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La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn

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~#~Sujet: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Mer 5 Avr - 20:18


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Son corps était de plus en plus froid à mesure qu'elle perdait du sang. Je sentais à peine son souffle sur mon épaule; peut-être était-elle déjà en train de passer dans l'autre monde ? Je devais me hâter avant que le pire n'arrive. Je priais au fond de moi les Dieux pour qu'elle survive; je ne me voyais pas retrouver Nymeria en lui annonçant mon échec. D'ailleurs, cela m'a paru étrange que l'on puisse s'inquiéter autant pour une personne - peu importe la différence de rang - que l'on a tout juste rencontrée. Mais après réflexions je me rends compte que ce sont ces petites rencontres simples et spontanées qui nous marquent le plus, parce qu'on a juste le temps de voir les valeurs vertueuses de la personne, des valeurs qui nous inspirent et nous font évoluer du bon côté. Maintenant que je comprenais enfin Nymeria, j'étais encore plus motivé de sauver cette jeune enfant.

Après plusieurs minutes de course, je pouvais déjà voir la rivière au loin. Finalement le trajet était plus court que prévu à défaut de proposer des plans d'orties. Nous voilà enfin en sécurité vis-à-vis des instructeurs, il est certain qu'ils ne viendraient jamais chercher un fuyard aussi loin. Mais le plus dur restait à faire: soigner Eden.

À mesure que nous nous approchions de la rivière, une petite cabane partiellement cachée derrière des saules apparaissait. C'était bien plus que ce que j'avais espéré ! Les Dieux auraient-ils écouté mes prières ? La question n'était pas là: il fallait surtout savoir si elle était habitée ou non. Je fus vite fixé une fois devant. Elle était complètement délabrée avec de nombreux trous au niveau du toit. Impossible d'y vivre pour le peu qu'il pleuve. Je déposai Eden contre le mur près de la porte pour pouvoir inspecter l'intérieur. Il y avait une table et deux tabourets, un lit de fortune dans un angle et un meuble contenant divers ustensiles de pêches dans l'autre. Tout le mobilier était vermoulu et attaqué par l'humidité, seuls les murs paraissaient en bon état. En somme ce n'était pas bien grand, mais Eden sera protégée du vent et se sentira en sécurité ici... enfin seulement si personne ne venait nous rendre visite. J'espérai vraiment que cette cabane était abandonnée mais il ne serait pas étonnant que des pêcheurs s'en servent encore comme poste avancé voyant les outils dans la commode. Tandis que je terminai l'inspection des lieux, j'entendis la porte grincer, Eden avait trouvé la force de se lever et de me rejoindre. La situation était très étrange: nous nous dévisagions et j'eus cru voir face à moi la mort à cause de la pâleur grisonnante de sa peau et ses yeux vitreux; en outre je n'osais bouger devant cette effrayante incarnation. Nos regards se mêlaient l'un à l'autre et je pouvais voir qu'elle n'était plus ici. Elle était dans ses rêves d'enfant emplis de chimères et d'innocence. Alors je compris qu'elle était en train de devenir une adulte, que cette difficile épreuve était sa Cérémonie. Mais elle n'était pas encore prête à quitter son âme d'enfant, c'est pourquoi elle ne se battait pas que contre son corps mais aussi contre son esprit. Je devais la secourir sur les deux fronts; corps et âmes sont tellement liés qu'il serait inutile que je l'aide à vaincre sa blessure sans l'aider à vaincre ses tourments si je veux qu'elle survive. Je décidai donc de m'approcher d'elle pour l'enlacer dans mes bras et je lui dis d'une voix convaincante et réconfortante: "Tu vas t'en sortir. Je ne te connais pas bien et même si les apparences sont trompeuses, je peux voir en toi une femme forte." Suite à ces mots elle resserra l'étreinte et me répondit: "Je vous remercie Nymeria et toi pour votre gentillesse." C'était la première fois que j'entendais sa voix, elle était douce et pure comme tout le reste de sa personne. J'étais content de pouvoir l'entendre pour la première fois avec une voix, qui plus est sans sanglots. Une étape avait été franchie, une étape dans son combat pour son salut. Mais nous en étions encore loin et ses jambes me le rappelèrent: elles tremblaient.
Je me dépêchai de l'allonger sur le lit miteux et déposai ma cape sur elle pour faire office de couverture. Je commençai à paniquer, je ne savais quelle décision prendre maintenant qu'elle était en sécurité. Valait-il mieux que j'aille directement à Lucrezia pour me procurer ce dont j'ai besoin pour la soigner ou bien devais-je chercher de l'aide dans un hameau plus proche et prendre le risque qu'on nous dénonce ? Et survivrait-elle le temps que je fasse l'aller-retour à la capitale ? En définitive, je conclus qu'il était préférable que je reste ici aujourd'hui, il était déjà tard et je risquerai d'être suspect si des instructeurs me repéraient lors des dernières battues pour retrouver les fuyards. Je devais donc chercher du bois pour le feu et des pierres pour son foyer; "satanée cabane en bois" pensais-je. Ainsi que de la nourriture et surtout des orties. Avant de partir je pris dans la vieille commode un filet et une machette que j'avais repéré plus tôt et je dis à Eden d'une de ces voix qu'un homme essaye de prendre pour cacher sa fatigue: "Je dois te laisser quelques temps pour nous trouver de quoi survivre mais je ne serais pas long."






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Dernière édition par Brehn Shöva le Lun 17 Avr - 0:46, édité 5 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Ven 7 Avr - 13:16

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Sans plus faire attention à ce qui pouvait se passer autour de moi ni où Brehn m'amenait, je me laissais happer par mes souvenirs. D'heureuses pensées qui semblaient me maintenir à la surface. Les à-coups finirent par cesser. Il devait m'avoir déposée. Je reprenais mes esprits difficilement. Levée tard, je n'avais même pas pris le temps de manger, cela n'améliorait pas ma situation. Je me sentais faible, à bout de force. Mais je ne baisserai pas les bras. Pour Nymeria, pour ma sœur et cette famille dont je n'ai jamais été à ce point éloignée. Je redoublai d'efforts pour me lever. Nous étions près d'une rivière. Son ruissellement était fort et résonnait au milieu des cris des oiseaux et des mouvements des feuilles. J'entrai dans cette cabane qui se dressait devant moi, intriguée et cherchant Brehn. Il se trouvait au milieu de l'unique pièce. Alors qu'il me toisait du regard, je prenais conscience de mon état pitoyable. Déversant mille pensées négatives à l'encontre de la faiblesse de mon corps, je faisais tout pour ne pas me décomposer et fléchir. Pourquoi les choses ne pouvaient pas rester comme elles étaient ? J'étais heureuse dans la forêt fluorescente; Mes parents, mes grands-parents, ces personnes qui s'occupaient de moi, qui donnaient vie à une communauté paisible et loin des villes peuplées où personne ne fait attention à personne. Je voulais sentir à nouveau la fraîcheur de Gorka. Sentir la sève des arbres, leur résine et leurs écorces. Je voulais retrouver ces animaux si fidèles à mon père et ceux, plus sauvages, qui veillent sur notre village. Je n'ai jamais voulu faire cette cérémonie. J'aurais tant mieux fait de trouver un moyen de ne pas quitter ce village...

Rester enfermée dans les jours où nous étions tous heureux. Où la vie s'écoulait tranquillement, paisiblement. Je n'étais pas une fille ambitieuse. Ne nourrissant aucun projet social, aucune carrière révolutionnaire. Tout ce que je souhaitais, c'était être avec les miens, cultiver les terres de ma famille, aider mon prochain. La forêt fluorescente avait son lot d'aventures, il ne m'était pas indispensable de la quitter pour trouver ces petites trace d'adrénaline qui nous font nous sentir vivants. Pourquoi les choses devaient-elles inéluctablement changer ? Brehn s'approcha de moi. Mais j'étais loin... Son étreinte me rappela toutefois à la réalité. « Tu vas t'en sortir. Je ne te connais pas bien et même si les apparences sont trompeuses, je peux voir en toi une femme forte. » Déclara le jeune homme. Sans chercher à contredire ces mots qui étaient sans doute plus là pour me réconforter que pour me juger objectivement, je passai mes bras autour de lui afin de me tenir. Cette embrassade était chaleureuse et me rassurait bien plus que les mots. Je n'étais pas seule. Il allait me sauver. Je croyais en lui. En cette âme amenée par la princesse Nymeria. Si elle ne pouvait être mon ange gardien à chaque instant, lui le pouvait... « Je vous remercie, Nymeria et toi, pour votre gentillesse. » Lui répondis-je sans tressaillement dans la voix. Je sentais mes jambes fléchir, incapables d'assurer mon équilibre. Brehn m'aida à me déplacer jusqu'à la couche disposée dans un coin de la cabane. Cet abri était une véritable aubaine ! Comme si Tarlyn l'avait placée sur notre route. Gémissant de douleur en m'allongeant, je serrai les poings. Cette blessure ne m'aurait pas. Je refusais de faillir ainsi à mon entreprise.

Mon bienfaiteur déposa sur moi sa cape afin qu'elle me tienne au chaud. Je la resserrai contre moi, sentant des frissons me parcourir au changement de température. La cape de Brehn était déjà réchauffée par sa chaleur à lui. Il avait une douce odeur qui me rappelait brièvement les senteurs délicates de Nymeria. Était-il proche d'elle ? Il avait l'air d'être de bonne naissance : bien habillé, bien soigné et faisant partie du cortège qui accompagnait la princesse de Vainui. Alors que je me questionnais sur son identité, il m'annonça son départ pour quelques instants. « Je dois te laisser quelques temps pour nous trouver de quoi survivre mais je ne serais pas long. » Je ne souhaitais pas qu'il me laisse seule, ici, à la merci de tout et n'importe quoi. Mais il m'était impossible de le retenir. « Reviens vite... » Lui dis-je d'une voix qui se faisait basse. La fatigue me reprenait et je peinais à garder les yeux ouverts. Crispée de douleur par intermittence, je m'efforçais de ne pas bouger pour éviter que ça n'empire. Le cataplasme de Brehn semblait tenir. Cependant, ça restait provisoire... Il me faudrait plus de soins, c'était évident. Mais pour l'heure, il me laissait seule. Lorsqu'il quitta la cabane, je priai Tarlyn afin qu'elle me protège. « Gloire à la terre, gloire à l'aube où Tarlyn paraît. Au fourmillement d'yeux ouverts dans la forêt, aux fleurs, aux nids que le jour dore. Gloire au blanchissement nocturne des sommets. Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais, faire des dépenses d'aurore. Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ. Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant ; elle offre un lit de mousse au pâtre ; Frileuse, elle se chauffe au soleil éternel, rit, et fait cercle avec les astres du ciel. Comme des sœurs autour de l'âtre. La terre aime ce ciel tranquille, égal pour tous, dont la sérénité ne dépend pas de nous et qui mêle à nos vils désastres, à nos deuils, aux éclats de rires effrontés, à nos méchancetés, à nos rapidités la douceur profonde des astres... » Je finis par m'endormir, aux pensées pieuses portées à Tarlyn.

Les bruits ambiants n'étaient pas déplaisant et aidèrent à me bercer. Je ne m'endormis pas inquiète, simplement souffrante de mes blessures et de quelques pensées. Mais au moins je me sentais en sécurité. Protégée. Ce qui n'était pourtant pas le cas. Cette cabane avait beau être isolée, aux allures défraîchies qui nous font la soupçonner abandonnée, elle ne l'était pas tout à fait. La porte s'ouvre dans un bruit feutré. « Qui est-là ?! » Prononça un homme froidement. Mes paupières s'ouvrirent. Non sans peine, je me redressai à moitié sur le lit. Il me fallut quelques secondes avant de pouvoir discerner les visages, l'arc bandé en ma direction et cette dague à la main de l'importun. « J-je suis blessée... nous pensions que l'abri était abandonné alors... » Il m'interrompit. « Nous ? Combien êtes-vous ? Que faites-vous dans la jungle ? » Son ami, plus jeune, baissa son arc et l'intima d'un geste familier. « C'est qu'une gamine, elle ne doit pas être dangereuse, ni très bien accompagnée vu son état... » Le premier s'approcha, je me redressai un peu plus et reculai, le dos plaquée contre le mur, apeurée. « Ne me faites pas de mal, j'vous en prie ! » Lançai-je, intimidée. « Quel âge as-tu ? » Me demanda l'homme. Il sentait mauvais, bien moins agréable que Brehn à la vue et moins soigné. Il sentait le poisson... Sans doute un pêcheur... Sans doute le propriétaire des lieux. « J'ai... » Hésitante, je ne risquai à mentir. « ...seize ans, pourquoi cette question ? » Il souffla et s'éloigna d'un pas. « Avec la cérémonie, on voit souvent défiler des gamins qui préfèrent vagabonder plutôt que de rentrer bien sagement chez eux. Ce n'est pas ton cas ? » Je niai d'un geste rapide de la tête. Afin d'assurer la pérennité de mon mensonge jusqu'au retour de Brehn, je fis attention de laisser mon bras droit sous la cape. « Qui t'accompagne ? » S'enquit le plus jeune qui rangeait son arc. « Un... ami. On ne voulait pas vous causer le moindre embarras, je pense que nous allons partir... » L'aîné soupira. « Vous pouvez bien rester ici, ton petit copain et toi. Tant que rien ne disparaît et que tout reste en ordre. Mais sans me mêler de ce qui ne me regarde pas, vous feriez mieux de retourner à Lucrezia dès que possible. Tu n'as pas l'air bien. » Se rendre à la capitale ? C'était hors de question... Je restai muette. Ils prirent quelques affaires, en rangèrent puis quittèrent la cabane sans plus de cérémonie. Reprenant mon calme, je restai assise sur le lit. Brehn n'allait plus tarder... Je l'espérais.

#Sanie #Vanka
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Lun 10 Avr - 0:45


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


La nuit commençait à tomber. Les animaux nocturnes fignolaient leur chant. J'étais dans la pénombre dans les fourrés alentour de la Rivière, à chercher des orties et des baies. Je n'étais pas habitué à cette végétation et mes repères en étaient troublés. En plus, je devais me dépêcher avant que les ténèbres ne règnent d'une main de maître, auquel cas je pourrais abandonner toutes chances de trouver les plantes nécessaires pour guérir Eden. D'autant qu'il m'était impossible de me fabriquer une torche de fortune sous peine de me faire repérer par les dernières battues. Je levai les yeux au ciel, la lune devenait de plus en plus brillante, c'était très agréable. Entre son lien avec l'eau et ce côté si énigmatique et spirituel, cet astre me fascinera toujours. Une légère brise se levait; "pas étonnant avec un tel cours d'eau à côté" pensais-je. Malgré cette dure journée, ce petit moment à moi, seul, - bien qu'il y ait de la pression - m'apaisait.
Après une petite heure de recherches je ne distinguais plus les différentes plantes entre elles, je me résignai donc à rentrer et à entamer la dernière étape de la sortie: trouver à manger et de quoi faire un feu. Je décidai de rentrer par un autre chemin au cas où la chance me sourie. Alors que je marchais, résolu de mon échec, de vifs picotements à la main me surprirent. Il ne me fallut pas longtemps pour me rappeler de ces irritations si spécifique des piqûres... d'orties. Je n'étais même pas surpris d'en trouver, je crois que je n'ai vraiment pas eu de chances d'en découvrir si tard. Ce sont quand même des plantes vivaces qui s'installent partout dans les forêts, même la jungle de Dahud. Il était normal que j'en trouve. Néanmoins un fier sourire gagna mon visage. Je ne cherchai pas à le réprimer, j'étais seul et je pouvais profiter de cette "victoire" sans que mon attitude soit jugée. Je vérifiai quand même si j'avais bien affaire à des orties, puis validation faîte je pris quelques plans.

