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Color of the shadow ☙ Orkem

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Eden'El Lumnar
néophyte


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~#~Sujet: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:42

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


La couleur de l'ombre
24, dixième lune de l'an 836 ☙ Incapable de m'endormir, malmenée par mes pensées, mes craintes, mes souvenirs, cette lumière qui me devenait pesante, je décidai finalement de me lever. Le livre glissa. Mes sourcils se froncèrent. Je ne savais même plus ce que racontaient les mots qui s'y trouvaient. « L'eau nettoie tous mes soucis, toute ma tristesse et toute ma douleur. » Ranrek... Je soupirai et me levai. Quelques pas me séparaient de la porte de la chambre. Shore y tenait là le rôle de garde. Empêchant que mes déplacements ne me mènent à la fuite ou à des lieux qui m'avaient été décrit comme interdits. Orkem m'avait assuré qu'il ne me ferait aucun mal. Impossible de croire cela. Les hommes sont instables et peuvent difficilement se contrôler. Que ce soit par des actes de violence, des paroles, de simples gestes. Ils sont l'impulsion même. Je n'avais pas une grande estime de la gent masculine. Et j'en remercierai peut-être ce geôlier qui tenait à ma présence en ces lieux. Petite, j'étais le genre d'enfant à n'avoir de problème avec personne. Discrète, silencieuse, mais souriante et pleine d'attentions. J'aimais mon prochain et aidais en tout ce qui était à ma portée. Ma grand-mère me décrivait toujours comme une âme de pureté laissée au monde par Tarlyn afin d'en apaiser les maux. Elle me prêtait une grande destinée à travers villes et forêts. Une aura qui apporterait la paix et la plénitude autour de moi. Si ces histoires avaient été allègrement entachées par les contes de ma sœur, je ne m'étais pourtant pas détachée de cette idée que si je pouvais apporter quelque chose de bon à quelqu'un, alors je le ferais. Tant que cela puisse être en mes moyens.

Malgré les tourments qui m'ont été infligés, je ne me suis pas vraiment éloignée de cette vision... Que ce soit pour des animaux, des humains - quel que soit leur rang, leur élément ou non -, si à un moment je pouvais être utile à leur âme, je faisais ce qui était à ma portée pour leur venir en aide. Certains paraissaient ne pas le mériter, des personnes si différentes que moi que même la prononciation des mots semblait nous opposer. Certains qui cachent ce besoin d'avoir quelqu'un pour les guider, leur parler, ne serait-ce que les accompagner. Cela ne soignait peut-être pas leurs maux, mais ma présence avait pu les apaiser un instant. Certains qui ne soupçonnent même pas leur mal... Et ceux qui n'ont pas reçu le don de la parole. Ces animaux souvent réduits face à ce silence qui les incombe. Leur impuissance pour certains. Même si cela a pu parfois me mettre en danger, je n'ai jamais eu l'impression de ne pas avoir reçu en retour. Une réciprocité dans l'aide, un geste concret, un service. Parfois une aide qui n'avaient rien de descriptible. Le sourire retrouvé grâce à Marigold, la confiance en moi que j'avais perdue grâce à Ranrek et bien d'autres. Ces années d'isolement dans la jungle m'avaient fait comprendre une chose : on peut survivre seul, mais ce sont les autres qui nous donnent un but. Qui construisent nos envies, nos besoins, qui nous poussent à aller plus loin et à donner de sa personne pour parvenir à être forts ensemble. Et non chacun de notre côté comme l'exigent certains... Pour ces personnes à qui la force du corps est plus forte que celle de l'esprit. Où la valeur de notre patrimoine avait plus de sens que celle de notre âme. Ceux qui se perdaient dans des abîmes insondables, entraînant avec eux des disciples inconscients de ce qui se produit devant leurs yeux.

Ma main vint se poser sur la poignée de la porte boisée. Je l'abaissai d'un geste lent. Elle s'ouvrit dans le bruissement des pas d'un félin agile. Ce n'est qu'en passant ma tête à travers l'encadrement que Shore se redressa. Lui qui était alors appuyé sur le mur. Il ne prononça pas un mot. Un instant, je le fixai. Assez déroutée de découvrir les traits de son visage auparavant masqués. Il ne me donnait tout autant l'impression de n'être qu'une ombre. Je me tins droite face à lui et, d'une voix frêle, m'adressai à lui. « Excusez-moi, serait-il possible d'avoir un récipient d'eau ? » Il resta immobile. Perplexe, je plissai les yeux. Il comprenait ce que je disais. Il devait bien comprendre les mots pour être au service d'un Conseiller, non ? J'avais le sentiment de m'adresser à un mur. Un mur intimidant. Le genre de mur auquel on ne s'appuie pas sciemment sous peine d'être absorbés par leur revêtement. Shore était là au cas où j'aurais besoin d'Orkem. Il n'allait peut-être pas prendre le risque de me laisser seule dans cette chambre, sans surveillance, avec ma promesse de ne pas bouger comme unique assurance. Étrangement, même s'il avait été bête, je lui aurais prêté cette perspicacité : je n'avais aucune envie de rester ici. Le dire n'était qu'un moyen de m'épargner les maltraitances que le Conseiller était capable de m'infliger. Toute personne sensée, même dont la parole était incontestablement fiable, ne souhaiterait pas rester ici et trouverait un moyen pour s'en échapper. Quitte à devoir user de mensonges et de manipulation. Je n'étais pas une experte en la matière, bien loin de là. Et mon charisme proche des températures de Vainui n'était pas là pour m'aider. « J'aimerais me rafraîchir. » Contre toute attente, il me proposa simplement de me préparer un baquet dans la salle des bains. J'acquiesçai en haussant les épaules et il me déclara que l'on viendrait me chercher dès que tout sera prêt.

Doucement, je rentrai dans la chambre et repoussai la porte sans la fermer. Il me fallut quelques secondes latentes avant de me dire qu'il n'y avait plus personne derrière cette porte. J'ignorais quel dédale formait cette demeure, mais il ne me fallait pas de grands détails pour me douter que cela demande un certain temps avant que Shore ne prépare un bain. D'abord, j'ouvris à nouveau la porte. Je passai un pied, puis l'autre. Le couloir se dessinait devant moi comme un tremplin. Mon cœur sembla s'accélérer à l'idée que je parvienne à me dérober à la vigilance des gardes. Je fis un pas, puis un autre. Doucement. Silencieusement. J'avais perdu mes souliers à me débattre avec mes rêves décousus, mes pas étaient plus muets que ceux d'un chat... Les lieux étaient étonnamment calmes. Ce silence oppressant dans la chambre paraissait être une particularité intrinsèque à la villa. Il pouvait être reposant, ce silence. Tout comme il pouvait s'avérer être un allié néfaste. Poings à demi-serrés, je redoublai de vigilance à chaque croisement. Devant chaque porte. Elles étaient pour la plupart entre-ouvertes. J'y glissai des regards succincts qui relevaient bien plus de la curiosité que de la méfiance. L'une d'elles était pourtant fermée. Attisée par ces pièces aux styles me paraissant exotiques et travaillés, je me risquai à ouvrir cette pièce qui, pour une raison que je compris vite, avait été close. Aucun bruit ne lui fut prêté et mon attention, anticipant plus d'observer la composition de la pièce plus que de l'y trouver, se heurta à sa vision. Siégeant dans cette pièce, il paraissait ailleurs... la bouche entre-ouverte et esquissant quelques spasmes. Visiblement pas curieuse d'en savoir plus sur ce qui semblait lui arriver et espérant qu'il ne se soit pas aperçu de mon irruption, je me reculai vivement et refermai délicatement la porte.

Mes pas furent bien plus rapides. Peu assurés. Au moins, cela eut le mérite de me ramener sur la terre ferme. Je n'étais pas dans un lieu qu'il faisait bon de visiter avec la naïve curiosité que l'on me prêtait bien trop facilement. Émerveillée comme si je découvrais le monde. En un sens, c'était le cas. On a beau voir une plante, rien ne peut nous indiquer que la suivante sera la même. C'est une philosophie que ma mère s'échinait à me faire adopter afin de m'inciter à toujours vouloir chercher à en savoir plus, à ne pas avoir peur d'essayer, d'être déçue ou au contraire, enrichie. Cela m'avait longtemps quitté après que cet homme m'ait si bas que me relever me pris tant d'années... Je savais que le temps n'aurait jamais rien changé en soi. Il en était pour preuve les améliorations dont j'avais fait preuve depuis que j'avais retrouvé la civilisation que j'avais pourtant tant détestée. Mais le brouillard épais qu'il avait disposé tout autour de moi m'avait aveuglée toutes ces années. Maintenant que j'ouvrais à nouveau les yeux, je retrouvais cette Eden'El perdue dans cette cabane désolante et lugubre. Et je ne le laisserai pas me l'arracher à nouveau. Au détour d'un couloir, je bousculai par inadvertance Shore. Visiblement qu'à moitié étonné de me voir. Mon cœur frappait contre ma poitrine de peur qu'il réprimande mon escapade. Mais après quelques courtes secondes, il me demanda si tout allait bien. « Je vous cherchais afin de vous conduire aux bains. » Ajouta-t-il en m'invitant à le suivre. Le garde ne posa pas une seule fois la main sur moi. Même son regard semblait s'abaisser face au mien. Cela m'effrayait plus qu'autre chose... Pourtant je le suivis sans la moindre question.

Il nous fallut descendre quelques marches, puis d'autres. Parcourant quelques couloirs spacieux. Finalement, nous accédâmes à un sous-sol. L'air y était plus frais et me semblait plus vivable. Shore me laissa entrer dans la salle des bains puis referma la porte devant lui. Je me retournai au bruit de la porte contre l'encadrement. Soulagée de me retrouver seule à nouveau. Je ne me sentais pas à ma place, d'aucune façon. Mais je chassai d'un geste vif de la tête ces appréhensions. Retirant mes vêtements que je posai sur un portant. Je glissai dans l'eau mon pied, doucement. Elle était tiède. Je ne supportais pas vraiment la chaleur mais je m'estimais déjà chanceuse de pouvoir bénéficier d'une intimité qui me ferait sûrement penser à autre chose. J'entrai dans le baquet et m'y allongeai, les jambes légèrement pliées. Posant ma tête sur le rebord du bain, je fermai quelques instants les yeux. L'eau semblait parfumée de senteurs qui m'étaient inconnues. Elles me semblèrent gênantes au départ, mais ce n'était là que le temps nécessaire à mes sens pour s'en accommoder. La chaleur de l'eau et la douceur des parfums me berçaient. Pinçant mon nez, j'immergeai ma tête dans le bain. Le silence étouffant les bruits environnementaux m'était agréable. Mais j'eus rapidement la sensation d'être absorbée par le fond. Dans un réflexe de survie, je remontai, causant quelques éclaboussures autour du bain. Je repris mon calme sans trop de mal. Poursuivant mes ablutions lentement, profitant du temps qui m'était accordé avant que l'avenir ne me livre les intentions d'Orkem, je marmonnais quelques mélodies dont j'avais souvenir.

Une fois cela terminé, je sortis en prenant soin de me sécher avec une serviette posée sur le côté. Elle sentait un parfum de fleur. Ce qui me paraissait assez étonnant. Ce devait être un luxe pour un Seznien de s'offrir ce genre de parfum. Les lavandières n'avaient guère autant d'eau qu'ici et les plantes, manquantes, devaient faire un bien trop long voyage de Dahud à leurs habitats pour se permettre d'en faire du parfum. J'imaginais mal un homme comme Orkem prêter attention à ce genre de raffinement... Alors que j’essorai mes cheveux blonds, je remarquai qu'une robe avait été posée. Je n'y avais pas prêté attention à mon entrée. Je regardai ma tenue de ville. Bien que plus claire et propre que mes tenues de travail, elle était bien moins élégante et raffinée que celle-ci... Une robe blanche. Un blanc pur semblant ne jamais avoir été porté ni touché. Des tissus légers et sans trop de fantaisie. Une robe sobre mais dont la délicatesse et l'éclat rivalisait avec les créations de Marigold, couturière de la princesse de Vainui. Bien que je me sentisse coupable, je me laissai aller à la tentation de l'essayer. Un miroir sur pied siégeait dans un coin de la pièce. De pas serrés, je m'avançai vers lui. Je me serai sûrement trouvée belle dans cette robe. Mais sa provenance entachait sa joliesse. Cela me rendit triste, mais je chassai ce vilain air battu que je me détestais d'avoir. Pour cause qu'il fut longtemps justifié. Aujourd'hui, tout allait bien. Et pour le moment, les choses se passaient bien. Il me fallait trouver les éléments positifs et m'y rattacher avant que les choses ne tournent mal. Forte de cette résolution, je pris une grande inspiration. S'il avait voulu me faire du mal, ne l'aurait-il pas déjà fait ? Peut-être... même si tout cela semblait cacher de bien sombres desseins, je me risquai à ouvrir la porte pour demander à Shore de m'amener à Orkem. Je devais bien avoir passé plus d'une heure dans ce bain, l'après-midi était bien plus qu'entamée...

