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I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ]

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Khorde Ergorn
initié


❝ Disponibilité RP : Bientôt disponible
❝ Message : 522
❝ Avatar : Idris Elba
❝ Multi-Compte(s) : Styx Frasier, Rhenis Kunan & Chenoa Ismor
❝ Crédits : Shiya (ava) Vanka (sign)

❝ Métier : Futur représentant Feu, anciennement marchand d'esclaves
❝ Age : 43 ans
❝ Niveau : 4


~#~Sujet: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Lun 27 Fév - 3:22

C’est d’une voix faible et brisée qu’elle te dit son prénom : Eden’El. C’était si beau… si doux… comme une musique cristalline qui effleurait tes oreilles. Eden’El, la poupée de porcelaine, l’enfant de soie et de lumière, la madone brisée… On t’avait souvent dit que tu avais cette mauvaise tendance à vouloir réparer les choses – et les personnes – brisées. Ranrek le sauveur. Le jeune Ergorn, celui qui croyait pouvoir aider tout le monde. Et alors que tu marchais lentement dans les rues de Lucrezia avec Eden’El, tu respectais son silence. Intentionnellement, tu empruntais les rues les moins animées, les endroits où la jeune femme fragiles et effrayée se sentirait plus en sécurité. Cette marque à son bras t’intriguait. Ce n’était pas l’oeuvre d’un fer comme celui dont se servait certains marchands d’esclaves pour marquer leur marchandise. Tu reconnaissais l’oeuvre de la flamme. Celle qui émanait des mains des tiens. Tu frémissais à l’idée. Tous connaissaient le nom des Ergorn. Même ceux qui venaient de loin. Tous connaissaient le nom de quatre familles représentantes : les Fanior, les Kunan, les Birghild et les Ergorn. À Dahud, les familles représentantes étaient une sorte de symbole de royauté. Les souverains du peuple. Comment pouvait-elle ne pas prendre ses jambes à son cou en reconnaissant le nom d’un Feu ? Tu ne le savais pas. Une chose était certaine : Eden avait du vécu pour une si petite femme et elle ne survivrait pas seule.

Tu remarques ses regards du coin de l’œil alors que vous marchez vers le centre de Lucrezia. Tu as réfléchi en la menant à travers les rues de la cité reine… tu aurais pu l’emmener dans une de tes maisons dans le Sud de la ville, mais tu n’y passais pas assez de temps. La chambre attenant la tienne dans le palais était toujours inoccupée, puisque tu n’avais pas de promise. Même si ce devait être temporaire, c’était le seul endroit où tu pourrais garder un œil sur elle. Elle pourrait partir lorsqu’elle le voudrait. Tu ne la retiendrais pas. Tant qu’elle le voudrait, elle trouverait un havre de paix près de toi. Ranrek… l’homme au grand cœur. Peut-être était-il trop grand, ce cœur, mais il était juste et généreux.

Arrivé devant le palais, tu la laisses détailler la cour à sa guise avant de l’entraîner dans le dédale de couloirs qui mène à tes appartements. Comme ceux de tes frères, tes appartements sont spacieux. On y retrouve plusieurs chambres, des salles d’eau, deux salons, une immense salle à manger et un bureau. Asgad et Khaled, tes plus fidèles gardes, restent à la porte alors que tu entres avec la jolie blonde. Tu leur fais signe de ne laisser entrer personne. Tu ne veux pas voir Nove ou Khorde faire irruption alors que tu installes ta nouvelle protégée. Bien que tu lises quelques signes de désapprobation dans le regard d'Asgad, qui te met souvent garde contre les répercussions de tes actes trop altruistes, tu sais qu'il t'obéira. Il l'a toujours fait et le fera toujours. Ton bras relâche enfin le sien. « Bienvenue chez les Ergorn, Eden’El. Ces appartements sont le seul endroit où je puisse assurer ta sécurité. Je te conseille d’éviter de t’aventurer trop loin si je ne suis pas à tes côtés… » C’était une façon un peu brusque d’annoncer les choses, mais c’était là la réalité de la vie dans le palais des représentants Feu. Tes frères levaient souvent la main sur leurs épouses, serraient les poings devant leurs filles et n’hésitaient pas à rabaisser les domestiques. L’ambiance était fort différente dans tes appartements. Les servantes qui assuraient l’entretien et le service avaient une étincelle dans le regard qui n’existait pas dans celui des servantes qui s’occupaient de tes frères ou de ton père.