Je ne tardai pas à être de retour à la cabane. Une fois devant la porte, je me résignai à l'ouvrir: je ne voulais pas faire de faux espoirs à Eden, en repartant aussi vite que je suis rentré pour aller pêcher. Ce n'était pas très courageux de ma part, en fait je pense que je ne voulais pas affronter une nouvelle fois la pitié qui m'avait envahie lorsque je l'ai laissé seule la première fois. Alors je déposai le bouquet d'ortie et les baies devant la porte, vérifiai par un interstice - entre deux planches composant celle-ci - si Eden allait bien, et toquai avant de repartir en direction de la Rivière, derrière la cabane. J'avais remarqué ces connaissances en phytothérapie plus tôt dans la journée, elle avait préparé un onguent qui certes n'était pas approprié à la blessure mais était de bonne qualité. J'espérai qu'elle sache quoi faire des orties le temps que je revienne.
Quelques instants après, j'entendis la porte s'ouvrir, le grincement se faisait hésitant. J'imagine qu'elle devait être encore plus effrayée de ne voir qu'un bouquet d'orties sur le palier. Ma foi, l'heure n'était pas aux regrets, après tout il fallait qu'elle apprenne très vite à se débrouiller seule. Je ne pourrais pas rester indéfiniment auprès d'elle pour la protéger, le cortège de Nymeria partira sans aucun doute dans les jours qui viennent.
Je continuai ma route, à présent convaincu de mon choix. La Rivière était toute proche de la cabane, on pouvait même y entendre les flots agités. Après quelques mètres je me retrouvai devant. Le reflet de la lune sur l'eau ne mit pas de temps pour m'hypnotiser. En le contemplant ne pouvais m'empêcher de penser à Nymeria. J'y voyais la couleur de ses cheveux, ce blond si particulier qui tend vers le blanc. En outre, elles étaient toutes deux d'une pureté sans pareille. Il me vint ensuite à l'esprit Eden. Les trois se ressemblaient beaucoup, c'était invraisemblable. Comment pouvais-je connaître trois créatures aussi rare ? Comment ne pas croire au destin avec de telles coïncidences ? Avant d'être complètement ensorcelé, je décidai de me déshabiller, pris de ma sacoche le filet trouvé dans la cabane, puis, je plongeai en plein dans ce reflet lunaire. La Rivière était fraîche et le courant était assez fort mais pas assez pour dissuader un Eau de pêcher ou tout simplement se baigner. Les poissons étaient cachés tout au fond pour se protéger des turbulences. Ce n'était pas une mince affaire d'en attraper avec un simple filet entre les mains. Mais après quelques efforts je finis par saisir deux brochets; ils étaient jeunes mais assez gros pour un bon festin. Je les déposai près de la berge où se trouvaient de gros cailloux que je m'empressai de mettre dans ma sacoche et mes poches. Ils seront parfaits pour constituer le foyer du futur feu.  

Maintenant tout était bon. J'étais soulagé. Quoi qu'une dernière chose importante à faire et pas des moindres me vint à l'esprit: je devais remplir ma gourde qui n'avait plus d'eau avec celle de la Rivière et en garder aussi un échantillon pour ma collection dans une petite fiole. Elle ne me paraissait pas très saine alors je décidai de la purifier avec mon pouvoir d'Eau. Je déposai la fiole et la gourde remplies devant moi, me mit à genoux et entreprit un rituel très personnel. En effet, je n'aimais pas faire appel aux pouvoirs que nous a confiés Glorë sans penser à elle. Je me devais de la remercier de son héritage. Alors je récitai - tout en fixant et en imposant mes mains au-dessus des récipients - une sorte de prière: "Puisse cette Eau que je bois, couler à travers moi; Devenir la médecine qui dissipe les maux … Et je demande pardon pour toute offense causée par mes paroles … Et pendant que cette Eau s’écoule à travers moi; Et s’élève en vapeur qui purifie les cieux; Puisse-t-elle nourrir en chacun, le potentiel de sagesse … Et je demande pardon pour toute offense causée par mes actions ... Et pendant que cette Eau s’écoule à travers moi; Et retourne à l'origine de sa création, la mère Glorë, pour être purifiée; Puisse-t-elle être, dans sa source, sans cesse renouvelée … Et devenir  la médecine pour tous les êtres de cette Terre et de tous les mondes".
Le rituel se termina, j'avais froid surtout que j'en avais oublié de me rhabiller... Je me suis senti bête; un mince rictus osa s'échapper de ma bouche. Il était temps que je rentre, la nuit était maintenant totale. Je pris tout mon bric à broc et me présentai devant la cabane. Je n'ouvris pas la porte tout de suite. Avais-je peur de voir Eden en mauvaise situation parce que je n'ai pas pris le temps de la soigner avec les orties ? M'en voulait-elle d'être rude malgré son état ?  







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Dernière édition par Brehn Shöva le Jeu 13 Avr - 15:20, édité 3 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Lun 10 Avr - 19:38

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
L'éclairage ambiant s'adoucissait, laissant les ombres s'évanouir dans la pièce. La nuit s'annonçait longue... La journée l'avait été. Comme la veille et l'avant-veille. Les yeux fermés, seule, je me laissai aller, m'abandonnant à quelques larmes aux sanglots étouffés. Ma jambe avait beau me faire mal, ces pleurs étaient plus l’écho résonnant de toutes les tensions accumulées jusqu'à lors qui s'exprimaient. Comment en étais-je arrivé là ? Comment allais-je pouvoir m'en sortir ? Pleine de doutes et de craintes, je commençais petit à petit à prendre conscience de l'ampleur de mes choix. Il était trop tard pour faire machine arrière. Trop tard pour retourner à Lucrezia et ne pas payer le prix de mes actes. Si je revenais à Lucrezia sans marque, au-delà des conséquences à assumer suite à ma désertion, c'est probablement l'esclavage qui m'attendait. Je ne veux pas finir ainsi... Je préférais de loin tenter ma chance seule dans cette jungle que d'être servie en pâture à un maître. L'asservissement forcé me paraissait si malsain... Autant je pouvais rendre n'importe quel service demandé par n'importe quelle personne pour vu qu'elle m'inspirait confiance, autant être forcée d'obéir au doigt et à l'œil d'un autre sous prétexte qu'il soit de nature supérieure, cela me paraissait indigne et négligeant. Je n'avais rien contre les esclaves ni l'esclavagisme en soi, je voulais simplement ne pas être à leur place. Il me serait aisé de les prendre en pitié et de chercher à les élever. Mais la plupart des gens étaient plutôt de l'autre côté : chercher à les rabaisser, extérioriser leurs frustration ou leurs complexes sur ces êtres qui, pourtant, sont humains et méritent le respect que toute espèce vivante est en droit d'attendre.

Peut-être était-ce à mettre sur le dos de ma naïveté, mais je ne m'inquiétais pas pour Brehn malgré al visite inopinée de ces pêcheurs. Ils m'avaient laissée, m'accordant même de rester, pourquoi lui feraient-ils du mal à lui ? Leur désintéressement pour ma situation me semblait être un gage valable de leur neutralité quant à notre présence dans les environs. Toutefois, je n'étais pas très bien toute seule dans cette cabane, et j'espérais que le retour de Brehn ne tarderait plus. Je regardai mon bras, laissant sur ma peau vierge glisser mes doigts du coude au poignet. Et si aucune marque n'apparaissait jamais sur cette peau ? Si aucun dieu ne m'accordait sa bénédiction ? Qu'adviendrait-il de moi ? Je n'étais pas dupe... les Exempts ne passaient pas les frontières et retourner en ville serait comme plonger dans la gueule du loup. Cela me rendait tout aussi triste que ma situation. Les événements s'étaient enchaînées à une telle cadence que je me sentais complètement perdue... Alors que je me perdais dans mes pensées, du bruit se fit entendre à l'extérieur. Je mis d'abord cela sur le coup d'un animal avant que l'on ne frappe à la porte. Non sans mal, après une hésitation palpable, je me levai et, me tenant aux murs comme aux meubles, je m'avançai jusqu'à l'entrée. J'ouvris la porte doucement. Il n'y avait personne, juste un bouquet d'orties. Je fronçai les sourcils et restai quelques instants sans bouger avant de me baisser pour les ramasser. Comprenant que c'était Brehn qui devait s'être arrêté pour les déposer sur le palier. Je refermai la porte et allai m'asseoir, évitant de solliciter de trop ma jambe. La douleur se faisait lancinante... Ces pousses d'orties pourraient apaiser cela.

J'attrapai ce qui ressemblait à une chute de lin sur une commode à proximité et déchirai le tissu en deux morceaux. Je me servis d'un couvert en bois laissé sur la table afin d'écraser l'une des pousses sur l'un des bouts de tissu. Un liquide semblait imbiber le lin. Je répétai l'action avec une autre ortie. Étendant ma jambe sur le lit, je posai le tissu ainsi éprouvé sur ma blessure. La sensation était étrangement apaisante. Je ne comptais plus les minutes où Brehn était parti. Il me vint même à l'esprit de croire qu'il ne reviendrait peut-être même jamais. Ce pour quoi il me serait impossible de le blâmer. La princesse avait fait appel à lui pour veiller sur moi, mais sûrement pas pour jouer le garde du corps... Il devait avoir des responsabilités, des obligations à accomplir à la capitale. Peut-être était-il parti sans me dire au revoir car je le peinais, ainsi blessée et déboussolée. Je n'avais pas à lui en vouloir. Le froid m'éprenait alors que je sentais perler des gouttes de sueur sur mon front. Mes paupières étaient lourdes, la fatigue m'assénait à nouveau ses coups. Alors que je luttais pour ne pas me rendormir, je perçus comme une présence près de la cabane. Ou alors un bruit m'avait alertée. C'était étrange cette sensation... Éprouvée par mon état, je pensai ne plus comprendre ce que je percevais ni comment. « Il y a quelqu'un ? » Dis-je d'une voix vrillante et faiblarde. Aucune chance que je ne sois entendue... Redoublant de courage et maintenant le lin sur ma plaie, je me redressai et me levai. Faisant quelques pas vers la porte, appuyée contre le mur en bois de la cabane, je me concentrais sur les bruits que je pouvais entendre. Quelques pas approchaient de l'entrée. Inclinant la tête, je me demandai comment j'avais pu entendre des pas de si loin... Mais pas comment j'avais pu sentir que quelqu'un ou quelque chose approchait sans l'entendre...

Inquiétée, cet élan d'adrénaline me fut difficile à encaisser et je perdis mon équilibre incertain. Vacillant, je ne parvins à me rattraper et tombai au sol dans un bruit sourd. Gémissant de la douleur provoquée par la chute, je craignis d'attiser la curiosité d'une âme mal intentionnée qui guetterait l'entrée. Il ne me restait plus qu'à prier pour que ce soit Brehn qui peinait à entrer pour je ne sais quelle raison... Il me coûtait d'essayer de me relever, ma vue se troublait. Peut-être en avais-je trop demandé et trop vite à mon corps. Le repos serait rapidement indispensable pour que je me remette de cette blessure. Ce n'était pas difficile à comprendre vu la faiblesse qui m'envahissait. Entre la soif, la faim et cette douleur, j'avais l'impression d'être au bout de ma vie alors que cela ne faisait même pas une journée que j'avais quitté la civilisation. Comment pourrais-je tenir toute seule dans cette jungle ? Je perdais confiance en moi... Confiance en mes connaissances, mes compétences, mes décisions et les choix que j'avais pris. Je n'avais même plus confiance aux dieux... doutant qu'un seul n'ait pu choisir une enfant aussi décevante. Peut-être m'étais-je trompée et que la cérémonie était plus qu'un rite de passage. Peut-être qu'il s'agissait d'un réel ballet que l'on produisait pour les divinités. Et que l'on devait donner le meilleur de nous-mêmes pour espérer être remarqué du dieu affilié à l'élément concerné par l'épreuve ? Si c'était le cas, alors je devais vraiment avoir déçu Tarlyn. La seule épreuve dans laquelle je n'avais pas mis un seul pied alors qu'elle m'avait guidée toute mon enfance... Lui avais-je ainsi tourné le dos ? Me faisait-elle payé ce manque de foi en notre monde ? Je n'avais pas la réponse... personne ne l'avait... C'est bien ce qui me coûtait...

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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Jeu 13 Avr - 15:19


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Alors que j'attendais sur le palier pleins de questions et de doutes en tête, un bruit sourd retentit, suivi de gémissements. Ni une ni deux, j'ouvris la porte et je pus contempler mon erreur: Eden était en mauvais état. Elle venait de s'étaler de tout son corps. Tandis que je l'aidai à se relever, mon cœur qui s'était apaisé avec la balade nocturne, la baignade et la prière pour Glorë se remit à battre la chamade comme lorsque je poursuivais Eden plus tôt dans la journée. J'étais en proie à la peur. Peur de faillir à la tâche que Nymeria m'a confiée et peur de ne pas réussir à sauver une vie humaine. J'étais aussi en proie à la culpabilité. Culpabilité due à mes actions précédentes qui vraisemblablement n'ont pas été les plus judicieuses. J'aurais dû être davantage patient et moins dur. J'avais peur pour l'usage de sa jambe, l'état était critique, les muscles avaient l'air d'être sérieusement atteints; même en l'épaulant elle ne tenait pas debout. Je devais la porter complètement. Ces quelques mètres qui séparaient la porte et le lit me rassurèrent: je pus voir dans les yeux d'Eden une grande reconnaissance. Elle n'avait pas l'air de m'en vouloir et j'étais encore moins fier de ce que j'ai fait. "Brehn comment as-tu pu te comporter ainsi avec une femme ? Encore plus avec une si gentille et innocente créature ?" me disais-je intérieurement. En outre, je remarquai qu'elle avait utilisée les orties que je lui ai apportées; elle avait changé le bandage que j'avais improvisé pour un autre, sur lequel elle a ajouté le principe actif de l'ortie. J'étais soulagé de voir que sur ce point je ne m'étais pas trompé, elle savait consciemment ou instinctivement quoi faire de ces orties. D'ailleurs l'effet coagulant fonctionnait déjà car malgré sa chute le saignement était très faible. Maintenant que l'hémorragie semblait sous contrôle, il ne lui restait plus qu'à se reposer un certain temps jusqu'à la cicatrisation.

Le danger s'effaçait peu à peu bien que le corps d'Eden ne le montrait pas; lui était toujours en alerte tandis que moi, je retrouvais mon calme. Je voulus lui partager mes bonnes ondes: je m'assis sur le bord du lit et lui pris une main que je caressai. Nous n'avions pas besoin de nous parler; nous savions déjà nous comprendre rien qu'avec le regard. C'est ce genre d'événement qui impose un apprentissage très rapide pour comprendre l'autre et en plus il ne serait pas étonnant que nous aillons une affinité particulière, après tout elle me faisait beaucoup penser à Nymeria. Après quelques minutes son corps aussi s'apaisa et elle s'endormit. Par un des trous du toit, la lune illuminait le visage d'Eden de sa douce lumière: elle était à présent dans les bras de Glorë. Je savais que je pouvais la laisser et je partis préparer le feu avec un sourire aux lèvres.
La cabane n'était pratiquement faîte que de bois, et il n'y avait donc pas de cheminée. C'était un vrai refuge de fortune pour les pêcheurs. Il me fallait alors construire un foyer à peu près au centre de la pièce, loin des murs et en dessous d'un trou de la toiture. D'ailleurs, en m'accroupissant au seul endroit répondant à ses contraintes pour disposer les pierres ramassées près de la Rivière, je constatai des traces blanches sur le sol battu. Sûrement des cendres. Cela expliquerait pourquoi il y avait des bûches et des brindilles rangées près de la commode. Peut-être même que le trou principal de la toiture au-dessus de ces traces étaient volontaire ? Après réflexion, je n'en étais pas bien convaincu, on pouvait deviner que des planches se sont envolées à cause d'une tempête, un homme aurait fait quelque chose de plus propre. Du coup, ils ont dû avoir l'idée tout comme moi, une fois les dégâts causés.
J'avais peur que l'on s'intoxique à cause de la fumée malgré les nombreux trous et je décidai d'ouvrir la porte. Il va s'en dire que j'aurais aimé me passer de ce feu, tout comme Eden j'imagine; il nous rappellera non sans mal l'épreuve du Feu. Laquelle on lui associait uniquement de mauvais souvenirs entre les blessures de Nymeria et d'Eden, l'impression de suffoquer, la chaleur insoutenable, cette peur de ne pas pouvoir en sortir et d'y laisser la vie. Somme toute une vraie incarnation de l'enfer. Pourtant il fallait nous réchauffer et manger.
Après avoir constitué un solide cercle de roc, je pris le bois et les herbes sèchent et à l'aide de mon silex et de ma dague que j'entrechoquais pour faire apparaître des étincelles, de belles flammes naquirent. Il était l'heure de cuisiner: je pris les quelques baies qu'Eden n'avait pas utilisées, et les fourrai dans les brochets. La dernière étape avant de les cuire, était de les empaler avec les brindilles restantes. Ce n'était pas du grand art mais je ne pouvais faire guère mieux sans ustensile. Heureusement les choses simples étaient bien souvent les meilleures, d'ailleurs, de délicieux parfums commencèrent à envahir l'unique pièce. Ils étaient associés aux crépitements des poissons qui grillaient. J'en avais l'eau à la bouche et je ne devais pas être le seul...