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:44

Lorsqu'Eden sortit des bains, vêtue d'une robe blanche qu'il avait déposé la afin qu'elle puisse, si elle le souhaitait,, se changer, Shore, penché sur un petit objet qu'il tenait dans le creux de la main, semblait ne pas avoir bougé de devant la porte, assis tranquillement sur un petit banc de pi erre, il profitait de ce moment d'inactivité que lui accordait son employeur. "Shore." était quasiment la seule manière dont son supérieur lui adressait la parole, et selon l'intonation, il devait être capable de deviner si cela voulait dire "au pied", "attaque", "va chercher ceci", "nettoie", "tue", ou tout autre action qu'impliquait son service. Il avait eu un mal de chien à se dépêtrer de ce manque de communication dans un premier temps, mais il avait appris avec Orkem à ne pas se focaliser sur les mots mais sur leur sens. Pas sur leur sens académique, mais sur le sens qui leur était donné par celui qui les proférait... Chose nécessaire quand on est au service d'un militaire de formation qui bénéficiait non seulement d'un ascendant énorme sur l'armée en général pour avoir côtoyé quotidiennement la majorité des combattants de Sezni étant entres dans les rangs moins de six ans auparavant, mais également d'une influence politique qui englobait la totalité des citoyens du pays et des rarissimes expatriés comme les Ergorn. Dhelm était au service du conseiller depuis plus longtemps. Quand Shore avait pris son poste, remplaçant un prédécesseur qui ne causerait plus jamais le moindre tort à Orkem, le soldat blond lui avait dit que sa nouvelle vie allait lui changer de son travail classique, et qu'il devrait s'habituer à un commandement militaire "d'un autre genre". "bah, j'ai servi sous les ordres du capitaine Kehlner, ça ne pourra pas être bien pire..., s'etait-il dit au debut, et puis, avec la batterie de tests qu'à demandé cette promotion, je suis préparé à tout!". C'était une belle illusion de sa part. Au début, Orkem avait été d'une sévérité sans égale avec lui, il l'avait maté, l'avait brisé physiquement et mentalement, mais il comprenait, au fond de lui, même s'il trouvait tout cela horrible et injuste. Il était un soldat. Un soldat d'élite. Le genre de soldat à qui la moindre erreur pouvait être fatale, et qui, en plus de cela, se trouvait indirectement en tant que représentant militaire de Sezni et de son employeur. Autant dire que l'erreur était synonyme d'exécution sans procès ni préavis . Il avait dédié sa vie au service de sa patrie, et en servant directement le conseiller Vahlaan, il offrait à Sezni bien plus qu'en allant se faire tuer dans un bataillon anonyme sur un front sans importance, et tant le prestige que le solde mensuel avaient décidés sa décision sans appel ni possibilité de se rétracter de souhaiter prendre ce poste. Alors il avait appris, grandi, et aujourd'hui, pouvait se targuer d'être devenu un "dur de dur". Mais il ne le faisait pas. Ni Dhelm, d'ailleurs. Ils étaient des hommes, avant d'être des soldats, des citoyens de Sezni, avant d'être des gardes du corps, et cela, Orkem le leur répétait souvent, plus ou moins brutalement d'ailleurs. Mais il était juste dans ses mots et ses actes, franc, et servait la terre sur laquelle il avait vu le jour, lui aussi. Alors Shore, comme Dhelm, obéissait. Et ce n'était pas un travail à temps plein, c'était un travail sans mesure de temps. À toute heure, en tous lieux, quelque soit la tâche, ils devaient être la. Mais ces deux jours s'annonçaient paisibles, aussi, lui comme son camarade étaient de particulièrement bonne humeur, et contrairement à leur supérieur, dont les intentions ne leur importaient guère, ils étaient naturellement dotés d'une certaine empathie, et gardaient ce fond d'humanité qui semblait avoir déserté Vahlaan depuis bien longtemps. Il se leva du banc, rangeant un médaillon dans une poche interne, et sourit à la jeune femme.

- Le conseiller Vahlaan se trouve dans son office, mais...Je crois que vous en connaissez le chemin. Suivez-moi, je vous prie! Et n'hésitez pas, si vous avez envie ou besoin de quoi que ce soit, Dhelm et moi sommes à votre service. Même si vous nous détestez probablement sans nous connaître, au moins avez-vous la décence de ne pas nous parler comme à des chiens.

Dit-il avec un air malicieux. Orkem le savait : ses hommes le craignaient plus que la mort elle-meme, pour la plupart, mais aucun n'osait le lui dire en face, et heureusement pour eux. Cependant, comme lui même avait auparavant pesté dans le dos de ses supérieurs, il ne leur en voulait pas, tant qu'ils faisaient leur travail sans faillir, de faire de même. De manière assez étonnante, ni Dhelm, ni Shore, ni aucun autre de ceux qui l'avaient servi directement depuis sa prise de pouvoir en tant que conseiller de Sven Ramose ne le détestait vraiment, et lui-même s'en voyait surpris au début. Puis il avait compris qu'inconsciemment, il avait établi les examens d'entrée à son service de manière à ne prendre que des gens performants, dociles, endurants, et surtout, intelligents et fidèles au pouvoir en place à Sezni. Ces deux derniers facteurs conjoints faisaient de ses hommes des gens dévoués à la cause de leur nation, et par extension, à lui, peu importe ce qu'ils pensent de sa personnalité ou de ses méthodes. Il s'agissait pour sa patrie. Eux aussi. Ce terrain d'entente entre les deux parties avait pour répercussion un respect de sa garde pour lui, qui lui faisait leur accorder un crédit sans faille : ils ne le trahiraient pas, aussi se devait-il donc de ne pas faillir à sa tâche, de rester droit et imperturbable, quand bien même cela me rendrait froid et associable. Ce respect de ses hommes lui plaisait, et ils savaient qu'en retour, ils pourraient s'amuser de son caractère, tant qu'ils ne le faisaient pas au mauvais moment. Et ce n'était absolument pas un "mauvais moment" pour ce faire. Shore en était conscient. Il accompagna donc la jeune femme au travers du dédale de couloirs, et au lieu de faire le tour par les étages, il la fait passer par le jardin intérieur, retrouvant la Dhelm, assis sur la margelle d'un puits de pierre blanche, une flûte de Pan à la main, jouant tranquillement en profitant du soleil de l'après-midi. Shore vint le saluer fraternellement, car ils avaient la plus formelle interdiction de se montrer, lorsqu'ils assistaient directement Orkem, comme des amis, et tous deux échangèrent un bref mot, des banalités sans importance, une plaisanterie légèrement grivoise, mais néanmoins d'un raffinement certain, sans même que Shore ne s'arrête de marcher, et un signe de main plus tard, celui-ci ouvrait un huissier de bois précieux menant sur un escalier de marbre, invitant Eden à le gravir d'un simple geste poli, presque galant.

- Ces petits passages évitent de faire le tour par l'intérieur, les jours de soleil, j'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de vous avoir fait passer par ce chemin! C'est un peu plus long, mais nous ne profitons pas souvent d'un peu de repos et de la quiétude de ces jardins, malheureusement...Les aléas de l'emploi! ajouta-t-il en se retenant de rire doucement.

Il en sourit en emboitant le pas à la jeune femme. L'escalier était éclairé par de grands vitraux représentant pour certains des moments importants de la mythologie Sezni, pour d'autres, de simples oeuvres d'art reproduites en verre teint et en argent, et la rampe était gravée de motifs complexes, rappelant à la fois les flammes et les fleurs dans un mélange savant et raffiné. Toute la villa (quoi qu'il s'agisse plutôt d'un palais moyen que d'une villa comme se plaisait à l'appeler Orkem) était aussi richement décorée, un luxe obligatoire pour quelqu'un du rang de Vahlaan, mais lorsqu'une fois en haut de l'escalier, revenu dans un couloir intérieur, Shore ouvrir une porte mal fermée, l'etude d'Orkem se dévoila à nouveau devant les yeux d'Eden, toujours aussi sobre, inconfortable et peu accueillante. Ses murs lambrissés, le manque de lumière et le minimalisme de son intérieur faisaient plus penser à une salle d'interrogatoire récemment changée en bureau pour bas-fonctionnaire qu'au lieu de travail d'un homme parmi les plus puissants du pays, et pourtant, c'était bien la qu'il travaillait, écrivait, lisait, pensait et la plupart du temps, c'était aussi le lieu où il dormait. Shore s'apprêtait à demander audience comme à son habitude, un peu plus droit dans ses bottes que pendant le trajet jusqu'à l'étage, se devant d'être toujours impeccable dans son attitude devant Vahlaan, mais ce fut sans compter sur le fait qu'Orkem avait une acuité auditive impressionnante et une mémoire des sens qui ne l'étais pas moins, et même lorsque son esprit vagabondait sous l'effet de la fumée, il était capable de reconnaître le bruit des pas de chaque personne en ce lieu dont il était conscient de la présence. Le soldat n'eut pas le temps de dire un mot que Vahlaan, toujours face au feu, dos à la porte, lui adressa la parole d'une voix grave et calme, toujours aussi rocailleuse que d'accoutumée, puisque celui-ci, en dehors de toute parole officielle, ne se tenait pas aux codes sociaux et moraux, aussi ne cherchait il pas à adoucir sa voix pour sembler plus sympathique à son auditorat.

- laisse-nous, Shore. Amène un coussin pour notre invitée et va donc rejoindre Dhelm dans les jardins.

Inutile de déroger aux ordres du patron, même pour des broutilles, inutile d'être un génie pour le comprendre.il ne chercha donc pas une quelconque excuse malgré son évidente envie d'aller faire autre chose, et fut de retour moins d'une vingtaine de secondes plus tard, portant un volumineux et confortable coussin de sol aux motifs rouge et le qu'il installa non loin de la cheminée et de la natte. L'ordre suivant fuit entendu: fermer la porte et partir. Un peu plus de temps libre ne lui ferait pas de mal! Ce genre de choses n'était pas monnaie courante. Il se redressa après avoir posé correctement le coussin, et fit un clin d'oeil à Eden, mimant de ses lèvres "le coussin est ignifugé!" À l'attention de la jeune femme : ça, Orkem ne pourrait le deviner d'aucune manière puisqu'il ne se retourna pas. il partit donc, fermant derrière lui la sobre porte de cette sobre salle et s'en alla sans attendre s'allonger sur l'herbe à côté du puits. Il y retrouva Dhelm, toujours équipé de son instrument, qui cessa de jouer pour écouter ce que son comparse avait à lui dire.

- je me demande ce qu'il lui veut à cette gamine, elle est mignonne, mais...Il peut s'en trouver de mieux, et puis...C'est une esclave, c'est pas comme si il pouvait pas, pour cent rondelles, s'en payer trois au choix.
- c'est vrai qu'elle est mignonne. mais il passe pour une antiquité à côté. Un monument historique d'une taille et d'une importance considerable, mais une antiquité quand même.
- je pense pas que ce soit juste ça ou une affaire de cul. Tu.as vu ses yeux quand il l'a regarde? T'as l'impression qu'il a trouvé une relique perdue depuis des millénaires à la gloire de la nation Sezni.
- honnêtement, je m'en tape. Ça le regarde, tant qu'il me paye chaque mois comme il le fait maintenant, j'obéis, point barre.
- t'as raison, on s'en fout! Allez, viens la, mon vieux, on va se siffler une choppe de bière, ça fait une éternité qu'on a pas eu plus de dix minutes pour nous!


Les deux hommes partirent donc tranquillement en direction des cuisines, où ils savaient pouvoir trouver de quoi se rincer la panse en toute tranquillité (sans pour autant abuser s'ils ne voulaient pas subir l'ire de leur supérieur, encore plus aigri envers ses hommes que d'accoutumée lorsqu'il s'adonnait à la consommation de toxines violentes). De son côté, Orkem rajusta le coussin pour te laisser profiter de la chaleur du feu sans laquelle la pièce avait une atmosphère glaciale. Sans te regarder, il agrippa de sa main le bord dudit coussin et le déplaça d'une cinquantaine de centimètres, le tapotant pour t'inviter à t'asseoir à ses côtés. Les yeux vides toujours rivés vers le brasier, son corps agité de légers spasmes, la sueur coulant sur sa peau, il semblait bien fragile, comme si ces instants de faiblesse étaient des exutoires de sa vie quotidienne. Il n'en avait pas moins l'air redoutable, comme c'était toujours le cas, mais en plus de ressembler à l'habituel fou sadique et implacable que les années avaient su démontrer qu'il était, il avait, tant dans la posture que dans le regard, une expression à la fois vide d'émotion mais pleine de sens : il était une boule de nerfs prête à exploser au moindre instant, neutre, et pourtant semblant toujours aussi calme. Seul le vide dans ses yeux et cette agitation indépendante de sa volonté laissaient voir de plus belle manière qu'au quotidien son caractère implacable et aussi furieux et dangereux que l'incendie d'une forêt. Ce fut néanmoins d'une voix encore plus grave et posée que lors du repas qu'il s'adressa à Eden.

- Que puis-je faire pour toi, mon enfant? J'attends une missive depuis ce matin, je te prierais par avance de m'excuser pour mon impolitesse si elle arrive, mais elle est à mes yeux d'une importance capitale...Shore t'a-t'il bien traitée? Dhelm a du lui refiler tout le boulot, comme d'habitude...il est malin, le bougre.

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au jeu des surnoms, on m'appelle...:
 
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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:45

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La couleur de l'ombre
Le garde se tenait assis sur un banc, sans surprise, s'occupant comme il pouvait avec un objet sur lequel je ne prêtai aucune attention. Je n'arrivais pas à le voir autrement que comme un chien de garde d'Orkem : prêt à montrer les crocs et à surgir dès lors que je ferai le moindre faux pas. Cette cordialité que je lui découvrais sonnait faux à mes oreilles. Il ne devait pas bien connaître son maître ; ses penchants, le fait qu'il soit capable de tuer sans ciller. Un homme avec une once de morale ne travaillerait pas pour ce monstre. Ces Feu... J'avais beau commencer à me dire qu'il était idiot de ma part de chercher à généraliser en les portant tous au rang de nocifs, cette aventure œuvrait à l'inverse ; à me confirmer que tous les Feu sont capables de cautionner les pires des crimes. Peut-être ignorait-il ce qui s'était passé il y a cinq ans de cela. Alors que le visage d'Orkem s'était gravé dans mon esprit comme la personnification indicible de la seule chose que je détestais, les gardes que j'avais entrevus n'étaient que des ombres dont les traits restaient dans un flou satiné. « Le conseiller Vahlaan se trouve dans son office, mais... Je crois que vous en connaissez le chemin. Suivez-moi, je vous prie ! Et n'hésitez pas, si vous avez envie ou besoin de quoi que ce soit, Dhelm et moi sommes à votre service. Même si vous nous détestez probablement sans nous connaître, au moins avez-vous la décence de ne pas nous parler comme à des chiens. » Bien sûr que je les détestais. Ils avaient beau être sous les ordres d'Orkem, ils avaient une âme, de la matière grise et un corps fonctionnel. S'ils étaient encore à son service aujourd'hui, c'est parce qu'ils le voulaient. Un choix. Rester était leur volonté. Dès lors qu'ils accepter cela, ils étaient tout aussi coupables que leur maître. L'esprit tournoyant de questions, je gardai une expression dubitative face à Shore. Méfiante.

