séparaient de la chambre, j'y entrai et refermai consciencieusement la porte derrière moi. Adossée à celle-ci, je fermai les yeux et régulai ma respiration. Tout ira bien, tout ira bien. Je n'y croyais pas. Je n'y arrivais pas. Pourtant il le fallait. Je continue de respirer, ma tête reposant sur cette porte que j'aimerais garder close pour toujours. Mes yeux s'ouvrent. Je suis encore ici. La journée allait bientôt toucher à sa fin, pas vrai ? Demain serait une nouvelle journée, pas vrai ? Et après... serai-je enfin libérée de lui ? Il y avait une façon d'en être sûre. Une façon radicale qui pourrait enfin me permettre de laisser ce passé derrière moi sans risquer que le moindre détail ne vienne l'éveiller. Non... Quand bien même il venait à disparaître, ça ne changerait rien à ce qui est déjà écrit. À ce qui s'est déjà passé. Peu importe ce qui allait se passer, peu importe les mots et les gestes, si bien pouvait-il offrir tout un monde, toute une vie, que ça ne changerait rien.

Ma main pansée vint se poser sur mon avant bras droit. Mordillant mes lèvres, je pose mes yeux sur le tiroir où résidait l'étrange bête. Le scorpion. Rien que le nom paraissait agressif. Je n'avais aucune envie d'approcher cette chose dont je sentais la présence. Elle était là, bien en vie, calme, immobile. Je pensais plus à l'inhumanité qu'était de la laisser enfermée dans ce tiroir qu'au mal qu'elle était capable de faire. Prenant sur moi, je me décollai toutefois de la porte et traversai la chambre jusqu'à m'asseoir sur la chaise qui se trouvait à côté du tiroir. Légèrement reculée de la table, j'avais la poignée face à moi. Hésitante, mes doigts se posèrent dessus. Je sentais mon cœur battre dans ma poitrine alors que je l'ouvrais, petit à petit. La petite besace qui maintenait l'animal en captivité gigotait. Je veux bien croire que les habitants de Gorka, nous avions tous une empathie forte envers les personnes qui nous entouraient, mais avec un scorpion tout de même... Pourtant, je me sentais aussi liée à l'obscurité que lui. Attendant l'heure où le Conseiller jugera bonne pour en finir avec moi. C'était la seule finalité que je voyais à ces deux jours... Un scorpion pour une journée dans un état secondaire. Dès lors que je ne serais plus, il trouvera un autre oiseau auquel couper les ailes. Ma main s'approchait dangereusement de la sacoche. Je voulais lui rendre sa liberté. Lui offrir cette possibilité que l'on ne pouvait pas m'offrir. Mais je n'y arrivais pas... J'avais peur... Une peur qui me paraissait idiote... D'un geste vif, je refermai le tiroir et me postai face à la fenêtre dont les barreaux dessinaient les contours de la prison dorée dans laquelle j'était maintenue. Par cette contemplation d'un monde que je ne parviendrais probablement jamais à comprendre, j'espérais trouver une once de paix. De quoi me laver des regrets et des craintes dont je ne parvenais à me défaire.