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Dernière édition par Brehn Shöva le Mar 18 Avr - 23:31, édité 4 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Ven 14 Avr - 2:09

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Le sol heurté eu l'effet d'une masse qui m'achevait. Il fallait que je reste allongée. La douleur me coûtait et m'épuisait. J'étais à bout de force... La porte s'ouvrit sur une ombre qui se mouvait vers moi. J'étais rassurée... Comme si une force invisible souhaitait m'aider, je sentis ma tête et mon corps se relever. Je sentais un élan insufflé par la douce odeur fleurie qui émanait de ses longs cheveux argentés, comme si la douceur de sa peau venait refroidir les inflammations de mon corps criant à cette douleur qui s'élançait à maintes reprises. « Nymeria... » Susurrai-je de manière à peine audible. Je me laissai guider par ses pas et déposa une main sur sa joue comme si cela permettait à la remercier. Une fois allongée sur le lit, je repris mes esprits. Ce n'était pas Nymeria. Mais c'était tout comme... Brehn était son émissaire envoyé ici pour me venir en aide. Il veillait sur moi. Il n'était pas parti. Il partirait sûrement, cela ne semblait pas poser de doute. Mais pour l'heure, tant que j'en avais besoin, il semblait rester. Le jeune homme vint s'asseoir sur le bord du lit et prit l'une de mes mains qu'il caressa. Cela m'apaisait. Les choses allaient finir par s'arranger. C'est ce que je lisais dans ses yeux. Ce qu'il me suffisait de savoir pour m'accorder : ça s'arrangera. La dévotion dont Brehn faisait preuve m'épatait. Voir que la princesse possédait des sujets aussi loyaux et fiables me rassurait. Les choses iraient bien pour elle tant que Brehn et ses autres sujets seraient là pour l'aider à traverser les moments difficile. Je ne serais jamais à ses côtés... Jamais...

Les paupières lourdes, je ne mis pas longtemps avant de m'endormir. Mes rêves me paraissaient lointains... futiles et légers. Comme à leur habitude. J'enviais l'imagination de ma sœur. Ses chimères devaient être bien plus extravagantes, plus époustouflantes. Les aventures qu'elle nous inventait lorsque nous étions enfants n'avaient d'égal que les histoires qu'elle racontait en posant les lanternes sous son menton pour se donner un air maléfique. Elle hantait mes rêves comme une fée lumineuse. Celles que l'on enferme pour nous éclairer : des fées lumineuses qui capturent nos pensées et, au matin, les font s'envoler vers les dieux. Ces petites lucioles qui prennent alors une dimension divine, chargées d'une mission sacrée octroyée par Tarlyn... Certaines histoires de ma sœur me paraissent encore vraie aujourd'hui. Même si je doute de la véracité de pratiquement 99% de celles-ci... Elle me manquait tellement... Et Nymeria allait venir s'ajouter à la liste des personnes que j'aurais perdu. De vue ou de vie. Je n'aimais pas perdre les autres. M'en éloigner. C'est probablement pour cela que je n'ai jamais vraiment quitté le village. Ayant toujours la peur de ne jamais pouvoir y retrouver ma famille et les gens que j'aime. Pour cela que j'ai pris peur lors de cette cérémonie... La peur m'éprenait alors que mon aînée avait toujours su m'insuffler courage et persévérance. Cela semblait s'être perdu avec son souvenir... J'espérais avoir sa force d'esprit, son tempérament fougueux et prêt à braver toutes les tempêtes. Elle était comme ça... aventurière et toujours sûre que chaque chose avait une raison d'être, que rien n'était laissé au hasard et que nous avions tous un rôle à jouer. Malgré son extravagance, elle se révélait parfois être d'une clarté et d'une spiritualité déroutantes.

Mon sommeil fut profond de longues minutes. Brehn veillant sur moi, je n'étais nourrie d'aucune inquiétude quant à ma sécurité. Apaisée, protégée, je ne pouvais rien espérer de mieux vu la situation. C'était déjà beaucoup... L'aide que Brehn m'apportait m'était indispensable, mais rien en soi ne l'y obligeait. Il aurait très bien pu essayer, partir, ou même ne rien faire du tout puis mentir effrontément à Nymeria. Mais c'était un homme de bien. Cela ne faisait aucun doute. Je n'étais pas sans ignorer que mon père venait de Vainui, de ce peuple béni par Glorë. Il m'était donc facile de considérer que nous avions une certaine connexion qui se faisait. L'Eau et la Terre. Cette idée me plaisait. Ces éléments étaient faits pour être ensemble. Il n'y avait pas de hasard... Le sommeil me parut court, mais réparateur. J'ignorais pourquoi je reprenais conscience alors que, doucement, une odeur venait taquiner mes sens. En me ménageant, j'ouvris les yeux et remarquai Brehn entrain de préparer à manger. Il semblait serein. Fier de lui. Je lui adressai un sourire en me redressant doucement. Ma jambe me faisait un peu mal mais cela semblait se calmer. Notant malheureusement le feu présent dans la cabane, je me dis que s'il avait pris ce risque, c'est que ça ne devait pas être si dangereux que cela. Brehn paraissait savoir ce qu'il faisait. Par contre, il devait ignorer bien des choses sur les Terre...

Une expression gênée s'afficha sur mon visage, mais je ne dis rien. Il m'apporta un poisson cuit traversé par une brindille. Les yeux écarquillés. Je luttai pour ne pas régurgiter ce que je n'avais - de toute façon - pas dans l'estomac. « C'est là une douce attention... » Lui dis-je, peu assurée. Avais-je vraiment le choix ? Ce repas ne m'enchantait guère, mais c'était le seul moyen de me restaurer et j'en avais besoin. Mon corps en avait besoin. Je fermai donc les yeux et, prenant une inspiration, je portai le poisson à ma bouche. J'arrêtai mon mouvement quelques millimètres avant qu'il n'atteigne mes lèvres. Allez Eden, tu dois le faire... Tentai-je de me persuader. Crispée, je me forçai à planter mes dents dans la chaire de ce pauvre poisson qui n'avait rien demandé pour finir dans cet état. Gardant les yeux fermés, je mastiquai et déglutis. J'avais l'impression d'avoir fauté... Mon père ne m'avait jamais parlé de cette pratique de manger du poisson. Je savais que cela existait, tout comme je savais que certains tuaient les animaux pour en manger la viande, mais à voir, cela restait très... étrange. Pour une Gorkienne n'ayant jamais quitté sa forêt, c'en était même choquant. Le goût n'était pas désagréable, mais ce que j'y associais l'était... En me forçant je continuai de manger quelques bouchées avant de le reposer. Si je poursuivais, je finirai par tout recracher... Je m'étendis à nouveau sur le lit. « Si je m'endors, Brehn, seras-tu là à mon réveil ? » Prononçai-je d'une voix claire mais basse, regardant l'astre nocturne, contemplative avant de m'endormir profondément.


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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Mer 19 Avr - 2:16


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Les poissons étaient enfin cuits et Eden l'avait sentie: elle s'était réveillée avant même que je le fasse. En la voyant s'approcher j'esquissai un sourire qu'elle me rendit. Cependant, il me paraissait forcé, j'imaginais qu'elle n'était pas pleinement alerte ou bien qu'elle était toujours préoccupée par sa blessure. Qu'importe, avec ce bon repas tout s'arrangerait. La bonne nourriture a toujours été importante pour l'Homme; bien manger avait le don d'égayer nos journées les plus ternes. Il n'y avait pas que le plaisir des papilles mais aussi l'aspect social. Les personnes deviennent tellement plus détendues et vraies lorsqu'elles sont en train de manger, sûrement parce que tout le monde aime se restaurer. Mais ce soir, le dîner n'était pas comme les autres. Alors qu'Eden venait de s'asseoir sur le tabouret en face du mien, je lui tendis un brochet. Hésitante, elle le prit, et me dit sans conviction: "C'est là une douce attention...". Je sentais que quelque chose n'allait pas, mais je me gardai de lui poser des questions, je ne voulais pas la braquer. Aussi, j'évitai de trop la fixer. Alors je mangeai comme si je n'avais rien remarqué. J'étais déçu qu'il n'y ait pas l'ambiance escomptée. D'autant que je ne savais trop pourquoi elle se comportait de la sorte. À n'entendre que les crépitements des flammes et les bruits de mastications, l'atmosphère en était devenue presque glauque. Il me fallait comprendre ce qu'il se passait et j'observai du coin de l’œil les grimaces que faisaient Eden. Visiblement elle n'appréciait pas du tout ce que je lui ai préparé. J'avais honte de penser cela à ce moment, mais je ne comprenais pas qu'une fille issue de petites gens n'apprécie pas cette nourriture. Ce n'est pas comme si elle avait l'habitude de manger des plats raffinés comme moi au palais, ou qu'elle en était dégoûtée par une trop grande consommation... J'avais même fait l'effort d'ajouter des baies dans la gueule des brochets pour réhausser le goût. J'étais vraiment atteint de voir que ça ne lui plaisait pas au point de grimacer. Je continuai de garder le silence lorsqu'elle reposa, résignée, son brochet sur la table. Je m’apprêtai à la raisonner pour qu'elle se fasse violence; la situation l'exigeait tout de même! Il fallait qu'elle reprenne des forces même si cela n'était pas agréable. Mais je me ravisai en me rappelant des fois, quand j'étais môme, où j'ai été contraint de manger des aliments qui me déplaisait. De toute façon, elle était assez grande et je devais respecter l'optique que je me suis donné à son égard: lui laisser une certaine autonomie pour qu'elle apprenne de ses décisions et expériences, de sorte à devenir au plus vite assez fort physiquement et mentalement pour vivre dans la Jungle.

J'osais espérer que ce manque d'appétit mécanique serait combler par un tout autre appétit: celui d'échanger. Sauf qu'Eden se leva rapidement de table pour aller se recoucher. J'en étais encore plus attristé, ce soir là il n'y aurait pas de conversation. Je constatai affligé que je n'avais eu aucune conversation avec qui que ce soi aujourd'hui. D'ailleurs, je sentis un poids en moi: c'était le stress que j'avais accumulé au cours de cette journée et que je n'ai pu extérioriser complètement lors de ma sortie nocturne. Il me manquait cette chaleur humaine, ces échanges pleins de rires et innocents que l'on peut avoir autour d'un repas, une bière à la main. Tant pis, je devais me résigner et arrêter de me faire du mal inutilement, c'était ainsi: Eden n'aime pas le poisson. Je terminai tranquillement mon brochet en essayant de profiter au mieux du dîner. Eden cherchait à s'endormir. Elle avait les yeux rivés sur la lune et dit doucement: "Si je m'endors, Brehn, seras-tu là à mon réveil ?". Sa voix était si faible qu'on aurait pu croire qu'elle s'adressait à la lune si elle n'avait pas prononcée mon prénom. Je lui répondis avec cette même douceur quoiqu'un peu plus fort: "Oui ne t'inquiète pas, je veillerai sur toi jusqu'à ton réveil". Mon air attristé laissa place à un petit sourire; j'avais l'impression d'avoir répondu, comme si c'était une enfant, par une phrase quelque peu clichée. Je me trouvai un peu idiot, mais visiblement elle était rassurée et s'endormit en quelques minutes.

La contempler dans son sommeil m'apaisait, si bien que j'oubliais petit à petit le triste dîner qui venait d'avoir lieu. Bien qu'hypnotisé par le spectacle magnifique d'un enfant qui dort, le feu qui se situait entre nous deux me rappela rapidement sa présence avec ses flammes dansantes. Je décidai de l'étouffer; un accident est si vite arrivé lorsque personne ne surveille cet élément si sauvage. Puis je refermai la porte et m'installai à nouveau sur le tabouret. Je n'étais pas encore prêt à m'endormir, je voulais être bien sûr qu'Eden entame son cycle. Aussi, je fis le point de cette folle journée. Je n'aurais jamais pu penser qu'elle allait se dérouler de cette manière, pourtant je suis plutôt prévoyant. D'ailleurs une vive peur m'empara un instant: celle qu'on a lorsque l'on se rend compte que nous faisons un cauchemar, juste avant de se réveiller. Mais là, il n'y avait pas de réveil, tout ceci était bien réel... Cette peur du cauchemar s'enchaîna sur la peur de perdre Nymeria. Jusqu'ici j'avais réussi à oublier que je l'avais quitté alors qu'elle était en mauvaise posture. Je me demandai si elle était saine et sauve, si je la reverrai à mon retour.  Mon cœur se serrait à mesure que mes pensées se dirigeaient vers le pire. Mon calvaire s'arrêta assez vite, cette fois ce n'était pas mon esprit qui prenait conscience de ce que je venais de vivre mais mon corps. Mes paupières devenaient lourdes, mes muscles se relâchèrent; la fatigue accumulée de cette journée me tomba brutalement dessus. Mes forces me quittèrent et très vite je sombrai sans aucune résistance dans un sommeil profond. J'eus pour dernier instant de lucidité la vision ironique de la position que j'avais: celle de l'ivrogne saoul, la tête dans ses bras, en train de ronfler sur le comptoir.  





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Dernière édition par Brehn Shöva le Ven 21 Avr - 23:36, édité 2 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Ven 21 Avr - 12:48

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
La gastronomie et tout ce qui pourrait caractériser une personne de bon vivant n'était pas ce à quoi l'on pensait en premier lorsque l'on évoquait Gorka. Une éducation bien éloignée de ce qui pourrait nous détacher de la nature, de l'essence de notre existence. Sans aller à donner un côté spirituel au moindre mouvement que nous faisions, disons que chaque chose était réduite à son plus simple usage. Les repas étaient frugales et quand bien même nous aimions nous retrouver autour d'une table, ça n'avait pas la même couleur que les auberges chaleureuses où boissons et gras coulaient à flots... Je préférais de loin passer un moment assise autour des lucioles une fois la nuit tombée avec ma famille pour échanger avec eux plutôt que de rester des heures à regarder les autres manger ou les laisser me regarder. Sans qu'il n'y ait d'histoire de pudeur ou de gêne, simplement, je ne trouvais pas que cela avait le moindre intérêt. La plupart du temps, je mangeais en silence, presque communiante. Me contentant de me rassasier sans abus. Mon corps frêle, au-delà de dépendre fortement de mon patrimoine génétique, criait que je n'étais pas du genre à manger plus que de raison. J'aurais aimé avoir de jolies formes, généreuses sans trop l'être, mais si ma nature était de rester fine, je n'allais pas me battre contre. Il fallait que l'on s'accepte comme les dieux nous avaient façonnés. Peu importait la beauté, la couleur, la silhouette. Nous étions tous le résultat des dieux et nous nous devions de respecter leur désir de nous voir ainsi être. Je remarquai que Brehn n'était pas à l'aise. Mon attitude en était sûrement la cause, et j'aurais aimé m'en excuser mais n'en n'avais pas le cœur. Cela ne ferait sans doute qu'accroître sa gêne...

Ma compagnie n'était pas des plus enthousiasmantes. C'est que... sans mon aînée, je peinais à être celle qui engageait les discussions et les aventures. Depuis toujours, je l'avait suivie. Sans jamais penser qu'un jour, je devrais faire face aux autres seule. J'étais une enfant sage, silencieuse et calme quand elle n'était pas avec moi. Une image. Parlant peu, écoutant. Ma grand-mère me répétait souvent que je ne devais pas me forcer ; si je préférais écouter, il y aurait de toute façon toujours quelqu'un aimant parler de lui ou étancher sa soif de curiosité. Ces personnes se chargeraient de mener les discussions auxquelles je n'avais de choses à dire. Selon elle, les personnes qui observent sont celles qui agissent passivement, mais qui parviennent à changer bien plus de choses que les beaux-parleurs et grands orateurs. Elle me rassurait sur tout ce que je prenais chez moi comme un défaut. J'ignore ce que je deviendrai sans elle pour me susurrer ces beaux conseils et me guider. Elle a toujours été d'un réconfort pour moi. Bien plus qu'elle n'a pu l'être pour ma sœur ni même pour ma mère. Notre complicité était très amusante et inattendue. Ils me manquaient tous... La famille était une valeur forte à Gorka. Je ne dérogeais pas à la règle en la portant comme ma raison de vivre. Je voulais que ma famille soit fière de moi. Non pas qu'elle m'admire, mais qu'elle me trouve digne d'elle. Même si ma mère me sermonnait constamment en me disant que je ne devais en aucun cas me refermer sur le village et essayer de voyager pour trouver ma voie, c'est le chemin de mon père que je souhaitais suivre. Sans me couper du monde, je voulais toutefois rester chez nous, à la ferme, veiller sur notre foyer, nos proches, nos terres et nos bêtes. C'est tout ce que je souhaitais. Loin des rêves de mariage et de famille de mon aînée qui s'imaginait au bras d'un riche et influent homme de Lucrezia. Je savais qu'elle aimait Gorka, mais je n'étais pas sans savoir également que ce qui lui plaisait, c'était la différence. Quoi de mieux pour nourrir cette aspiration que la capitale de Dahud ?