M'autorisant à laisser mes yeux curieux observer les passages que nous empruntions, je suivais Shore. Il paraissait ralentir et accélérer selon mon rythme. Comme si cela faisait partie de leur entreprise ; me laisser voir le moindre détail de cette villa aux allures de palais. Le chemin que nous empruntions était très différent du précédent. Ce qui ne faisait qu'accroître ce sentiment que j'avais d'effectuer une visite guidée... Nous arrivâmes à un jardin. Un jardin, au cœur de la villa. D'abord étonnée de voir un tel lieu dans la maison d'un Feu, je me dis que c'était logique quelque part : ils n'avaient guère le loisir de posséder des jardins à Sezni. Le manque d'eau n'était un secret pour personne. L'aridité de leur région justifiait leur forte résistance physique. Et leur austérité bien que le soleil ait normalement pour attrait d’égayer les cœurs et d'épanouir les fleurs. Toutefois, cette justification n'allait pas pour Orkem. Remettant en doute son attrait pour la botanique, ou toute autre chose pouvant exprimer la moindre positivité, la moindre liberté, je restai à distance de Shore et de Dhelm en continuant de suivre le guide. Ce dernier, avant que nous arrivions, jouait une petite mélodie harmonieuse et douce qui contrastait - pourtant habilement - avec sa carrure et les actes passés. Cette vision de fraternité entre les deux gardes, visiblement les plus proches d'Orkem, me donnait l'impression de devenir folle. Cela pourrait m'en rendre malade... Alors que des éclats fragmentés de ce que m'avait fait le Conseiller par le passé resurgissaient, je me pinçai discrètement le bras et posai ma main à l'endroit où la marque de la Terre aurait dû être s'il ne m'avait pas brûlée. Comme si ça pouvait me ramener à la réalité de ce que j'avais vécu et me faire prendre du recul devant cette scène s'opposant à tout ce que j'ai pu m'imaginer depuis mon arrivée en ces lieux.

Intriguée par les passages que nous prenions, je gardais une expression perplexe sur le visage. Emprise à la méfiance. Ce qui n'échappa guère à Shore qui s'arrêta au moment où il me fit découvrir un escalier tout de marbre. « Ces petits passages évitent de faire le tour par l'intérieur, les jours de soleil, j'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de vous avoir fait passer par ce chemin ! C'est un peu plus long, mais nous ne profitons pas souvent d'un peu de repos et de la quiétude de ces jardins, malheureusement... Les aléas de l'emploi ! » Si la richesse des lieux était en corrélation directe avec l'influence d'un homme alors j'étais bien plus en danger que je n'aurais pu l'imaginer... Je passai devant le garde qui m'emboîta le pas. Montant doucement les marches, je me laissai emporter par les vitraux. Ces motifs n'évoquaient rien pour moi. En tout cas rien de connu. Mais cela ne m'empêchait pas de les apprécier à leur juste valeur. J'avais l'impression de lire une histoire. Mais d'une façon différente. Ce n'étaient pas des mots, prononcés ou lus, mais des images. Comme des visions mises à plat. Des tableaux, j'en avais déjà vu, chacun avec leur histoire à raconter, mais cet enchaînement de plusieurs panneaux me paraissait bien plus éloquent. Ma main effleurait la rampe dont je ne discernais pas les motifs, bien plus captivée par l'exposition originale qui s'offrait à mon regard. Arrivés en haut, Shore me dépassa d'un pas afin de me guider à nouveau. Il s'arrêta à une porte non loin de l'escalier et la poussa pour l'ouvrir. J'entrai à sa suite et découvris à nouveau l'office d'Orkem. « Laisse-nous, Shore. Amène un coussin pour notre invitée et va donc rejoindre Dhelm dans les jardins. » Entendis-je à peine le pas de la porte franchi. Le garde s'était raidi tel un piqué en la présence du Conseiller. Il s'exécuta. Cela ne prit pas plus d'une minute où je restai plantée près de l'entrée, appréhendant de me retrouver à nouveau seule avec cet homme.

L'hôte était contemplatif, froid et distant dans ses mots, face au au feu et dos au reste. Cette vision devait sûrement l'apaiser alors qu'au contraire, elle m'horrifiait. Le clément climat de la capitale semblait ne pas seoir à cet homme dont chaque parcelle du corps laissait connaître sa nature ardente. Mais au moins cette cheminée avait pour mérite d'apporter un peu plus de luminosité à cette pièce lugubre et bien plus minimaliste que le reste. Même si cela ne rendait pas le bureau plus accueillant, au moins c'était là un repos pour les yeux et les sens. Le faste et le précieux m'étouffait comme si l'on posait un voile sur mon visage. La grandeur m'oppressait, moi qui ne rêvais que d'un lieu : la petite ferme de mon père dans ce village natal où rien ne m'avait préparé aux affres de la vie. Une bulle qui m'avait tenu à l'écart des maux de ce monde. Un espace où tout semblait me conduire vers un avenir simple et pourtant radieux. Ce n'est pas de villes, de robes et de pierres précieuses que je rêvais. Mon bonheur se trouvait à travers les lucioles éclairant les nuits sombres de Gorka, au cœur de la forêt fluorescente. C'est une vie qui se passait des complications auxquelles j'étais confrontée depuis ma fuite lors de la cérémonie. Dans cette vision que j'avais toujours eue de mon futur, il n'y avait que ma famille, nos maigres possessions, ces animaux qui nous aidait dans notre travail et la plénitude qu'offraient les cascades où ma sœur et moi jouions. Le ruissellement de l'eau, les rayons du soleil qui perçaient les cimes des arbres centenaires, le confort et l'odeur de l'herbe couvrant les clairières dissimulées comme si elles étaient des lieux sacrés cachés à la vue des voyageurs pour se préserver de toute action de l'Homme. Les sanctuaires de Tarlyn, les appelait-on. Cet idéal était bien loin de ce que pouvait m'offrir Lucrezia... Les Ergorn avaient raison : je n'avais ma place nulle part ici.

Un signe presque encourageant de la part de Shore m'intrigua plus qu'il ne me rassura. J'aurais aimé qu'il reste. Même si je doutais que cela changerait grand-chose si son maître se décidait à me faire du mal. Mais dans ma naïveté, je m'étais risquée à penser qu'en la présence d'un tiers, cela le dissuaderait de se montrer aussi cruel qu'il n'ait pu l'être envers moi par le passé. En réalité, je ne croyais pas que d'avoir un témoin le dérangerait... Il semblait être sans aucune limite, sans aucune morale. Sans m'adresser le moindre regard, il ajusta le coussin apporté et m'invita d'un geste à m'y asseoir. Je me contentai de m'approcher, le contournant à bonne distance, inquiétée par le mélange Orkem - cheminée. Le feu me faisait peur avant même que je ne croise le chemin de cet homme qui n'avait rien arrangé du tout. Même si à m'en tenir écartée le plus possible j'étais parvenue à dominer la peur que cela m'inspirait, je me retrouvais comme cinq ans en arrière, aussi intimidée qu'auparavant. « Que puis-je faire pour toi, mon enfant ? » Dit-il d'un ton toujours aussi froid et sec. Une enfant... c'est ce que l'on était condamnés à rester lorsque l'on s'enfermait dans les seuls souvenirs qui nous restaient positifs et qui, inéluctablement pour moi, se référait à ce temps où j'étais innocente. Cette innocence que la cérémonie devait lever en me bénissant, mais que j'ai perdu face à lui. « J'attends une missive depuis ce matin, je te prierais par avance de m'excuser pour mon impolitesse si elle arrive, mais elle est à mes yeux d'une importance capitale... Shore t'a-t-il bien traitée ? Dhelm a dû lui refiler tout le boulot, comme d'habitude... il est malin, le bougre. » Commenta-t-il au sujet de ses hommes. L’organisation de ses gens ne m'importait pas le moins du monde. Tout comme ses affaires à vrai dire...

Avant même de passer la porte de cette pièce, je savais que c'était une mauvaise idée d'aller le voir.Même la plus régénératrice des retraites ne saurait me laisser paisible une seule seconde en présence d'Orkem. Ma main gauche tenant mon bras droit qui longeait mon corps, je restais éloignée, ne voyant que son profil où la luminosité des flammes qui le captivaient dansait sur son visage marqué. Réprimant un tremblement léger témoignant de la peur qu'il m'inspirait, de la crainte que je ressentais, je m'efforçais d'éloigner un instant les souvenirs qui remontaient à la surface. Mais sans grand succès. « Il y a cinq ans, la politesse n'avait pas plus d'importance qu'aujourd'hui. Inutile de chercher à me faire croire qu'à présent je mérite plus de respect qu'avant lorsque vous me... » Je chassais cette phrase de mon esprit en fermant les yeux et secouant brièvement la tête de gauche à droite. Le décalage entre ce qu'il était et ce qu'il montrait à présent était bien trop important pour être crédible une seule seconde dans mon esprit. « Je ne sais pas ce qui vous fait penser qu'un jour je mettrais de côté toute l'aversion que j'éprouve pour vous, me je préfère vous prévenir : peu importe les moyens que vous emploierez, la façon dont vous me tiendrez sous votre emprise, ça ne changera rien. » Doucement, sans faire attention, je fis un pas en arrière. Son élément et lui étaient sûrement la pire des compagnies que je pouvais avoir sur tout Oranda. « Toute cette mise en scène ne changera rien. Vous restez le même à mes yeux. Peut-être qu'on gagnerait tous les deux notre temps si vous renonciez à me garder ici. » Me risquai-je à énoncer.

Malgré mes rencontres, malgré ce moment où je doutais de ma foi, il n'y a qu'auprès de lui que j'avais ces sentiments négatifs qui m'éprenaient. M'étouffaient. Ou me libéraient... Mon éducation Terre portait au sacré le respect d'autrui et de tout être vivant. C'est dans la tolérance et l'égalité de tous que j'avais été élevée. Il m'arrivait d'être contrariée, d'avoir des colères passagères et autres états d'âme tout à fait humains. Mais cette hostilité qui m'envahissait ne me ressemblait pas. Pourtant, elle était là et ne demandait qu'à exploser. Comme si, refrénée par mon éducation, elle avait tissé son chemin indépendamment de ma personnalité. Je la refusais, tentais de l'éloigner. Mais cette colère faisait partie de moi autant que mes autres sentiments. Je me sentais coupable d'avoir cette facette noire en moi. Mais il commençait à m'en coûter de la maintenir silencieuse face à lui. Le cadre dans lequel j'avais été façonné durant mon enfance me tenait à cœur. Je voulais rester cette fille gentille, douce, altruiste et avenante. Ne jamais inspirer quoi que ce soit de négatif à quelqu'un mais au contraire, être une étincelle de lumière pour les âmes sombres. Hormis celle d'Orkem. Est-ce que cela voulait dire que devant lui je ne parvenais pas à jouer le rôle que je souhaitais conserver ? Je maintenais sous verrou cette animosité qui n'attendait qu'une chose depuis ces cinq années : d'exploser. Cette impression d'avoir le droit de me permettre de lever toute barrière, toute déférence à son égard après qu'il ait impunément détruit ma vie qui ne demandait qu'à se construire, m'encourager à montrer un visage auquel je ne voulais pas céder. Cela me faisait bouillonner le sang...

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Orkem Vahlaan
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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:45


Orkem semblait n'écouter que d'une oreille, concentré sur les flammes. Leur ballet avait à ses yeux une forme de poésie, presque une forme de vie, dans laquelle il trouvait un certain réconfort, une sérénité toute particulière, c'était bien là une des rares formes de vie qu'il respectait probablement plus encore que la sienne. Plus libre que l'eau, soumise aux marées influencées par la lune, plus vivante que la terre, immuable sauf lorsqu'elle s'écrase sous son propre poids, plus animée que l'air, dont les courants sont soumis au relief, la flamme court, elle vit, elle danse, elle est la base de la vie et peut être synonyme de mort. Le crépitement singulier du bois de chêne en combustion semblait le bercer, dans l'état second qui l'envahissait, alors qu'il prit le temps d'inspirer profondément la fumée avant de répondre à Eden.

- Ce ne serait que du temps perdu...J'ai de grands projets à ton sujet, mais tu n'es pas encore prête à les entendre, ni à t'y prêter. Cela dit, le fait que tu sois venue me voir n'est pas anodin, je m'attendais à ce que tu restes terrée dans cette chambre jusqu'à l'heure du dîner.