Avant même que les bruits de pas ne se fassent entendre, je sentis quelqu'un approcher de la chambre. Je me retournai et quelques brèves secondes après, Dhelm passait la tête dans l'encadrement de la porte. Il déposa un paquet sans m'adresser le moindre regard, ni le moindre mot. Ce changement de comportement m'intrigua, mais je me gardai de l'interpeller. Comprenant que cela devait avoir un rapport avec ce débordement que j'ai pu avoir avec Moïra. S'il savait, alors il devait comprendre que son maître agirait en conséquence. Cela ne présageait rien de bon. J'espérais qu'au moins ça ne se répercuterait pas sur la domestique. Elle n'y était pour rien. Absolument rien. Bien que je souhaitais pouvoir m'entretenir avec elle, je souhaitais aussi ne plus jamais avoir à croiser son regard. Qu'elle en vienne à me juger ou à chercher à nouer une empathie avec moi lui serait inéluctablement préjudiciable. Et si elle le savait, alors je ne pouvais que comprendre qu'elle en vienne à m'en vouloir. Pour l'une des rares fois où je m'étais laissée aller, c'était tombé sur elle. La pauvre... Je m'en voulais tellement et étais si impuissante face à cela... Face au passé... Quand bien même elle venait à m'entendre me répandre en excuses, j'avais cassé quelque chose en elle. La confiance qu'elle pouvait avoir en Orkem, l'estime qu'il lui a laissé cultiver en prenant soin d'elle et de son frère... Je n'étais personne pour avoir le droit de lui infliger cela. Personne. Aussi bien que malgré le rang qu'il pouvait avoir et toute l'influence qu'Orkem pouvait posséder à l'époque, il n'était rien pour s'autoriser à me faire vivre le cauchemar qu'il m'avait fait vivre et qui hantait encore aujourd'hui mes songes. Mais faire le parallèle entre le passé qui ne pouvait être défait et les potentiels changements que louait Dhelm était impossible lorsqu'il s'agissait du Conseiller. Les regrets et l'envie de réparer ce que l'on a détruit, c'est une réaction humaine. Pour des personnes capables de reconnaître leurs torts et leurs erreurs. Des personnes capables de réaliser le mal qu'elles ont fait. Lui était dénué de tout sentiment de culpabilité. Et je redoutais de plonger à nouveau dans son jeu selon lequel, c'était moi la fautive, et moi seule...

Des erreurs, des mauvais choix, j'en avais fait. En vérité, je n'avais eu de cesse d'en faire depuis que Hly'tha m'avait quittée. Bien qu'au départ je lui donnais la responsabilité de ces erreurs, j'ai appris à les accepter et à les assumer toute seule. Que ce soit cet échec à la Cérémonie, mon éloignement avec ma famille, je l'avais accepté. Grâce au seul choix qui, à mon sens, n'était et ne se révélerait jamais être une erreur : être restée avec Ranrek. Peut-être m'accrochai-je trop à lui. Mais il était mon repère. La lumière vers laquelle marcher. Je savais pertinemment que jamais je ne pourrais l'atteindre, que je ne serais jamais à sa hauteur, mais aussi dramatique et fataliste que cela semble sonner, je continuais de le voir ainsi. J'en souffrirai, c'était inéluctable. Mais je laissais cela au futur. Il serait promis à une femme Feu de bon rang, bénie par son père, acceptée par les siens. J'aimais à le croire quand il me promettait de tout faire pour me garder près de lui. Mais quand bien même il n'y parviendrait pas, je ne saurais lui en vouloir. Il essayerait, je n'en ai aucun doute. Cependant, cela restait difficile et je ne souhaitais pas qu'il se mette en mauvaise posture ou en danger à cause de moi. Je crois que... non. C'est absurde. Évitant de me laisser submerger par plus d'émotions que nécessaire, je me dirigeai vers le paquet. Un message attestait de la disponibilité de Dhelm en cas de besoin. Un soupir. Je m'en passerai. Il en avait déjà fait bien assez pour moi. En faisant attention à mon bandage, j'ouvris le paquet et en sortis ce qui s'y trouvait. Une robe. Elle était loin des fantaisies et ornements que s'autoriserait à ajouter Marigold. Mais j'aimais cette sobriété. Un bleu ciel épuré, des motifs éparses semblant représenter des plumes virevoltantes d'un blanc nacré se promènent sur le bas dont les pans de toile fine dissimulent une transparence légère et délicate. Ce raffinement que je n'avais vu qu'à la capitale me dépassait. Comme si je me retrouvais propulsée dans la peau d'une princesse. Je n'avais rien d'une telle personne. Déposant la robe sur le lit, je soupirai une nouvelle fois. Je voulais tellement que le monde s'arrête de tourner... l'espace d'une lune... pouvoir rester dans un moment de calme et de plénitude.

