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Intrigue n°2
La deuxième intrigue a vu le jour
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Frozen ◈ Rhenis

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~#~Sujet: Frozen ◈ Rhenis Ven 19 Mai - 14:55


FROZEN
Feat @Rhenis Kunan
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Jamais le jour ne m'a semblait si morne. Le temps clément et ensoleillé de Lucrezia me plaisait. Cette chaleur qui émanait des rayons de l'astre diurne me réchauffait de l'intérieur. D'ordinaire... Ce n'était guère le cas ce jour. L'aube s'était levée et mon oreiller était encore humide de ces larmes qui m'avaient coupé le sommeil. Je devais avoir une mine affreuse. La douleur était telle que la veille, une fois m'être retrouvée seule, je ne pensais pas que les larmes cesseraient. Caressant de mes doigts fins la place de mon mari, mon cœur se brisait. Cette douleur était indescriptible. On m'avait arraché une partie de moi-même. Tarlyn l'avait pris en ces bras, cela ne faisait aucun doute. C'était un homme bon et aimant. Le plus bel amant qu'une femme rêverait d'avoir, un père exemplaire, un érudit captivant, un ami loyal, une âme pure. Les heures passées à vouloir m'ancrer dans le plus grand des dénis n'a guère effacé la peine. Cette tristesse en fil rouge commençait à faire naître en moi une colère qui me brûlait la poitrine, le ventre, l'esprit.

La porte s'ouvrit après un tapotement relevant plus d'une caresse que d'un coup. « Dame Ceersa ? » Je ne dis mot. Restant allongée, dos à cette porte que j'imaginais entre-ouverte avec, embarrassée, ma suivante qui attendait mon approbation pour me déranger. Elle comprit rapidement que c'était déjà le cas. Ne se démontant pas pour cela, comprenant la situation dans laquelle je me trouvais pour l'avoir vécu il y a de ça quatre années, j'entendis ses pas s'approcher. « Rester enfermée dans vos appartements n'est pas une bonne chose... » Dit-elle d'une voix douce avant d'aller ouvrir délicatement les rideaux, provoquant mon soupir. Forte, robuste, tel un roc. Je devais ainsi paraître aux yeux de tous. De ma famille, des représentants des autres éléments dont la curiosité et les élans diplomatiques forcerait à présenter ses condoléances. « Je ne peux pas, Orméa. Je ne peux pas. » Prononçai-je à voix basse d'une voix brisée. Les yeux fermés, allongées sous les couvertures brodées. Elle s'approcha de moi, l'air bienveillante. La domestique ne se permettrait pas de se montrer familière envers moi. Mais ça ne l'empêchait pas de se montrer disponible et à l'écoute. Parfois de bon conseil. « Il le faut. Dame Ceersa, je vous connais depuis des décennies à présent. Pour rester digne et forte, vous avez besoin d'être près des vôtres. » J'ouvris les yeux, la fustigeant du regard. Elle n'était pas à sa place, mais je ne lui en voulais que par lâcheté. Orméa était à mes services depuis plus de vingt ans. Elle m'avait vue grandir dans ce monde, m'y épanouir. Elle me connaissait mieux que quiconque. Pas aussi bien que me connaissait Osrian, mais elle était probablement en deuxième place dans la liste des personnes qui en savaient assez sur moi pour que je les autorise à me juger. Bien qu'elle sache tenir sa langue d'ordinaire, restant à son rang de suivante, les circonstances paraissaient dramatiques. Si bien que je ne rétorquai rien.

Des remontrances, j'en distribuais assez pour m'accorder, en ces heures sombres, un peu de repos. Même si je n'en avais guère l'envie. Il me fallait trouver l'élan qui me pousserait à agir plutôt qu'à rester sans rien faire, allongée sur ce lit à me morfondre. Orméa se rendit dans la salle d'eau où elle apprêtait un baquet d'eau. Diverses serviteurs s'attelaient au rituel matinal des nobles représentants de la Terre. Osrian détestait cela, préférant se préparer seul. Il avait bien un domestique qui l'aidait à vêtir ses habits festifs, mais lorsque ce n'était pas nécessaire, il chuchotait au serviteur de passer le temps qu'il devait consacrer à habiller son maître à faire une chose qu'il aime. Lire, rêver, manger, se reposer, tout ce qui pouvait passer par la tête du serviteur concerné. Cela me faisait rire. Paternel même envers ceux qui le servent. Cette pensée suffit à me lever. De gestes lents, la tête et le cœur lourd, je me rendis dans la salle d'eau et fis ma toilette pendant qu'Orméa choisissait ma tenue. Lavée, peignée, habillée, je pris mon courage à deux mains pour quitter les appartements sans passer par le salon. S'y trouvait d'habitude Osrian, déjeunant éclairé des premières lueurs du soleil. Le palais des représentants de la Terre était orienté plein Est, nous étions alors aux premières loges pour observer le lever du soleil.

Lorsque ma suivante ouvrit la porte des appartements donnant sur le couloir principal de l'aile, je tombai nez à nez avec Jackwen. Était-il resté ici toute la nuit ? Un simple regard et il passa devant moi. Je le suivis sans un mot alors que les deux autres gardes restaient postés à l'entrée des appartements. La surveillance allait être renforcée, c'était une prérogative dont il n'avait même pas besoin de faire mention dans ce genre de climat. Me sentant fébrile, je me gardai de regarder dans les yeux les invités que je croisais, les intimant d'une simple et courtoise salutations devant leurs regards marqués par l'appréhension et la tristesse. Tous semblaient compatir à cette terrible perte qu'il me serait très difficile d'accepter. L'ambiance et l'atmosphère qui régnait dans les couloirs ce matin était des plus mornes. J'aurais peut-être mieux fait de rester dans ma chambre... L'on vint me quérir pour une affaire liée aux atrocités menées au marché d'hier. Cela fit sursauter mon cœur. Devant cette réaction, Jackwen prit les devant et demanda à ce que deux gardes me soient attribués. Il avait ma confiance, il saurait gérer les choses de la manière que je le souhaitais. Le gratifiant d'un hochement de tête, je me rendis aux jardins où certains membre de ma famille étaient présents. Nous étions tous accablés, certains en colère, d'autres cherchant à masquer les peurs naissantes. Erende vint vers moi dès mon arrivée et m'enlaçant. Ses larmes étaient encore visibles. « Reste fort, mon fils. Reste fort. » Il me serra et je resserrai également mon étreinte autour de lui. Humant son odeur fleurie. Il était d'une délicatesse raffinée et délicieuse. Derrière, sa sœur était assise, nous observant, la mine désolée, perdue. Erende remarqua mon observation. « Elle n'a pas décroché un mot depuis hier, mère. » Dit-il en reculant de quelques centimètres. « Dylies est catatonique depuis... reste près d'elle, veille sur elle. D'accord, Erende ? » Il acquiesça d'un signe de tête puis retourna à ses côtés. Si elle parvenait à surmonter cela, alors j'aurais là une preuve que ma fille est capable de tout traverser. Même les plus sombres abîmes.

Échangeant quelques mots avec les autres personnes présentent, l'un des gardes du jardin vint me voir pour m'annoncer que Rhenis Kunan était présente. Le jardin commun n'avait-il pas été condamné ? L'idée de pouvoir me retrouver face à un Air me pétrifiait. J'ignore comment je réagirai face à un Fanior. Ils devaient, de toute façon, être terrés dans leur palais, bien loin des regards accusateurs des Terre. Ce qui n'était pas une mauvaise chose en soi. Une décision sage. Car même si l'enquête était ouverte, je ne les innocentais guère. Pour l'heure, ils étaient les principaux coupables. Cela paraissait énorme, grotesque même, mais la profonde peine que je ressentais obstruait mon jugement. Qui pouvait m'en blâmer ? Pour l'heure, il ne s'agissait pas d'un Air. L'entrevue avec une Eau ne me déplaisait pas, surtout s'il s'agissait de Rhenis. Je ne suis pas sans savoir l'affection qu'Osrian et elle se portaient. Cette femme que nous avions vu grandir avait ma confiance. Suivie des deux gardes chargés de m'escorter pour la journée, je m'avançai dans le jardin. Un salon d'extérieur était occupé par la future représentante de l'Eau. Je m'y dirigeai de pas lents, évitant de poser mes yeux sur le palais Air qui faisait face à celui de la Terre. Dans un silence morose, mine patibulaire, je m'assis sans cérémonie aucune sur l'une des chaises mises à disposition. « Dame Rhenis. » Ce ton froid et laconique n'était pas une chose habituelle dans mes rapports avec cette femme que j'affectionnais. Mais mon humeur n'était pas des plus enjouées, elle pouvait sûrement comprendre.
©FRIMELDA @Vanka ◈ 1446 mots