Il souriait calmement, regardant toujours le feu. S'étirant lentement, ses muscles roulant sous sa peau aussi tannée que du cuir de Sezni, il se tourna vers Eden. Sa barbe soignée et sa coiffure typique de l'armée Seznienne (du moins chez les haut-gradés, et parmi eux, il était au sommet), tout dans son attitude indiquait une force tranquille. Bien loin de la folie qu'il affichait parfois, il était aussi serein que potentiellement dangereux. Cependant, Eden aurait pu l'insulter de tous les noms, le menacer autant qu'elle le souhaitait, il était serein et le resterait sans doute un moment, sans même parler de son état de délabrement cérébral du moment : il souhaitait être calme, et il l'était. Face aux hommes qu'il commandait, il se devait d'être impitoyable, de se montrer plus solide qu'un roc, plus brûlant que le soleil de plomb de Sezni...Il n'avait pas à le faire en ces lieux, et encore moins en la présence d'Eden. Shore et Dhelm pouvaient en témoigner: il n'était en réalité pas aussi tyrannique qu'il le laissait à penser. Cette image, cependant, lui plaisait, et l'affirmation de cette facette si sombre de sa personnalité lui donnait un charisme et une autorité que quelqu'un de son rang ne pouvaient dénigrer. Il n'avait cependant aucune raison d'en faire montre ce jour-là...Il avait replongé son regard dans le feu quand deux bruit de heurtoir se firent entendre à sa porte, auxquels il répondit de sa voix grave, légèrement rauque, mais toujours aussi calme.

- Entre, Moïra. J'attendais ta venue.

La jeune femme entra. Elle n'était pas souriante outre mesure, mais ne semblait pas se plaindre de sa condition de domestique au domicile du conseiller Vahlaan. Le travail était simple et bien payé, que demander de plus? il s'était refusé à la possession d'esclaves en cette demeure, contrairement à son palais de Sezni, mais il fallait l'avouer, il rémunérait bien ses employés pour que ceux-ci se plient au moindre de ses ordres. Des esclaves plus chers que la normale, qu'il falait nourrir, loger et rémunérer pour leur tache. Mais des esclaves quand même, en somme. Moïra était sa petite préférée, avec ses longs cheveux roux, ses yeux aux tons mordorés qui les faisaient ressembler à des opales incandescentes, ses lèvres fines, ses formes galbées...Il appréciait énormément l'étroitesse de ce petit corps à peine sorti de l'âge adulte, et elle-même n'avait pas à se plaindre des "extras" dont elle s'accommodait fort bien depuis son entrée, quatre mois plus tôt, au service de son nouvel employeur. Elle entra silencieusement et s'inclina devant Orkem et son "invitée" avant de lui tendre une missive.

- Je te remercie. As-tu eu un peu de temps pour voir ta famille, récemment? J'ai oui dire que tu leur manquait, voila quelques jours.
- J'ai pu les visiter avant votre arrivée, merci, messer. La route depuis Sezni n'a pas été trop agitée? des rumeurs parlent d'assauts de pillards réguliers sur les terres du peuple du feu...
-D'autres rumeurs parlent de pillards carbonisés sur la route jusqu'à la Capitale. Ne t'en fais pas, jeune fille, n'est pas encore né celui qui pourra réellement me causer du tort! dit-il en riant doucement, avant de prendre le rouleau de parchemin dont il observa le sceau et le ruban blanc avec un sourire satisfait, il en huma le papier doucement avant de la poser près de lui, Tu as changé de parfum depuis la dernière fois!
- Il vient de Sterenn, mon oncle me l'a rapporté lors de sa dernière visite à Lucrezia.
- un homme de goût, à n'en point douter! sur ce, pardonne-moi de te congédier de la sorte, mais nous étions, mon invitée et moi, en importante conversation, mon invitée et moi...
- Oh, je comprends...la messagère qui l'a portée ici a indiqué qu'elle ne serait pas de retour avant quelques mois, cela dit...
- Bien. Je te remercie, Moïra! Prends ta journée, demain, je te l'offre volontiers. J'ai cru comprendre que tu avais un petit frère qui allait avoir quinze ans. Ce serait dommage de rater ça, non?

Un sourire radieux illumina son visage, et elle s'inclina avant de sortir d'un pas feutré et de refermer la porte derrière elle. Orkem reprit la lettre, cachetée sobrement et scellée de manière rudimentaire par un sceau sans doute fait de bois, à en juger par les irrégularités dans le motif qu'il avait imprimé sur la cire blanche, et qui représentait une colombe entourée de lauriers. Précautionneusement, il l'ouvrit sans briser le motif, et déroula le parchemin. L'écriture, fine et soignée, était presque typiquement féminine, et Orkem en lut à voix basse le contenu, si basse qu'Eden ne put l'entendre, à moins qu'elle ne sut lire sur les lèvres.

- Tu m'as demandé de ne pas être moi-même, désolé de faire tout l'inverse, mais tu aimerais encore moins celui que je ne suis pas que celui que je suis vraiment. Mais de toute façon...tu te fiches de ce qu'il en est, et j'aurais à ta place fait de même. Que me vaut vraiment ta visite, Eden? Tu n'es pas venue là pour te plaindre ou demander grâce. Tu sais que je ne te laisserais pas partir avant le délai imparti.

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Spoiler:
 


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Eden'El Lumnar
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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:46

Orkem Vahlaan
&
Eden'el Lumnar


La couleur de l'ombre
L'hôte de ses lieux semblait imperturbable. Captivé par les flammes bien plus que par ma présence. J'aurais pu être outrée par ce manque d'attention, mais en réalité, je préférais. Être une ombre, cette personne dont on ne demande pas le nom, cette personne qui est là sans être là. On fait sans si elle n'est pas. Avec ces perles fines cousues sur les épaules de la robe immaculée, je faisais plutôt office de décoration que d'ombre. Les tisons en ignition craquaient, crépitaient et chacun d'eux menaçait de me faire sursauter. Ils ne faisaient qu'accroître mon malaise et la certitude de n'avoir absolument rien à faire ici. Dans ce bureau. Dans cette villa. Dans cette ville... Dépassée par bien des choses, dépendante de bien trop de personnes... C'était le prix à payer pour parvenir à remonter la pente. Un prix pour lequel il n'y avait pourtant jamais été question d'Orkem. Je le croyais parti, loin vers Sezni. Dans cet aride contrée où les animaux comme les hommes s'en prenaient à quiconque croisait leur chemin. « Ce ne serait que du temps perdu... J'ai de grands projets à ton sujet, mais tu n'es pas encore prête à les entendre, ni à t'y prêter. » Cela m'offusqua. Le temps perdu était celui qu'il conservait à persister dans son idée de me maintenir à ses côtés. Non pas qu'il ne me croit pas prête à entendre ses soit-disant projets, mais qu'il ose évoquer cette possibilité qu'il bâtisse un avenir pour moi. Je ne voulais rien, assurément rien n'avoir affaire avec lui. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Peu importe ce qu'il pensait faire, ça ne saurait jamais remplacer cette innocence qu'il m'a volée. Ces marques qu'il a laissées en longeant mes courbes de ses doigts brûlants. Le fait qu'il ose penser qu'il puisse exister une chance pour que je marche dans ses combines de mon plein gré me révulsait.

Un poing fermé et mon autre main se resserrait sur mon bras. Je sentais mes ongles prêts à se planter dans ma chair tant l'entendre déblatérer sur ses rêveries m’horripilait. « Cela dit, le fait que tu sois venue me voir n'est pas anodin, je m'attendais à ce que tu restes terrée dans cette chambre jusqu'à l'heure du dîner. » Je m'attendais à ce que je reste terrée dans cette chambre jusqu'à l'heure de mon départ. C'est vrai... je ne comptais pas lui offrir la satisfaction de me voir répondre à ses attentes en profitant des lieux. Mais Shore ne m'avait pas vraiment laissé le temps de rejeter sa proposition lorsqu'il m'invitât à prendre un bain plutôt que de me contenter d'une bassine d'eau. Et ma curiosité était un défaut que je ne savais garder muselé bien longtemps... Je n'avais aucune envie de me retrouver ici avec lui, pourtant je l'étais. Et alors que je m'efforçais de garder mon calme, lui semblait être amusé, comme s'il se sentait déjà gagnant. Oh même sans cela, il se sentait gagnant. Tout ce qu'il souhaite, il l'obtient. Or, il est bien des choses que l'on ne peut obtenir d'une personne même sous le chantage, l'abus ou la torture. Peut-être avait-il le pouvoir de manipuler les gens autour de moi, le loisir d'exercer son emprise en plaçant ses cartes judicieusement pour me pousser au fond de cette impasse où il m'avait piégée. Mais jamais plus je ne le laisserai me détruire, bafouer mon intégrité et diriger ma volonté. C'est sans réelle surprise que je me voyais avancer dans son jeu pathétique. Même si cela me coûtait, les lubies de cet homme ne méritaient pas que du mal soit fait pour nourrir ce caprice. Le garde était de trop. Ranrek serait un monumental gâchis. Car à la différence d'Orkem, il avait la vision que portait l'avenir. Loin des ambitions carriéristes et des désirs d'emprise sur le monde. L'Histoire, ce sont des personnes comme Ranrek qui allaient l'écrire. Ce ne sont pas les frivolités de ce Conseiller qui allaient faire la différence. Ça non.

Ce rapprochement ajouta une peine étrange... La culpabilité. Celle de réaliser que je pouvais être un point faible pour Ranrek. Ce n'était peut-être pas lui qui finirait par me plonger dans les ennuis, mais moi qui deviendrais une faiblesse à exploiter. Que ce soit vis-à-vis de son père, de ses frères, ou pire... Je n'étais pas sans savoir l'affection sincère que le dictateur et Ranrek partageaient. Une fraternité qui allait au-delà d'un lien entre le dictateur et la famille du représentant en chef. Pour une raison obscure, Sven Ramose et Ranrek entretenaient une amitié dénuée d'enjeux politiques et de simple étiquette. Ranrek devait être la seule personne à pouvoir se montrer comme elle était face au dirigeant de Sezni. Mais si Sven n'avait aucune raison de vouloir le moindre mal à Ranrek, cela ne devait pas être le cas d'Orkem. De me retrouver ainsi enchaînée par des liens intangibles tissés par mes relations, sujette à un chantage qui me dépassait, je me rendais compte d'à quel point cela pouvait être aisé pour une personne dotée d'un réseau, ne serait-ce que des plus minimes, d'avoir l'ascendant sur quelqu'un. Un secret à cacher, un attachement important à quelqu'un, une famille à qui l'on tient... Comprendre de si perfides rouages me rendait malade. Voir à quel point les hommes pouvaient être mauvais au point d'user de ce chantage pour obtenir tout, absolument tout, ce qu'ils désiraient, c'était... je ne crois pas même connaître de mots capables de décrire à quel point je trouvais cela répugnant. Peut-être, comme l'aimait à me le rappeler ce monde, que je n'étais pas faite pour cette vie. Trop innocente ? Ils mettaient cela sur le coup de ma naïveté. Mais concrètement, j'avais plus l'impression d'avoir été préservée toute mon enfance dans un cocon qui lui représentait la véritable essence de la vie. Jamais je n'aurais dû passer cette cérémonie et accepter d'être ainsi éloignée des miens. Jamais.

Son visage qui s'était tourné vers moi lors de ces mots donnés sur le même ton calme et placide que ses précédents, revint se porter sur le feu qui gémissait d'éclats crépitants. Une personne s'autorisa à frapper à la porte de l'office. Orkem l'invita à rentrer. Ma main glissa doucement de mon bras lorsque je me tournai pour voir qui entrait. Une femme intrigante. De sa chevelure flamboyante, ses yeux éclatants, ses courbes dessinées et son allure, j'en jugeai qu'elle devait attirer bien des regards. Et pas seulement les miens - quand bien même je ne nourrisse aucun penchant vers la gent féminine, j'ai toujours aimé regarder ce qui est beau. Les femmes le sont bien souvent à Lucrezia : belles. Comme si cela pouvait être un réflexe, je ne prêtai pas attention aux mots qu'ils échangèrent. Bien qu'ils me soient audibles, je restais à ma place, en arrière, silencieuse. Mais ignorer l'attention qu'il semblait lui porter - non pas sa façon de la regarder - mais ce souci qu'il mimait à son égard, m'était impossible. Je croisai mes bras sur ma poitrine et tentai d'étouffer ce long soupir d'énervement qu'il m'inspirait. Il m'était difficile de croire que cette haine qu'il m'inspirait était humaine. Comment pouvait-on vivre en détestant une personne à ce point ? Je découvrais cette retenue indispensable pour contenir des impulsions qu'il était aisé de regretter. Ceux qui savent détester devaient savoir céder à ces instincts plus que violents sans pour autant perdre la maîtrise d'eux-mêmes. Sinon comment feraient-ils pour ne pas s'en prendre à l'objet de leur colère ? Les mots ne pouvaient suffire à extérioriser ce que je pouvais ressentir. Orkem n'était pas la seule personne susceptible de me faire ressentir de la haine, d'autres noms se trouvaient sur ma liste. Mais il s'agissait d'animosités me laissant passives. Là, c'était différent. Il y avait une passion à cette colère que j'éprouvais. Un besoin irrépressible de m'en prendre à lui. Mais je n'avais ni les moyens, qu'ils fussent physiques ou tissés de mots, ni l'envie de bafouer ma morale pour cet odieux personnage.

