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Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK]

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~#~Sujet: Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK] Jeu 20 Avr - 5:14


Cyne Wkar
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Styx Frasier


Water is a rare commodity
An 228, dix-septième lune
Canyon Graduke, Sezni


À l’époque, tu n’avais que 27 ans. Après avoir côtoyé Lilo Naslor envers qui tu avais été totalement dévouée pendant six longues années (jusqu’à tes 24 ans) au cours desquelles vous aviez chassé l’homme à travers Oranda en tandem, infiltrant clandestinement les frontières, tu n’avais plus de fidélité qu’envers toi-même. Sans mari, sans maître, tu étais maîtresse de toi-même. Une des rares dames indépendante de tout homme de ton riche quartier à Inaki. Officiellement, tu étais une jeune veuve à qui un mari fortuné avait légué toute sa fortune. Tu possédais une grande maison tout près du palace du roi dans la capitale de votre région. Tu te plaisais à dire que tu avais tout appris de ton mari en ce qui concernait la traque; ça n’était pas tout à fait faux. Pendant un bon moment, tu avais fréquenté Lilo plus souvent que sa propre épouse. Quelques soldats se rappelaient encore que tu t’étais entraînée parmi eux pendant un temps près de dix ans plus tôt. Eux savaient que ce mari, c’était de la foutaise. Tu te présentais comme une traqueuse d’Exempts. La plupart du temps, c’était ça que tu faisais. Traquer et revendre les Exempts aux marchands d’esclaves. À Inaki, ta réputation en la matière n’était pas surfaite.

La plupart du temps, on t’offrait donc des contrats qui tournaient autour de la chasse à l’homme. On te demandait de pister des Exempts correspondant à certains critères; de retrouver des criminels en cavale pour les livrer au roi; de pister des épouses qui avaient pris leur jambes à leur cou, assoiffées de liberté; de mettre le grappin sur des soldats qui avaient déserté... c’était ce pour quoi Lilo t’avait formée. On faisait parfois appel à toi pour des contrats qui exigeaient un peu plus de discrétion. La plupart du temps, tu n’acceptais ces demandes que lorsqu’elles t’amenaient loin de la capitale de Sezni. À Inaki, il était difficile de passer totalement inaperçue, trop de gens connaissaient ton visage. Ainsi, tu t’étais fréquemment glissée dans des rôles pour mieux t’insinuer dans l’intimité de tes victimes. Confirmer des infidélités, identifier des escrocs et des voleurs, des traîtres... tu ne crachais sur rien qui fasse miroiter un peu d’adrénaline et un peu d’or. Le contraire eut été surprenant. Tu n’aurais pu t’acheter cette demeure dans la capitale si tu n’avais pas amassé autant d’argent au fil des années passées avec Naslor.

En général, tu te complaisais dans ton travail – moins qu’à l’époque où tu avais un partenaire qui suivait chacun de tes pas, mais tu trouvais toujours de la satisfaction à chaque fois que tu parvenais à tes fins, chaque fois que tu réussissais à peaufiner un nouveau personnage et à séduire tes cibles.

Mais aujourd’hui, c’était différent... Voilà six jours que tu avais quitté la capitale. Un des hauts conseillers du roi t’avait demandé de retrouver sa favorite. La jeune fille s’était évadée de chez lui en pleine nuit. Il ne savait pas où elle s’en était allée, il ne savait pas si elle avait de la famille ou des amis. Tout ce qu’il savait, c’est que la brune créature lui faisait du bien – au corps et à l’âme – et il voulait la récupérer à tout prix. Une bonne avance en poche, vêtue d’un pantalon et d’une tunique blancs et amples, encapuchonnée jusqu’aux yeux pour prévenir les tempêtes de sables, tu t’étais lancée dans ce qui te semblait être une chasse impossible. Le prénom qu’il t’avait donné n’était probablement pas celui qu’elle avait reçu à la naissance... et même si c’était le cas, elle n’aurait pas été assez stupide pour dire son vrai patronyme à une personne rencontrée sur la route. Les autres peuples n’avaient pas tort : le désert de Sezni était un endroit extrêmement dangereux et son peuple n’avait rien de miséricordieux ou de tolérant. Tu ne connaissais pas ce conseiller qui t’avait payée une grasse somme pour retrouver cette fille, mais tu te doutais qu’elle aurait probablement dû rester où elle était plutôt que de fuir vers un désert où elle risquait de rencontrer un être bien pire que celui qui l’abritait et la nourrissait.