Dernière édition par Ceersa Birghild le Jeu 8 Juin - 12:48, édité 1 fois
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Rhenis Kunan
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Mer 31 Mai - 5:48


FROZEN
Feat Ceersa Birghild
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Je n’arrivais toujours pas à mettre des mots sur ce que j’avais ressenti deux jours plus tôt, en voyant le corps d’Osrian sur le sol, en apercevant la terreur et le désespoir dans le regard de Dame Ceersa. Ce qui promettait d’être une soirée légère et conviviale – malgré la vague de stupéfaction qu’avait causé l’arrivée du tyran de Sezni au bras de la future représentante Terre évidemment – avait tourné en un pur cauchemar en un instant. Je ne comprenais toujours pas comment ç’avait pu arriver. Je n’avais toujours pas trouvé la faille. Alors que mon père et les autres Représentants en Chef se réunissaient autour de la dépouille dans les jardins, j’avais rempli mon devoir. Avec mon frère, nous avions réuni les convives Eau pour les conduire dans l’aile du palais où les domestiques avaient préparé des chambres et des appartements privés pour nos invités de marque. Et alors que Levan et Aessa s’échinaient à rassurer les esprits en détresse, j’avais fait irruption dans les salons où je passais la plupart de mes journées avec nos conseillers et les hauts gradés de notre armée. Cette première journée de festivités avait été un véritable fiasco qui me faisait remettre toutes mes compétences en question. On nous accusait de laxisme, mon frère et moi, depuis aussi longtemps que nous avions commencé nos premiers pas dans les sphères politiques de Dahud. Avais-je été négligente ? Que dirait le peuple lorsque le meurtre s’ébruiterait ? Plus que jamais, j’aurais aimé que Levan soit là pour me rassurer, pour me dire que je me mettais trop de poids sur les épaules alors que certaines choses ne pouvaient être évitées. Mais il ne vint pas. J’avais plutôt passé la nuit à revoir tous les ordres que j’avais donnés la veille alors que le commandant de la garde allait et venait entre les salons et le poste de garde, me rapportant les faits et gestes des troupes qui patrouillaient les rues de la cité. Ma seule consolation, c’était que nos troupes avaient réussi à rattraper ou à tuer la plupart des insurgés qui avaient massacré des innocents sur le marché. Je m’étais effondrée peu avant l’aube, à bout de forces, écrasée par les reproches que je me faisais.

Mon père m’avait réveillée quelques heures plus tard. Il m’avait rapidement brossé un portrait de la situation en m’entraînant vers mes appartements où il m’avait obligée à aller m’allonger. Je m’étais baignée, en ruminant mes regrets et mes faits et gestes. Le rapport de mon père ne m’avait guère déridée. Au contraire. Non seulement devions-nous prendre en main une enquête sur les extrémistes Vainuins qui avaient frappé au marché pour découvrir qui était l’illuminait qui avait empoisonné leurs esprits, mais en plus on avait décidé que les Kunan étaient les personnes toutes désignes, neutres et pacifiques, pour démêler le cas Osrian. J’avais donc des dizaines d’interrogatoires à conduire dans les prochains jours pendant que mon père jouerait au médiateur avec les Birghild et les Fanior afin qu’ils décident de la façon dont nous traiterions l’affaire. À mon humble avis, le fils de Zalis Fanior aurait dû être systématiquement emprisonné et interrogé. Même si je doutais qu’il puisse avoir quoi que ce soit à voir avec ce meurtre, c’était un suspect et un témoin clé. Mais même s’il ne voudrait pas l’avouer, mon père me blâmait pour ce qui était arrivé. La sécurité des nôtres relevait en partie de ma responsabilité. Et quelqu’un était mort. Pas un Eau, certes. Mais un membre d’une famille représentante avait été tué, un membre respecté en plus.

J’avais passé le reste de la journée à dormir, mon sommeil entrecoupé par des instants de lucidité entre les cauchemars qui m’assaillaient. Puis j’avais passé une partie de la nuit à discuter avec Levan près de l’âtre dans nos bureaux. « J’ai tout foiré, Van… c’est ma faute... » que je ne cessais de répéter d’une voix étouffée. « Arrête, Rhe. Ça n’est ni de ta faute, ni de la mienne. On ira au fond des choses. On trouvera celui qui a fait ça. Il le faut, » qu’il me dit, serrant mes doigts entre les siens. Je lui souris, mon coeur se gonflant de gratitude envers lui. Il savait toujours trouver les mots pour calmer mes appréhensions. Il avait quitté la pièce pour rejoindre son épouse quelques minutes plus tard. Je ne pouvais pas lui en vouloir, même si j’aurais voulu qu’il reste là. J’avais fini par regagner mes appartements après avoir vidé deux cruches de vin, puis j’avais trouvé le sommeil entre les draps de mon lit, seule.

Je ne m’étais pas réveillée au petit matin, comme j’en avais l’habitude. Lorsque j’avais finalement ouvert l’oeil, le soleil était bien haut dans le ciel. J’avais mangé quelques fruits avant de me diriger vers les jardins. Je devais en avoir fait le tour au moins dix fois, scrutant chaque recoin, à la recherche d’un détail qui pourrait nous avoir manqué la toute première fois. À un moment, j’avais abandonné, m’installant sur un banc près de la fontaine qui trônait au centre des jardins. Le clapotis de l’eau dans la vasque me tranquillisait. Ça avait toujours été le cas. Peut-être était-ce relié au fait que ma famille y était étroitement liée. Les bains avaient toujours cette capacité à calmer mon âme, à m’aider à m’ancrer dans l’instant présent. Si je n’avais pas été aussi à cheval sur les convenances, je me serais probablement jetée dans la fontaine sans me soucier des regards qui risquaient de se poser sur moi.

Le regard perdu dans la verdure des jardins, j’étais songeuse. Mes pensées ne cessaient de revenir vers Osrian. On ne me laisserait pas assister aux obsèques. Ça n’était pas dans nos coutumes d’assister à des funérailles d’un représentant qui n’était pas notre peuple. Le proposer serait mal placé. Mais je ne pouvais m’empêcher de regretter de ne pouvoir y assister. Osrian faisait partie de mes plus tendres souvenirs. Je me souvins de la première fois que je l’avais rencontré. Je ne devais être âgée de guère plus de 5 ou 6 ans. Je jouais dans les jardins quand je l’avais aperçu, plongé dans l’un de ces ouvrages volumineux qu’il transportait souvent. Curieuse et sans inhibitions, je l’avais interrogé sur ce bouquin qu’il avait à la pince. Je me souvenais de ses paroles aimables. Il avait toujours été passionné d’histoire. Il m’avait transmis une partie de ses connaissances à travers les années. Plus jeune, tu n’avais même pas songé à l’endroit où Osrian était né, à l’élément qu’il maîtrisait. Peut-être que c’était ce qui vous avait rapproché, ce qui avait fait en sorte que vous étiez restés si proches même avec les années qui étaient passé.

Une voix froide interrompt mes pensées. « Dame Rhenis. » Je lève les yeux vers le regard sombre, mais froid qui est posé sur mon visage pâle. Ses cheveux sombres tombent en boucles délicates sur ses épaules. Les traits de son visage sont tirés, ses orbites semblent un peu plus creux qu’à l’habitude. Je n’ai jamais été très proche d’elle. Mais je sens la douleur dans toute les fibres de son être. Lentement, je te lèves et m’inclines doucement vers elle. « Ma Dame… je suis désolée de n’être pas venue vous rendre visite plus tôt. Acceptez mes sincères condoléances. »
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Dernière édition par Rhenis Kunan le Dim 2 Juil - 5:16, édité 2 fois
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Jeu 8 Juin - 18:31


FROZEN
Feat @Rhenis Kunan
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
La représentante de l'Eau avait été aux premières loges lorsque le corps de mon mari avait été découvert, étendu dans son sang. Malgré cette image qui devait ne plus quitter son esprit à chaque clignement d'œil, elle poursuivait son chemin, ne manquant guère à ses missions. Rhenis était une femme forte qui savait soutenir le poids de ses fardeaux tout en continuant d'œuvrer pour les siens.