Leur échange touchait à sa fin, je regagnais mon calme, œuvrant pour maintenir dans un sommeil cette acrimonie persévérante. « J'ai cru comprendre que tu avais un petit frère qui allait avoir quinze ans. Ce serait dommage de rater ça, non ? » Sans que je n'y fasse attention, mes yeux fixaient Orkem comme s'ils avaient le pouvoir de le fustiger. J'avais beau savoir de façon terre à terre que ma fuite de la cérémonie n'était à imputer qu'à moi-même, qu'il n'avait en rien agi en quoi que ce soit dans le décès de ma sœur, le fait qu'Orkem m'ait enlevée après cette maudite cérémonie et ces péripéties qui ne m'ont pas permis de rentrer gentiment à Gorka avait poussé mon inconscient à détourner la culpabilité et la colère que je me vouais à moi-même sur Orkem. Partir du postulat qu'il n'était qu'un monstre inhumain dénoué d'empathie et de la moindre compassion m'empêchait de me sentir mal de le tenir en quelque sorte responsable de fait où il n'avait en rien agi. Une solution de facilité pour que je n'en vienne pas - plus - à me détester pour les choix que j'avais faits. Je ne supporterais pas le poids d'une telle culpabilité. Ceci en plus ou en moins sur son dos, ça ne faisait pas une bien grande différence au final. C'est un visage souriant qui quitta le bureau d'Orkem. Ce dernier se concentra sur la missive fraîchement reçue et la lu dans des murmures inaudibles. Je détournai mon regard de lui et le portai dangereusement sur le feu qui dansait dans l'âtre. Je ne fis pas attention au moment où il en eut fini avec sa lettre et fus surprise par sa prise de parole. « Tu m'as demandé de ne pas être moi-même, désolé de faire tout l'inverse, mais tu aimerais encore moins celui que je ne suis pas que celui que je suis vraiment. » Tentait-il à nouveau de me faire croire. Je ne soupçonnais pas un instant qu'il puisse ne serait-ce que penser à l'impact que son mensonge avait sur mon esprit. Je fermai les yeux, me concentrant pour garder une respiration régulière et un calme certain.

Je les rouvris pourtant, serrant les poings et gardant mon regard porté sur le feu vacillant. « Mais de toute façon... tu te fiches de ce qu'il en est, et j'aurais à ta place fait de même. » Déduit-il sans le moindre mal. « Que me vaut vraiment ta visite, Eden ? Tu n'es pas venue là pour te plaindre ou demander grâce. Tu sais que je ne te laisserais pas partir avant le délai imparti. » Je soupirai. Bien sûr. Il devait être aussi borné qu'il ne pouvait être cruel. J'hésitais à lui parler. Non pas que je pensais pouvoir regretter ce que je pourrais lui dire. Orkem devait être la seule personne sur Oranda pour qui je pourrais perdre toute forme de respect. J'avais beau être le parfait exemple de la fille gentille, tolérante, conciliante et douce, je n'arrivais pas à trouver la moindre étincelle méritant la moindre attention. Attachée à mes valeurs et à ce que j'étais, je ne voulais pas céder face à lui. Me laisser aller et extérioriser ce que je pouvais ressentir. Il trouverait sûrement le moyen de tourner cela à son avantage. Ce qui n'avait pour effet que d'accroître mon exaspération. « Je me demande bien pourquoi vous insistez à vouloir me garder ici. Ce n'est pas la compagnie qui semble vous manquer, la mienne n'est en rien plus agréable », lançai-je sur un ton neutre. « Mais effectivement, même si je ne vois pas le moindre intérêt à votre entreprise, je comprends bien que vous ne céderez pas. » Ajoutai-je en haussant les épaules. Je joignis mes mains, les serrant l'une contre l'autre. Mon attitude démontrait ma nervosité, l'anxiété et l'inconfort que je ressentais en ces lieux. Ma voix se fit moins assurée, plus douce et hésitante. Tout comme mon regard qui transmettait l'amertume que je ressentais. « Vous... aviez énoncé ma famille. Était-ce seulement pour faire pencher la balance ou avez-vous réellement été renseignés sur eux ? » Je ne souhaitais pas tellement avoir le détail du comment, cela n'aurait sûrement pour effet que de me rendre paranoïaque et rajouterait une méfiance à tout regard que je croiserai. Je n'avais pas besoin de ça. Quant au pourquoi, cela ne faisait que renforcer l'idée dans laquelle Orkem serait complètement fou au point d'aller chercher dans des coins perdus une famille des plus banales et sans intérêt...

Le souvenir de ma famille ; mes parents, ma grand-mère, me fit penser que les années défilaient bien plus vite que l'on n'aimerait. Et qu'en cinq années, j'étais bien placée pour savoir qu'il pouvait s'en passer des choses. La dernière fois que je les avais vus, leurs regards étaient inquiets, perdus, défaitistes. Ils mimaient le bonheur de voir leur seconde fille partir vers la capitale pour sa cérémonie. Leurs appréhensions avaient vu juste : je n'étais pas rentrée à la maison. J'avais fui. Les autorités avaient sûrement dû me déclarer disparue, voire morte... Je ne pouvais qu'imaginer leur profonde peine. Avoir perdu leurs deux enfants chéris... Nous étions leur joie de vivre, la lumière dans cette maison qui avait été si chaleureuse et pleine de vie... Je me souvenais des mélodies jouées par mon père autour des lucioles et au milieu des feuillages enluminés de la forêt fluorescente à la nuit tombée. Les chants que ma sœur et moi fredonnions. Les histoires que notre mère nous racontait et derrière, notre grand-mère qui les exagéraient toutes sous prétexte qu'il fallait nous donner de quoi rêver et penser au-delà de la réalité que l'on nous propose afin de s'émanciper des barrières que le monde s'entêterait à nous imposer. Ce village avait des allures irréalistes lorsque je le comparais à la vie que je menais à présent, les personnes que je rencontrais et leur histoire... Ni mon père, ni ma mère ne m'avaient préparée à affronter le monde tel qui était en dehors de notre communauté. Je serais en droit de leur en vouloir, d'avoir tenu à nous couper ainsi des drames que représentaient les villes et les sociétés qui les régissaient. Mais non. Au contraire. Au moins avais-je pu avoir une enfance des plus innocentes et heureuses. Quoique j'en paye le prix aujourd'hui. « Savent-ils si je suis en vie, ou... ? » La question pourrait paraître incongrue, mais le fait est que jamais je n'avais essayé de les contacter, de leur donner la moindre nouvelle de peur de leur apporter de faux espoirs. S'ils me croyaient morte, au moins parviendraient-ils à faire mon deuil. Cela m'avait condamnée à rester à Dahud, errante, mais après tout ce qui m'était arrivé, j'avais du mal à me projeter de façon concrète dans un retour aux sources... La fébrilité dont je faisais preuve et cette innocence apparaissant alors sur mon visage traduisait à quel point la famille m'importait. C'était une valeur fondamentale que beaucoup de Terre partageaient.

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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:47

-Je me demande bien pourquoi vous insistez à vouloir me garder ici. Mais effectivement, même si je ne vois pas le moindre intérêt à votre entreprise, je comprends bien que vous ne céderez pas.

- A Gorka, vous n'avez pas la même vision des choses que les autres...Si tu avais la possibilité d'avoir devant toi le plus bel oiseau de cette terre, dans une cage, juste l'espace de quarante-huit heures, pourquoi le laisserais-tu filer alors que tu lui rends sa liberté au bout d'un délai si court? Profiter de sa présence t'apportera sans le moindre doute une bien plus grande satisfaction.

Il sourit tranquillement en remuant les braises brûlantes du dos de la main. La chaleur des flammes ne lui faisait plus rien depuis une décennie déjà, et il en jouait à loisir. Au final, la cheminée donnait à la pièce austère un cadre chaleureux et pour lui, oublier un peu la vie de château pour profiter d'une existence plus spartiate était une nécessité pour ne pas devenir fou. Il avait beau être un homme politique, il n'en était pas moins issu du bas-peuple, et quoi qu'il n'entretint plus le moindre lien avec sa famille depuis vingt ans, retrouver ce cadre aussi paisible que sobre avait pour vertu de l'apaiser. Il n'en était pas moins un être brutal et matérialiste, calculateur, manipulateur, et tout ce qui s'en suit, mais cette boîte aux murs et au sol aussi sobres qu'il était possible de l'être était tout ce dont il avait besoin pour survivre...Survivre, voilà un terme qui collait parfaitement à son existence lorsqu'Eden n'était pas là. Elle le détestait, le haïssait, mais le craignait et le respectait aussi. Ces quelques heures en la sachant dans sa demeure étaient, malgré son état second, étaient hors du temps tel qu'il le connaissait. Ca ne durerait pas longtemps, il ne pourrait ni la garder captive longtemps, ni l'emmener avec lui, il le savait, mais il appréciait énormément sa présence, malgré le fait qu'elle avait une compréhensible aversion pour ce qu'il était (et pour QUI il était également). Il la laissa poursuivre après avoir remis une buche dans le feu.

-Vous... aviez énoncé ma famille. Était-ce seulement pour faire pencher la balance ou avez-vous réellement été renseignés sur eux ?

Il hésita un instant avant de répondre qu'il avait un agent à Gorka qui leur avait rendu une visite courtoise, et qui lui avait rapporté dans le moindre détail ce qui s'était dit et fait, aussi étaient-ils sous surveillance, se contentant tout simplement de prendre le temps de choisir ses mots avec soin. En vue de parler plus sérieusement, il se tourna vers la jeune femme. L'idée de devoir lui donner des informations précieuses, du moins, qu'il pourrait utiliser, l'ennuyait quelque peu, mais en lui disant la vérité, il gagnait un levier de pression supplémentaire. Il aurait largement préféré le garder pour plus tard, ayant déjà abattu quelques cartes dans les trois heures précédentes, mais son choix était fait : il avait encore suffisamment d'atout pour gagner la partie, que ce soit par un coup soudain ou à l'usure. Il en était un qu'il gardait en main, et qu'il garderait encore longtemps, mais il pouvait bien céder à l'envie de faire monter la pression d'un cran pour cette fois. Eden le prit de court alors qu'il allait lui adresser la parole, mais son état ne lui permettait pas vraiment de jouer sur la vitesse. Sur l'empathie, en revanche, et sur le fait qu'elle semblait, à en juger par ses expressions faciales et gestes plus ou moins conscients, tenir énormément à sa famille, il pouvait largement s'avancer.

-Savent-ils si je suis en vie, ou... ?

La question le prit quelque peu de court. Il aurait du se douter qu'elle la lui poserait...D'ailleurs il s'en était douté fortement, lorsqu'il avait, la veille, imaginé la grande majorité des scénarios possibles face aux arguments avancés. Mais complètement abruti par le venin du rôdeur mortel, il était incapable de se souvenir de la parade préparée, aussi se contenta-t'il, le plus calmement du monde, de joindre ses mains, face à Eden, se retenant de la toucher, tout en la regardant dans les yeux.

- Bien sûr qu'ils le savent. Mais rassure-toi, ils ne t'en veulent pas d'avoir disparue. Ils pensent que tu travailles pour une personne influente, et que ton emploi t'accapare énormément. Mon agent à Gorka est allé à leur rencontre il y a moins de deux semaines. Elröde a été soulagé d'apprendre que tu allais bien, Kirona est restée plus neutre, mais elle a semble-t'il, paru avoir été libérée d'un poids. Ils ne savent pas si tu a été choisie par un élément, mais ils ont demandé à ce que leurs salutations, ainsi que leurs espoirs de te revoir bientôt.

Il caressait sa main droite de sa main gauche, puis reproduisait le même geste dans l'autre sens, dans un bruissement léger, et ainsi de suite. Cela semblait lui faire parvenir à contenir la douleur qui jusqu'à lors le faisait trembloter par instants, saisi de légers spasmes, principalement aux omoplates, aux biceps et au bas de la colonne vertébrale. Il passa ses deux mains le long de son crâne, contre sa peau, effleurant à peine sa coiffure traditionnelle de l'armée Seznienne. Traditionnelle, oui, de quelle époque, voila une autre question. Les doigts entrecroisés, mains sur la nuque, tête basse, il gronda d'une voix rauque et imposante.

- Dhelm!

La porte s'ouvrit moins de trois secondes plus tard sur son garde ayant accouru depuis les jardins par un raccourci comme la maison en regorgeait, rouge d'uniforme et de visage. Le sprint n'était pas sa spécialité, surtout dans les escaliers. L'efficacité rapide, mais pas l'endurance. C'était noté : il faudrait soumettre ce garde à un entrainement intensif. D'un simple tapotement sur sa nuque, Orkem se fit comprendre. Au vu de la sueur qui coulait le long de ses joues et de ses épaules sur son torse-nu, inutile d'être un génie pour savoir qu'il souhaitait boire. Un signe de tête (puis de main) de Dhelm plus tard, la porte se referma. Valhaan fit signe à son "invitée" de ne rien dire, son hyperthermie évidente faisait battre le sang à ses tempes, un bruit trop important aurait eu la faculté de le rendre fou de rage. Sanguins, les Sezni l'était. Et Sezni, plus que tout autre, Orkem l'était. Lorsque le garde revint, portant cinq carafes d'un bon litre chacune, toutes remplies d'un liquide différent (une d'eau, une de jus de pomme, une de jus de poire, une autre de cidre et une dernière de thé froid) sur un plateau d'argent, il déposa celui-ci à côté de son employeur et lui tendit un verre d'eau fraiche, l'intendant ayant racheté des pains de glace récemment à un maître de l'eau en faisant commerce. Un autre verre, vide, ainsi qu'une petite boîte de glaçons, faite de métal. Orkem se leva lentement, la carafe d'eau en main droite, et sortit de la pièce en ingurgitant la moitié de celle-ci d'une traite, le verre dans la main gauche. Un bruit d'eau se fit entendre : il avait fini la carafe et avait versé sur son front le verre d'eau pour se rafraichir. Il s'assit dans le couloir sans mot dire, sur le rebord de la rambarde qui donnait du surplomb sur la grande cour intérieure. Dhelm soupira lentement, dépité. Il admirait Vahlaan depuis qu'il avait fait ses classes sous les ordres de celui qui était aujourd'hui conseiller du Generalissime, mais jamais il n'avait su accepter de découvrir les consommations de son employeur, et l'état dans lequel ça le mettait. Il grinça une phrase à mi-voix, entre ses dents, avant de s'adresser à Eden.

- Putain, mais pourquoi, Vahlaan...Pourquoi...Hrrm. Pardonnez-mon impolitesse, Mademoiselle, puis-je vous être utile pendant que le conseiller se...rafraichit?