Jusqu’à maintenant, tu avais suivi la piste donnée par quelques caravanes de voyages qui avaient vu une femme étrangement vêtue errer dans le désert. Dans une impasse, tu avais longuement réfléchi, et un pressentiment te chuchotait que tu devais aller vers les canyons. Cette impression avait été confirmée lorsque tu avais retrouvé un de ces voiles colorés que portait l’ingénue au moment de sa fuite dans un buisson de ronces. L’écervelée s’en était allée vers le canyon de Graduke, la gorge la plus mortelle que l’on puisse retrouver sur les terres désertiques du peuple du Feu. Tu avais eu envie de tourner les talons et retourner à Inaki, mais craignant de ne pas la retrouver vivante et de devoir abandonner le reste de ta prime dans les poches du conseiller, tu t’étais enfoncée dans le canyon. Même si tes réserves d’eau étaient déjà épuisées de moitié. Même si les chances de mort étaient grandes. Même si la plupart des voyageurs préféraient faire des détours plutôt que de s’engager sur cette route périlleuse. Tu n’étais pas comme tout le monde. Tu remettais ta vie entre les mains des dieux. Si Malaggar avait décidé que ton heure était venue, alors tu mourrais.

C’était il y a une journée. Tes réserves d’eau s’épuisaient et tu peinais à trouver une source où tu pourrais remplir ta gourde. Frustrée, tu ne pouvais t’empêcher de ruminer la faiblesse des hommes. Tout ça pour une Exempte. Tu allais mourir pour une Exempte... La chaleur enveloppant intensément ton corps, tu laissas tes pensées dériver, songeant à la faiblesse de la gent masculine. Les hommes avaient-ils seulement conscience de laisser autant de pouvoir entre les mains de ces délicates qu’ils appelaient « femmes » ? Tu étais la première à te révolter contre la façon dont les hommes de ta région traitaient les femmes – comme si elles n’étaient que des moins que rien, comme si elles devaient toutes appartenir à un homme, comme si elles étaient un sexe faible –, et pourtant, tu ne cessais de t’émerveiller en voyant comme il était facile de berner un homme simplement à l’aide d’un joli visage. Au cours des dernières années, tu avais rencontré beaucoup de femmes indépendantes, beaucoup de femmes dangereuses. Peu d’homme leur arrivait à la cheville. Oh, bien sûr, il y avait ces hommes cruels, sadiques et sans pitié, ceux qui bandaient à la vue du sang, mais tu n’en avais pas rencontré qui soit aussi dangereux que ces femmes...

Fronçant les sourcils, tu crois apercevoir un reflet plus loin. De l’eau ? que tu te demandes. Ou simplement un mirage ? Portant ta gourde à tes lèvres, tu avales une dernière goulée d’eau chaude.

#Sanie #Vanka #Cromignonne

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Dernière édition par Styx Frasier le Lun 15 Mai - 5:55, édité 2 fois
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Cyne Wkar
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~#~Sujet: Re: Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK] Mer 10 Mai - 15:25


Tu serres les dents au point qu’elles se mettent à grincer quand tu repenses à ce qui t’a poussée à revenir à Sezni. Voilà sept ans que tu as quitté la région et que tu t’es promis de ne pas y remettre les pieds avant très, très longtemps. Lorsque le sable atteint tes yeux et te font pleurer, alors que le soleil tape dangereusement sur toi, tu ne peux t’empêcher de te promettre de faire la peau à celui qui t’a obligée à revenir dans cette région que tu détestes tant. Voilà plusieurs jours qu’un homme était venu te voir, alors que tu t’amusais dans une taverne sombre de Sterenn à défier les plus braves et les plus soûls dans des combats qu’ils perdraient inévitablement. Le regard sombre, le visage masqué par un foulard du sud, il s’était approché de toi sans un mot, glissant simplement un bout de parchemin dans les replis de tes vêtements avant de s’enfuir aussitôt, avant même que tu ne puisses lui demander ce qu’il voulait. Tu croyais au début avoir affaire à un homme souhaitant tes services tout en restant discret, mais les mots écrits à la va-vite sur le parchemin t’avait fait grincer des dents, comme à présent. Et maintenant que tu marches avec fureur vers l’endroit où vit ton frère, tu te rends compte qu’il y a énormément de chance pour que tu te sois faite avoir comme jamais auparavant. Et alors que tu te tords la cheville dans un trou de ce foutu canyon, tu te rends compte avec irritation que non, sept ans loin de Sezni n’est définitivement pas assez pour toi.