Ce tempérament était la meilleure façon de pouvoir tenir le coup, ne pas se laisser abattre. Ô comme j'en aurais eu envie... Me laisser aller et abandonner, tout laisser tomber pour les prochains jours. Mais je ne pouvais pas. Même si mes proches m'assuraient que c'était indispensable pour moi de freiner mon travail pour prendre du temps afin d'encaisser le choc de cette tragédie, je n'en faisais rien. Au contraire. Je restais focalisée sur mon travail, mon devoir. La vie continuait, au-delà des murs du palais. Et l'assassin d'Osrian courait toujours.

Aucune mesure de détention pour le Fanior, le principal suspect. L'enquête aux mains des Kunan... La neutralité ne devrait pas être un critère d'attribution pour cette enquête. Loin de moi l'idée de remettre les compétences des Kunan en doute, mais cet acte gravissime dépassait les compétences des familles représentantes. La confiance ne pouvait plus se faire : quelqu'un avait trahis la paix pour laquelle nous nous battions depuis des années à Lucrezia. La sécurité avait été renforcée, il ne pouvait y avoir eu de faille. Ce qui confortait les Birghild dans l'idée que l'assassin était l'un des convives. Connue ou non, mais une personne d'un rang assez élevé pour pouvoir rôder dans les palais sans qu'aucun garde ne se montre méfiant. Darrel Fanior était un coupable de choix. Mais quelles auraient pu être ses motivations ? Un coup monté par les Kunan ou les Ergorn ? Par notre famille elle-même ? Tout ceci ne faisait qu'amplifier la paranoïa et le désordre.

La surveillance reposait sur les épaules de Rhenis Kunan, le meurtre avait donc eu lieu sous sa responsabilité. Je savais pertinemment que cela n'était pas de son fait et qu'elle n'aurait pu mieux faire. Mais une part de moi, celle qui cherchait à m'envahir de cette colère déterminée à ce que tout le monde devienne coupable de ce qui s'est passé. Cette femme était un choix de première pour susciter cette colère. Ce sentiment ne faisait guère appel à ma perspicacité. Une faiblesse que le choc de la perte de mon mari m'imposait. Il faisait tant partie de ma vie, qu'il était devenu une partie de moi. De mes enfants. De ma famille. De mon cœur. Lorsque j'ai compris qu'Osrian était mort, j'ai senti que l'on m'arrachait ce cœur de la poitrine. Une brûlure qui laissait tout mon être à vif. Une douleur atroce dont l'empreinte se lisait sur mes traits tirés, mes yeux rouges et mon corps affaiblis par ces nuits insurmontables. Je ne voulais pas quitter nos appartements. Aliesren s'était proposée afin d'apprêter une chambre au moins le temps que je parvienne à faire mon deuil. Mais c'était impensable à mon sens. Je ne voulais pas quitter cette chambre que nous avions partagé durant tant d'années. Je ne veux pas voir s'étioler le souvenir de sa présence. D'un autre côté, cela me nourrissait avec perversité de cette idée qu'il puisse être là, près de moi. Affairé à je ne sais quelle lecture alors que je me peigne. Je ne voulais pas le laisser partir... Non.

Les courbettes de Rhenis ne m'atteignirent pas. En ces temps difficiles, ce genre d'attention ne faisait que mettre en exergue les barrière que l'on s'impose. Ces règles que l'on s'obstine à faire tenir debout même quand le monde s'effondre sous nos pieds. Cela me paraît totalement déplacé et absurde. Un héritage de cette colère intarissable qui m'empêche d'avoir l'esprit clair. « Ma Dame… je suis désolée de n’être pas venue vous rendre visite plus tôt. Acceptez mes sincères condoléances. » Le regard vagabondant lentement sur les jardins plus que sur son regard, je la remerciai négligemment d'un signe de main. « Plus tôt, plus tard, cela n'a pas vraiment d'importance venant de vôtre part. Bien qu'Osrian aurait sûrement apprécié que vous puissiez assister à son enterrement... » Exprimai-je d'une voix qui se faisait de plus en plus basse. Les jardins ont des oreilles, aux palais. Je n'étais pas hostile aux autres éléments, bien que j'estimais que les Terre avaient une certaine supériorité Morale. Et au fond, j'appréciais Rhenis. Pas comme l'un des miens, certes, mais c'était une personne forte et audacieuse. Elle avait beau paraître renfermée et secrète vu de l'extérieur, elle remplissait ses missions avec un brio qui n'échappait guère aux Birghild. La Terre et l'Eau ont toujours entretenu des rapports plus que cordiaux. Une synergie se trouvait même lorsque nous étions amenés à travailler de concert. Mais il ne fallait pas se leurrer plus longtemps : ce semblant de lien qui nous unissait allait soit se dilapider, soit trouver une connotation politique qui briserait cette accointance naturelle. Les Présidents discutaient encore de la posture à adopter avec Thrad et Faryn. Mais il paraissait évident que nous n'étions point en phase de prendre la moindre décision en ces heures soulignées de chagrin et d'appréhension pour l'avenir.

« Avez-vous ne serait-ce que l'ombre d'une idée sur comment ça a pu arriver ? » Mon regard restait vague mais perturbé. Je soupirai, réprimant habilement la peine qui m'éprit à cet instant. « Que cela concerne Osrian ou l'attaque du marché... rattrapai-je. Beaucoup de choses vont reposer sur vos épaules. » L'intimai-je en plantant mon regard dans le sien. Bien moins curieuse de savoir ce qu'il en était des extrémistes Eau que des possibles erreurs commises lors du bal des représentants.

Mon ton sévère n'avait rien de personnel. L'idée même de la faire culpabiliser était une ineptie face aux faits. Mais peut-être que quelque part, voir quelqu'un d'autre pâtir de ce drame, quelqu'un d'extérieur à ma famille, était un moyen de justifier cette colère que je n'assumais pas. Les seuls proches que j'ai perdu sont morts de vieillesse ou de maladie. Aucun n'a été arraché à Oranda par l'acte sanguinaire d'un assassin ni même d'un accident. Osrian était le seul à avoir été ainsi frappé par le sort qu'avait osé penser un détraqué plutôt que de laisser les dieux choisir sa voie. Ceci ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas épousé cette famille en me passant la bague au doigt. Il connaissait mes aspirations et avait accepté ma position de conseillère. Mais avait-il pensé un jour que le fait d'entrer dans la famille Birghild le mettait dans une position si risquée ? À vrai dire, je n'avais pas plus conscience de cela que lui... Il est évident qu'en tant que membres d'une famille représentante, nous étions tous des cibles des unifacteurs comme des séparatistes, des moyens de pression ou simplement de discorde. Des points faibles pour les représentants qui, surtout chez les Terre, seraient prêts à bien des sacrifices pour leur famille. Il m'était difficile de chasser cette culpabilité féroce bercée par l'injustice commise envers mon mari. Pourtant, ni moi, ni Thrad, ni Rhenis n'aurait pu anticiper une telle catastrophe. Personne ne portait réellement la faute sur ses épaules. Et la seule chose qui comptait alors, c'était de trouver le tueur. Mais la patience qui, d'habitude, était mon arme favorite, paraissait disparaître dès lors que je pensais à ce monstre sans cœur.
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Rhenis Kunan
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Sam 17 Juin - 1:47