Il ne regardait pas Eden dans les yeux. Il en était incapable. Cette pauvre gamine était traumatisée à la seule idée de se trouver avec Vahlaan, inutile d'être un grand savant pour le voir. Elle avait pris son courage à deux mains pour aller le rencontrer et le questionner. c'était un fait indéniable : elle avait du cran. Et Dhelm, ayant aidé à sa capture, s'en voulait quelque peu. Mais on ne contredisait pas le patron, c'était un fait, si on ne voulait pas finir en chiche-kebab dans la seconde. Même Shore et lui, pourtant rompus à la manipulation des flammes, savaient qu'un homme comme Orkem était un danger létal lorsque la colère le submergeait. Il était respecté par la totalité de l'armée, pourtant bien des fils de Sezni pouvaient prétendre à une meilleure maîtrise du feu que lui, mais c'était en plus un excellent combattant, armé ou à mains nues, et si il venait à être défait, Sven prendrait sans doute le cas en main lui-même, chose qu'aucun des membres de l'armée ne voulait. Orkem était intouchable, c'était un fait, pour un Seznien comme pour un autre, militaire ou non. Il jouissait d'une protection permanente et totale, une impunité parfaite pour le moindre de ses mots ou de ses actes, et quand bien même, rares étaient ceux qui pourraient prétendre à le vaincre en face-à-face sans considérer ces facteurs externes. Dhelm était triste pour cette petite. Mais il ne l'aiderait pas à sortir, sa survie, celle de sa femme et de sa fille étaient en jeu. Et puis, un "il ne savait quoi" le poussait à penser qu'en réalité, même si sa manière de faire était totalement abjecte, Orkem ne souhaitait pas faire plus de mal à cette jeune femme. Observant le couloir du coin de l'oeil pour s'assurer que son employeur ne revienne pas, Dhelm se pencha lentement vers la jeune femme pour ne pas l'effrayer murmura quelques mots alors que la respiration haletante d'Orkem était audible et semblait ne pas se déplacer.

- Tenez bon, deux jours et vous serez libre...il ne vous veut pas de mal, mais il est imprévisible...courage..., dit-il distinctement avant de se redresser et de s'éclaircir la gorge, reprenant à voix haute: Si vous souhaitez manger ou boire quoi que ce soit, ou si vous souhaitez lire un ouvrage particulier, ou vous adonner à un passe-temps quel qu'il soit, n'hésitez pas, les lieux sont riches en divertissement et en denrées de tout Oranda. Shore vous l'a surement déja dit, mais sauf si le conseiller Vahlaan nous commande quelque chose, nous sommes à votre disposition.

La lettre que tenait Vahlaan était au sol. Le papier n'était pas d'une qualité extraordinaire, la cire et l'encre non plus, visiblement, ce n'était pas une missive officielle, ou si elle l'était, elle venait d'un petit fonctionnaire sans importance, mais Orkem n'était pas coutumier de ce genre de correspondants, il n'accordait aucune importance à leurs écrits, ou, quand il les lisait seulement, les jetait aussitôt. Dhelm arqua un sourcil en le remarquant et reporta son regard sur le mur face à lui sans croiser le regard d'Eden. Il était peut-être Sezni. Peut-être soldat. Mais il restait un homme. Et si la survie de sa famille n'était pas en jeu, il aurait sans doute aidé cette femme à s'enfuir. Seulement ce n'était pas le cas, et par honte d'être impuissant plus que par professionnalisme en tant que garde, il n'osait pas lui offrir son regard désolé. Orkem semblait se calmer peu à peu dans le couloir, mais il semblait souhaiter y restait tant qu'il halèterait.

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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:48

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La couleur de l'ombre
Hormis de grands principes moraux sans frontières, les valeurs et la façon de vivre de chacun différaient selon les régions. Il arrivait même que dans une région, les personnes vivent différemment selon leur emplacement. J'ai vite compris en arrivant à la capitale que ma communauté n'avait rien de classique. Même pour des Terre. Même à Gorka. Et cela me coûtait cher. On ne brise pas le dôme de cristal de notre enfance dans lequel nous avons été confiné si aisément. Enfin si... Orkem avait brisé le mien de diverses façons. Comme s'il avait pris soin d'en faire disparaître le moindre éclat, la moindre miette. Là où grandir se faisait progressivement, je n'avais eu qu'une grosse gifle soudaine qui m'avait fait rentrer dans l'âge adulte si brusquement que j'en avais mélangé l'enfance et la personne en devenir. Tout cela avait sommeillé dans une période de flottement. Pendant cinq années où j'étais restée loin de Lucrezia, retirée de tout et de tous. Il fallut d'une fois. D'une capture. D'une rencontre. D'un filet d'espoir dans lequel je me suis jetée avant de me rendre compte que quoi que je décide finalement de faire, mon passé me rattrapera. Orkem n'allait jamais me laisser... Jamais. Envoyé sur Oranda pour me nuire, me détruire, petit à petit, dans l'ignorance des autres. Or, je ne voulais pas que l'histoire se répète. Pas maintenant que je commençais à démarrer une vie normale et sans grands encombres. Ma situation avait beau être des plus fébriles, j'avais Ranrek qui veillait sur moi, et c'est tout ce que je souhaitais... « À Gorka, vous n'avez pas la même vision des choses que les autres... Si tu avais la possibilité d'avoir devant toi le plus bel oiseau de cette terre, dans une cage, juste l'espace de quarante-huit heures, pourquoi le laisserais-tu filer alors que tu lui rends sa liberté au bout d'un délai si court ? Profiter de sa présence t'apportera sans le moindre doute une bien plus grande satisfaction. » Son analogie me pinça le cœur au souvenir des lucioles que nous gardions près de nous la nuit tombée. Mon regard se détourna vers les flammes vacillantes. Je ne pouvais que difficilement lui donner tort pour le coup. Mais je n'avais rien de cette lumière évanescente, ni la mélodie d'un oiseau... Je ne comprenais pas ce que j'apportais à cet homme par ma seule présence. Par manque de compréhension ? Ou simplement par manque de volonté ?

Mes traits se crispèrent alors que de sa main, il remuait les braises. Le feu ne lui faisait rien, passait sur sa peau comme le vent sur la mienne. Comment pouvait-il avoir conscience du mal qu'il m'avait fait si lui-même ne pouvait ressentir la douleur que ces flammes feraient sur ma peau ? Ces marques qui me suivraient jusqu'au bout de ma vie n'étaient qu'un moindre mal comparé à la douleur que j'avais ressentie. Les cris perçants de mes souffrances hantaient encore mes cauchemars. Lui les avait sûrement déjà oubliés. Bercé d'alcool et autres substances. Le Conseiller paraissait souffrir à chaque seconde, corps endoloris par je ne sais quel produit. À ma grande stupeur, je n'en avais que faire. Alors que j'étais capable de soutenir même les Ergorn si l'un d'eux venait à être mal au point, je constatais avec effroi que la seule chose qui me gênait ici c'était d'assister à sa déchéance. S'il pouvait aller souffrir ailleurs, ce serait un grand service. Même si j'avais toutes les raisons de lui souhaiter ce mal, de ne pas vouloir l'aider de quelque façon que ce soit, cela me coûtait. Bien qu'aucun élan bienveillant ne me prît au corps, je n'éprouvais cependant aucun plaisir à le voir dans cet état... À mon questionnement sur mes parents, il se tourna vers moi. J'eus un léger mouvement de recul. Un pas que je ne terminai pas, ne souhaitant que trop avoir ma réponse. « Bien sûr qu'ils le savent. » Mes lèvres se serrèrent. Il avait l'air étonné que je lui pose cette question. Ma respiration se fit absente un instant avant qu'il ne poursuive. « Mais rassures-toi, ils ne t'en veulent pas d'avoir disparu. Ils pensent que tu travailles pour une personne influente, et que ton emploi t'accapare énormément. » Mon emploi du temps... J'aurais pu les contacter, Ranrek devait forcément avoir un moyen ou des contacts pour envoyer des messagers à Gorka... Je me sentais mal face à ce mensonge. Une fille indigne, et pourtant la seule qui leur restait. Je n'étais pas une personne digne de confiance et encore moins digne de l'amour qu'ils pouvaient me porter... Chancelante, malgré la proximité d'Orkem, je m'assis sur le coussin apporté à mon arrivée. « Mon agent à Gorka est allé à leur rencontre il y a moins de deux semaines. Elröde a été soulagé d'apprendre que tu allais bien, Kiona est restée plus neutre, mais elle a semble-t-il, paru avoir été libérée d'un poids. Ils ne savent pas si tu as été choisie par un élément, mais ils ont demandé à ce que leurs salutations, ainsi que leurs espoirs de te revoir bientôt. » Les mains jointes sur mes jambes, je cachais ma nervosité avec difficulté. D'un sens j'étais rassurée, dans un autre je culpabilisais. Il fallait que je les retrouve... Que je leur sois rendue... Même si cela lui ferait mal, Ranrek, si je le lui demandais, s'arrangerait pour me faire passer la frontière. Mais en avais-je réellement envie ? Partagée entre les sentiments que je pensais éprouver pour lui et d'un autre côté l'appréhension de ne pas retrouver dans mon village les mêmes rêves que je portais auparavant me taraudait l'esprit. Le regardant du coin de l'œil, je me dis que de toute façon, le choix de les retrouver ou non ne m'appartenait pas vraiment...

Le mal paraissait saisir Orkem de plus en plus. L'envahir et le tirailler. Il ne semblait pas percevoir mon regard, comme s'il se trouvait à des lieues d'ici. Le frottement de ses mains, sa posture... Je sursautai lorsqu'il scanda le nom d'un de ses gardes. Des pas lourds se firent entendre et quelques instants après, Dhelm passait la porte de l'office. Une brève apparition avant qu'il ne s'empresse de repartir. Étrangement, même dans cet état, Orkem m'inspirait la même crainte. Voire même plus encore qu'à la normale. Les Feu avaient cette impulsivité qui, non contenue, pouvait faire bien plus que des étincelles. Des êtres gorgés de colère encouragés par une force qui les dépasse. Celle de leur élément. Il me fit signe de ne rien dire. Ce n'est pas comme si je souhaitais m'enquérir de son état. Je voyais bien qu'il était souffrant. Mais il est vrai que j'aurais bien profité de cet instant pour prendre congé. De peur qu'il ne prenne le moindre de mes gestes comme mal venu et ne s'en prenne à moi dans cet état, je restai silencieuse et immobile. Dhelm revint rapidement avec plusieurs carafes sur un plateau. Observant dubitativement la scène, je ne fus que soulagée lorsque le maître des lieux décida de se retirer. Une longue expiration rassurée, mon attention fut happée par le garde. « Putain, mais pourquoi, Vahlaan... Pourquoi... Hrrm. » Grogna-t-il dans sa barbe sans que je ne puisse vraiment déchirer le détail de ses mots. L'état du Conseiller semblait le dépiter. « Pardonnez mon impolitesse, Mademoiselle, puis-je vous être utile pendant que le Conseiller se... rafraîchit ? » Les sourcils froncés, je fis non de la tête. Le regard fuyant de Dhelm me donnait l'impression que quelque chose n'allait pas dans le comportement d'Orkem et cela n'était pas dû à ma présence. Ce qu'il avait mangé, inhalé, semblait en être la cause. Cette dévotion dont paraissait faire preuve le garde envers son supérieur me semblait être paradoxale. Comment pouvait-on marcher avec une personne capable de tuer un innocent et être ainsi attaché à lui ? Le raisonnement des Feu me dépassait complètement... Cet homme avait tué mon garde et après tout le mal qu'il m'avait fait, ne s'était sûrement pas épargné d'autres plaisirs avec d'autres victimes, je n'étais sûrement pas la seule à qui il s'en était pris de la sorte. Pourquoi avoir le moindre souci pour ce monstre ? À part si Dhelm et Shore étaient de la même trempe, mais cachaient bien leur jeu, à part s'ils jouaient volontairement les aveugles, comment pouvaient-ils le servir avec autant de déférence ? Je ne me doutais pas un instant qu'ils puissent subir la même pression que moi pour leurs proches. Une personne qui menace de faire du mal aux personnes à qui je tiens n'allait pas avoir ma sympathie. J'avais beau être le genre de personnes à empêcher mon pire ennemi de tomber dans une fosse sans fond, j'étais loin de souhaiter le faire avec toute la délicatesse et le soin dont je pouvais faire preuve.