Le regard noir, tu continues de marcher avec ferveur dans le canyon. Cet endroit, très réputé pour être le plus mortel de cette région, n’est plus un obstacle pour toi. Même si tu continues de faire attention où tu marches, les yeux roulant un peu partout pour vérifier que personne ne se cache dans les recoins de la roche, prêt à se jeter sur toi pour te voler le peu d’argent que tu as, tu ne connais pas parfaitement ce canyon, que tu n’avais franchement pas l’habitude de découvrir étant plus jeune. Tu n’as jamais aimé cette région. Quand tu étais encore enfant, tu n’osais pas mettre un pied en dehors du domaine de tes parents tant tu avais peur de te perdre dans le désert ou dans un canyon et mourir de soif, de faim ou même mangée par un animal sauvage. Tu étais effrayée à l’idée que ta famille ne vienne jamais te chercher, t’abandonnant à ton sort sans même se retourner, continuant leur route en ne faisant que t’oublier. En un sens, c’est un peu ce qui t’est arrivée. Quand ta famille a appris pour ton don de l’Air, un don bien différent du sien, elle n’a fait que te rejeter. Tirer tout un trait sur ton existence en te laissant pour morte. Avec une grimace, tu te dis que finalement, ce n’est pas si mauvais que ça. Tu as appris bien des choses que tu n’aurais sûrement jamais connues si tu étais restée dans cette famille. Dans cette région. Dans cette horrible région que tu détestes tant.

Sous la colère, tu donnes un violent coup de pied rageur dans le premier caillou qui vient buter contre ta botte. Avec tout le vent qu’il y a à Sterenn, tu t’es habituée à porter des vêtements relativement chauds, tout en te laissant assez de marge de manœuvre pour bouger dans tous les sens. Idiote comme tu es, tu n’as pas pensé à la chaleur qu’il faisait à Sezni, et tes vêtements sont loin d’être adaptés à une telle température. Avec un soleil aussi puissant et chaud, tu as du mal à ne pas te jeter sur ta gourde emplie d’eau fraîche — qui d’ailleurs, ne doit plus être fraîche — et de tout boire en une seule gorgée. Cela fait plusieurs jours que tu es sur la route et, même si tu as bien fait attention à prendre toute l’eau nécessaire, tu fais le maximum d’économie à ce niveau-là. Mourir de soif n’est franchement pas ton truc. Surtout en plein canyon qui regorge de beaucoup d’autres dangers — mourir de soif ici, ce serait franchement stupide ; autant mourir assassiné par un des natifs du canyon ou par un piège naturel créé au fil des années.

Tu finis par retirer sauvagement un des tissus qui te recouvrent abondamment, le laissant abandonné sur le sol. Tu ne comptes pas le garder et l’avoir en poids supplémentaire. Tu en achèteras un autre, bien plus adapté, quand tu seras arrivée. Arrivée. Tu repenses encore une fois à ce satané bout de parchemin. Comment Lilo aurait-il pu se fourrer dans un tel pétrin ? Plus tu y penses, plus tu te dis que tu fais ce voyage pour rien. Une perte de temps inutile, futile et qui pourrait bien te tuer. Peut-être que c’est ce que voulait cet homme étrange. Dès ton retour à Sterenn, tu comptes bien le retrouver et lui botter le cul pour t’avoir fait une telle farce. Et alors que tu t’apprêtes à donner un énième coup de pied dans un énième caillou, pour tenter d’évacuer la rage qui pulse en toi — et que tu ne peux pas vraiment évacuer au travers de ton don, vu les lieux —, tu distingues une forme floue et noire dans le lointain. Plissant les yeux, tu peines à reconnaître ce que c’est, et tu accélères le pas pour tenter de déchiffrer cette forme. Peut-être est-ce un animal sauvage, que tu pourras tuer et dont tu pourras tirer du liquide et de la chair fraîche. L’un des avantages d’avoir grandi ici, c’est que tu sais très bien où il faut planter ton poignard pour tuer la bête au plus vite et profiter de la viande avant qu’elle ne pourrisse.