Rien que cette pensée, cette envie persistante, sembla suffire à m'apaiser. Mais pour combien de temps... Je voulais rester forte et ne rien laisser m'atteindre. Faire en sorte que les dernières heures à passer ici ne soient pas une chute vers les méandres dans lesquels j'ai pu plonger après ce calvaire qu'il m'avait infligé. Malgré ce que j'avais vécu, je parvenais à me reconstruire. S'il n'avait alors pas réussi à anéantir ce que j'étais il y a cinq ans, je devais pouvoir lui survivre sans m'égarer en chemin. Mais à la différence du passé, il avait aujourd'hui bien plus de moyens de pression. Que ce soit Ranrek ou ma famille, il pouvait me faire bien plus de mal qu'avant. Encaisser les violences était une chose, voir ceux que l'on aime en pâtir et devoir les subir sans même qu'ils ne sachent pourquoi, ça m'était inimaginable. Laissant cette idée derrière moi, je me lestai de la robe que je portais pour mettre celle qu'avait amené Dhelm. Il était de coutume de se parer de belles tenues pour les dîners à Lucrezia. Je trouvais cela absurde. Pensant qu'une même tenue pouvait très bien faire toute la journée. Nous n'avions pas beaucoup de vêtements dans mon village. Les beaux habits étaient réservés pour les grandes occasions. Cependant, avec la qualité des tissus et la beauté des robes, on ne pouvait que difficilement rechigner à cette coutume. Refermant la dernière agrafe de la robe, je me laissai surprendre par des coups donnés sur la porte. Faisant demi-tour sur moi-même, la robe qui touchait le plancher sur plusieurs centimètres s'entortilla le long de mes jambes, dessinant ainsi leur courbure. Je n'avais aucune idée de l'allure qu'elle me donnait. Mais peu importait de quoi j'étais vêtue, lorsqu'il posait ses yeux sur moi, j'avais toujours cette honte qui faisait rougir mes joues à l'idée qu'il puisse mieux que quiconque m'imaginer sans ces vêtements.

La porte semblait bien étroite lorsqu'il se tenait dans son encadrement dans cette tenue faite de rouge et d'or qui m'interpella. Comme si j'avais déjà vu cette tenue quelque part... Évitant son regard, je l'écoutai sans objecter d'aucune façon. « Allons dîner, Eden. J’ai quelques petites choses dont j’aimerais m’entretenir avec toi. La salle de banquet nous attend. » Sa voix avait toujours ce timbre si particulier qui me glaçait le sang. Ce calme qui annonçait la tempête n'était pas pour me rassurer. Je redoutais ce qu'avait pu lui rapporter Moïra ou Dhelm. L'accalmie qui avait su me bercer durant quelques instants s'évanouissait peu à peu, mais je luttais pour lui donner un peu plus de durabilité. Respirant lentement, évitant de penser au pire. Dans tous les cas, je pouvais imaginer tout ce qui pouvait l'être, cet homme était bien plus imprévisible que je n'aurais pu l'imaginer. Méfiante et bien trop anxieuse en sa présence, il m'était impossible d'utiliser mon don pour tenter d'appréhender ce qui pouvait m'attendre. Ni lui, ni le scorpion, alors tout deux équidistant, ne me laissait deviner leur présence par le don que m'avait octroyé Tarlyn. Traduction d'un état de stress qui m'avait souvent porté préjudice. Mais étonnamment, je ne percevais pas cet endroit comme hostile. Vide, ou au moins calme, le palais des Ergorn laissait au-dessus de moi planer l'inimité que la majorité ressentait à mon égard et dans aucun couloir je ne me sentais en sécurité. Il n'y avait que dans les appartements de Ranrek que je parvenais à me sentir à l'aise. Alors qu'ici, il n'y avait qu'Orkem qui m'effrayait et me faisait craindre le pire. Sans sa présence, cet endroit pourrait être un véritable havre de paix. Je ne m'y sentais pas particulièrement à l'aise, mais au moins je ne me sentais pas perpétuellement en danger, suivie, surveillée...

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 2224 mots
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The Crow and the Dove ☙ Orkem
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