FROZEN
Feat Ceersa Birghild
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Elle évite soigneusement d’effleurer ma silhouette prostrée de son regard sombre. Ses yeux n’ont jamais été chaleureux... Contrairement aux prunelles de son défunt époux qui me faisaient penser au feu dans l’âtre après une longue journée chaude et pluvieuse à chevaucher, ceux de Ceersa me rappelaient plutôt les ténèbres et le froid glacial des abîmes tout au fond des lacs, où même les plus puissants Vainuins ne pouvaient même espérer s’aventurer. La sœur du Représentant en Chef est une femme terre à terre, pragmatique, inébranlable... Le genre de femme solide vers qui les gens peuvent se tourner lorsqu’ils ont besoin d’un port auquel s’amarrer; lorsqu’ils ont besoin d’un roc pour les soutenir à travers des épreuves particulièrement difficiles. Quand on l’observe attentivement, on a la certitude que rien ne personne ne pourrait lui faire baisser les yeux, qu’elle serait toujours droite et altière, quoi qu’il arrive. Mais aujourd’hui, c’est différent. Depuis quelques jours, les choses ont changé. Lors du bal des représentants, j’ai vu son visage, sa froideur et son maintien se déposer pour se transformer en terreur à l’état pur, en détresse profonde. Et aujourd’hui, je sais que cette froideur et cette dureté, elle s’en sert pour s’empêcher de craquer, elle s’y raccroche désespérément comme un enfant qui a glissé pour tomber dans les flots déchainés de la rivière lutterait pour sa vie. Et alors que je me tiens devant elle, à la proie de sa colère, je ne peux m’empêcher de me demander qui sera son roc, à elle. Comme toutes les femmes dignes de son rang et de sa trempe, comme toutes les femmes comme elle et moi, elle soutiendra les membres de sa famille dans cette épreuve et elle trouvera une façon malsaine de distraire son esprit en ébullition de cette douleur qu’elle devrait plutôt tenter d’accepter. Sa voix claque, faisant éclater le silence qui pèse entre nous : « Plus tôt, plus tard, cela n’a pas vraiment d’importance venant de votre part. Bien que je sache que sa colère n’est pas réellement dirigée vers moi, cette affirmation me frappe comme un coup de fouet. Bien qu’Osrian aurait sûrement apprécié que vous puissiez assister à son enterrement... » Malgré son ton bas, chacune de ses paroles me tenaille, me blesse plus profondément que je ne le voudrais.

Lentement, avec le plus de contenance possible, je me redresse pour affronter son regard vide. Je sais qu’elle me pique volontairement. Aussi, je ne peux m’empêcher de me souvenir de mes états d’âme lorsque la fièvre a emporté ma mère il y a dix-sept ans. À l’époque, un de mes instituteurs avait excusé mon comportement erratique en m’expliquant qu’il existait plusieurs étapes après la perte d’un être proche. Je n’y avais pas attaché énormément d’attention à ce moment-là, mais je m’y étais penchée plus longuement dans les années suivant mon atteinte de l’âge adulte. J’avais lu un ouvrage extrêmement constructif qui détaillait les stades du deuil chez les humains, reconnaissant mon comportement à travers les lignes du manuel. D’abord le choc. L’incompréhension qui m’avait habitée pendant ce qui avait semblé être de longues minutes. En réalité, ça n’avait persisté que quelques secondes. Quelques instants de torpeur où le temps avait semblé se suspendre dans la pièce attenante à la chambre de notre mère. Ce même choc qui avait ravagé l’expression habituellement si stoïque du beau visage de la Birghild avant qu’elle ne pousse un cri qui avait alerté les invités. Ensuite le déni. Cette certitude que le départ de ma mère n’était pas possible, cette impression qu’elle allait passer la porte du salon d’un instant à l’autre pour venir se délier les doigts sur une harpe ou pour m’enseigner à faire de nouveaux point de croix, de nouvelles techniques de broderie... Et cet état d’âme m’avait suivis jusqu’aux obsèques de ma mère, dans le temple de Glorë. Avait suivi la colère. Celle-là même que je devrais affronter aujourd’hui... Cette haine contre tout et tout le monde. Je m’étais blâmée moi-même pour n’avoir pas vu les premiers signes de la fièvre. J’avais blâmé les soigneuses pour ne l’avoir pas sauvée. J’avais blâmé mon père pour son acceptation trop rapide de la situation. J’avais blâmé le monde entier pour ne pas éprouver ce même ressentiment qui me déchirait. Enfin, j’avais tenté de convaincre Glorë de nous rendre ma mère. Elle pouvait prendre le don qu’elle m’avait réservé, faire de moi une Exempte; elle pouvait prendre un de mes sens; elle pouvait même prendre ma vie, parce que je valais rien comparée à elle, sa présence était bien plus salutaire aux nôtres que la mienne. Était ensuite venue la tristesse. Celle qui m’avait déchirée pendant des semaines. Celle qui m’avait taraudée, me laissant déverser toutes les larmes de mon corps jusqu’à ce que plus rien ne perle... Et quand je ne parvins plus à pleurer, j’avais atteint la résignation, puis l’acceptation. Si les dieux l’avait reprise, c’est qu’ils devaient avoir leurs raisons. Et je ferais tout en mon pouvoir pour combler le vide laissé par son absence. Et avec le temps survenait la reconstruction. L’étape la plus longue et ardue d’entre toutes. Et on finissait par aller mieux. Même si la personne ne disparaîtrait jamais vraiment.

Debout devant la veuve d’Osrian, celui qui a été mon ami pendant de très longues années, celui qui m’a poursuivie entre les haies des jardins que le soleil brille ou que la pluie tombe, celui qui a fait en sorte que je puisse voir le bien même en ceux qui ne sont pas marqués par ma déesse, je me prépare à encaisser les paroles difficiles qu’elle s’apprête probablement à m’assener... je sais pertinemment que je serai le souffre-douleur de la conseillère aujourd’hui. Et c’est bien comme ça. Si je peux l’aider à surmonter son deuil de quelque façon que ce soit, je le ferai.

Si seulement je pouvais même expliquer à Ceersa comme je sens sa douleur, comme Osrian a été une personne marquante dans ma vie depuis mon enfance... comme il m’a apaisée suite à la mort de ma mère. Tant de choses qui demeureraient aujourd’hui dans le silence... J’aurais voulu lui dire que nous savions toutes les deux que ma présence n’était pas la bienvenue lors de l’enterrement d’Osrian, qu’à mes yeux, assister à des rites funèbres ne signifiait pas grand-chose en comparaison au travail et à l’acharnement que nous mettrions, mon père, mon frère et moi-même pour lui rendre justice. Mais mes paroles n’auraient servi à rien. Aussi, je me contente de concéder : « Je le crois aussi. » Mon ton est neutre et respectueux. Malheureusement pour elle et moi, les traditions dahudiennes n’étaient pas clémentes dans ce genre de situations. La ligne séparant nos deux peuples, bien que moins ténue dans la cité reine, demeurait. Les rites sacrés des disciples de Tarlyn n’étaient pas la place d’une servante de Glorë comme moi. Osrian le comprendrait. Et même si je comprenais peu à peu que les événements des derniers jours prouvaient, maintenant plus que jamais, que la façon dont les représentants dirigeaient la région centrale depuis plusieurs centaines d’années avait finalement plus de lacunes que de bienfaits, je ne pouvais l’exprimer à voix haute. Pas ici. Pas dans ces jardins qui grouillaient des espions de mon père – et de ceux des autres représentants. « Avez-vous ne serait-ce que l’ombre d’une idée sur comment ça a pu arriver ? m’interroge-t-elle, son regard toujours perdu dans le vague. Que cela concerne Osrian ou l’attaque du marché... Beaucoup de choses vont reposer sur vos épaules. » Son regard qui se plante dans le mien à cet instant me fait ressentir ce poids incommensurable qui reposait sur moi. Je frémis à cette pensée... Les mots ne suffisaient pas pour exprimer les sentiments qui se bousculaient en moi depuis quelques jours. Les mains légèrement tremblantes, je lisse un pli de mes jupes avant de me prononcer. « Les deux affaires sont nébuleuses, je le concède... J’aimerais vous dire que nous avançons rapidement, mais je n’aime pas mentir. Pour l’instant, puisqu’on nous conseille de laisser mitonner les extrémistes avec un minimum d’eau dans les donjons quelques jours, la mort de votre époux est notre principale préoccupation. »