Malheureusement, quand tu approches encore un peu, la vision devant toi se transforme peu à peu en la silhouette d’une personne, puis d’une femme. Tu t’arrêtes à quelques pas de l’inconnue, les sourcils froncés. Elle semble être mal en point, mais tu n’oses pas l’approcher. Avec un peu de chances, tu es tombée sur une native du canyon, ou pire, une soldate désertrice. Peu importe, dans tous les cas, elle maîtrise le don du Feu, et ça t’agace. En même temps, tu ne pouvais pas faire autrement, en étant à Sezni. « Mais qu’est-ce que vous foutez ici ? Vous êtes suicidaire ? » Tu ne peux pas t’empêcher de te montrer ébahie. « Il y a un million de façon de se tuer, mais vous préférez passer par ici, au cas où les Dieux seraient cléments et que Malaggar déciderait de ne pas vous tuer ? » Tu ricanes un peu avant de décrocher ta gourde et de lui tendre, les sourcils haussés. « Je vous déconseille. Malaggar est un gros con qui risque de vous faire souffrir pendant un bon moment avant de vous ôter la vie ». Ouais, insulter le Dieu du Feu n’est pas une bonne idée. Mais tu t’en fiches. Si l’inconnue veut te faire payer, tu n’auras qu’à l’étouffer. Ou lui reprendre ta gourde.

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~#~Sujet: Re: Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK] Lun 15 Mai - 5:41


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D’un geste rageur, tu enfonces le capuchon de liège de ta gourde avant de laisser retomber tes bras de chaque côté de ton corps filiforme. Le vent du désert balaye la sable qui crépite contre tes vêtements. Heureusement qu’il ne souffle pas plus intensément… Les canyons avaient cette tendance à devenir extrêmement dangereux lors des tempêtes de sable. Lorsqu’elles survenaient, Jalahiel faisait voler les grains de sable qui formaient des nuages étouffants. Ces amoncellements de sables s’engouffraient dans les cavités qu’étaient les canyons et prenaient souvent la vie des courageux – ou des illuminés – qui osaient y vivre ou s’y aventurer. Malgré l’eau que tu viens d’avaler, tes lèvres sont sèches et craquelées. Même si tu as pris soin de rester bien drapée dans tes vêtements lorsque l’astre du jour frappait dans le canyon, gardant ton écharpe bien en place pour protéger ton cuir chevelu, ton cou et ton visage de la morsure de Malaggar, la peau autour de tes yeux étaient échauffée par le lumière et le vent. Ils étaient peu nombreux, les nomades qui vivaient dans le désert. Encore plus ceux qui vivaient dans les canyons. Et leur espérance de vie était courte. La plupart des gens sains d’esprit préféraient largement l’ombre et la fraîcheur des grottes et des oasis à l’immensité mortelle des dunes et des gorges. Même pour les Feu qui avaient une résistance particulière à la chaleur et aux températures extrêmes, le désert pouvait s’avérer mortel quand on ne savait pas prévoir ses humeurs…

Remontant ton écharpe sur ton nez, tu places ta main en visière au-dessus de tes yeux, les sourcils froncés. Tu es partagée entre la conviction que ce reflet que tu aperçois au loin n’est rien d’autre qu’un mirage, et cette espérance d’avoir enfin trouvé de l’eau dans laquelle te baigner. Si tu restes assez longtemps là, le soleil finira par se mouvoir et créer suffisamment d’ombre pour que tu puisses en avoir le cœur net… Mais pouvais-tu réellement te permettre de rester immobile aussi longtemps ? Il le faut, affirmes une petite voix dans ta tête. Si tu fais trop d’efforts, tu risques de te fatiguer et de t’effondrer.