Le preux serviteur de la princesse Nymeria m'assura qu'il resterait près de moi cette nuit, veillant sur mon sommeil. J'aimais sa présence. Il respectait le silence mais surtout, semblait me protéger comme si j'étais une de ses proches amies. Une considération forcée par la princesse, mais qui paraissait plus forte que cette simple requête... Son sourire se figea dans mes yeux alors que j'en affichai également un, innocent, naïf, comme celui d'un enfant. Mon sommeil lourd fut des plus paisibles. Point de cauchemars ni de stupeur. Mes songes étaient protégés par Brehn, comme s'il était ce protecteur dans la chanson éloignant les mauvais rêves. L'humidité et les premiers rayons de l'aube me réveillèrent gentiment. M'étirant dans le lit, j'ouvris difficilement mes yeux. Je me tournai vers la table et vis Brehn. Il s'était assoupi sur la chaise. Son sommeil n'avait dû être des plus confortables... Je m'en sentais fautive. Il méritait d'être bien installé après tout ce qu'il faisait pour moi. Me redressant, je jetai un œil à ma blessure. Elle semblait se remettre doucement. Me risquant à me lever, je gardai le lit à portée pour me rattraper si jamais je chutais. Ma tête me faisait encore mal de ma chute d'hier... Je devais avoir une bosse. Quelques pas me séparaient de Brehn. Je les fis et m'assis à côté de lui. Quelques longues minutes, le temps que mon esprit s'éveille, je le contemplai. Ses mèches brunes brillaient. Elles devaient être soyeuses. Son teint, blanc mais toujours plus foncé que le mien, semblait n'avoir aucun défaut. Ses yeux bougeaient sous ses paupières fermées. J'imaginais à quoi il pouvait bien rêver... Les bras croisés sur la table, mon menton reposant sur mes mains, j'étais à sa hauteur pour le regarder. Mais, peut-être à cause de mon souffle ou simplement de ma présence, il finit par se réveiller. Je me redressai, confuse qu'il m'ait vu l'observer ainsi pendant son sommeil. Un sourire s'affiche sur mes lèvres pour l'accueillir. « Bonjour Brehn. » Ma voix était faiblarde, à cause du réveil encore frais et des tumultes de la veille. « J'espère que tu es parvenu à dormir correctement malgré l'inconfort... » Demandai-je, une moue gênée. « Veux-tu que j'aille nous chercher de l'eau ? Voir si je trouve quelques fruits ? » Bien que ma jambe n'était plus aussi douloureuse qu'hier, je me doutais qu'une seule nuit n'allait pas suffire à récupérer. Mais je pouvais la ménager tout en marchant. Si j'assurais de mes pas et ne m'aventurais pas dans des terrains encombrés, je pourrais tout à fait rendre ce service.

C'est sans peine qu'il devait comprendre que je me sentais des plus redevables envers lui. Il m'avait éloigné de l'épreuve du Feu, m'avait soignée et veillée cette nuit. Je lui étais reconnaissante et lui devais beaucoup. Et je souhaitais essayer d'équilibrer un minimum cette avance altruiste qu'il avait sur moi au moins le temps qu'il était avec moi. Je me doutais qu'il ne resterait pas toujours à mes côtés. Après tout, il avait une vie lui aussi. Sûrement des personnes qui l'attendaient, des affaires qui le nécessitaient. Vu sa tenue et son parlé, ça n'était pas un simple sujet du roi Andar. De plus, si la princesse l'avait missionné lui, c'est qu'elle devait avoir confiance en lui. Et on tient aux personnes en qui l'on a confiance. J'ignorais leur proximité, mais je pouvais sans mal penser qu'ils étaient très proches. D'ailleurs, son doux visage pouvait me laisser croire que la princesse ne devait pas être insensible à ses charmes... Reprenant un sourire sur mes lèvres, je m'autorisai à me montrer plus loquace que la veille. « Je n'ai pas vraiment pris le temps de parler avec toi hier, j'en suis désolée, mais puis-je me permettre de te demander pourquoi la princesse s'est permise de te demander à toi de veiller sur moi ? » Mes yeux plissés témoignaient de ma légère gêne de poser une question dont la réponse pouvait être tout à fait personnelle et incongrue. Ce n'était qu'une simple curiosité. Quand bien même il refuserait d'y répondre, je ne lui en tiendrai pas la moindre rigueur. « Tu vas devoir aller la retrouver à un moment, voire même rapidement, n'est-ce pas ? » Cette question, plus pragmatique, ne me réjouissait pas vraiment... Mais je ne pouvais pas me permettre d'accaparer sa bienveillance éternellement. Peut-être resterait-il une journée de plus, peut-être lèverait-il le camp dès qu'il aura émergé totalement de son sommeil... Ce que je n'espérais pas mais contre quoi je ne pourrais m'opposer. Rien à part la volonté de Nymeria d'assurer la réussite de ma fuite ne le forçait à rester ici. Et je ne me permettrai pas de lui demander cette faveur.

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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Lun 24 Avr - 0:28


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Des ombres fantasmagoriques apparaissaient, disparaissaient, chuchotaient et ricanaient tels des démons en quête d'une nouvelle proie à tourmenter. Cette nuit elles avaient choisi Brehn. Le pauvre jeune homme avait eu une journée comme il n'y en a pas deux au cours d'une vie: très éprouvante psychologiquement et physiquement. Ce genre de journée où tous les événements s'enchaînent à une vitesse telle que l'on ne peut que les subir, si bien qu'il est impossible de réaliser ce qui s'est passé avant d'avoir trouvé le sommeil, même pour un cérébrale comme Brehn. C'est pour cela que son corps avait pris les commandes, il fallait qu'il dorme au plus vite pour avoir le temps de passer aux cribles tout ce qu'il a pu vivre ces dernières heures. On pouvait distinguer quelques grimaces sur son visage, accompagnées de sueurs froides. Vraisemblablement les incarnations oniriques jouaient avec lui, mais elles n'étaient pas bien virulentes ce soir, malgré la faiblesse apparente du Vainuin. D'ailleurs, elles ne l'ont jamais été avec lui. En effet, le jeune Eau a toujours eu cette ambivalence d'être pleins de tourments mais serein, car il a appris à vivre avec, à en trouver un bénéfice quoique très abstrait. En quelque sorte il a apprivoisé tous ses tourments, ceux du passé, du présent et du futur. Finalement il a apprivoisé le Tourment en lui-même, du moins momentanément; c'est une faculté non acquise qu'il doit à sa relation avec Glorë. Les Eau étaient très croyants, Brehn n'était pas une exception. Pour autant, il croyait différemment que la majorité de ses congénères. La plupart prient avec inconsciemment l'espoir d'avoir la grâce des Dieux tandis que Brehn a gardé une innocence ou peut-être bien une lucidité particulière qui lui permettait une relation "plus vraie" avec Glorë tout particulièrement. C'est donc ce rapport entre lui et le monde spirituel qui depuis son enfance, le garde de toutes angoisses; c'est un monde qui lui est familier et dont il n'a plus peur, même en rencontrant ses plus vils habitants.
Durant les phases paradoxales du sommeil, les images de la journée, que venait de vivre le jeune homme, défilaient aussi vite que ses yeux tournaient. Il la revécut entièrement de l'épreuve du feu, - l'enfer ardent, le cri de Nymeria, la course-poursuite, l'arbre enflammé tombant devant lui, les cendres, la fumée, la panique, Eden blessée et allongée près d'un ruisseau, la cabane, la cueillette, la pêche, la prière pour Glorë - jusqu'à la chute d'Eden. C'est à cet instant que le débit d'images diminua et ce bien plus qu'au moment du cri de Nymeria où il y eut aussi un ralentissement. Quelque chose lui avait échappé à ce moment précis. Son inconscient le savait et il laissait une seconde chance au conscient pour relever ce qu'il avait raté. Parmi les images on pouvait voir Eden faire la moue, dévisager sa brochette de poisson, déglutir avec difficulté, exprimer le dégoût... Brehn pouvait revivre chaque détail. Il était devenu non plus acteur de la scène mais spectateur, ce qui lui laissait une appréciation neutre de ce qu'il pouvait observer. Une fois toute la scène visionnée au ralenti, la cadence du déroulement se synchronisa à nouveau avec le tourbillonnement des yeux de Brehn jusqu'à que toute la journée ait été traitée. Dès lors, le réveil ne se faisait plus attendre; le compte d'heures de sommeil était bon.  

(proposition d'une autre musique à partir de ce moment: https://www.youtube.com/watch?v=6dAHT9TaHb4)
Je commençai à émerger de mon sommeil, doucement. Je prenais conscience - avant de faire le moindre geste - de la nuit que je venais de passer. J'essayai de me remémorer avec calme les rêves, songes et cauchemars que j'ai pu faire, mais rien ne me vint à l'esprit bien que je sente que cette nuit fut agitée. Je n'avais toujours pas ouvert les yeux, et je m'amusai à deviner, grâce à la lumière qui traversait mes paupières, l'heure qu'il pouvait être. Certainement sept heures ou bien huit. Puis je me focalisai sur ce que je pouvais entendre: le chant des oiseaux, la musique des feuilles secouées par une douce brise matinale. Ces derniers instants de torpeur furent de courte durée. Je me sentis observé. Je me relevai brusquement. Enfin... j'étais encore somnolent et ce mouvement me paraissait bien brusque mais peut-être qu'il était tout à fait normal voire lent pour quelqu'un d'alerte ? Qu'importe... Je pus voir Eden me fixer. Elle affichait un sourire gêné mais pour autant très avenant. Je lui répondis par cette même expression après que mes yeux se soient habitués à la lumière. La petite Gorkienne enchaîna avec une faible voix: "Bonjour Brehn." Et sans même avoir le temps de répondre elle surenchérit sur le même ton: "J'espère que tu es parvenu à dormir correctement malgré l'inconfort..." Alors que je m'apprêtai à répondre à ses salutations, Eden me devança en demandant toute gênée: "Veux-tu que j'aille nous chercher de l'eau ? Voir si je trouve quelques fruits ?" Apparemment je ne percevais pas le temps comme quelqu'un de bien réveillé pour ne pas pouvoir en placer une. Ou bien Eden était une fille pleine de vie au tempérament vif. "Peut-être bien les deux" pensais-je en rigolant. J'étais heureux de pouvoir la voir dans cet état après ce qu'elle a vécu hier et je pus enfin lui répondre d'une voix enjouée: "Bien le bonjour Eden. Je ne te demande pas comment tu te sens, je vois que tu t'es déjà remise de tes émotions!" Elle afficha un étonnement sur son visage, sûrement parce que l'on ne se connaissait pas et qu'elle ne s'attendait pas à ce ton. Il est vrai que jusqu'à ce matin, j'ai affiché un air grave et sérieux. Aussi, je n'avais pas extériorisé beaucoup d'émotions. Puis, elle se remit à sourire, et reprit de manière loquace: "Je n'ai pas vraiment pris le temps de parler avec toi hier, j'en suis désolée, mais puis-je me permettre de te demander pourquoi la princesse s'est permis de te demander à toi de veiller sur moi?" D'un ton solennel, je lui répondis par:"Je dois dire que votre rencontre a considérablement marqué Nymeria..." Je laissai la phrase en suspension et repris peu de temps après: "Elle a un cœur éminemment bon, et elle ne se voyait pas une minute te laisser seul avec toi-même durant ces épreuves... Non pas qu'elle te voit comme une personne faible mais elle a très vite compris que la Cérémonie n'était pas faîte pour toi..." Après une nouvelle pause, je terminai sur le même ton: "Je suis l'un des seuls à comprendre Nymeria et son comportement, qui, sort de tous les stéréotypes que l'on peut avoir sur une personne de haut rang, en outre elle me fait pleinement confiance et je lui suis entièrement dévoué. Finalement même si je suis un de ses sujets, elle ne m'avait pas donné un ordre mais bien une requête amicale". Sur ces mots, mon esprit divagua quelque peu: je pensais à l'amour non avouée que j'avais pour Nymeria. Je voyais son sourire, sa douce mais éloquente voix, sa sublime chevelure au couleur de nacre rappelant non sans mal la Lune. Eden n'eut pas de mal entre ma dernière phrase et l'esprit rêveur que je pouvais avoir suite à celle-ci, qu'il y avait une forte relation qui nous tenait Nymeria et moi. D'ailleurs, elle dit avec résignation: "Tu vas devoir aller la retrouver à un moment, voire même rapidement, n'est-ce pas ?" Suite à cela, je la rassurai quant au fait que je m'occuperai de tout pendant encore quelques jours, qu'il ne fallait pas forcer même si elle s'en sentait capable. En plus, je lui expliquai que je devrais m'absenter plus tard dans la matinée pour retourner à Lucrezia. Je devais informer Nymeria de la situation et récupérer de quoi soigner au mieux la blessure pour éviter des séquelles.

Bien qu'elle comprît très bien ma situation, je pouvais sentir une certaine tristesse l'envahir. J'imaginai sans difficultés qu'elle prenait petit à petit conscience de ce qui l'attendait. En plus, je devais la quitter pour remplir à nouveau ma gourde et chercher de quoi nous nourrir. La culpabilité me prenait encore une fois. Je réalisai que je devais prendre du recul vis-à-vis de ce que j'étais en train de vivre. Je ne pouvais m'attacher à Eden, sans quoi il y aurait une douloureuse séparation. Et quand bien même, comment pouvais-je laisser une enfant livrée à elle-même dans une jungle hostile, que je l'apprécie ou non ? Quoi qu'il arrive, il y aurait une déchirure et cela ne me réjouissait pas...
Après l'avoir prévenu que j'allais nous trouver de quoi nous restaurer, je me pressai de prendre ma gourde, ma cape qui lui avait servi de couverture ainsi que les filets pour pêcher. J'étais prêt, et en entrouvrant la porte, alors que j'étais en train d'hésiter entre la cueillette et la chasse, voire les deux, une étrange sensation m'arrêta net; quelque chose venait de se connecter dans mon cerveau. J'avais enfin fait le lien entre le régime alimentaire des Gorkiens et le dégoût d'Eden pour le poisson. Tout confus de ma bêtise je m'esclaffai et lui dis tout naturellement: "Quel idiot ! Excuse moi pour hier, j'avais complètement occulté le fait que les Gorkiens étaient végétariens. Cette fois je ramènerai des fruits." Du coup, je reposai les filets dans la commode puis je repartis en direction de la porte. Juste avant de la refermer derrière moi, je lui dis d'un ton moqueur mais sérieux: "Au fait, si je fais à nouveau un impair de ce genre, n'hésite pas à me le dire." Elle sourit, puis, cette fois, je partis véritablement. Je me retournai face à la nature qui s'offrait devant moi. À présent, je pouvais l'apprécier vu que l'angoisse et l'urgence de la blessure d'Eden étaient parties. J'aimais particulièrement le bruit des oiseaux exotiques sur ces arbres enchevêtrés entre eux; le mot d'ordre de cette Jungle était "anarchie". En un sens j'aimais beaucoup cela, c'était à l'image de certaines de mes idées politiques bien que je sois plus pondéré... Ma foi je n'avais pas le temps de contempler plus en détail ce tableau qui s'offrait à moi, il était temps que je me mette en route pour trouver quelques baies et fruits. D'un pas tranquille et assuré, je m'enfonçai dans cette Jungle.






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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Lun 24 Avr - 18:51

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Le jour s'était levé comme une nouvelle histoire qui commençait. Bien plus sereine et plus confiante que la veille. Cela, je le devais à l'attention et à la présence de Brehn, ça ne faisait aucun doute. Il prenait peu à peu conscience de ce qui se passait autour de lui. Le réveil semblait difficile mais pas impossible. « Bien le bonjour Eden. Je ne te demande pas comment tu te sens, je vois que tu t'es déjà remise de tes émotions ! » Parvint-il à prononcer entre mes déclarations. Cela me fit sourire avec sincérité. Lui montrer un autre visage qu'hier. Celui qui m'allait le mieux. Celui de cette enfant joyeuse et positive que j'allais pourtant devoir laisser partir pour grandir et m'assumer seule dans cette jungle... Cela ne me tardait pas, et quelque part, je priais Tarlyn pour que jamais on ne m'enlève cette innocence que j'arborais comme une qualité. J'ai toujours pensé qu'en dégageant des humeurs positives et optimistes, on s'attirait le bonheur ; les personnes joviales et agréable. Cela m'avait bien réussi jusqu'à lors. Mais les choses allaient rapidement prendre une toute autre tournure, malheureusement... L'expression amicale dont faisait preuve Brehn en retour me surpris agréablement. « Je dois dire que votre rencontre a considérablement marqué Nymeria... » S'autorisa-t-il à commenter alors que je l'interrogeais sur la raison pour laquelle la princesse l'avait mandé. Pour différentes raisons, elle m'avait également marquée. Le souvenir qu'un jour j'ai eu au-dessus de moi, une sœur aînée prête à tout pour moi. Soucieuse de ce qui m'arrivait et de ce que je ressentais. Une sœur que jamais je n'oublierai et qui me manquait terriblement. Nymeria ne pourrait jamais la remplacer, mais au moins, pendant ces deux jours, elle avait été là pour moi. Un soutien fort et indispensable. Elle m'avait sauvée à deux reprises. Je ne l'oublierai jamais.