Le commandant de mes forces armées m’avait assurée que les extrémistes seraient plus à même de se délier la langue une fois affaiblis, affamés et assoiffés. J’y voyais là un judicieux conseil. Entre-temps, les conseillers sillonnaient les corridors du bâtiment de la justice à la recherche des membres les plus importants de leur groupe et des individus les plus susceptibles de cracher des informations alléchantes. Le fait que Karam Ergorn refuse de s’impliquer directement dans l’enquête entourant la mort d’Osrian me taraudait. Je comprenais son refus de prendre part à l’enquête sur les extrémistes Vainuins, mais la mort de l’historien du clan Birghild pouvait être élucidée par n’importe laquelle des familles. J’étais surprise que Ceersa et les siens ne démontrent pas plus d’insistance à participer aux opérations. Je savais qu’ils devaient tenter de trouver des réponses ailleurs. « Nous savons au moins une chose, ma Dame : c’est qu’il a été tué par quelqu’un qui était présent ce soir-là. Nous avons eu la présence d’esprit de préparer une liste très détaillée des personnes qui ont assisté au bal et des domestiques qui travaillaient dans l’enceinte des palais, ce soir-là. À mon avis, le meurtre n’a pas été perpétré par un étranger... mais plutôt par un habitué des palais et des jardins; quelqu’un qui connaissait les habitudes de votre mari, je prends une pause un bref instant, mon regard se perdant vers la fameuse passerelle ou le corps du Gorkien a été retrouvé. Il est évident qu’il était en retard. La personne qui a fait ça savait qu’il serait seul, et sans défense. Mon ton est distant alors que mes iris scrutent le paysage. Je me ressaisis, replongeant mes prunelles dans les siennes. Elle savait qu’Osrian était un membre respecté de votre famille et apprécié des autres familles représentantes... Votre époux s’est taillé une belle réputation auprès du peuple, ma Dame. Lui connaissez-vous même des ennemis ? » Je fronce les sourcils. Qui donc pouvait éprouver une telle haine pour cet homme au cœur pur comme le miel ? Soupirant profondément, je m’assieds sur le banc près d’elle, les paumes s’appuyant de part et d’autres de mes jambes frêles. « Cela me contrarie que la Fanior refusent que nous discutions avec Darrel. Je ne peux que comprendre leurs craintes, leur désir de protéger un des leurs, mais il me pèse de savoir qu’ils nous accordent si peu de confiance, qu’ils croient que nous sommes déterminés à sauter aux conclusions et à condamner Darrel. » Je réfléchis tout haut, exprimant ces pensées qui galopent dans ma tête depuis deux jours. « Pardonnez-moi. Je ne crois pas que vous ayez envie de m’entendre parler de Darrel Fanior après ce qui s’est passé au bal... »
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Ven 23 Juin - 13:33


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Cette jeune femme qui se tenait là avait tout d'une bonne personne. On ne peut soupçonner qu'elle viendrait à trahir les sien ou son devoir envers son peuple. Une femme qui, bien armée, pourrait mettre à distance bien des esprits mal intentionnés. Rhenis paraissait comme étant une femme forte mais qui faisait bien trop vite parler son cœur avant sa raison à mon sens. Une Eau. Tout simplement. Elle serait sûrement bien trop gentille et attentionnée pour chercher à me rendre la pareille. Et même si je prenais conscience de mes mots et que je pouvais aisément me mettre à sa place, je me sentais incapable de réprimer mes impulsions. Ce qui n'était pas habituel chez moi... Garder la tête haute, rester stoïque et imperturbable. Ne pas montrer une once de faiblesse et continuer le chemin que l'on s'est tracé. Rester concentrée sur un objectif m'aidait à ne pas fléchir. Mais cela me coûtait plus que je ne pouvais l'avouer...

Les théories sur la façon dont on devrait se comporter face à un deuil, ces conseils qui ne me ramèneraient qu'à me morfondre dans une tristesse sans fin d'où je pourrais ne jamais remonter, je voulais que tous se les gardent. Il n'y avait pas de mots pour décrire la blessure que m'avait affliger l'assassina de mon mari. Je l'aimais... Tellement... De cet amour que l'on raconte à  nos enfants pour les bercer. Chacune de ses attentions m'aidait à être la femme que j'étais. Il m'avait soutenu, envers et contre tous. Osrian était mon roc, celui qui me donnait la force de me surpasser et de toujours croire en l'avenir. Mon guide et mon soutien. Mon amour et mon meilleur ami. Je trouvais cela injuste qu'il ait été ainsi pris pour cible ! J'aurais dû être à sa place... Si nous ne nous étions pas mis en retard, si je l'avais attendu, si, si, si... Avec des si on refait le monde. Comme j'aimerai que ce soit aussi simple... Le gouffre de douleur que sa disparition avait creuser dans mon cœur me rappelait à quel point je l'aimais et à quel point je m'étais donnée à lui. Nos âmes étaient liées. Si bien qu'à chaque réveil d'un repos à peine réparateur je me sentais mourir de cette subite et injuste absence. Osrian...

Qui était à blâmer ? Qui avait laissé cette horreur se faire ? Que l'on ne puisse réellement contrôler chaque parcelle de Lucrezia, chaque citoyen en ces festivités, je pouvais le comprendre - bien que ça restait inadmissible - mais au sein des palais des familles représentantes ? Au sein du centre-même d'Oranda où la tension était au plus haut, où les éléments - bien que cohabitants - se confrontaient chaque jour, chaque instant. Où l'avenir de la citée-reine se jouait, où les échanges entre les régions se déroulaient. Comment un tel acte avait-il pu se faire ? Personne n'avait de réponses et ceux qui auraient la légitimité d'éclairer les zones d'ombres étaient ces Eau. Les Kunan. Je les portais dans une certaine estime, mais le brouillard semé par ma colère m'empêcher de maintenir cette déférence qui nous unissait auparavant. « Les deux affaires sont nébuleuses, je le concède... J’aimerais vous dire que nous avançons rapidement, mais je n’aime pas mentir. Pour l’instant, puisqu’on nous conseille de laisser mitonner les extrémistes avec un minimum d’eau dans les donjons quelques jours, la mort de votre époux est notre principale préoccupation. » Dévoila Rhenis. Je soupirai. Un mélange d'abus et de soulagement. Ma colère dirigée vers Rhenis se partagea à cet instant avec mon frère Thrad. Je saais bien que durant ces quelques jours, ma voix n'aurait pas l'importance qu'elle pouvait avoir en temps normal. Il savait que la perte de mon mari me faisait bien trop souffrir. Tout le monde partageait la douleur de cette perte, mais il était logique que cela m'impacte plus que quiconque. Et Thrad le savait. Alors si je venais même à lui supplier de participer activement à l'enquête, il m'enroberait de sucre et me ferait raccompagner à mes appartements en mettant tout en œuvre pour m'éviter de chercher à m'immiscer moi-même dans cette enquête. Pourtant, je savais que mes compétences n'étaient pas annihilées par cette peine sans nom qui m'habitait. J'étais en pleine possession de mes moyens. Et plus dangereux encore : pour la mort d'un des miens, j'étais prête à repousser bien des limites.

Je serrai mes poings puis croisai mes bras en m'efforçant d'inspirer et d'expirer longuement pour ne pas laisser la colère m'envahir. Cette fougue qui ne me représentait guère d'ordinaire pourrait bien me faire commettre des actes que ma Morale m'interdisait. Il ne fallait pas que j'y pense. Pas ici. Pas maintenant. Ces états d'âme, je ne pouvais même pas les partager avec ma sœur. Elle pourrait prendre peur ou tenter d'en parler à Rulbaël. Aîné de qui la parole faisait foi de loi. Quand bien même Thrad était représentant en chef, Rulbaël conservait une influence naturelle en tant qu'aîné de notre fratrie. Et s'il m'arrivait parfois de tenir tête à Thrad, jamais je ne m'autoriserai d'écart face à Rulbaël. À Dahud, je n'aurais plus que Jackwen pour me soutenir dans ces sombres pensées qui me traversaient. Au-delà de la confiance qui régnait entre nous et de sa proximité avec Osrian et mes enfants, il y avait cette loyauté indéfectible qui nous liait. J'ignorais d'où lui venait cette dévotion, mais elle faisait de lui la seule personne à qui je pourrais me raccrocher dans les prochains jours.