« Mais qu’est-ce que vous foutez ici ? Vous êtes suicidaire ? » Pendant un instant, tu restes immobile en entendant la voix féminine percer le silence, convaincue d’être seule dans cet abîme dans lequel tu t’es enfoncée comme une autruche, attirée par le gain. Mais la voix poursuit : « Il y a un million de façon de se tuer, mais vous préférez passer par ici, au cas où les Dieux seraient cléments et que Malaggar déciderait de ne pas vous tuer ? » Cette fois, tu fais volte-face, portant ta main tremblante vers ton arme, dardant un regard dur, mais confus sur la femme qui est apparue près de toi. Trop chaudement vêtue pour le climat désertique, elle te semble déplacée dans ce décor sablonneux. Elle te tend sa gourde après avoir allègrement blasphémé contre ton dieu sans la moindre vergogne. « M-Mala… tu t’éclaircis la voix. Malaggar nous éprouve pour nous rendre plus fort, » que tu déclares presque machinalement. S’il y avait bien quelque chose que tu n’étais pas parvenue à effacer de ta mémoire depuis que tu avais pris cette nouvelle identité, c’étaient bien ces paroles que tu te répétais chaque fois que ton père avait osé lever la main sur toi. C’était toute une pièce d’homme, ton père. Large d’épaule, haut de stature, peut-être était-ce simplement parce que tu avais pris plusieurs centimètres depuis, mais il t’avait toujours semblé se dresser devant toi comme une tour. Inébranlable, indestructible devant une adolescente si frêle et démunie. Tu te rappelles soudainement son regard sombre, ses cheveux poivre et sel et sa peau basanée. Comme la plupart des hommes du désert, ton père était fermement convaincu que les femmes n’avaient pas leur place dans ce monde, qu’en aucun cas elles n’avaient droit de se prétendre maîtresses d’elles-mêmes. Selon lui, une femme appartenait à un homme de sa naissance à sa mort. À son père pendant sa jeunesse. À son mari, lorsque son père acceptait de céder sa main. Ou à son frère en l’absence des deux autres. Selon ton père, une femme seule n’avait pas sa place dans la société seznienne. Il n’appréciait pas ton tempérament batailleur, ton père. Il aurait voulu que tu te tiennes tranquille, que tu aides ta mère à préparer les repas, à dépoussiérer, à quérir de la nourriture au marché et à tenir la maison. Mais tu avais toujours vu les choses différemment. Tu t’étais toujours battue corps et âme pour passer les maillons du filet, pour pouvoir faire ce dont tu avais réellement envie : courir, te battre, manier des armes, vivre. Ça t’avait valu de nombreuses corrections qui allaient de la fessée à la séquestration pendant plusieurs jours. Pour cela, tu l’avais profondément détesté. Vivait-il toujours ? Tu l’ignorais. Mais tu espérais que les Dieux auraient assez de clémence pour délivrer tes frères et sœurs de son joug.

Mais un bref instant, alors que tes yeux papillonnent du sol au visage basané de la femme qui se tient devant toi, tu crains que ton esprit ne te joue des tours. Tu avais déjà entendu parler de ces personnes assoiffées et fatiguées dont l’esprit s’égarait peu à peu avant qu’ils n’en viennent à crever de soif, de faim ou de chaleur dans le désert seznien. Machinalement, tu tires sur ton écharpe, laissant ta sombre chevelure retomber lourdement sur tes épaules avant d’attraper la gourde qu’elle te tend. Lorsque tu effleures sa main, ton cœur tressaille. Tu as bien senti ses doigts sur ta peau. Tout comme tu sentais bel et bien la gourde dans la paume de ta main… Une illusion pouvait-elle être aussi vive ?