À parler de Nymeria, nos pensées semblèrent se lier vers elle. S'entrelacer dans un amas de sentiments et de souvenirs. Brehn me décrivit ce qu'il pensait être la raison de son soucie pour mon état. La princesse était bienveillante de nature, soucieuse et protectrice. Compréhensive et prête à tout pour aider les âmes qui la marquent. « Je suis l'un des seuls à comprendre Nymeria et son comportement, qui, sort de tous les stéréotypes que l'on peut avoir sur une personne de haut rang, en outre elle me fait pleinement confiance et je lui suis entièrement dévoué. Finalement même si je suis un de ses sujets, elle ne m'avait pas donné un ordre mais bien une requête amicale. » L'air pensif de Brehn me fit comprendre dans un silence l'attachement qu'il devait avoir pour sa future reine. Ses sentiments se lisaient sur son regard égaré. Je trouvais cela beau et en même temps... ça avait l'air d'être quelque chose de complexe. Je ne pense pas que cela vienne d'un soucis de confiance en lui. Peut-être une histoire de rang, de statut, mais quelque chose semblait frustrer le jeune homme qui resta rêveur quelques instants avant que je ne le ramène à la réalité en lui demandant s'il devait retourner à la capitale. Il m'assura qu'il ne partirait pas tel un voleur et prendrait soin de moi tant qu'il le pourrait. C'était une attention bien chevaleresque qui me toucha. Même si du coup, j'eus l'impression de l'arracher à plus important... Me passant de commenter, je me contentai d'acquiescer. Il devrait, de toute façon, faire une petite halte à Lucrezia dans la journée avant de revenir. De quoi le rassurer sur l'état de Nymeria. J'espérais qu'il ne lui soit rien arrivé de trop grave... car si c'est le cas, je ne saurais me défaire d'un sentiment de culpabilité quant à son état.

Les tumultes de la veille ne nous avaient pas donné tellement le temps de nous poser et de faire le point sur ce qui se passait... Tout s'était enchaîné à une vitesse qui m'avait assommée de fatigue. Même en travaillant des jours durant dans les champs, je n'avais pas ressenti un tel épuisement. Cette fatigue que j'avais ressenti était autant physique que morale. C'est probablement ce qui me fut fatal hier. Le poids émotionnel des événements m'était tombé dessus sans crier gare. J'avais négligé l'impact que pouvait avoir ce rythme effréné que je m'étais infligé. Brehn avait sûrement dû le ressentir... « Quel idiot ! Excuse moi pour hier, j'avais complètement occulté le fait que les Gorkiens étaient végétariens. Cette fois je ramènerai des fruits. » S'exclama-t-il en se préparant. Je l'intimai d'un haussement d'épaule. Je n'ai jamais été une enfant bien difficile. Me contentant de ce que l'on me permettait d'avoir. Si je n'étais pas contente, à ce moment, je n'avais qu'à faire les choses par moi-même. Certes, hier, je n'étais pas en état, objectivement. Mais cela n'était pas une excuse suffisante à mes yeux pour faire la difficile. Je n'étais pas la plus renseignée sur les autres cultures, du coup, je n'étais absolument pas en position pour critiquer le fait qu'il n'ait pas pris en compte ma façon de vivre, typiquement Gorkienne. « Au fait, si je fais à nouveau un impair de ce genre, n'hésite pas à me le dire. » Apprêté, il se tenait devant la porte, prêt à repartir en chasse de denrées. « Je n'y manquerai pas. Hier je n'étais pas vraiment en pleine possession de mes moyens... » Répondis-je, l'air gênée. Ma faiblesse me dépitait, mais en même temps, difficile de lutter pour le moment. Je devais encore ménager ma jambe, ne pas forcer. Je n'avais d'autre choix que de le laisser alors sortir seul. Lui adressant un sourire, je le laissai alors quitter la cabane.

Une fois la porte refermée derrière lui, je soupirai. À la fois anxieuse pour ce qui allait se passer lorsqu'il repartirait et dubitative quant au choix que j'avais fait de quitter ainsi la cérémonie. Brehn l'avait bien exprimé, Nymeria le savait : la cérémonie n'était pas faite pour moi. Leur monde n'était pas fait pour moi. J'avais été façonnée pour vivre à Gorka. Je ne voulais pas laisser un élément ou une absence d'élément m'éloigner de cette vie qui m'attendait... Un long fleuve tranquille auprès de ma famille, bercée par les bons et moins bons moments. Respirer l'air frais entre les feuillages au rythme de leur danse et du chant des oiseaux. Une vie simple, loin de leurs villes, de leurs rituels, de leurs grandes occasions où toute la population d'Oranda semblait battre d'un seul et même cœur. J'avais beau souhaiter faire partie de ce cœur, je ne voulais pas que cela m'éloigne des miens. Peut-être avais-je peur d'affronter une vie à laquelle je n'avais pas été préparée convenablement. Peut-être ne souhaitais-je pas me confronter aux difficultés qui dynamiser le commun de chacun. M'enfermer dans mon village natal était ma seule aspiration. Alors que les rêveries de ma sœur aînée l'avaient encouragée à voir plus loin, au-delà des frontières de Gorka, au-delà même des frontières du réel, j'étais restée sur terre et bien sur terre. À me contenter de ce que j'avais tant que je pouvais le partager avec ceux que j'aime. Comme quoi, les desseins les plus simples sont aussi difficiles à réaliser que les rêves les plus fous...

#Sanie #Vanka
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Jeu 27 Avr - 0:36


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Je laissai à nouveau Eden derrière moi, seule, mais cette fois le cœur plus léger. Cette fille a une étonnante capacité de régénération, après une nuit de récupération je ne pouvais imaginer Eden si alerte, malgré sa faible voix, après tant d'épreuves récentes. Elle devait sûrement cela à sa joie de vivre, à cette fougue dont la jeunesse à le secret. J'espérai qu'elle la garderait longtemps, elle lui allait si bien.
Pensif je m'enfonçai dans les fourrés, mais assez vite je me ravisai car la soif se faisait sentir; Eden et moi avions déjà bu toute l'eau que j'avais purifiée la veille. Il me semblait plus logique d'apporter en premier lieu l'eau puis repartir à la recherche de fruits.
Je rebroussai chemin, passai à nouveau devant la cabane et dis assez fort: "Si tu entends quelqu'un, c'est moi. Je vais d'abord chercher de l'eau finalement." J'avais beau tendre l'oreille mais la faible voix d'Eden ne portait pas, je n'entendis donc que pour réponse un court marmonnement. Sans doute un "oui c'est compris" ou peut-être "entendu Brehn". De la cabane, quelques mètres me séparait de la Rivière et en moins d'une minute je me retrouvai à la même place qu'hier soir.
Le courant paraissait moins fort du souvenir que j'en avais, tout sembler plus tranquille aujourd'hui... Je pris le temps de m'agenouiller près de la rive, et j'observai mon reflet dans l'eau calme. Je pus observer mes traits tirés de fatigue... mais aussi un teint lumineux; j'aime l'aventure depuis tout petit, cela me permet de grandir, d'évoluer, d'être plus fort, de me sentir vivant et toujours plus légitime pour demander la main de Nymeria. Il m'était impossible de me résoudre à ce que Nymeria se marie avec un de ces nobles qui ne connaît rien à la vie, qui n'a vécu que dans le confort et la suffisance, qui l'ennuiera au plus au point jusqu'à ce que mort les séparent... La princesse était une femme d'action, emplie d'ambitions et de rêves que nous partageons depuis notre enfance. Au fond de moi, je savais que je pourrais la rendre heureuse, d'ailleurs, peut-être bien que j'étais le seul. Le seul à la comprendre, le seul à l'aimer pour ce qu'elle est et non pas pour son titre, finalement le seul qui la comblera. Pour autant je n'étais pas encore prêt, j'avais besoin de prouver ma valeur à travers des actions charitables comme avec Eden, en acquérant de nouvelles connaissances diverses, ou encore, en travaillant mon don. En somme, il fallait que je me sente plus fort, plus intelligent, plus confiant, pour avoir les épaules d'homme que Nymeria méritent. Celles qui me permettront de la protéger contre tous dangers. J'avais hâte de la revoir dans peu de temps à Lucrezia. J'espérai prendre de ses nouvelles même si je savais que tout allait bien et lui dire que j'ai réussi à sauver Eden. Actuellement elle devait se préparer pour la dernière épreuve, celle de la Terre. Mes pensées se dirigèrent vers elles quelques temps. J'avais confiance en elle et par chance la Vainuine était bien entourée.

Je pensais déjà au moment des retrouvailles et je voulais être au mieux pour elle, je décidai donc de plonger ma tête dans l'eau pour me nettoyer. Les sueurs de la nuit avaient en effet rendu ma peau collante. En outre, cela m'a permis de sortir de cette somnolence latente que je portai depuis le réveil si bien qu'en sortant la tête de l'eau j'eus l'impression de me réveiller à nouveau; cette fois c'était un vrai réveil. Ensuite, je pris ma gourde que je remplis, et déposai devant moi. Puis, toujours à genoux, j'entamai tout comme hier, le rituel de purification: les yeux rivés sur la gourde, mains imposées au-dessus, je prononçai les quelques phrases de cette prière très personnelle. Cela me demandait beaucoup de concentration mais j'appréciai ce moment-là, c'était comme un dialogue avec Glorë, cette déesse que j'aime tant.





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Dernière édition par Brehn Shöva le Mer 3 Mai - 11:49, édité 1 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Ven 28 Avr - 12:15

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Seule dans la cabane qui nous avait servit d'abri pour cette nuit, je me levai et rangeai quelques objets qui traînaient. « Si tu entends quelqu'un, c'est moi. Je vais d'abord chercher de l'eau finalement. » Entendis-je au loin. Plissant les yeux comme si cela avait une chance de me faire comprendre plus facilement ce qu'il me disait, je lui répondis avec mal que j'avais entendu. J'ignorais s'il avait pu percevoir ne serait-ce que ma voix, mais cela n'était pas grave. Revenant vers la table, je vis quelques restes de brindilles. Les observant un instant, je penchai la tête vers la droite et du bout de mes doigts fins, je les arrangeai de telle sorte à ce qu'elles forment un oiseau. Ce n'était pas du grand art, mais ça y ressemblait ! Peu importe que ça y ressemble ou non, m'aurait dit ma sœur, ce qui compte, c'est que toi tu le vois. On pouvait, selon elle, réaliser tout et n'importe quoi tant qu'on y croyait avec assez de ferveur. Car même si cela ne ressemblait à rien, l'on pouvait toujours parvenir à faire croire au monde que c'était bel et bien à cela que ça devait ressembler. Pour elle, la réalité était propre à chacun. Comme si la couleur bleu pour moi, était en fait la couleur rouge pour quelqu'un d'autre. On utilisait le même mot mais pour deux choses pourtant très différente. La façon dont on perçoit le monde est quelque chose de personnel. D'unique. Je souris à cette idée. Si seulement cela pouvait être vrai... Déglutissant, triste à ce souvenir, je balayai mon œuvre en poussant d'une main les brindilles vers ma dextre. J'ouvris la porte pour les jeter au sol.

Un soupir me pris alors que j'observais la nature de cette jungle qui me semblait mystérieuse, criant mon nom pour que je vienne en découvrir le moindre des secrets. Cela me fit retrouver mon sourire lumineux. Finissant de ranger la cabane, je repensais à ces deux hommes bien aimables de nous avoir laissé emprunter leur abri pour la nuit. J'espérais que nous n'allions pas les gêner ni leur porter le moindre préjudice. Il n'y avait aucune raison à cela, toutefois, je gardais une appréhension que je ne me connaissais pas. Je n'ai jamais été très méfiante envers les êtres humains. Ni les animaux d'ailleurs. N'ayant jamais été confrontée à de mauvaises personnes, j'accordais aisément ma confiance et ne remettais pas en doute leurs paroles. Ne voyant aucune raison pour laquelle ils voudraient nous faire le moindre mal. C'était absurde, pour moi, de penser que quelqu'un pouvait s'en prendre à autrui sans avoir une bonne raison. La violence n'existait que lorsqu'on la cherchait. Ce qui n'était pas mon cas et n'avait pas du tout l'air d'être le cas de Brehn. Il avait l'air d'un noble chevalier d'une haute lignée. Un cœur sur la main, comme la princesse Nymeria. À eux deux, ils me donnaient envie de découvrir un peu plus le peuple de Vainui. Mon père avait toujours été très secret par rapport à son passé là-bas. En même temps, je devais comprendre que ça n'était pas facile de quitter sa famille pour une autre terre. Il aurait pu rester à la capitale, pouvoir garder contact avec eux. Mais de ce qu'il pouvait en laisser paraître,
les Lumnar de Vainui n'étaient pas les personnes les plus louables... Ce qui tranchait drastiquement avec l'idée que je me faisais de ce peuple.

Peut-être que lorsqu'on n'est pas de l'élément de notre région, on est rejetés. À Gorka même, notre village devait être une exception. Je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré des personnes qui étaient d'un autre élément que la Terre. Mais il y avait une famille d'exempts un temps. J'étais trop jeune pour m'en souvenir, mais je savais que le village les avait acceptés. Cela me rassurait plus que nécessaire. Regardant subrepticement mon avant bras encore vierge, je me dis qu'au final, ça n'avait pas vraiment d'importance. D'être exempte ou non. Si telle était la volonté des dieux, alors soit. Toutefois, cela ne m'empêcherait pas de retourner chez moi et d'écouler ces jours tranquilles que j'espérais tant ! Guillerette, rassurée, protégée, je me sentais l'humeur de chanter. Quelques vers mélodieux que je marmonnais en faisant quelques pas. Assurant de ne pas me faire mal à la jambe, je me rassis toutefois au bout de quelques secondes. Étendue sur le lit, j'observais le plafond et m'imaginais la senteur des bois de la forêt fluorescente. Les éclats de rire des enfants du village qui courent à travers les maisons. Les bruits d'animaux qui nous aidaient à vivre, les paroles incessantes de ma mère qui parlait souvent toute seule lorsque tout le monde semblait lassé de ses bavardages. Les notes de musiques que créait mon père à la lueur des lucioles étincelantes, l'odeur de la cuisine de ma sœur dont l'art semblait avoir touché le cœur dès son plus jeune âge. Dans quelques jours tout au plus, je retrouverai ce nid de bonheur et de tranquillité. Tout rentrerait dans l'ordre. Tout...

Après ces quelques rêveries, je me redressai et me décidai à sortir. Profiter de l'air de cette région dont la chaleur et la douceur mêlées étaient revigorantes. Les bruissements de la rivière me laissèrent entendre quelques sons provenant d'une voix. Ce devait être Brehn. M'appuyant sur la cabane, j'en fis le tour et l'aperçu non loin. Ses cheveux paraissaient mouillés. Il avait dû en profiter pour se rafraîchir. Doucement, je fis quelques pas pour m'approcher. Mais je m'arrêtai bien avant de l'atteindre. Ne souhaitant pas le déranger. Il semblait être en pleine méditation. Sans un bruit, je l'observais avec admiration. Brehn paraissait être un jeune homme d'une grande spiritualité. Sûrement deviendrait-il un puissant maître de l'Eau. Écoutant les mots qu'il prononçait pour sa déesse Glorë, j'attendis qu'il eut fini avant de m'approcher un peu plus et de m'asseoir près de lui. « Quelles étaient ces paroles ? Une prière ? » M'enquis-je, regard avide d'en savoir plus sur ses pratiques. Nous avions bien des rituels à Gorka : pour la fertilité de nos terres, la générosité de la nature, la protection de nos bêtes et de nos familles, nous avions tendance à souhaiter à tout ce qui nous était utile une bénédiction par Tarlyn. Cela pouvait paraître idiot, d'un œil extérieur. Ce respect et ce soin intense que nous vouions à chaque être vivant. Même les plantes avaient leur part de considération. Car au même titre que les arbres, elles avaient une vie. Peut-être que le cœur leur manquait, mais nous n'étions pas sans ignorer que Tarlyn se représentait également en elles...