Intriguée, je laissai le garde se pencher vers moi. Il semblait préoccupé, peu assuré, vigilant face au moindre bruit. « Tenez bon deux jours et vous serez libre... » Me dit-il à voix basse, ne souhaitant visiblement pas qu'Orkem ne l'entende. « Il ne vous veut pas de mal, mais il est imprévisible... courage... » Je secouai doucement ma tête de gauche à droite. Son impulsivité ni ses pulsions ne m'étaient malheureusement étrangères... Il m'était difficile de croire en ses mots. Il ne me veut pas de mal... Aberrant. S'il ne me voulait pas de mal, il me laisserait partir. Il n'aurait pas tué le garde qui m'accompagnait pour me maintenir dans ce substitut de palais. Non. Le plus beau des oiseaux, si un jour on l'a blessé, tout ce qu'on peut faire, c'est le laisser tranquille. Le laisser voler sans plus jamais interférer dans sa vie. Ce n'est pas ce qu'Orkem faisait. Il m'avait poussée dans un gouffre sans fond auquel j'ai pourtant réussi à m'accrocher pour remonter, petit à petit. Difficilement, non sans aide, mais je remontais. Au moment où la lumière du jour m'apparaissait enfin, c'est son regard perçant qui m'accueillait. Prêt à prendre ma main pour m'aider à remonter de ce gouffre avant de me pousser à nouveau dedans. Je ne voulais pas revivre cette chute. Non. Impossible. Je risquais de ne pas réussir à me raccrocher à la moindre paroi. Et je ne voulais pas tomber jusqu'à abandonner... Dhelm reprit d'une voix haute après s'être éclairci la voix : « Si vous souhaitez manger ou boire quoi que ce soit, ou si vous souhaitez lire un ouvrage particulier, ou vous adonner à un passe-temps quel qu'il soit, n'hésitez pas, les lieux sont riches en divertissement et en denrées de tout Oranda. Shore vous l'a sûrement déjà dit, mais sauf si le Conseiller Vahlaan nous commande quelque chose, nous sommes à votre disposition. » Ma jambe tremblait frénétiquement. Fixant le sol, je remarquai la lettre qu'Orkem était si impatient de recevoir. Intriguée, je jetai un œil discret à Dhelm, faisant mine de regarder le feu qui, nourrit, se voyait renforcé de flammes plus fortes. Reportant mon attention sur la lettre, je distinguai difficilement le sceau. Un oiseau ? Cela n'avait aucune importance de toute façon. Je me levai doucement, me mettant un peu plus à distance du feu mais ne quittant pas la proximité de Dhelm. « Que lui arrive-t-il ? » Demandai-je d'une voix si basse que les halètements d'Orkem, bien que plus calmes, surpassaient. Mon expression révélait plus ma curiosité que mon inquiétude quant à son état. Je cherchais le regard du garde qui semblait me fuir. Comme s'il se reprochait quelque chose. Allant d'un œil fuyant à l'autre, j'ajoutai : « Vous n'avez pas l'air ignorant, vous pouvez deviner sans mal les horreurs qu'il a pu me faire subir par le passé, je ne peux pas rester sagement ici à attendre l'instant où, imprévisible que vous le décrivez, il ne me fasse à nouveau du mal. Votre seule impression ne suffit pas à me convaincre qu'il a changé au point de ne souhaiter que mon bien. » Lui dis-je en relevant la manche qui, sans aller jusqu'à mon poignet d'où se dessinaient déjà quelques affres, masquait jusqu'alors la cicatrice qui cachait ma marque de Terre. Je n'attendais pas que lui ou Shore ne vienne à m'aider à m'enfuir. Cela ne serait qu'un suicide collectif. Mais je souhaitais qu'il ouvre les yeux et ne vienne pas me dire que le Conseiller ne nourrissait pas de mauvaises intentions à mon égard. Ce faste qu'il me proposait ne suffira jamais pour effacer le mal qu'il m'avait fait.

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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:50

-... Attendez un instant.

Il sortit pour se pencher par dessus la rambarde et gueuler à son camarade d'amener Orkem aux termes pour qu'il puisse se reposer. Vahlaan ne déclina pas, il avait l'habitude de s'y rendre quand la douleur se faisait trop forte, mais il n'était pas en état d'y aller seul. Ses domestiques y étaient habitués. Dhelm s'éloigna quelque peu de l'encadrement de la porte, le temps d'indiquer à Shore comment gérer ce genre de crises, auxquelles il était maintenant rompu, et revint auprès d'Eden. Il dégaina la lame qu'il portait au côté et la posa sur le bureau avant de venir s'assoir face au coussin sur lequel était installé la jeune femme, à une distance raisonnable pour ne pas être intrusif, mais en vue qu'elle puisse l'entendre. Il referma la porte et soupira longuement tandis que Shore amenait Orkem dans les escaliers de l'autre côté. Il attendit que le bruit des bottes ferrées de son collègue se soit éloigné suffisamment avant de reprendre.

- Répondons dans l'ordre: que lui arrive-t'il? Si il ne s'abrutit pas en ingérant ses poisons divers, Vahlaan est un tortionnaire permanent. Seulement le venin de scorpion provoque, durant les quatre à six premières heures, des douleurs atroces. Une fois, Shore a tenté le coup, et pourtant, c'est un dur...Il a passé cinq heures à hurler et à convulser, sans qu'on ne puisse rien y faire. Une fois ingéré, le venin ne s'évacue pas tant qu'il n'a pas fini d'agir.. Vahlaan est habitué, mais il n'en souffre pas moins pour autant. Depuis son retour de la jungle il y a cinq ans, il a commencé ces conneries.

Il soupira à nouveau. Il admirait Orkem pour ses capacités militaires, stratégiques, martiales, même. Il admirait cet homme à la poigne de fer et à la volonté d'acier, ce meneur-né qui leur avait offert, à Shore et à lui, la chance, alors qu'ils n'étaient que des soldats de métier, de prendre du grade et de subvenir aux besoins de leur famille, ce qu'un solde classique n'offrait pas. Ils avaient sauté sur l'occasion, parmi des dizaines d'autres, et c'étaient eux qui avaient, à deux périodes différentes, été retenus pour le poste qu'ils occupaient depuis lors. Eden objecta (comment aurait-elle pu ne pas le faire? Elle avait en un sens raison) qu'il avait idée de ce qui s'était passé entre lui et elle, cinq ans plus tôt. Bien sûr qu'il le savait. Et à cette époque déjà, il avait regretté le simple fait de faire les "courses" d'Orkem pour cette jeune femme, d'à peine quinze ans, et pour son maître. Mais il n'avait pas le choix. Il reprit en tentant de garder une certaine consistance, que l'ingénuité et le désespoir de cette jeune femme attaquaient fortement sans qu'elle le veuille vraiment.

-J'aimerais pouvoir vous faire sortir de là, maintenant, et dire que vous avez trompé ma vigilance. Mais...J'ai le choix entre sauver une vie et voir ma femme et ma fille mourir, ou tempérer Vahlaan au mieux pendant deux jours et conserver tout le monde en vie. Shore et moi discutions tout à l'heure de ce qu'il en était, il y perdrait encore plus que moi s'il vous aidait. Vahlaan est un bon employeur. Nous sommes des soldats de Sezni, nous avons des familles à nourrir, et entre mourir sur un front éventuel et passer sa journée à s'entrainer pour au final ne jamais appliquer ce que l'on apprend, et avoir un travail, quoi qu'auprès d'un fou ou d'un génie selon le point de vue, bien plus intéressant mais dans lequel l'erreur n'est pas permise, le choix a été vite fait pour ceux qui désiraient servir leur nation. Mais ni Shore ni moi n'avons été volontaires pour servir de geôliers à une innocente qui a déja perdu son innocence, son honneur et sa marque des mains de notre employeur. Cela dit, je connais bien Vahlaan, et ni vous ni moi n'avons tort : il ne vous fera pas de mal, c'est une certitude, mais je n'ai pas dit qu'il ne souhaitait que votre bien. Il vous veut, vous. Il est obsédé par vous, jour et nuit, s'il ne travaille pas, il ne peut s'empêcher de réfléchir à haute voix, et votre nom revient très souvent dans ses réflexions. Je ne vous dirais pas de vous rendre à lui, je désapprouve profondément ses actes vous concernant. Mais à part limiter la casse, un simple garde du corps ne peut rien faire...Et les Ergorn n'y pourront rien non plus. Je vous laisse deviner qui est en charge des espions Sezni à Gorka et ici...Karam Ergorn et Vahlaan sont de très bons amis, et quoi qu'il tente, Sven ne peut que vous protéger de lui quelques temps, mais Orkem a tout pour le faire tomber. Peut-être pas dans la déchéance. Mais suffisamment bas pour qu'il n'aie d'autre choix que de vous livrer.

Il reprit son souffle, se dirigea vers la porte et l'entrebailla. Shore gardait toujours l'entrée des bains, Orkem y était donc encore. Ils avaient toujours quelques minutes. Dhelm semblait nerveux, ce qu'il était en train de faire lui vaudrait très probablement une exécution sommaire ainsi qu'à toute sa famille si Vahlaan venait à l'entendre, et il ne pouvait pas se permettre de mettre sa famille en danger beaucoup plus longtemps : le conseiller ne tarderait pas à revenir rafraichi et dans de bien meilleures dispositions pour discuter avec la jeune femme. Le temps pressait, et il aurait aimé aidé Eden à cerner un peu mieux Vahlaan qu'elle ne le faisait, mais il lui faudrait des heures pour décortiquer la personnalité complexe de celui qu'elle voyait seulement comme un fou furieux.

- Le temps presse, il ne va pas tarder à sortir du caldarium. Si Orkem n'a pas encore fait pression sur Karam pour vous arracher des mains de son fils, c'est parce que vous ne verriez en lui qu'un monstre sanguinaire et pervers, ce qui est effectivement une partie de sa personnalité, mais il a bien des qualités, quoi que vous puissiez en penser. Si vous êtes ici, c'est à la fois pour que vous sachiez qu'à ses yeux quoi que vous fassiez, vous êtes fichue, mais aussi parce...je ne sais pas comment le formuler, disons qu'il aimerait que vous le cerniez un peu mieux. Il a changé depuis cette période. Vis à vis de nous, mais aussi vis à vis de vous. Que vous accordiez de l'importance à mon propos ou non, que vous me voyez comme un complice volontaire ou non de ce qui vous arrive, cela vous regarde, mais je vous en prie, ne lui dites rien sur notre discussion. Vous auriez la mort de deux adultes et d'une enfant de six ans sur la conscience. Si vous avez des questions à son sujet, Shore ou Moïra le connaissent bien aussi, et ils ont ordre d'être à votre disposition...Je vais essayer de le retarder un peu, pour que vous puissiez être tranquille encore quelques minutes. Ce ne sont que quarante-huit heures, après quoi il repartira quelques temps à Sezni...Tenez bon.


Il fit quelque pas jusqu'au bureau et récupéra son arme, qu'il remit dans le fourreau à sa hanche avant de sortir, et grand bien lui en prit: il vit Shore discuter avec Orkem dans la cour. Descendant les escaliers quatre à quatre, il prit le relais et entraina le conseiller Vahlaan un peu plus loin en lui présentant divers problèmes du moment, notamment insistant sur le fait qu'il n'avait pas beaucoup oeuvré à la préparation de son rendez-vous deux jours plus tard. Orkem en convint et se décida à aller travailler dans le petit salon, Dhelm lui glissant qu'Eden souhaiterait peut-être un peu de repos, et que si ce n'était pas dit clairement, cela éviterait à la demoiselle de se mettre en plus mauvaises dispositions qu'elle ne l'était déjà. Shore passa un instant la voir, glissant la tête par la porte de l'office de son employeur, lui adressant une simple phrase avant de repartir :

- Moïra refait votre lit, mademoiselle, le conseiller Vahlaan vous présente ses excuses mais il ne pourra vous rejoindre que dans un peu plus d'une heure et demie, il doit se pencher sur un dossier urgent.

Il la salua d'un signe de tête avant de retourner dans les jardins, ne s'embarassant pas des escaliers puisque personne n'était dans les environs, il se contenta de sauter par dessus la barrière et de se réceptionner sur la margelle de la fenetre en dessous avant de se laisser tomber sur l'herbe et retourner se dorer au soleil.


----------------


La douleur avait commencé à saisir ses nerfs centimètre après centimètre, cette sensation horrible de progression de la morsure acide du venin de scorpion dans tout son corps, il la connaissait bien, très bien...Mais jamais au grand jamais il n'avait pensé qu'il en ferait aussi souvent les frais. En règle générale, il n'avait pas ce probleme, mais il s'était accoutumé à la surdose : il était impossible de prévoir si le rôdeur mortel contenait une petite ou une grande quantité de venin. Il s'était laissé mener par Shore jusqu'aux bains, son corps appelait à l'aide, son esprit n'était plus capable de guider quoi que ce soit. Le trajet ne lui sembla même pas être arrivé, il se laissa choir, vêtu de son pantalon, dans le bassin d'eau glacée, s'immergeant totalement pour profiter du liquide revigorant. A l'instant ou il fut recouvert du liquide transparent nécessaire à toute vie sur terre, il lui sembla qu'on lui enfonçait dans le corps des milliers d'épines à travers la chair et les muscles. Il en hurla de douleur sous l'eau, à une force qui aurait pu faire vibrer les murs si l'onde claire et pure n'avait pas étouffé le son de son cri. Rapidement, la douleur passa au profit de la relaxation et sa température corporelle commença à chuter jusqu'à devenir supportable. Il passa par des phases de calme, d'agitation, d'hallucinations et d'extra-lucidité, jusqu'à retrouver un semblant de calme et e contrôle physique, s'autorisant un petit bain dans le bassin d'eau tiède avant de se sécher et de se changer. Shore l'attendait à la sortie, et tous deux discutèrent rapidement du déroulement des jours à venir jusqu'à ce que Dhelm prenne le relais. Il articula lentement mais calmement, les yeux clos, habitué à l'ambiance sombre des bains plus qu'à la lumière du soleil.

- Je reviendrais dans mon bureau d'ici une heure et demie. Accompagne-moi au salon, Dhelm...Nous avons à faire...