Tu évalues le pieds du contenant avant de saisir le bouchon entre tes dents. Ses réserves d’eau vont bientôt s’épuiser également. Aussi, tu tâches de ne pas y aller trop allègrement lorsque tu en verses sur ton vêtement avec lequel tu t’humectes la peau avant de remettre le tissu plus frais sur ta tête. Tu prends une petite gorgée avant de tendre la gourde à ton interlocutrice, l’esprit légèrement plus clair. « Je pourrais te poser la même question, je te ferai remarquer, que tu maugrées d’une voix enrouée. Tu ne dois pas tant tenir à ta vie pour offrir ta seule subsistance à une inconnue comme tu viens de le faire. » Une partie de toi-même te fait remarquer que tu ne dois pas tenir à la tienne pour t’élancer à une mort certains pour quelques pièces d’or. Depuis que tu travaillais seule, l’appât du gain et la recherche d’adrénaline avaient guidé chacun de tes pas. Était-ce si différent lorsque tu travaillais avec Lilo ? Probablement pas tant que ça. Sauf que l’avantage d’avoir un partenaire, c’est qu’il arrivait souvent que vos opinions ne soient en divergence. Aussi, le maquignon t’avait souvent aidée à mieux évaluer les risques. S’il avait été là, vous auriez sûrement tourné les talons avant de vous enfoncer dans le canyon. « Et tu n’es pas Feu pour insulter ainsi notre dieu, » que tu enchaînes en plantant tes iris dans ceux de la femme. « Si je n’étais pas aussi faible, je n’aurais pas hésité à te ramener au roi à la place de cette foutue esclave qu’on m’a envoyée chercher… » Si tu n’avais pas été aussi affaiblie, tu aurais pu la mettre au tapis et ramasser une somme d’argent beaucoup plus intéressante en ramenant une clandestine au roi. Mais non, à la place, tu recherchais une femme qui avait été depuis longtemps abandonnée par les dieux…

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~#~Sujet: Re: Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK] Mar 23 Mai - 12:31


De toutes tes remarques, l’inconnue choisit de répondre à l’insulte envers son Dieu. Un ricanement moqueur sort de tes lèvres, mais tu n’es pas surprise, bien au contraire. Tu devais bien te douter que tu allais croiser des adeptes de Malaggar sur ce territoire, étant donné que tu ne risques de rencontrer que des Feu — ce qui est plutôt logique. Haussant les épaules, tu préfères ne pas partir sur un tel débat. Etant plus jeune, Malaggar était le Dieu que tu vénérais le plus. Il était un peu ton modèle, cette divinité qui avait réussi à offrir le don le plus précieux aux hommes : le don de contrôler cet élément si instable et puissant que le feu. Mais depuis le jour où tu as découvert ton appartenance à l’élément Air, tout a changé. Tu respectes toujours ce Dieu que tu as admiré pendant près de quatorze ans, bien sûr. Tu ne pourrais jamais renier les valeurs qui t’ont été inculquées sous sa dévotion. Cependant, avec les années qui ont passé, et qui passeront sûrement encore, tu te rends compte peu à peu que Malaggar est peut-être un sale petit con qui a préféré t’envoyer chier plutôt que te donner le don de Feu. Et rien que pour ça, tu as bien envie de l’emmerder à l’insulter à tout va — si jamais il ose un jour te punir, tu vas bien rigoler.

Tu regardes la brune asperger son tissu de ton eau en arquant un sourcil. Tu n’avais pas prévu qu’elle utilise ainsi la petite gourde que tu lui as prêté, imaginant qu’elle ne ferait que boire avant de te rendre la gourde, mais manifestement, elle ne semble pas faire cas de ton propre moyen de survie. « Tu ferais mieux d’éviter de tout gaspiller comme tu l’as sûrement fait avec ta propre eau, sinon je risque de te botter le cul ». Tout ça accompagné d’un sourire légèrement mesquin, mais tu ne peux pas vraiment t’en empêcher alors qu’elle semble manifestement plus fraîche qu’il y a quelques secondes à peine. Ca doit sûrement être un effet de l’eau sur sa tête, mais tu ne peux pas vraiment dire quoique ce soit. Elle réplique plutôt rapidement pour son état. Malheureusement pour elle, elle ne peut pas avoir plus tort que ça.

Tu as beau avoir eu une enfance compliquée qui aurait pu en traumatiser certain, tu ne peux pas dire que tu as une vie difficile, bien loin de là. Grandir avec ton frère ayant pris le rôle de père — un mauvais père qui t’a entraînée dans les déboires du métier de chasseur de primes, bravo Lilo — a plutôt été une expérience enrichissante en tout points de vue. Seule, tu n’aurais jamais pu survivre alors que ta propre famille a essayé de te tuer. Tu n’aurais jamais pu survivre dans Oranda par tes propres moyens — parce qu’avouons tout, tu étais une brêle totale en survie, tu n’aurais pas fait long feu. Tu dois la vie à ton frère, et mourir maintenant alors qu’il est peut-être en danger n’est certainement pas une option. Tu dois avant tout le retrouver et vérifier qu’il va bien, qu’il n’est pas sur le point de mourir en laissant sa fortune au premier venu — parce que tu comptes bien être l’une des premières à recevoir son héritage, quitte à tuer le gosse qu’il aurait pu avoir. Mourir n’a définitivement jamais été une option pour toi. Tu t’es toujours battue, pour réussir à atteindre le niveau de puissance auquel tu es. Et ce n’est pas un fichu canyon avec une fichue Feu trop bête pour faire attention à son Eau qui va t’empêcher de continuer à avancer.