« Nous savons au moins une chose, ma Dame, voulu m'expliquer Rhenis. C’est qu’il a été tué par quelqu’un qui était présent ce soir-là. Nous avons eu la présence d’esprit de préparer une liste très détaillée des personnes qui ont assisté au bal et des domestiques qui travaillaient dans l’enceinte des palais, ce soir-là. À mon avis, le meurtre n’a pas été perpétré par un étranger... mais plutôt par un habitué des palais et des jardins ; quelqu’un qui connaissait les habitudes de votre mari. Sourcils froncés, je la scrutais du regard, assimilant chaque parole, chaque mot. Il est évident qu’il était en retard. La personne qui a fait ça savait qu’il serait seul, et sans défense. Elle savait qu’Osrian était un membre respecté de votre famille et apprécié des autres familles représentantes... Votre époux s’est taillé une belle réputation auprès du peuple, ma Dame. Lui connaissez-vous même des ennemis ? » Doucement, je secouai ma tête de droite à gauche. Osrian n'avait pas d'ennemis et aucune raison d'en avoir... Un historien, curieux et altruiste, serviable et érudit. Il n'avait ni une fonction importante, ni une personnalité à écumer les querelles. Il avait pour chaque personne les mots justes. Son comportement jovial et sa connexion avec la Nature, cette harmonie léguée par Tarlyn, le rendait intensément spirituel et sage. « Cela me contrarie que la Fanior refusent que nous discutions avec Darrel. Je ne peux que comprendre leurs craintes, leur désir de protéger un des leurs, mais il me pèse de savoir qu’ils nous accordent si peu de confiance, qu’ils croient que nous sommes déterminés à sauter aux conclusions et à condamner Darrel. » Poursuivit Rhenis. "la Fanior", j'avais l'impression que nous parlions d'une chose. Ce qui, sur l'instant, je me déplaisais pas. Nous n'avions eu aucun mot des Fanior. Les Ergorn restaient silencieux, sûrement conscient qu'au moindre mouvement ils deviendraient des suspects de choix. Mais les Fanior étaient pourtant réputés pour leur neutralité et leur sincérité. Ce retrait me paraissait bien plus suspicieux.

« Pardonnez-moi. Je ne crois pas que vous ayez envie de m’entendre parler de Darrel Fanior après ce qui s’est passé au bal... » Je soupirai en déviant mon regard vers les jardins. « Ce n'est rien. Je crois qu'aucune parole ne pourrait me paraître agréable aujourd'hui de toute façon... » Après un court silence, je repris : « Thrad et le conseil Birghild a une confiance presque aveugle en vous ; les Kunan. Même si je fais partie de ce conseil et vous fais confiance, je ne peux me résoudre à laisser l'avenir de cette enquête entre les mains d'une autre famille que la mienne. J'ai soupé des recommandations des miens qui souhaitent me ménager. Cependant, cette passivité ne me fait rien pressentir de bon », confiai-je d'une voix qui se voulait de plus en plus basse. Je redoutais que Thrad suive les conseils du Président Hileran. « Cela ne sera sûrement pas facile, que ce soit pour moi ou pour les barrières que tentera sûrement de poser Thrad afin de nous protéger. Mais je veux que vous sachiez que vous pourrez faire appel à moi si besoin est durant cette enquête, dis-je en reportant mon regard sur le sien. Ce n'est pas... commun comme proposition, je vous le concède. Et je suis prête à garder cela sous silence si ça permet une meilleure collaboration. Mais je veux aider du mieux que je peux à ce que le meurtrier d'Osrian soit retrouvé. » Il y eut un léger instant de flottement où je gardai mes lèvres ouvertes sans dire un mot. « Je sais que vous devez comprendre ce que je traverse. Accepterez-vous cette légère collaboration ? » Ysire serait sûrement la première à féliciter cette presque-union. Contrairement à d'autres qui grinceraient des dents. Côté Birghild tout comme côté Kunan.

À mes yeux, il n'était pas là question de mettre en exergue nos ambitions et intérêts différents. Simplement de faire payer cet assassin. Cela répondait à un besoin commun : endiguer ces actes barbares. Et j'étais prête à collaborer même si Thrad venait à me l'interdire. Entre familles représentantes, il y avait bien des moyens de communiquer et je n'étais pas en reste de messagers ou de domestiques connaissant ceux des autres palais. Cette apparence de division cachait un dédale de raccourcis labyrinthiques où tous nous pouvions nous retrouver à l'ombre des regards et des oreilles indiscrètes.
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Rhenis Kunan
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Dim 2 Juil - 5:14


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Feat Ceersa Birghild
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Mes paroles expriment le fond de ma pensée. L’honnêteté était la seule chose que j’aie à offrir à mon interlocutrice en cette heure plus que sombre. Nonobstant ma culpabilité et mes appréhensions personnelles, j’avais cette impression qui me rongeait depuis le soir du bal... une certitude que les malheurs qui s’étaient abattus sur nous ne faisaient que commencer. Le ciel maussade n’arrangeait en rien les choses. Je ne pouvais ignorer les chuchotements des serviteurs qui persistaient à affirmer que le meurtrier d’Osrian et les extrémistes Vainuins qui pourrissaient dans nos cachots avaient commis des actes répréhensibles qui ne demeureraient pas impunis, qu’ils avaient provoqué la colère des dieux et que tout le monde paierait pour cet affront. Aussi pensive que moi, Ceersa soupire, laissant son regard se perdre dans le feuillage des arbres qui nous entourent. Si seulement je pouvais lui faire comprendre à quel point se détresse et sa rancœur étaient réciproques. J’avais bien tenté de discuter avec mon commandant, tenté de le convaincre que nous devions interroger les insurgés immédiatement, il persistait à me dire qu’il valait mieux les laisser mûrir quelques temps avant de s’attaquer à eux. Néanmoins, les rapports que j’avais vus s’empiler sur mon bureau m’avaient apaisée ; on avait interrogé presque tous les invités qui avaient assisté au bal avec célérité. La plupart d’entre eux avaient été blanchis. Personne ne savait rien. Tellement de questions et si peu de réponses. Allais-je pouvoir trouver le sommeil dans les prochaines Lunes ?

Un bref silence plane entre nous. Tout comme elle, je laisse mon regard errer sur les jardins. Malgré mon appartenance au peuple de l’Eau, j’ai toujours aimé les jardins. Avant la mort de ma mère, les jardins communs étaient mes préférés. Ils étaient immenses, la végétation y était variée et l’air y sentait frais. On trouvait quelques petits salons à plusieurs endroits. J’aimais m’y installer pour jouer dans la musique autrefois. Aujourd’hui, le temps me manquait pour ce genre de loisirs. Après la mort de Fulvia, la roseraie à l’intérieur du palais des représentants de Vainui était devenue mon endroit préféré, mais les jardins communs demeuraient un endroit paisible où il faisait bon se retrouver. On s’y sent à l’abri de la bacchanale qui retentit constamment dans le reste de la cité, comme si les murs des quatre palais étouffait la cacophonie de la plèbe en dehors de ces barrières rocailleuses. La mort d’Osrian faisait planer un ombre au-dessus de ce havre de paix. Je ne pourrais plus m’y réfugier sans revoir le sang qui avait coulé entre les dalles de pierre, s’incrustant la terre...

Nombre de prêtresses de Tarlyn auraient dit que malgré sa mort violente, Osrian, qui était né de la Terre, était retourné à la Terre, et qu’il reposait dans un monde meilleur où les siens le rejoindraient lorsque leur heure serait venue. La mort est un mystère. Malgré ma foi, malgré cette envie que j’ai de croire que ma mère est passée dans l’autre monde et qu’elle reste en paix parmi nos ancêtres, l’idée de mourir m’effraie. Et je ne crois pas que la raison réside en ma jeunesse. Je ne crois pas pouvoir surmonter un jour cette crainte qui m’envahit chaque fois que je songe à la mort.

Ceersa interrompt mes pensées qui filent en toute allure en déclarant : « Ce n'est rien. Je crois qu'aucune parole ne pourrait me paraître agréable aujourd'hui de toute façon... » Le contrait m’eut étonné. Si aucune parole ne parvenait à m’apaiser depuis ce soir-là, il était peu probable que je parvienne à la réconforter alors qu’elle ne me considérait que comme une connaissance. Je n’avais jamais réussi à deviner comment Ceersa Birghild pouvait bien me percevoir. Elle n’avait jamais démontré beaucoup d’émotion à mon endroit, se contentant d’une politesse courtoise. « Thrad et le conseil Birghild a une confiance presque aveugle en vous ; les Kunan. Je crois déceler un peu d’acrimonie dans son ton, mais je ne cille point. Elle poursuit en m’indiquant qu’elle ne peut sciemment laisser l’enquête entourant la mort de son époux entre les mains d’une autre famille que la sienne. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine à ces paroles. Je suis même surprise à l’idée qu’elle n’ait pas encore tenté d’en savoir plus d’une autre façon qu’en s’adressant à moi. Derechef, elle poursuit en m’indiquant que nous pouvions faire appel à elle durant l’enquête, qu’elle n’en piperait pas mot aux membres de sa famille. « Je sais que vous devez comprendre ce que je traverse. Accepterez-vous cette légère collaboration ? » J’étais sûrement la mieux placée pour comprendre ce qu’elle vivait. Longtemps, j’avais été persuadée que ma mère n’avait pas perdu la vie à cause d’une simple fièvre, qu’il y avait eu un complot contre les enfants de Glorë et que ma mère en avait fait les frais. Je sais ce que c’est de ne pas savoir... C’est douloureux. C’est la pire chose qui soit.