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~#~Sujet: Re: Color of the shadow ☙ Orkem Ven 9 Juin - 15:50

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La couleur de l'ombre
Dhelm, préoccupé, me demanda de patienter un instant. Je réajustai la manche de la robe que je portais. Il se rendit vers la rambarde qui liait l'office aux jardins par lesquels j'avais été amenée. Shore le rejoint à son appel et ils restèrent quelques petites secondes à discuter avant que Shore ne conduise Orkem ailleurs. Avec toutes les horreurs que le maître des lieux avait dû commettre, ça ne m'étonnait qu'à moitié qu'il se mette dans ce genre d'états. Ou peut-être était-ce une maladie qui le menaçait et que tout cela n'était fait que dans l'espoir d'obtenir ma rédemption avant de partir pour l'autre monde... Cela paraissait beau comme rêve ; malheureusement, je ne pense pas qu'il soit homme à se laisser abattre par la maladie. Ce serait bien trop simple. Je m'installai à nouveau sur le coussin, surveillant le mouvement des flammes, inquiète qu'elle ne finissent par m'atteindre tant elles étaient vives. Le crépitement des tisons semblait faire une chanson... Dhelm finit par revenir près de moi. Je le suivis du regard alors qu'il vint s'asseoir à mes côtés. Il commença à répondre à mes questions une fois les deux autres hommes éloignés. « Si il ne s'abrutit pas en ingérant ses poisons divers, Vahlaan est un tortionnaire permanent. » Ce n'est pas parce qu'il voile ses pulsions de stupéfiants que cela les lui retire... Altérer l'esprit ne réglait en rien ses problèmes... Au contraire, il fallait toute sa lucidité et toute sa conscience pour affronter ses maux et parvenir à les surmonter, les canaliser, les contrôler, ne pas les laisser nous envahir. Il choisissait là la facilité. Mais il fallait avouer que ses élans pouvaient être bien plus néfastes que l'auto-sabotage auquel il se livrait avec ces... scorpions. Dhelm me décrivit les effets de ce venin qu'Orkem consommait. « Depuis son retour de la jungle il y a cinq ans, il a commencé ces conneries. » Cinq ans... un vent glacé sembla s'emparer de moi. Il n'y avait pas ce genre de bête à Dahud, j'avais eu bien assez de temps pour le savoir. C'est à son retour à Sezni qu'il avait dû commencer. Après ma fuite.

Les dieux avaient-ils trouvé là leur moyen de lui faire payer ses actes ? Sachant que je ne pourrais jamais me venger ni rééquilibrer la balance, ils l'avaient amené à se bercer dans cette addiction faite de douleur ? Quand bien même cela puisse à juste titre me consoler, de savoir qu'il souffre pour le mal qu'il a pu faire, je ne parvenais pas à me persuader qu'il me fallait m'en réjouir. Tentant de me forcer à trouver en cela une justice, je compris que plus j'y pensais, et moins j'y croyais. Je chassai cela en maintenant mon attention sur le garde qui semblait vouloir s'ouvrir. Se lisait sur son visage un désir de m'aider et en même temps, une retenue qui lui était forcée. Dhelm me confia qu'il aurait aimé m'aider à sortir d'ici. Mais mon visage ne s'en illumina guère. Je savais qu'il y avait des circonstances le bloquant tout autant qu'elles me maintenaient prisonnières. « J'ai le choix entre sauver une vie et voir ma femme et ma fille mourir, ou tempérer Vahlaan au mieux pendant deux jours et conserver tout le monde en vie. Shore et moi discutions tout à l'heure de ce qu'il en était, il y perdrait encore plus que moi s'il vous aidait. » Ce constat ne me navra pas plus que cela. Je comprenais que les enjeux étaient gros pour chacun de nous. Orkem semblait vouloir contrôler tout ce qui l'entourait. Un moyen d'assurer la loyauté et la dévotion de toutes les personnes qui l'approchaient. En procédant ainsi, il n'avait pas à accorder sa confiance à quiconque. Elle était maintenue par la crainte et la pression qu'il exerçait en trouvant des leviers pour tous ceux qui étaient amenés à le fréquenter. Ou toutes les personnes qu'il souhaitait fréquenter... Dhelm continuait à me décrire sa position et le rapport qu'ils avaient avec Orkem. Ils semblaient en savoir bien plus que je ne pouvais le penser... L'écoutant, je baissai mes yeux, honteuse de ce qui avait pu m'arriver. Je pensais pourtant avoir parcouru assez de chemin pour assumer et accepter tout ce qui s'était passer. Mais maintenant que tout remontait à la surface, je n'étais plus sûre de rien...

Luttant pour que chaque parole de Dhelm reste inscrite dans mon esprit, j'occultai la proximité du feu qui m'intimidait. « Mais ni Shore ni moi n'avons été volontaires pour servir de geôliers à une innocente qui a déjà perdu son innocence, son honneur et sa marque des mains de notre employeur. Cela dit, je connais bien Vahlaan, et ni vous ni moi n'avons tort : il ne vous fera pas de mal, c'est une certitude, mais je n'ai pas dit qu'il ne souhaitait que votre bien. Il vous veut, vous. » Ses mots me heurtèrent de plein fouet. Une nuance bien faible entre le fait de ne pas vouloir me faire du mal et ne pas souhaiter que mon bien. Orkem n'allait aucunement jeter son dévolu sur quelqu'un d'autre. Cela justifiait cet acharnement malgré les années à vouloir placer des cartes lorsque moi, perdue, je ne souhaitais qu'une chose : fuir la réalité. Ce temps, il l'avait employé dans le seul but de me cerner et d'éloigner toute possibilité que je lui échappe à nouveau. Je peinais à respirer, mais essayer de cacher ce mélange de sentiments qui me traversaient. J'étais démunie... « Il est obsédé par vous, jour et nuit, s'il ne travaille pas, il ne peut s'empêcher de réfléchir à haute voix, et votre nom revient très souvent dans ses réflexions. » M'efforçant de rester entière, je passai mes mains sur mon visage avant de prendre une grande inspiration pour conserver mon calme. Je pinçai mes lèvres de mes dents, reportant mon regard sur le feu qui me paraissait alors bien moins redoutable que les révélations que m'accordait le garde. Il me confia que ni lui, ni Shore, ni les Ergorn ne pourraient m'être d'aucune aide. Mes yeux cherchèrent les siens. Chaque mot enfonçait un peu plus le clou dans la plaie. J'étais cernée, pieds et mains liés, et seule. Au moindre mouvement, Orkem pourrait faire jouer sa relation avec Karam et Sven ne pourrait sûrement rien y faire. Oh je ne m'attendais pas à ce que le dictateur en personne vienne à se mêler des affaires aussi futiles qu'une Terre refusant de se plier à l'un de ses Conseillers. Il laisserait probablement carte blanche à Orkem, quoi que tente d'en dire Ranrek... Ils m'avaient l'air proche, Ranrek et le dictateur. Mais ce dernier n'avait pas l'air de s'intéresser à ce genre d'histoires.

Dhelm cessa de parler et alla entre-ouvrir la porte, comme pour surveiller le retour d'Orkem et de Shore. Le manque d'assurance du garde me laissait perplexe. Je comprenais sans mal que ce genre de tirades n'était pas pour jouer en sa faveur auprès de son supérieur... Il m'annonça que le Conseiller ne tarderait pas à revenir. « Si Orkem n'a pas encore fait pression sur Karam pour vous arracher des mains de son fils, c'est parce que vous ne verriez en lui qu'un monstre sanguinaire et pervers, ce qui est effectivement une partie de sa personnalité, mais il a bien des qualités, quoi que vous puissiez en penser. Si vous êtes ici, c'est à la fois pour que vous sachiez qu'à ses yeux quoi que vous fassiez, vous êtes fichue, mais aussi parce... je ne sais pas comment le formuler, disons qu'il aimerait que vous le cerniez un peu mieux. Il a changé depuis cette période. » Ajouta le garde sans trembler des genoux. J'ignore ce que Ranrek ferait si Orkem venait à m'arracher à lui... J'espérais ne jamais avoir à gérer cette situation. Ne serait-ce que d'avouer à mon bienfaiteur le lien que j'avais avec le Conseiller pourrait créer une tempête d'actes et de décisions irrévocables dans lesquels je voyais difficilement le fils du chef des représentants du Feu sortir indemne. Je ferais tout ce qui est en mon possible pour éviter de créer autant d'ennuis à Ranrek. Même si cela devait me forcer à le perdre... Cette pensée fit s'échapper une larme de mes yeux que j'essuyai d'un revers de la main, presque discrètement. Le fait que Dhelm admette qu'Orkem est de nature totalement sadique et perverse suffisait à comprendre que je n'avais en aucun cas l'envie de donner la moindre chance à cet homme de me prouver que malgré cela, il a des qualités qui méritent d'être portées à son crédit. Après tout, même dans une dictature, on n'arrive pas à un rang aussi élevé sans avoir de qualité. Enfin, de ce que je pouvais en penser. Alors il pouvait sûrement être intelligent, cultivé, un bon meneur, un homme loyal, consciencieux et portant sa nation en étendard. Il pouvait avoir mille qualités dans son travail ou dans son cercle privé. Le fait est qu'il restait à côté de cela le même dégénéré qui m'avait enfermée, battue, brûlée, violée, il y a cinq ans. On ne peut pas changer ça. Et ce sera pour moi gravé sur son visage peu importe son état. Peu importe ses menaces.

Fichue, je l'étais. Je l'avais bien compris. Plus la peine d'espérer qu'il ne trouve un autre défouloir que moi. Mais apprendre à le connaître au-delà de ce qu'il représentait à mes yeux était vain. Car quand bien même je lui laissais cette chance, ça ne changerait rien à ce qu'il m'a fait et ce qu'il est capable de me faire. On n'arrache pas les ailes d'un oiseau qui nous fascine en espérant qu'il nous offre ses belles mélodies en retour. J'espérais pour lui, qu'il avait changé, Orkem. Mais il ne fallait pas me demander de chercher à lui donner une seconde chance si aisément. C'était au-dessus de mes forces. À croire que je ne suis pas si tolérante et magnanime que l'aurait espéré ma famille. Mais il en va de mon intégrité. Elle ne m'en tiendrait pas rigueur une seule seconde si elle savait la vérité. Même si le gardien de Tarlyn qui habitait notre communauté aurait sûrement préconisé qu'au contraire, je lui accorde cette chance. Pour parvenir à être en paix avec ce qui a pu m'arriver, mais lui accorder aussi un pardon qui l'élèverait sûrement vers de plus radieuses journées. Balivernes... Orkem ne pouvait décemment pas être meilleur. Je ne le croyais pas un instant capable d'être un homme bon. Il chercherait toujours à avoir l'ascendant et à ce que sa volonté soit prise comme des ordres auxquels nous ne pouvons déroger. « Que vous accordiez de l'importance à mon propos ou non, que vous me voyez comme un complice volontaire ou non de ce qui vous arrive, cela vous regarde, mais je vous en prie, ne lui dites rien sur notre discussion. Vous auriez la mort de deux adultes et d'une enfant de six ans sur la conscience. » Mes yeux humides s'écarquillèrent et se plantèrent dans les siens. Outrée, je ne comprenais pas pourquoi il venait ajouter cela à mon tourment. Pourquoi me parler ainsi à cœur ouvert si cela devait mettre les siens en danger ?Les mots me manquaient. Mon sang bouillonnait jusqu'à faire résonner le battement de mon rythme cardiaque dans mes tempes. Dhelm dût comprendre sans mal que je serai incapable de dire quoi que ce soit concernant notre discussion à qui que ce soit. Orkem, Shore, ni même cette mystérieuse Moïra. Je ne me permettrai même pas de leur demander quoi que ce soit au sujet de leur maître. Je culpabilisais déjà bien assez de la destinée tragique du garde qui avait eu le malheur de m'accompagner...

Les confidences de Dhelm me confortaient dans cette idée saugrenue selon laquelle j'étais le dénominateur commun à bien des ennuis pour toutes les personnes qui tenaient de m'aider. Nymeria, Brehn, Razaël, Ranrek... Certains, comme Marigold, paraissaient être au-dessus de cela, protégés et protecteurs. Au moins il y avait quelques personnes qu'il m'était donné de côtoyer sans forcément devoir leur coûter quoi que ce soit. Le retour d'Orkem était peut-être un signe que me faisaient les dieux : me résoudre à accepter le sort qu'il me réservait afin de cesser de causer du mal à ceux qui m'entourent... Triste résultat que je chassai d'un geste de la tête. « Je vais essayer de le retarder un peu, pour que vous puissiez être tranquille encore quelques minutes. Ce ne sont que quarante-huit heures, après quoi il repartira quelque temps à Sezni... Tenez bon. » Quarante-huit heures. Elles ne seront que difficilement les plus longues de ma vie. Grâce au même qui les réclame. Deux jours, ce n'était rien en comparaison avec les semaines passées. Poings serrés, j'étais incapable de dire le moindre mot sans risquer qu'ils ne dépassent ma pensée. Il se leva, ramassa les armes qu'il avait pris soin de tenir loin de moi. J'entendais quelques voix éloignées dont il ne m'était pas donné de discerner le propos. Seule la voix rauque et résonnante d'Orkem me sembla plus claire que les autres. Un frisson me parcourut. J'avais beau serrer mes poings du plus fort que je pouvais, ça ne l'empêchait pas de se propager. Shore apparut dans l'encadrement de la porte. « Moïra refait votre lit, mademoiselle, le Conseiller Vahlaan vous présente ses excuses mais il ne pourra vous rejoindre que dans un peu plus d'une heure et demie, il doit se pencher sur un dossier urgent. » Il me salua et se déroba à ma vue. J'ignorais comment braver ce mélange détonant de colère, de culpabilité, de rage, regrets et de haine. Une solution à laquelle je n'avais jamais été confrontée et qui me tordait l'estomac. J'avais l'impression d'être compressée de l'intérieur, comme si mon corps tout entier allait imploser. Je me tordais alors que mon visage se déformait par le désespoir qui m'envahissait. Je me laissai vaciller vers l'avant, tombant sur mes genoux. Recroquevillée sur moi-même, j'étouffai des sanglots qui se révélaient être la seule expression de ce bouillonnant mélange qui s'installait en moi. Ni violence, ni hurlement n'étaient possibles. je ne voulais pas attirer l'attention, je voulais qu'on me laisse seule. Vraiment seule... Loin de tous, loin de tout. C'était bien trop demandé. Jamais plus je n'enfermerai de luciole dans les lanternes pour éclairer les ombres le temps d'une nuit. Ni même le temps d'une seule heure.

@Orkem Vahlaan ☙ #Sanie #Vanka ☙ 2569 mots

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Color of the shadow ☙ Orkem
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