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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Mer 3 Mai - 14:38


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


J'enchaînai sans hésitations les mots composant cette prière; avec la répétition j'ai réussi à atteindre cette fluidité dans l'énonciation qui rappelle cette faculté de l'eau. Lorsque j'eus fini, fier de moi comme à chaque fois, je pris une grande inspiration,toujours agenouillé je fermai les yeux pour continuer de profiter de ce moment de spiritualité. Cela est vital pour moi. C'est en quelque sorte une nourriture dont je ne peux me passer depuis que je l'ai goûtée. Cependant je fus interrompu bien vite: j'entendais quelqu'un s'approcher derrière moi puis s'asseoir. Je reconnus dans les mouvements doux et léger la façon d'être d'Eden. J'étais quelque peu déçu de ne pas avoir pu rester plus longtemps dans ce monde divin, mais pour autant je n'en voulais pas à Eden. Le simple fait de rechercher la compagnie et de savoir qu'elle se meut sans difficulté jusqu'à moi me réjouissait.

Une fois assise près de moi, j'ouvris les yeux. Eden se décida à rompre le silence en premier: "Quelles étaient ces paroles ? Une prière ?" Sa question était pleine de candeur, de curiosité et de sérieux. J'appréciais beaucoup ce ton et un discret sourire me gagna malgré moi. Je me tournai vers elle pour lui répondre les yeux dans les yeux. La situation était très solennelle, une longue discussion s'annonçait quoiqu’intéressante. "Oui c'est une prière  que j'ai inventée en m'inspirant d'autres existantes. Je la récite spontanément lorsque je purifie l'eau grâce à mon don" répondis-je avec douceur. Suite à ces mots, je vis les yeux d'Eden se perdre dans de profonds méandres tout en fixant son avant-bras droit. Je compris qu'elle angoissait car sa marque n'était toujours pas apparue. Je réalisai que, même si cela était inconscient, elle m'avait rejoint pour trouver réponse à ses doutes. Je ne savais pas trop par où commencer, c'est un sujet délicat, d'autant plus qu'elle n'a pas terminé la Cérémonie et par conséquent, peut-être que ses chances de développer un don étaient amoindries. Elle avait quand même manqué deux épreuves et je me rappelai qu'elle eut besoin d'aide pour ne pas se noyer lors de l'épreuve de l'Eau. Néanmoins je décidai de la rassurer, c'était après tout ce qu'elle était venu chercher et cela ne me dérangeait pas - même si je n'étais pas parfaitement convaincu de tout ce que je pouvais lui dire, disons que j'ai pris soin de ne pas être trop honnête - de répondre à ses attentes. En retroussant ma manche droite je lui montrais ma marque couleur bleue cristalline. Eden semblait admirative; ses yeux avaient repris vie. "Tu veux la toucher ?" lui proposai-je tout naturellement. Je pouvais aisément me mettre à sa place, nous avons tous passé ces moments difficiles même lorsque aucun doute ne planait quant à notre affinité avec un élément. La Cérémonie et tout ce qu'il y a autour est un réel passage initiatique qui nous construit. C'est ainsi et ce depuis toujours. Aussi, je ne voulais pas me comporter avec Eden comme la plupart des autres Orandiens. En effet, tout ce qui touche au don et à la Cérémonie est assez tabou. Je ne sais pas si c'est parce que cela est source de guerre et de racisme pour l'un et rappelle de mauvais souvenirs pour l'autre, mais c'est un fait: on sacralise beaucoup trop ce domaine, si bien qu'il est une source de peur viscérale chez tous les jeunes. Et d'ailleurs, même adultes certaines peurs nous poursuivent encore... Mais après tout sans peur on ne chercherait pas à se surpasser, et la vie serait bien plus fade.

La discussion continua de bon train avec toujours ce caractère solennel et je lui demandai après sa réponse: "Au fait, avec quel élément penses-tu avoir le plus d'affinités ?" Ce n'était pas une question si difficile que cela, mais pourtant elle semblait lui poser problème. J'étais assez étonné, en général, on sait même avant la Cérémonie de quel don on héritera. C'est instinctif, et je ne saurais bien le décrire avec des mots. Pour moi c'était une sorte de sensation physique mais aussi psychique qui me disait que j'étais un Eau lorsque par exemple je me baignais ou arpentais les plaines glaciales de Vainui. Cette sensation me parcourait de part en part; une sensation d'être pleinement vivant. D'ailleurs, je me souviens durant le voyage en avoir parlé avec Nymeria, c'était la même chose pour elle, nous savions pertinemment tous les deux qu'elle était une Eau. Et se fut confirmé lors de l'épreuve de l'Eau même si la marque n'était pas encore apparu; je ne me faisais pas de souci pour elle. Toutefois il me revint à l'esprit cette fameuse classe bâtarde, les Exempts, ceux qui n'ont été béni par aucun dieu, du moins, un dieu sans pouvoir. Plus qu'une hésitation entre deux éléments, peut-être que l'embarra et le temps de réponse d'Eden était dû à cela: elle avait peur de n'hériter d'aucun pouvoir. Je me préparai mentalement à lui répondre, je savais que ça n'allait pas être simple et que je devrais modérer ce que je pense de la situation. Je ne voulais pas éteindre ses derniers espoirs car pour moi tout se joue dans la tête. J'ai connu durant mon enfance des enfants qui étaient à l'aise dans l'eau et qui pourtant non développé aucun don. Récemment j'ai essayé d'expliquer cela et j'en ai conclu qu'ils avaient eu tellement peur de n'avoir aucun don qu'ils ont fini par étouffer celui qui sommeillait en eux. Après tout, il est invraisemblable pour moi de penser que nos dieux délaissent de tout pouvoir un Orandien... surtout un être aussi gentil et sincère qu'Eden. Non ! C'était impossible.





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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Jeu 4 Mai - 12:10

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Gênée de perturber Brehn mais en même temps curieuse, je l'observais avec admiration ce qu'il faisait, même si je ne comprenais pas vraiment le but... Il m'expliqua, d'une voix douce et sérieuse, comme sacrée. « Oui c'est une prière que j'ai inventé en m'inspirant d'autres existantes. Je la récite spontanément lorsque je purifie l'eau grâce à mon don. » Mes yeux se plissent, intéressée et fascinée. L'Eau paraissait être un don si merveilleux... Prêt à subvenir à nos besoins comme à ceux des autres, à la fois calme et tempétueux, fluide comme cette rivière et robuste comme la glace. Il m'était difficile de ne pas envier Brehn à cet instant. Observant timidement mon bras encore vierge, je me dis que peut-être, je n'étais pas assez pure et dévouée pour prétendre à obtenir la bénédiction d'un dieu, quel qu'il soit. Cela arrive, parfois. Être exempt. Ce n'est pas une légende... Me mordillant la lèvre inférieure, je me mis à regretter d'avoir échappé à cette cérémonie. Si j'étais allée jusqu'au bout, aurais-je eu une illumination ? Comme j'aurais détesté être bénie par le Feu... Loin de moi l'envie de blasphémer contre Malaggar, le créateur de toute vie, mais le fait est que porter et contrôler l'élément qui a tué ma sœur reviendrait indirectement à l'avoir tuée de mes propres mains. Et ça... ça m'aurait détruite. Sa disparition était encore une chose trop douloureuse. Si je devais être Feu, alors je préférais encore ne pas le savoir et rester exempte, quitte à devoir errer et espérer trouver un moyen de rejoindre ma famille sans me faire attraper. J'abhorrais le feu, de façon générale. C'était un jugement arbitraire, j'en avais conscience. Mais la blessure de la mort de ma sœur était encore trop fraîche pour que je songe un instant à changer mon avis sur la question. Peut-être que le temps finira par me faire comprendre l'idiotie de mon jugement. Ou au contraire, le renforcera.

De gestes lents et mesurés, je vis Brehn remonter la manche de sa tunique pour me dévoiler son avant-bras droit. Mes yeux s'écarquillèrent d'émerveillement devant la beauté de cette marque de pouvoir. Le bleu qui jonchait son bras était d'une pureté sans pareil. Comme si l'eau pure qu'il venait de bénir coulait dans ces nervures divines. « Tu veux la toucher ? » Une moue un peu gênée et en même temps envieuse, j'acquiesçai d'un signe de tête. « Je peux ? » Attestant son approbation, un sourire vint décorer mes lèvres alors que tu bout de mes doigts fins, je vins effleurer la marque qu'il arborait. Un frisson me traversa. Déposant une douce caresse qui redessinait les contours de sa marque, j'avais l'impression d'être une enfant qui dessinait dans le sable. Occultant le fait que j'étais quand même entrain de caresser le bras d'un jeune homme bien plus âgé que je ne connaissais finalement pas depuis bien longtemps, ignorante des instincts qui souvent parcouraient les adultes, je gardais ce regard fasciné et captivé. Enleva ma main de son bras, je lui demandais, toujours curieuse, n'ayant jamais vraiment pris le temps de poser ces questions à mes parents, si cela faisait mal lorsque la marque grandissait. Si elle faisait partie intégrante de lui ou s'il avait l'impression qu'elle était venue se déposer sur son bras. Ce qu'il peut ressentir lorsqu'il utilise ses pouvoirs. Des questions plus techniques que spirituelles mais qui m'intéressaient tout autant. Une discussion qui semblait anodine, ornées de nos sourires et du sérieux des réponses qui avaient un côté spirituel indéniable lorsqu'il était question de son don. Une connexion certaine se faisait entre nous. J'avais l'impression de parler à un ami de toujours. Il avait ce côté avenant et prévenant que j'aurais pu retrouver chez Hly'tha. Un côté protecteur et attentionné. J'aimais le doux son de sa voix et buvais chacune de ses paroles comme si elles représentaient un modèle à écouter, un exemple à suivre.

Après un court silence où je laissais mon regard se faire entraîner par le courant de la rivière, il en vint à me poser une question qui me semblait délicate : « Au fait, avec quel élément penses-tu avoir le plus d'affinités ? » Mes yeux azurés se posèrent alors dans les siens un instant avant que je ne cille et ne reporte mon regard sur la rivière. Un soupir. « Je pensais avoir un lien avec l'Eau... » Une voix faiblissante, morne. Déçue. « Parfois on pense avoir raté une épreuve mais on parvient tout de même à en obtenir la marque. C'est ce que nous ont expliqué les instructeurs. Mais... » Un nouveau soupir. Je réajustai ma posture pour ramener mes genoux à ma poitrine, les entourant de mes bras frêles. « C'était une véritable catastrophe cette épreuve... Si Nymeria n'avait pas été là, je ne serais même plus de ce monde tant c'était un échec. » Une preuve assez suffisante pour comprendre que Glorë n'avait rien perçu en moi qui pouvait se rattacher à ses valeurs. Soucieuse, mon regard se faisait plus terne. Nerveusement, je mordillais mes lèvres et me contentai de regarder la rivière. « Je ne pense pas être digne des dieux. Quel qu'il soit. J'ai beau avoir grandit avec la Terre à Gorka, je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit de ce que tu décris. Un lien avec l'élément qui m'a vu grandir... Non... je n'ai rien. » Pensive, je laissais les paroles défiler comme elles venaient. J'avais confiance en Brehn et ne cherchais pas à lui cacher le moindre de mes sentiments, la moindre de mes pensées. « Mes parents ont tout deux une manière bien différente d'être liés à la Terre. Mon père vient de Vainui, mais a toujours eu cette connexion avec tous les être vivants. Parfois avec ma sœur, on l'imaginait même avoir des conversations avec les animaux qu'il utilisait pour son labeur. » Évoquai-je, un sourire nostalgique en coin. « Ma mère, c'était autre chose. Elle a plus cette étincelle de persévérance et d'obstination dont la Terre fait souvent preuve. Un véritable roc qui a un sens sans limite de la solidarité et de l'entre-aide. Dévouant sa vie aux autres, à sa famille mais aussi à tout notre village. Il lui arrive même d'aller voir d'autres villages, de voyager vers les villes pour apporter son aide ou simplement enrichir ses connaissances afin d'être encore plus à même d'inculquer de nouvelles choses à notre communauté.C'est une battante extravertie qui a beaucoup à donner à ce monde et qui ne perd pas une occasion de le faire. Sa vaillance est inébranlable autant que les falaises sont indétrônables. » La mélancolie est bien plus que perceptible dans ma voix qui se fait aussi lointaine que mon regard. « Je n'ai pas tout ça. Je suis, telle une ombre cachée par les autres. J'essaye autant que faire se peut d'être utile, mais je ne suis jamais indispensable. Peut-être que c'est un choix des dieux, de me rendre exempte. Je suis peut-être vouée à servir leurs enfants en fin de compte... » Un dernier soupir qui se fit plus long. Plus attristé par ce constat qui ne m'enchantait pas le moins du monde. Mais qui étais-je pour remettre en question les volontés divines ?

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Jeu 4 Mai - 23:09


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Bien que je lui proposasse de toucher ma marque pour désacraliser dans le bon sens la chose, Eden hésita. "Je peux" me demanda-t-elle, après réflexion, pour être sûre. Je lui répondis en oscillant la tête et avec une expression faciale approbatrice. Elle me faisait penser à ces enfants bien élevés qui ont peur de se lancer même lorsque l'on les y autorise et qu'il n'y a aucun danger apparent; sûrement parce qu'ils sont impressionnés. Mais cette fois-ci il n'y avait pas que ça: Eden ne semblait pas digne de parler ou de toucher cette marque. Je crois qu'elle ne se sentait pas légitime de le faire car elle n'appartenait pas encore à ce monde d'adultes qui à l'égard des enfants évoque mystères et craintes. C'était ainsi et personne ne cherchait vraiment à faire évoluer ce fait, ce qui est une bien grande erreur à mon avis. Je ne sais pas si cela est dû à un effet mouton, fataliste ou bien encore à la débilité humaine, en tout cas moi, je ne suis pas prêt à faire comme les autres. Eden comprit bien vite que je ne faisais pas cela à contre-cœur ou sur un coup de tête, et après mon second consentement elle se mit à sourire et approcha ses doigts fins pour caresser ma marque. Elle parcourait méticuleusement chaque rainure, chaque contour, en suivant le lent rythme que la Rivière lui donnait. Aussi, je pouvais la sentir frisonner d'excitation mais aussi de froid. En effet, les Eau dégagent une aura glaciale qui s'amplifie quelques fois lorsqu'ils utilisent leur don. J'avais utilisé le mien il y a quelques minutes et l'effet devait continuer. Je pus observer la chair de poule apparaître sur son bras ce qui confirma mes pensées. Je voulus lui donner à nouveau ma cape pour qu'elle se réchauffe mais je préférai ne pas interrompre la danse de ses doigts sur mon bras. Cela en était presque envoûtant. Elle était tel un gamin dessinant dans le sable sans idées précises pour faire apparaître des formes géométriques étranges. Encore une fois j'avais affaire à une enfant garder par l'innocence, si bien que je ne pouvais être gêné d'être caressé. Il n'y avait là aucune once de perversité.