Je lève mon regard céruléen vers elle. « Vous lisez mes pensées, ma Dame... » J’esquisse un sourire en la dévisageant franchement. Ceersa occupait les mêmes fonctions que moi au sein de la population Terre de Dahud. Refuser son aide aurait été irréfléchi. Je m’éclaircis la voix : « Je serais stupide de cracher sur l’aide d’une conseillère aussi expérimentée que vous l’êtes. Et si la situation était inversée... J’hésite à poursuivre ma pensée. Je veux dire que si ç’avait été un membre de ma famille... si ç’avait été mon frère Levan, par exemple, jamais je n’aurais trouvé la force de rester en dehors de l’enquête. » Je parle rarement aussi ouvertement de mon attachement envers Levan à qui que ce soit. « Et bien sûr, je ne compare pas la perte d’un frère à celle d’un époux. » Je me mords la lèvre inférieure, évitant son regard pour observer attentivement la végétation. Soupirant bruyamment, je me retourne finalement vers elle. « Pardonnez ma confusion. Je manque de sommeil. Je serais très heureuse de pouvoir compter sur votre conseil dans cette enquête. Autant en ce qui concerne la mort d’Osrian que les événements survenus sur le marché. D’ailleurs, nous interrogerons les insurgés dans les prochains jours. Si vous désirez être présente, je n’y vois aucune objection. »
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Lun 3 Juil - 2:41


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Feat @Rhenis Kunan
le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Les drames qui avaient ébranlés Lucrezia jusque dans les palais nous touchaient tous. Et même au-delà de Dahud, des répercussions retentiraient, c'était inévitable. On avait beau voir les régions comme des cloisons pour chaque éléments, toutes restaient toutefois étrangement liées par ces rapports que nous nous efforcions de préserver au sein de la cité-reine. Une bonne ou une mauvaise chose . J'avais toujours cru que c'était pour le bien de tous. Mais la mort d'Osrian tendait à me faire croire que peut-être les événements n'auraient jamais dû se passer ainsi. Peut-être que cette folie était le déclencheur, le choc nécessaire pour que tous, nous ouvrions les yeux et comprenions que la vie ensemble n'était plus possible. Que ça n'avait plus le moindre sens.

Une idée que bien des personnes allaient tenter de me mettre en tête dans les prochains jours. J'avais beau être de plus en plus persuadée que mon peuple était le seul à vraiment pouvoir vivre en paix, je gardais en tête la mission qui incombait à notre famille. Je ne devais pas baisser les bras et laisser tomber cette cité qui m'avait vue naître, grandir, m'épanouir. L'étincelle d'espoir qui subsistait restait toutefois camouflée par ce sentiment de colère face à cette injustice inexpliquée : pourquoi Osrian, mon mari ? Il n'y avait que ce point d'interrogation dans mon esprit. Et tant qu'aucune réponse, ne serait que partielle, n’apparaîtrait, alors je ne pourrais avancer. Pour moi, le temps s'était mis en suspend. Ma vie était mise en suspend. Rien n'allait avoir plus d'importance que de trouver les réponses à ces questions qui nous taraudent tous.

Il était sûrement dur d'exiger des Kunan de faire avancer les choses plus vite. Les bousculer plus qu'ils ne l'étaient serait probablement un incident diplomatique dont Thrad pourrait m'en vouloir. Je n'avais pas à brusquer Rhenis, bien que je ne pouvais m'empêcher d'en avoir l'envie. Dans mon esprit, le coupable était tout proche mais chaque minute passée sans qu'ils ne l'identifient était une distance de plus qu'il faisait à l'opposée de notre direction. Ils le laissaient, pour ainsi dire, fuir. C'était intolérable et cette idée ne parvenait à m'inspirer autre chose des reproches à la future chef des représentants de l'Eau. Si elle et son frère ne parvenaient pas à résoudre ces affaires, ce serait bien plus que leur crédibilité qu'ils risquaient : la paix elle-même était entre leurs mains. Ils tenaient le sort de Dahud entre celles-ci. En avaient-ils seulement conscience ? Je pouvais sans mal croire que l'aînée se rendait compte de la portée de ces enquêtes. Son air grave et pensif ne faisait que traduire l'anxiété que tout ceci lui inspirait.

Chaque jour, un voile de plus paraissait border Lucrezia. L'atmosphère était lourde, comme si elle se chargeait avant un orage lointain. Les changements étaient encore à peine perceptibles et nous mettions cela sur l'ambiance qui régnait dans les rues et les palais, sur la crainte du courroux des dieux qui pourrait se déclencher sur nous après ces blasphèmes commis lors du premier jour des festivités organisées en leur honneur.

Les temps ne sauraient s'éclaircir à mes yeux tant que la lumière ne sera pas faite sur ces tragédies. À circonstances dramatiques, solutions drastiques. J'étais prête à faire ce que Thrad redoutait, ce que Kalen souhaitait éviter, ce que d'autres, tout bas, verraient comme une trahison. Bien que les familles représentantes faisaient office d'illusion dans laquelle les éléments pouvaient collaborer et vivre ensemble, chacun s'occupait des affaires de son élément ou, le cas échéant, des affaires qu'on leur confiait. Si les chefs des représentants s'étaient mis d'accord pour que les Kunan enquêtent sur la mort de mon mari, alors je ne devais en aucun cas et sous aucun prétexte m'en mêler. Sauf que cela me semblait aberrant... Et à ma surprise, cela ne parut pas choquer Rhenis. « Vous lisez mes pensées, ma Dame... » Déclara-t-elle d'un sourire transpirant presque d'un soulagement. « Je serais stupide de cracher sur l’aide d’une conseillère aussi expérimentée que vous l’êtes. Et si la situation était inversée... évoqua l'Eau avec hésitation. Je veux dire que si ç’avait été un membre de ma famille... si ç’avait été mon frère Levan, par exemple, jamais je n’aurais trouvé la force de rester en dehors de l’enquête. » Je baissai légèrement la tête dans un signe de déférence. Ce qu'il y avait de vivifiant auprès de la nouvelle génération, c'est que leurs esprits paraissaient bien moins étriqués et conventionnels que les nôtres. Sachant que Rhenis n'était pas mariée, ça ne me percuta point qu'elle évoque en comparaison son jeune frère lorsqu'elle parlait d'une situation inversée ; où elle aurait perdu un proche. Osrian était plus qu'un simple proche... Il était une partie de moi. Et j'étais une partie de lui qui resterait, depuis sa mort, orpheline à jamais dans mon cœur.

« Et bien sûr, je ne compare pas la perte d’un frère à celle d’un époux », Se rattrapa-t-elle, noyant un peu plus le poisson. Bien que son ouverture me touchait, me laissant entrevoir ce qu'Osrian pouvait apprécier chez cette femme, je ne souhaitais pas m'intéresser à ses questionnements. J'étais persuadée de garder un esprit lucide, je savais également qu'à côté, mes ressentiments étaient totalement biaisés par l'épreuve que je traversais. Il m'était impossible de juger objectivement de quoi que ce soit qui pouvait toucher les relations humaines. Un flou qui incombait à ce déchirement que provoquait la perte d'un être cher. Le monde entier semblait ne plus tourner rond dans ces instants sombres...