Récupérant ta gourde, tu fais un signe vague du menton. « Cela t’empêchera peut-être de me tuer, vu que je sais mieux faire attention à mon eau que toi, visiblement. Et si tu veux sortir d’ici en vie, je pense que cette eau pourra t’aider ». Pourtant, tu ne fais plus guère attention au fait que ton eau s’amenuise de fil en fil lorsqu’elle continue de marmonner ses menaces, qui n’ont aucun autre effet sur toi que de te faire sourire en secouant la tête. Tu lui tapotes l’épaule, un air moqueur sur le visage. « Tu peux toujours essayer. Mais crois-moi, le roi ne m’enfermera pas ». Avec ce que tu lui as apporté quand tu travaillais avec ton frère, il serait bien malvenu de t’enfermer ou de te faire tuer. Et si la Feu ne t’écoutait pas et arriverait à t’emmener jusqu’à lui, tu n’hésiterais pas une seule seconde à lui rappeler à combien il te doit beaucoup de choses pour son royaume.

Bien que tu n’aies franchement pas envie de devoir poursuivre ta route vers ton frère avec une furie Feu au cul, la voir dans un tel état te fait pincer des lèvres. Tu n’aimes pas aider les gens qui sont manifestement dans le besoin, mais cette femme te semble prête à en découdre malgré sa fatigue et le coup de soleil qu’elle s’est prise dans la figure. Soupirant intérieurement, tu maudis Lilo et souhaites qu’il ne soit pas en danger immédiat — s’il a le culot d’aller parfaitement bien, il risque sûrement de t’entendre — avant de mettre tes mains sur tes hanches, l’air intéressé. « Une esclave, hein ? ‘Se peut que j’en ai vue une. Qu’est-ce que j’ai si je te donne un coup de main ? Ton respect et ta loyauté éternelle ? Ou une — grosse — partie de la récompense ? » Faisant un vague signe de la main, tu prends plutôt un air désinvolte. « Ce serait quand même dommage que tu reviennes les mains vides — ou que tu meurs à cause d’une stupide fierté mal placée ».

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~#~Sujet: Re: Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK] Lun 5 Juin - 3:28


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Water is a rare commodity
Tu ignores ses commentaires sur ton gaspillage de son eau. Tu as vécu dans le désert pratiquement toute ta vie. Enfant, tu as fait de nombreuses escapades sur les terres de Sezni à l’insu de ta famille. Les astuces pour éviter la déshydratation, tu les as découvertes avec Akela au cours de ces excursions qui s’étaient toujours inévitablement terminées à coup de ceinture sur tes cuisses. C’est ce foutu canyon qui t’a déstabilisée; ce sont les maudites histoires que l’on raconte à son sujet qui t’ont foutu les jetons. Les dunes de sable brûlant ? Tu connais. Les montagnes qui bordent la frontière ouest de la région ? Tu les connais comme le fond de ta poche – ou presque. La savane ? C’est du gâteau comparé au reste de cet enfer brûlant. Mais les canyons, ils étaient dangereux. Les personnes saines d’esprit – les gens qui avaient un minimum de bon sens – ne s’y aventuraient pas; à moins d’y avoir vu le jour. Peut-être est-ce le cas de cette impure que tu chasses. Les habitants des canyons sont rares. Ils sillonnent ces gouffres infernaux en petits groupes de nomades et survivent tant bien que mal, même si leur espérance de vie était reconnue pour être très faible.