Une fois le ballet fini, Eden me regarda, heureuse. Puis elle me demanda toujours avec ce ton empli de curiosité voire de fougue si la marque était douloureuse lors de son apparition et son évolution, si j'avais l'impression qu'elle faisait partie de moi ou bien qu'elle était une prothèse étrangère à mon corps. De ce côté-là je la rassurai en lui expliquant que la marque est un don des dieux et qu'ils ne nous veulent aucun mal, en somme, que ce n'est pas un cadeau empoisonné, il est l'ultime acte de générosité de nos dieux qui en plus d'avoir donnés la vie, d'avoir créés Oranda, ont voulu nous lier définitivement à eux. Cette marque nous rappelle nos origines, nos valeurs... finalement ce pour quoi nous vivons. Enfin je lui expliquai que pour moi, ce don et cette marque étaient en nous dès le départ et qu'il suffit d'y croire pour qu'ils apparaissent le moment voulu. Eden écoutait avec avidité mes paroles, elle semblait de plus en plus rassurée. Elle continua même de poser de nombreuses questions précises, lesquelles je répondais avec plaisir. Je lui répondis notamment sur les sensations que je pouvais avoir lorsque j'utilise mon don: qu'à la fois je sentais mes forces me quitter mais qu'une autre énergie très particulière parcourant tout mon corps, me permettait de concrétiser mon action. Une étrange énergie qui se substitue donc à la nôtre - humaine - comme un échange. Je lui fis part de mon hypothèse: pour moi elle venait directement de Glorë.
Après ces mots, Eden semblait toujours aussi intéressée. Pour ma part, cela était très agréable de converser avec elle tout en étant bercé par les flots adjacents. D'ailleurs, son regard se perdit quelques instants dans ceux-ci. Ne voulant pas perdre le rythme de notre conversation, je décidai de lui poser une question à mon tour: "Au fait, avec quel élément penses-tu avoir le plus d'affinités ?" Ses yeux firent un aller retour, revenant vers moi pour repartir vers la Rivière, pensifs. Après un soupir elle se décida à répondre sans décoller son regard de la Rivière: "Je pensais avoir un lien avec l'Eau..." Je sentis que l'enthousiasme qui l'animait jusqu'à présent venait de s'envoler. J'avais touché là un point sensible. Je me sentis coupable d'avoir si vite couper court à son ardeur mais pour autant je me consolai en pensant qu'il était nécessaire qu'on parle un peu d'elle. Il fallait qu'elle extériorise ses démons pour son bien-être mais aussi pour maximiser ses chances de faire apparaître une marque. Sur sa dernière phrase, elle laissait sa voix en suspension, je décidai donc de la laisser parler, à son rythme. Elle continua après un certain temps: "Parfois on pense avoir raté une épreuve mais on parvient tout de même à en obtenir la marque. C'est ce que nous ont expliqué les instructeurs. Mais..." Le schéma se répétait et je laissai faire. Eden semblait toutefois de plus en plus nerveuse et se recroquevilla, peut-être honteuse ? Mais elle poursuivit de déballer ce qui alourdissait son cœur: "C'était une véritable catastrophe cette épreuve... Si Nymeria n'avait pas été là, je ne serais même plus de ce monde tant c'était un échec." Je ne savais trop quoi répondre. À la fois je ne pouvais être que d'accord avec ce qu'elle disait mais d'autre part je ne voulais enfoncer le clou en acquiesçant. Alors que faire ? Mentir comme je le faisais si bien à la cour ? Non, certainement pas. J'y serais de nouveau confronté bien assez tôt...
Mes pensées furent visiblement trop longues et Eden n'attendit pas plus longtemps une réponse de ma part et se contenta d'enchaîner: "Je ne pense pas être digne des dieux. Quel qu'il soit. J'ai beau avoir grandi avec la Terre à Gorka, je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit de ce que tu décris. Un lien avec l'élément qui m'a vu grandir... Non... je n'ai rien." Sa détresse gagnait en force à mesure que la pauvre Gorkienne avançait dans ses dires. J'eus un pincement au cœur. À ce moment précis, je voulus être un dieu et pouvoir refaire le monde à ma façon, pouvoir changer les choses telles qu'il n'y ait plus de craintes et de douleurs. Mais ce n'était pas possible, et après tout j'avais confiance en Glorë et les autres. Ils faisaient de leur mieux et je ne pouvais prétendre avec ma pauvre réflexion humaine pouvoir changer quoi que ce soit. Eden repris après une pause, le sourire en coin: " Mes parents ont tous deux une manière bien différente d'être liés à la Terre. Mon père vient de Vainui, mais a toujours eu cette connexion avec tous les êtres vivants. Parfois avec ma sœur, on l'imaginait même avoir des conversations avec les animaux qu'il utilisait pour son labeur." Je l'écoutai attentivement, toujours sans savoir comment l'aider au mieux si ce n'est en gardant le silence. Heureusement les pauses étaient assez courtes entre ces propos; le malaise n'était pas au rendez-vous. "Ma mère, c'était autre chose. Elle a plus cette étincelle de persévérance et d'obstination dont la Terre fait souvent preuve. Un véritable roc qui a un sens sans limite de la solidarité et de l'entraide. Dévouant sa vie aux autres, à sa famille mais aussi à tout notre village. Il lui arrive même d'aller voir d'autres villages, de voyager vers les villes pour apporter son aide ou simplement enrichir ses connaissances afin d'être encore plus à même d'inculquer de nouvelles choses à notre communauté.C'est une battante extravertie qui a beaucoup à donner à ce monde et qui ne perd pas une occasion de le faire. Sa vaillance est inébranlable autant que les falaises sont indétrônables." développa mélancoliquement Eden. "Je n'ai pas tout ça. Je suis, telle une ombre cachée par les autres. J'essaye autant que faire se peut d'être utile, mais je ne suis jamais indispensable. Peut-être que c'est un choix des dieux, de me rendre exempte. Je suis peut-être vouée à servir leurs enfants en fin de compte..." finit-elle par ajouter. Je sentis dans la profondeur de ses paroles que j'avais affaire au climax de son monologue. Il était temps que je me réveille, qu'à mon tour je me lance, non pas dans des lamentations mais bien dans une tirade salvatrice. Je n'étais pas certain de ce que je faisais, mais j'étais confiant. De toute façon, je ne pouvais plus l'écouter s'enfoncer mots après mots dans cette morbide description de sa vie et de sa situation actuelle.

Je pris une grande inspiration et me lançai: "Eden, écoute-moi attentivement s'il te plaît. Je vais être honnête avec toi, je ne vais pas jouer les faux-amis qui ne disent pas ce qu'ils pensent véritablement. Il est vrai que tu n'as pas mis toutes tes chances de ton côté pour développer ton don et la marque qui lui est associée. Cependant je ne peux me résoudre à te voir sans espoir et aussi défaitiste. Pour être honnête, l'épreuve du lac était un vrai fiasco et même s'il est vrai qu'on peut développer un don tout en ayant raté l'épreuve correspondante, je ne te vois pas Eau. En fait, je ne te vois pas plus Feu... je crois qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer pourquoi. Enfin, je constate que tu ne m'as pas trop parlé de l'épreuve de l'Air, j'imagine donc que ce ne fut pas une réussite sans non plus être une catastrophe. On peut alors oublier cet élément. Il en reste donc un, la Terre, et c'est celui qui, comme de par hasard, te va parfaitement à mon sens. Bien au-delà de tes origines... Tu dis ne pas avoir d'affinités aussi frappante que celles de ton père pour les animaux, ni des valeurs typiquement Gorkiennes comme celles qu'à ta mère. Néanmoins je trouve que tu as une grande affinité avec les plantes. Je dis cela, car j'ai été impressionné de l'onguent que tu avais préparé lorsque tu t'es blessée hier à la cuisse. Ce n'était pas le soin le plus adapté, mais il était extrêmement bien fait. Je te le dis sincèrement. Je ne suis pas spécialiste de la médecine des plantes mais j'ai suffisamment de connaissances pour reconnaître un bon onguent d'un mauvais." Je pris le temps d'une courte pause pour mettre en ordre la suite de mon propos. "Il est vrai que tu n'as pas passé l'épreuve de la Terre mais ce n'est pas grave. On s'en moque complètement en fait de cette Cérémonie. Elle est davantage là pour éliminer les faibles et répertorier les dons de chacun que pour l'éveille du don en lui-même Je veux dire par là que tu peux éveiller ton don sans passer une épreuve qui s'apparente plus à une torture corporelle et psychique... Écoute, je vais essayer de rester quelques jours supplémentaires avec toi pour t'apprendre tout ce que je sais pour survivre en milieu hostile. Je ne prétends pas être un bon maître mais disons que tu auras des bases. Et j'axerai du mieux que je peux les enseignements sur la faune et surtout la flore. Nous verrons assez vite si mes suppositions se confirment." Une nouvelle pause était nécessaire, je voulais examiner la réaction d'Eden. Je n'étais toujours pas convaincu alors je continuai: "Et puis, de toute façon, si jamais aucun don ne se révèle, ce n'est pas pour cela qu'il faudra te ranger parmi ceux qui ont une vie secrète, pleine de danger, à fuir pour éviter d'être réduit en esclavage. Il y a beaucoup d'Exempt qui s'en sortent très bien sauf qu'on ne le sait pas. Tu me parais assez maligne pour te fondre dans la masse. Aussi, cela ne voudra pas dire que tu n'es pas bénie des dieux. Cela n'enlève aucunement qui tu es. En somme, ne laisse pas les croyances communes dicter ta future vie. Tu l'auras toujours en main quoi qu'il arrive, et ce sera tes décisions qui feront ce que tu es. Quoiqu'il advienne garde confiance en toi, Eden... tu trouveras ta voie, j'en suis sûr." J'aurais bien voulu continuer, je m'en sentais capable mais je ne voulais pas trop en faire. Tout était question de dosage. Il ne fallait pas que j'en fasse trop pour rester crédible.






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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Ven 5 Mai - 19:32

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Ce n'était ni un appel au secours, ni une demande d'aide quelconque. À dire, j'exposais mon ressenti comme je griffonnerais un bout de parchemin ; sans conviction ni but. Mais le fait de partager ce que je pouvais ressentir, ce que je percevais, m'allégeait le cœur. Je me sentais moins oppressée, moins coupable. Même si je l'étais... pallier au rituel de la Cérémonie était passable de bien des sanctions qui pourraient même s'étendre à ma famille. J'en avais malheureusement conscience et ça ne m'avait pas fait reculer devant ma décision de prendre ainsi la fuite. De me décourager. Même si, paradoxalement, il fallait bien plus de courage pour quitter la Cérémonie que pour affronter la peur que m'évoquait le feu. Une peur, elle reste une peur, une crainte que l'on croit justifiée suite au vécu d'autrui ou une mauvaise expérience. Alors qu'enfreindre les lois, surtout lorsqu'elles concernaient les dons sacrés que nous octroyaient les dieux, c'était autre chose. Un tout autre niveau qui pouvait m'assurer leur châtiment divin. Être exempte serait une punition à la hauteur du déshonneur que j'avais pu mettre sur ma famille. Notre nom n'était pas amené à briller, mais cela me faisait toutefois un pincement au cœur de savoir qu'aucune progéniture de mes parents n'avait été capable d'accomplir ce rituel sacré... « Eden, écoute-moi attentivement s'il te plaît. Je vais être honnête avec toi, je ne vais pas jouer les faux-amis qui ne disent pas ce qu'ils pensent véritablement. Il est vrai que tu n'as pas mis toutes tes chances de ton côté pour développer ton don et la marque qui lui est associée. » Je baissai la tête. Il était honnête, et il avait raison. J'en avais bien conscience.

Brehn semblait préoccupé dans ses paroles. Je redressai ma tête et croisai son regard, attentive à ses propos. « Cependant je ne peux me résoudre à te voir sans espoir et aussi défaitiste. » Il poursuivit en me rappelant ma mauvaise performance à l'épreuve dont il portait, lui, une marque grandissante. Sa voix était douce et ferme à la fois. Il me lança sans ménagement qu'il ne me voyait pas Eau. Un mauvais jugement que j'avais fait et que je comprenais. Ce qui m'avait manquait devait être cette sage dont Nymeria et lui faisaient preuve... Mais ma négativité était percluse dans les mots qu'enchaînait Brehn. Détaillant mon expérience avec le recul dont il pouvait faire preuve, il s'arrêta sur la Terre que j'avais évité en fuyant à l'épreuve du Feu. Je me mordillai les lèvres. J'aurais aimé passé l'épreuve de la Terre. Mais cela impliquait de traverser les flammes. Et je n'avais pas ce courage dont pouvait faire preuve la princesse et les autres enfants. Ma sœur l'avait eu, ce courage. Et résultat, elle a laissé sa sœur et ses parents avec une tristesse n'ayant d'égal que le silence qui a pris place lors des repas et des rassemblements de famille où sa place restait vide. Un silence qui nous rongeait tous les trois. Je l'ai perdue... à travers le feu... Comment pouvais-je prétendre à traverser les flammes alors que celle qui a toujours été mon exemple, mon modèle, mon héroïne, avait péri par elles ? C'était au-dessus de mes forces... « Néanmoins je trouve que tu as une grande affinité avec les plantes. Je dis cela, car j'ai été impressionné de l'onguent que tu avais préparé lorsque tu t'es blessée hier à la cuisse. Ce n'était pas le soin le plus adapté, mais il était extrêmement bien fait. Je te le dis sincèrement. Je ne suis pas spécialiste de la médecine des plantes mais j'ai suffisamment de connaissances pour reconnaître un bon onguent d'un mauvais. » Je fronçai les sourcils. Tout ce que je savais sur les plantes ne me venait pas comme un toucher divin... Ces connaissance m'avaient été apportée par ma famille, mon entourage. Même si cela me permettait d'improviser, je ne trouvais pas que ça relevait d'une bénediction de Tarlyn...

Ce pessimisme et cette négativité m'étaient totalement étrangères. Perdre la foi était une chose à laquelle je pensais ne jamais être confrontée. Car même lorsque Hly'tha a disparu, je gardais en mon cœur ce murmure me disant qu'elle serait toujours là, quoi qu'il arrive. Que la mort n'était pas assez puissante pour nous séparer. Nous étions si proches... si... unies... Un frisson me parcouru à ce souvenir alors que Brehn marquait une pause qui nous entoura d'un silence qui n'était pas de trop. « Il est vrai que tu n'as pas passé l'épreuve de la Terre mais ce n'est pas grave. On s'en moque complètement en fait de cette Cérémonie. » Je ne pouvais qu'acquiescer. Retrouvant un éclat de lumière sur mon visage, pensant que ce rituel n'était pas la façon la plus appropriée pour éveiller purement nos dons. Il devait y avoir un autre moyen. Une manière plus adaptée à chacun. « Elle est davantage là pour éliminer les faibles », ajouta-t-il en me faisant ciller. Hly'tha n'était pas faible... Pensant que ça ne devait être qu'une maladresse, je pris sur moi en me mordillant les lèvres et en restant à l'écoute. « Et répertorier les dons de chacun que pour l'éveil du don en lui-même. Je veux dire par là que tu peux éveiller ton don sans passer une épreuve qui s'apparente plus à une torture corporelle et psychique... » J'acquiesçai une nouvelle fois, réfléchissant à quel pourrait être ce moyen. « Écoute, je vais essayer de rester quelques jours supplémentaires avec toi pour t'apprendre tout ce que je sais pour survivre en milieu hostile. Je ne prétends pas être un bon maître mais disons que tu auras des bases. Et j'axerai du mieux que je peux les enseignements sur la faune et surtout la flore. Nous verrons assez vite si mes suppositions se confirment. » Me proposa-t-il. Cela eut le don de faire apparaître un large sourire sur mes lèvres rosées. « D'accord. » Le gratifiai-je avec un regard moins attristé par mon défaitisme passager.

Il n'y a pas un souvenir que je garde où un problème n'a pas été résolu. La plupart du temps grâce aux personnes qui m'entouraient, mais en même temps, un enfant ne peut pas tout connaître et avoir toutes les cartes en mains pour s'en sortir sans l'aide de qui que ce soit. Mais même lorsque j'étais seule - c'était rare, d'accord - je ne me suis jamais laissée empêtrée dans une négativité nocive. Ne pensant pas à l'échec, mais visant la lumière qui brillait toujours au bout du tunnel. Une lueur dans laquelle l'espoir règne et me force à ne jamais baisser les bras. Brehn était cette lumière autant que l'avait été Nymeria alors que l'odeur du bois incandescent nous prenait les narines. « Et puis, de toute façon, si jamais aucun don ne se révèle », envisagea tout de même Brehn, « ce n'est pas pour cela qu'il faudra te ranger parmi ceux qui ont une vie secrète, pleine de danger, à fuir pour éviter d'être réduit en esclavage. Il y a beaucoup d'Exempt qui s'en sortent très bien sauf qu'on ne le sait pas. Tu me parais assez maligne pour te fondre dans la masse. » Peut-être s'avançait-il un peu trop sur ce point. Mais il est vrai que j'avais appris auprès d'une As. Si je n'étais pas capable de m'inspirer de ses facéties pour m'en sortir, alors je n'étais pas digne d'elle. « Aussi, cela ne voudra pas dire que tu n'es pas bénie des dieux. » Me rassurait-il alors qu'un soupir me prenait quand je détournai son regard. « Cela n'enlève aucunement qui tu es. En somme, ne laisse pas les croyances communes dicter ta future vie. Tu l'auras toujours en main quoi qu'il arrive, et ce sera tes décisions qui feront ce que tu es. Quoiqu'il advienne garde confiance en toi, Eden... » Je plantai une nouvelle fois mes yeux azurés dans l'intensité des siens. « Tu trouveras ta voie, j'en suis sûr. » Un sourire à moitié convaincu.

Il était évident que chacun avait une place sur Oranda. Quelle qu'elle soit. Mais j'avais peur que cette place ne me convienne pas. Qu'elle ne soit pas comme ces rêves que l'on fait lorsqu'on est enfants. Mais cela relevait bien plus de l'appréhension de l'inconnu dans lequel j'allais devoir plonger que d'une réelle peur fondée. Hly'tha m'avait toujours poussé à aller plus loin. Alors qu'elle se souciait de capturer chaque nouvel endroit découvert, moi je regardais derrière, prenais des repère, m'assurais que l'on ne se perde pas. Cela nous ait arrivé plusieurs fois, de nous égarer, mais jamais bien longtemps. Parce qu'elle n'avait pas peur de l'inconnu. Au contraire, elle l'agrippait, se jetait sur lui et s'assurait qu'aucun de ses secrets ne lui échappe. Plus prévenante et moins sûre de moi, je manquais certains détails qui faisaient pourtant tout le charme de ces virées interdites auxquelles nous nous adonnions. L'inconnu m'intimide, me fait peur. C'est peut-être pour cela que mon idéal de vie se cantonne à mon village natal, travailler la terre et vivre dans la même communauté qui m'avait vue naître et grandir. Rares étaient les enfants qui, une fois leur cérémonie passée, restaient longtemps au village. La plupart s'accordaient de voyager, d'aller vers les grandes villes. Ils aspiraient à des vocations, des projets, des rencontres. J'avais beau avoir mes quinze ans signant mon passage à la vie adulte, ma seule ambition se trouvait dans cette forêt que seule la Cérémonie m'avait fait quitter... Quelque part, je refusais d'émettre des hypothèses sur ce que je pouvais apporter à ce monde. Je ne me voyais pas face à autrui, face à la vie. Peut-être que si je trouvais une personne pour m'inspirer, cela serait plus facile, me paraîtrait moins inconnu... L'idée folle de repartir avec Brehn et Nymeria me traversa l'esprit. Mais j'en souris plus que je n'y prêtai le moindre crédit.