Les couleurs paraissaient différentes. Les aliments, les sons, les visages... Tout avait une nuance triste, morne ou vide. Comme si chaque chose avait perdu de son intérêt. Un sentiment que j'exécrais... Il en valait ainsi de bien des Terre : nous étions dirigés par nos sentiments, les choses en quoi on attribuait de l'importance. La vie, la famille, la nature, la justice. Des valeurs auxquelles je devais m'accrocher pour ne pas perdre le Nord. « Pardonnez ma confusion, s'excusa Rhenis. Je manque de sommeil. Je serais très heureuse de pouvoir compter sur votre conseil dans cette enquête. Autant en ce qui concerne la mort d’Osrian que les événements survenus sur le marché. D’ailleurs, nous interrogerons les insurgés dans les prochains jours. Si vous désirez être présente, je n’y vois aucune objection », proposa-t-elle sans anicroche. Tentant d'adoucir mon regard lointain et refroidi, j'acquiesçai d'un signe de tête. « Il me sera possible de justifier ma présence lors de ces interrogatoires tant que Thrad n'aura évoqué de restrictions quant aux actions de la garde Terre sur cette affaire, expliquai-je à Rhenis. Pour ce qui est des conseils, il me faudra probablement réfléchir à une façon de ne pas laisser ceci apparaître au grand jour... Je crains que certains représentants ne voient pas cette collaboration d'un bon œil. Tant que rien n'est concrètement décidé de notre côté, nous devrons nous contenter d'échanges de lettres. Je tenterai, à mon échelle, de convaincre les représentants Terre d'accepter cet investissement. » Les bruits de couloirs et quelques mots échangés avec les Présidents laissaient voir qu'Ysire était plus que partisane d'une collaboration, mais derrière Kalen traînait la patte et ne voulait qu'une chose : éviter tout autre drame en nous cloisonnant à Gorka.

Pour moi, ça ne ferait qu'empirer la situation. Nous devions lever le voile d'ombre qui planait sur Lucrezia. Tant que la paix se dilapidera ainsi, les dieux ne nous pardonneront guère et trouveront un moyen de nous remettre dans le droit chemin. Mais cela m'étonnerait que ce soit fait de roses et de dentelles... Un soupir et je me relevai. Cette acceptation semblait avoir levé une barrière qui m'opprimait. Pouvoir participer à cette enquête était un grand pas. Restait à user de cette collaboration à bon escient. « Ravie de voir que malgré nos différence, nos avis convergent, Dame Rhenis. » La gratifiai-je comme d'égal à égal. Ce que nous n'étions pas... que ce soit par l'âge d'un côté, et par le rang de l'autre. Mais cette unité pouvait amener une nuance que je ne suspectais guère. Comme si l'adversité allait pouvoir tristement nous lier.
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Rhenis Kunan
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~#~Sujet: Re: Frozen ◈ Rhenis Ven 7 Juil - 3:13


FROZEN
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le treizième jour de la dixième lune de l'an 836
Si ma remarque concernant Levan a soulevé des questionnements chez mon interlocutrice, elle n’en laisse rien paraître. Mon attachement pour mon cadet ne ressemble à rien que je ne parvienne à expliquer aux gens qui m’entourent. C’est le seul véritable amour que je connaisse... Chaque fois que je le regarde, je me vois en lui. Je ne comprends pas ces sentiments qui me poussent à vouloir me fondre en lui, à vouloir ne faire qu’un avec lui... Je sais que c’est trop pour ce que nous sommes. Il est mon frère... Entre-temps, je parviens à me convaincre tant bien que mal que je nous vois comme des jumeaux, comme deux moitiés de la même personne et que ces sentiments ne sont rien d’autre que cela. Peut-être que c’est le cas. Je ne pourrais en juger, puisque je n’ai jamais ressenti moi-même ce sentiment que tout le monde louange sans cesse : l’amour, le vrai... Oh ! bien sûr, à l’âge de 27 ans, j’ai bien eu quelques baisers volés par-ci par-là, mais je n’ai jamais pu goûter à ce fruit défendu dont tout le monde parle avec tellement de passion. Je n’ai pas beaucoup d’amis outre les membres de ma famille. Brehn, mon plus grand ami en ce monde, habite à des centaines de kilomètres de moi et je n’ai pas envie de me confier à lui dans de simples lettres échangées à vol d’oiseau. Aussi, je ne connaissais aucune passion à mon vieil ami. D’aussi loin que je puisse me rappeler, il n’a jamais eu de tendresse pour qui que ce soit. Nymeria, qui me traite froidement en public, est devenue une très bonne amie avec le temps. Toutefois, elle non plus n’a jamais eu de réel prétendant. J’aurais pu me tourner vers ma cousine Ora, mais j’avais peur qu’elle ne comprenne mal ce que je ressentais. Ultimement, j’étais un loup solitaire dans cette cité d’excès.

La conseillère acquiesce vivement, me tirant de mes pensées tortueuses. « Il me sera possible de justifier ma présence lors de ces interrogatoires tant que Thrad n'aura évoqué de restrictions quant aux actions de la garde Terre sur cette affaire, » dit-elle en me regardant franchement. Ce qui était tout à fait compréhensible. Dans la même optique, mon père n’avait émis aucune répréhension concernant de possibles discussions avec nos voisins en ce qui concernait cette affaire brumeuse dans laquelle nous avions été jetés. Néanmoins, Nehko restait maître de cette famille, maître du destin de tous les citoyens Eau de Lucrezia. S’il m’a placée là où je suis aujourd’hui, il peut tout aussi aisément décréter que Levan héritera seul du titre de Représentant en Chef. C’est un aspect que je m’efforce de ne jamais oublier. Je sais avec certitude que ma place à la tête de mon peuple ne m’est pas acquise. Le peuple ne me porte pas dans son cœur... Il n’affectionne pas mon frère non plus. Cette alliance que je viens tout juste de sceller pourrait froisser de nombreuses personnes. Elle pourrait embêter mon père et le roi. Je n’ai consulté ni l’un ni l’autre avant de prendre ma décision. Et même si je me répète qu’éventuellement, ils devront me laisser voler de mes propres ailes, me faire confiance, me laisser faire mes propres erreurs pour mieux me relever par la suite, je sais que je prends un très grand risque en m’alliant à cette femme. J’espère ne pas le regretter. « Pour ce qui est des conseils, il me faudra probablement réfléchir à une façon de ne pas laisser ceci apparaître au grand jour... Je crains que certains représentants ne voient pas cette collaboration d'un bon œil. Tant que rien n'est concrètement décidé de notre côté, nous devrons nous contenter d'échanges de lettres, affirme-t-elle, son ton assuré et calme. Je tenterai, à mon échelle, de convaincre les représentants Terre d'accepter cet investissement. »

Elle se relève, jetant un regard circulaire dans les jardins, probablement à la recherche de regards indiscrets qui pourraient avoir regardé – ou entendu – notre échange. Droite et altière, je me relève pour soutenir son regard. Malgré la différence de stature, je sais que je peux être tout aussi imposante et autoritaire que Ceersa l’est. Osrian m’a souvent dit comme cette autorité qui émane de son épouse pouvait devenir intimidante. Il m’a même un jour confié que cette obéissance que les gardes avaient pour elle, qui n’avait qu’à prononcer un mot pour se faire entendre, avait le don d’irriter son neveu, Ragon, qui épaulait la jeune Zora dans ses fonctions. Je remarquais le même problème avec mon frère Levan qui parlait souvent d’un ton trop doux et peu assuré lorsqu’il s’adressait à nos commandants. Avec le temps, j’avais appris que mon ton de voix ne devait pas flancher lorsque je donnais des ordres, et que même lorsque je doutais de moi-même, je ne devais rien laisser paraître dans mon regard. La conseillère m’adresse l’ombre d’un sourire en déclarant : « Ravie de voir que malgré nos différence, nos avis convergent, Dame Rhenis. »

Je m’abîme dans une révérence mesurée devant mon aînée. « Vous m’en voyez tout aussi satisfaite, ma Dame, » que je réponds, le visage impassible. « J’espère que vous ne porterez pas trop attention à mes fautes d’orthographe... Je risque de rédiger mes missives à la hâte avec tous les événements qui déchirent la ville depuis un moment. » J’espère qu’elle lira le sous-entendu dans ma phrase. Si je craignais que nos échanges verbaux soient observés dans les jardins, je craignais encore plus que nos plis soient interceptés. Il faudrait que nous demeurions discrètes dans ces correspondances pour que personne ne puisse déchiffrer les messages que nous échangerions, même les plus avisés. Je sais que le roi, Thrad et de nombreux dignitaires des différentes régions, avaient des yeux et des oreilles partout au palais et partout dans la cité. Après m’être assurée que personne n’était assez près pour entendre mes dernières paroles, je déclare à mi-voix : « Avez-vous déjà visité la bibliothèque dans les quartiers nord de la ville ? On m’a dit que certains ouvrages étaient très constructifs pour apprendre à communiquer discrètement... » Lui adressant un regard léger et un sourire aimable, je lisse un pli de ma jupe avant de la saluer une dernière fois pour m’éloigner sereinement dans les sentiers pavés de pierres vers le palais du nord qui se dressait à l’horizon.
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