Elle récupère la gourde que tu lui tends et te fais un signe du menton plutôt frondeur en te faisant remarquer que tu pourrais l’épargner pour la simple et bonne raison qu’elle sait mieux gérer ses rations d’eau que toi. Tu as toujours été impulsive. Mais jamais inconsciente – malgré ce que Lilo pourrait en penser. Elle te gratifie ensuite d’un coup sur l’épaule et t’annonce que tu peux bien essayer de l’emmener au roi, mais qu’il ne l’enfermera pas. Tu fronces les sourcils, mais tu n’oses pas la questionnaire plus encore. Tu as remarqué qu’elle n’a pas nié ne pas être Feu. Tu portes ta main à ton épaule où sa peau a touché le tissu de tes vêtements, appuyant sur ton bras, comme pour effacer son contact. En soupirant, tu détournes le regard vers l’horizon, l’observant du coin de l’oeil de temps à autre. Tu ne pouvais t’empêcher de remarquer à quel point sa présence paraissait naturelle et saugrenue en même temps. Comme si elle avait sa place dans ce désert, mais qu’elle ne devrait pas y être…

« Tu sais ce qui nous aiderais, ma belle ? que tu clames soudainement. Que tu sois une Eau. Ça, ce serait pratique, là, tout de suite ! Tu te retournes vers elle, tapant un peu du pied dans le sable meuble, excédée par la tournure des événements. Ce ne sont pas les Feu qui devraient vivre dans ce foutu désert, ce sont les Eau, que tu marmonnes entre tes dents, un coup de pied dans le sable martelant chacun de tes mots. Au moins, eux, ils peuvent forer de quoi survivre dans ce satané sol stérile ! »

La femme ne semble pas accorder trop d’attention à tes paroles rageuses. Elle sait probablement qu’il n’y a rien à répliquer face à telle affirmation. « Tout ça pour une erreur de la nature ! » finis-tu par t’exclamer avant qu’elle ne t’interroge. D’un ton lourd de sous-entendus, elle énonce qu’il est possible qu’elle ait vu passer une esclave. Tu tressaillis à l’idée, braquant ton regard sur son visage bronzé qui affiche une mine à la fois nonchalante et innocente. Tu n’as pas pour habitude d’accepter l’aide de qui que ce soit. Et alors que tu t’apprêtes à protester, à dire que tu t’en sortiras très bien sans elle, la voix tonitruante de Lilo s’impose dans ta tête. On s’en fout de ta tune, espèce de tête de mule ! rugit la voix de la raison. Vas-tu refuser son aide juste parce que t’en encore foutrement orgueilleuse ? Et moi qui croyait avoir réussi à t’inculquer un peu de bon sens après toutes ces années passées à me taper tes humeurs… Si j’avais su, je me serais retiré pour élever mes fils bien avant. Tu ricanes et te frottes la nuque, tentant de chasser les hallucinations qui commencent à envahir ton esprit. Tu allais répliquer lorsque la voix du maquignon s’impose de nouveau : Donne-lui la moitié de la récompense, et puis basta ! C’est pas comme si tu en avais besoin, de toute façon. Et au moins, tu mourras pas desséchée dans le fond du Graduke. Non, mais merde ! Tu te ressaisis.

« Les esclaves pullulent à Sezni. Comment est-ce que tu sais que tu as bien vu la mienne, hein ? Tu soupires, humectant tes lèvres asséchées. Bon. Et puis de toute façon ta compagnie sera mieux que celle des voix qui n’arrêtent pas de m’embêter depuis que j’ai commencé à me déshydrater… La moitié de la récompense, ça te convient ? Cinq cent cinquante pièces d’argent sezniennes, ça vaut bien le déplacement, non ? »

Tu l’observes dans l’attente de sa réponse. Curieusement, tu as l’impression de reconnaître sa façon de parler, son maintien et son profil, mais tu es sûre de ne l’avoir jamais vu où que ce soit. Tu avais une mémoire phénoménale pour les prénoms. Tu n’oubliais jamais une personne une fois que tu avais échangé quelques mots avec elle. Et même si son langage corporel te criait qu’elle ne t’étais pas inconnue, tu savais que tu ne la connaissais pas non plus. La voix grave se manifeste encore une fois : Mais c’qu’on s’en balance… Alors qu’elle ouvre la bouche pour répondre à ta proposition, tu entends des cris au loin. Des voix humaines. Tu ouvres des yeux ronds, tendant l’oreille vers la source de ces effusions. Curieusement, tu as l’impression d’entendre le bruit de sabots aussi…

#Sanie #Vanka #Cromignonne

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© FRIMELDA


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Water is a rare commodity Ҩ Cyne [FLASHBACK]
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