Sans ajouter de vaines paroles, restant sur la note positive apportée par Brehn, je me levai. Genoux légèrement engourdis. Doucement redressée, j'époussetai ma tunique pour en retirer les quelques brindilles et poussières qui s'y étaient accrochées. « Tu devais passer à Lucrezia, non ? Je pense que tu ferais mieux de ne pas tarder... Je pourrais me débrouiller pour trouver de quoi manger en t'attendant. » Lui assurai-je. Une moue interrogative et deux sautillements sur place plus tard, je me tournai vers la cabane. Hésitante, je fis volte-face et vins enlacer au cou Brehn. « Je te remercie, Brehn, de ce que tu fais pour moi. Ça me touche beaucoup. Je ne veux pas risquer que tu partes et ne reviennes pas pour x raison que ce soit sans t'avoir remercier. » Je me reculai, gênée de m'être montrer si expressive. Mes joues rosées en attestaient mieux que mille mots. « La princesse Nymeria a de la chance de t'avoir à ses côtés. » Cette fois-ci, je me retournai et de pas lents, assurant de ne pas me faire mal à la jambe, vers la cabane. J'avais ce sentiment honteux de ne pas avoir pu remercier Nymeria comme je l'aurais souhaité. De m'avoir sauvé la vie lors de l'épreuve de l'Eau, tout comme de m'avoir couvert pour l'épreuve du Feu que j'ai abandonné. Tant de choses que j'aurais aimé lui dire sans utiliser de mots... Un regard suffisait, sa présence suffisait. J'enviais ce monde auquel ils semblaient appartenir. Une réalité bien différente de la mienne ; quand bien même je ne la reniais guère. Nous étions de deux terres différentes mais qui avaient cette faculté de pouvoir se comprendre, se lier. Pourquoi l'Eau et la Terre étaient séparés ? Une pensée naïve qui m'accompagnait silencieusement.

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Dim 7 Mai - 1:20


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Après cette longue prise de parole, Eden semblait plus rayonnante, à nouveau confiante et pleine d'espoirs. Je savais que cela ne suffirait pas et que de nombreux doutes la tirailleraient une fois de plus. Rester auprès d'elle était une réelle nécessité, elle n'était pas encore capable de prendre le chemin de la vie, seule. Même si cela me demanderait beaucoup de temps et d'énergie, j'étais motivé à l'aider. D'une part, parce que j'ai la main sur le cœur, tout comme ma chère Nymeria, et je ne peux laisser une si belle âme errer jusqu'à la mort...  de l'autre, parce que j'aime finir les choses correctement; ce serait vraiment dommage de s'arrêter en si bon chemin.
Quelques secondes passèrent, il y avait une certaine intensité quoiqu'elles étaient fort agréables, puis Eden se releva fébrilement. Je l'accompagnai pour être de nouveau à hauteur, aussi j'avais peur qu'elle perde l'équilibre. Du revers de la main elle brossa sa tunique pour se débarrasser de parasites, après quoi son regard se redirigea vers le mien. Une moue interrogative elle me demanda: "Tu devais passer à Lucrezia, non ? Je pense que tu ferais mieux de ne pas tarder... Je pourrais me débrouiller pour trouver de quoi manger en t'attendant." Je le pris comme une question rhétorique plutôt qu'une demande de confirmation. C'était courageux et très gentil de sa part de me motiver à partir sans que j'aie le moindre remords. Avec étonnement je lui répondis: "Oui tu as raison, il vaut mieux que je ne tarde pas trop pour rentrer avant la tombée de la nuit. Cela m'embête beaucoup de te laisser dans cet état sans nourriture..." Je m'arrêtai pensif. Je ne savais trop quelle décision prendre: partir dès maintenant pour avoir le temps de faire tout ce que je veux à Lucrezia tout en revenant avant la nuit, ou bien prendre sur le temps que je passerai avec Nymeria pour récolter quelques baies. Je repensai à l'optique que je m'étais fixé, soit d'aider Eden sans être trop protecteur. Et presque sans culpabilité je continuai ma phrase "... Après j'ai repéré que les fourrés alentour contiennent de nombreuses baies. Tu devrais pouvoir t'en contenter jusqu'à mon retour." Je ramassai la gourde qui était restée à terre jusque-là, pris une gorgée et la lui tendis: "Au fait, tiens, tu en auras plus besoin que moi..." Elle avait déjà fait volte-face et se retourna brusquement en me sautant dessus. Tandis que j'avais les bras ballant le long du corps, Eden m'enlaçait avec fermeté. Elle me dit avec beaucoup de redevance: "Je te remercie, Brehn, de ce que tu fais pour moi. Ça me touche beaucoup. Je ne veux pas risquer que tu partes et ne reviennes pas pour x raison que ce soit sans t'avoir remercié."  J'étais quelque peu acculé devant la situation, tant d'élans naturels me génèrent quelque peu. Toutefois, je me détendis rapidement bien que je n'eusse pas le temps de répondre à son étreinte. En effet, elle avait bien vite lâcher prise et reculait toute penaude d'avoir été aussi expressive. "Mais de rien Eden" lançai-je en rigolant. "La princesse Nymeria a de la chance de t'avoir à ses côtés." m’avança Eden avec sincérité. Cela n'était pas vraiment une réponse à ma dernière prise de parole. Elle voulait tout simplement le dire avant de me laisser là; avec ce même élan de courage qui l'animait quelques minutes plus tôt Eden se retourna en direction de la cabane. Elle était décidée et malgré sa blessure on pouvait aisément le repérer dans sa démarche. J'étais ici, debout, à la fois étonné de son assurance et des responsabilités qu'elle prenait - bien que je me doute des possibles moues voire des larmes qu'elle cachait en me tournant le dos -, et étonné des dernières paroles que nous nous sommes échangés. Eden était passée en très peu de temps par diverses émotions. Quelque part j'étais content du résultat, j'osais espérer que cela voulait dire que nous avions crevé l'abcès ensemble. Nous étions sur la bonne route.
Alors que je digérai la discussion que l'on venait d'avoir, Eden continuait d'avancer d'un pas ferme, et avant qu'elle ne soit plus à portée de voix, je déclarai: "À ce soir, ne fais pas de bêtises !" C'était l'ultime détente que je pouvais lui apporter avant plusieurs heures. J'espérai profondément qu'elle garderait la tête émergée, hors de ses lamentations.

Maintenant il était temps que je me mette en route pour Lucrezia. Je remontais le courant de la Rivière sans savoir quel pas adopter. Mais finalement l'excitation de voir Nymeria pris le dessus et j'optais pour une bonne cadence. Cadence qu'Eden n'aurait pu supporter compte tenu de sa blessure. Il est vrai que j'avais envisagé de l'amener plus proche de la ville pour pouvoir lui apporter une meilleure aide. Nymeria aurait pu user de son autorité pour convier d'autres médecins et puis nous aurions peut-être pu la cacher momentanément avant de la confier à des personnes sûres. Seulement, le sort en avait décidé autrement: Eden ne pouvait se risquer de faire quelques heures de marche et si je la portai sur mon dos nous aurions tout de suite attiré l'attention. Les petits hameaux deviennent plus nombreux à mesure que l'on se rapproche de la grande cité, leurs habitants sont pour la plupart de pauvres gens. Ils doivent sûrement être à l’affût une fois les épreuves terminées pour guetter les fuyards et alerter les autorités qui en retour donnaient certainement une récompense. Je ne sais trop si c'est vraiment comme cela que ça se passe, je ne connais pas assez ces individus mais aux dires qui me sont arrivés, lors des discussions que j'ai partagées avec divers voyageurs, ceux-ci ne sont pas vraiment fréquentable... Et puis de toute façon, j'imagine que de nombreux vigiles étaient postés aux points stratégiques si bien qu'Eden et moi aurions eu pour seule option de progresser dans la Jungle. Sauf qu'elle est réputée dense et dangereuse, en outre je n'aurais pu la porter tout en nous frayant un chemin. Finalement, aucune solution pour l'approcher de Lucrezia n'était viable: je ne pouvais ni courir le risque, de un, de nous faire arrêter par les autorités, pour Eden et puis pour ma patrie. Elle aurait été sévèrement punie et mis en esclavage, ou pire ? Et moi, j'aurais mis les Drogon et les Kunan dans un sacré embarras. Ni, de deux, risquer notre vie dans la Jungle tortueuse.





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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn Lun 8 Mai - 20:46

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Le voir partir ne m'enchantait guère. L'idée de me retrouver seule m'intimidait. Mais c'était ce que j'avais souhaité et cela allait arriver. Pourquoi m'en étonner ? Pourquoi chercher à l'éviter ? À chaque instant que je remettais ma décision en cause, je voulais me gifler. Trop de chemin avait été fait. Maintenant, le choix n'existait plus et je devais oublier cette possibilité que j'avais de me rendre à Lucrezia avec lui. Me rendre serait comme accepter l'inéluctable sort qui m'attendait si jamais je me faisais prendre. Des histoires étranges se racontent sur les enfants qui refusent de se plier à la Cérémonie. Il en va de même pour ceux qui tentent de la fuir... Il y avait tellement d'aspirants chaque année... Tout ces enfants qui deviennent adulte à ce rituel, ils viennent des quatre coins d'Oranda. Nous sommes nombreux et les visages se fondent dans la foule, dans les éléments. Dans les tumultes de l'organisation où bien des failles résident. Offraient-ils des récompenses à ceux qui trouvaient des enfants ayant cherché à fuir la Cérémonie ? Même si cela m'étonnerait, il n'était pas improbable que ça existe. Après tout, Dahud et les autres régions étaient animées par un intérêt qui dépassait l'intégrité et l'esprit. Cette énergie matérielle qu'était l'argent. Une ressource qui faisait briller les plus ambitieux des hommes. Je n'étais pas dans ce système monétaire, ayant toujours connu le troc et l'échange de bons procédés en guise de paiement pour ce que l'on souhaitait acquérir. Ça marchait bien. Cela était également un moyen de créer des liens, de se montrer solidaire. Celui qui ne possédait rien pouvait, à force de travail, obtenir tout ce dont il avait besoin. Mon père avait accueilli un homme fut un temps qui travaillait avec lui au champ en échange de nourriture et de vêtements le temps de quelques semaines. Voire une lune. J'étais encore très jeune. Mais je m'en souviens encore un peu. « Oui tu as raison, il vaut mieux que je ne tarde pas trop pour rentrer avant la tombée de la nuit. Cela m'embête beaucoup de te laisser dans cet état sans nourriture... » Me voulant rassurante par mon sourire, je m'abstins de lui dire que je ne souhaitais pas pas qu'il parte.

Le lui dire aurait été une preuve évidente d'égoïsme. Je ne voulais pas me l'accaparer ni même le soustraire à la moindre de ses obligations. Il n'avait pas à me chaperonner ainsi. Les ordres de la princesse n'étaient sûrement pas d'être mon serviteur. Quand bien même ça le serait, l'idée qu'une personne se dévoue à ce point pour moi m'effrayer plus qu'autre chose. Je trouverai ça bien étrange et malsain. Se faire servir n'était pas dans ma culture. Il existait des villes où les esclaves étaient de mise à Gorka. Mais je n'y étais pas acclimatée. Loin de là. C'est peut-être aussi pour cela que je crains la servitude forcée : le fait de ne pas connaître ça. De ne jamais avoir rencontré de véritable esclave. Si ça se trouve, les maîtres négligeant étaient rares... Peut-être. Enfin, je n'étais pas assez aventureuse pour tenter le coup. Préférant me rattacher à ce que je connaissais : la liberté. L'inconnu avait toujours stimulé Hly'tha, ma sœur aînée. Mais moi... ça m'avait toujours fait peur. Pour des choses qui parfois même étaient simples ! Par exemple, le fait de s'enticher de quelqu'un. C'était peut-être mignon lorsqu'on était jeunes et innocents. Mais penser qu'un jour je me lierai d'amour avec un homme que je ne connaissais pas encore, que nous partagions un foyer, un lit, une famille... Cela me terrifiait. Ce n'était pas un manque de confiance en moi, mais plutôt un manque de confiance en l'avenir. Ne pas savoir ce qui m'attend avait tendance à me rendre anxieuse. Quoi de plus normal ? J'avais bien conscience que cela tendait vers un certain extrême chez moi... Ce genre d'extrême qui me pousse à préférer quitter la Cérémonie plutôt que d'aller jusqu'au bout en sachant que si personne ne me voyait je pouvais espérer peut-être retourner chez moi. J'avais préféré cela à l'idée de voir ce que ce rituel donnerait sur moi. Quel élément me choisirait. La majorité des enfants se voyaient choisi par la déité qui avait choisi leurs parents. Mais j'avais cette appréhension - somme toute normale mais, dans mon cas, exagérée - de ne pas être faite pour Tarlyn. De ne pas avoir l'esprit assez fin et le cœur assez ouvert pour honorer ses valeurs.

Selon Brehn, j'avais tout d'une Terre, à ma manière. En tout cas, c'est ce qu'il me donnait à croire. Je voulais y croire. Me raccrocher à cette idée pour ne pas baisser les bras et continuer d'avoir la foi. C'était un bon moyen, enfin je pense... « Après j'ai repéré que les fourrés alentour contiennent de nombreuses baies. Tu devrais pouvoir t'en contenter jusqu'à mon retour. » Ajouta Brehn, pensif, alors que je m'étais retournée. « Au fait, tiens, tu en auras plus besoin que moi... » Je ne m'étais pas arrêtée sur ce qu'il me tendait, m'élançant dans cette étreinte intempestive. J'avais bien conscience que cet élan affectif pouvait déranger Brehn. À vrai dire, je préférais ne pas y penser. Me laissant aller à cet enlacement et en l'oubliant une fois que mes bras l'eurent libéré. Il n'avait peut-être pas la portée de l’impact que son aide avait sur moi. J'étais aussi sûrement bien trop émotive et sensible... L'un dans l'autre, ça ne rendait pas la situation moins embarrassante. Mais je ne pouvais contenir ce que je ressentais. J'approchais de la cabane, gourde en main, quand je l'entendis me prodiguer sa dernière recommandation. « À ce soir, ne fais pas de bêtises ! » Lui adressant un sourire amusé - comme si mon état me permettait de faire la moindre bêtise - je lui répondis d'un simple signe de main avant de faire les quelques pas qui me séparaient de l'abri. Entrant à l'intérieur, je bus un peu d'eau et refermai l'outre que je posai sur la table. M'asseyant un instant, je remarquai un sourire niais accroché à mes lèvres qui ne semblait vouloir s'enlever. Cela me fit rire. Quelques pensées me vinrent et je restai là de longues minutes. Fini le temps des rêveries, je me rendis vers les baies que Brehn pensait avoir vu plus tôt afin de récolter quelques fruits pour me nourrir en attendant son retour. Même si j'espérais qu'il ne mette pas beaucoup de temps avant de revenir, je me projetai dans l'idée qu'il pourrait tout aussi bien ne pas revenir. Il fallait que je me prépare à cette éventualité comme un entraînement avant de me retrouver vraiment seule, sans lui. Ces prochains jours seraient sûrement mouvementés et très instructifs. Partagée entre la nervosité et l'enthousiasme, je ne pensais même pas à l'instant présent... J'étais, jusqu'à son retour, à la merci de tout les dangers que pouvait abriter cette jungle qui m'était alors inconnue. Sans compter ces pêcheurs rencontrés la veille. Ils avaient beau ne pas avoir l'air hostiles, ils étaient au courant de ma présence dans leur cabane. Ce n'est pas parce que je croyais en un élan de générosité et d'altruisme de leur part que c'était le cas. Peut-être avaient-ils quelque chose d'autre en tête qu'un élan de bienveillance envers nous...

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka
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La Cérémonie du salut - Chapitre I // Eden & Brehn
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