« Leanor ! que tu interpelles. Amène de l’eau pour un bain, tu veux bien ? » La rouquine jette un coup d’œil intrigué dans la pièce où tu te tiens avant d’acquiescer en silence. « Je vais te faire porter des vêtements. Tu as une préférence pour la couleur ? Le tissu ? Tu voudrais manger quelque chose ? Je peux aller te chercher un repas. J’imagine que ces marchands ne doivent pas être très généreux sur les rations… »

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Lun 27 Fév - 12:41

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Par je ne sais quel miracle, la folie ne m'avait pas atteinte toutes ces années durant lesquelles j'étais exilée de tout... Chaque pas supplémentaire que nous faisions pouvait m'amener vers la fin, j'en avais conscience. Mais si auparavant j'avais été incapable de me défendre, en quoi je le serais plus aujourd'hui ? Certes, j'avais grandi, mais cela ne voulait pas forcément dire que j'avais gagné en force... Mon don de la Terre était aussi faible qu'à son apparition. Ma silhouette était toujours aussi frêle et fragile. Ni la nature ni les dieux ne pouvaient me venir en aide. J'étais seule, comme toujours depuis que j'avais accepté de passer cette fichue cérémonie. Une mascarade qui ne fait qu'accroître le fossé qui sépare les éléments et les peuples. Le résultat et moi était d'être capturée, à nouveau, vendue et entre les mains d'un Feu. Cet élément me pourchassait, me traquait. J'ignorais la raison pour laquelle je me retrouvais constamment confrontée à ce peuple que je ne pouvais que détester de plus en plus. Il devait y avoir une explication... Je n'étais pas de ceux à qui l'on accordait une destinée, simplement une fille perdue qui se trouve transformée en jouet pour ces dégénérés cruels et sans pitié. Dédaigneux et plein d'orgueil qui se nourrissent de l'asservissement des plus faibles. Y penser avait beau me rendre colérique, je ne ressentais aucune animosité apparente envers cet homme que je suivais, attachée à son bras. Bien que de me retrouver au cœur d'une famille du Feu - qui plus est la représentante - me terrifiait, il y avait une sorte de confiance naïve chez ce Ranrek.

Cette boule au ventre me taraudait depuis le départ de l'estrade. Je n'étais pas à l'aise avec l'idée de me retrouver esclave de quelqu'un, encore moins d'un Feu. Mais son acte m'avait marqué... J'ignore combien de pièces sont tombées pour nous acheter tous, mais ça devait représenter une importante somme. S'il avait les moyens et le pouvoir de débourser un tel montant, c'est que Ranrek devait être très bien placé chez les Ergorn. Ce n'était pas une famille à plaindre, certes, mais libérer des esclaves, ce n'est pas le dernier né d'une branche secondaire qui allait se risquer à cela. Bien que ne m'étant jamais réellement penchée sur les us et coutumes de Sezni, je n'étais pas sans savoir leur aversion pour les Exempts, les autres éléments, les faibles en général et surtout les femmes. Tant de critères antipathiques qui nourrissaient mes interrogations quant aux intentions de Ranrek à mon égard. Il m'avait proposé la liberté, comme à tous. Une liberté qui m'aurait sûrement coûté la vie ou de tomber à nouveau dans les mains d'un homme malsain. Je ne pouvais pas certifier qu'il ne me ferait aucun mal, rien ne me le l'assurait. Mais quelque part, je gardais cet espoir selon lequel son action de libération n'était pas un acte isolé. S'il s'agissait vraiment d'une personne bienfaisante ? D'un Feu encore humain ? Cette question me perturbait car elle déterminerait mon avenir. Il se pourrait qu'une fois au palais, je me retrouve aussi prisonnière que jadis. Qu'à nouveau le cercle infernal incandescent me pourchassant se mette en marche. Peut-être dans un dernier élan optimiste, comme laissant une dernière chance au Feu de me prouver qu'il a de la valeur - celle que l'on ne chiffre pas - en me traitant au moins un peu mieux que les précédents. Ce courage désespéré était une solution de facilité pour ne plus avoir à lutter pour ma survie. J'étais exténuée, je ne voulais plus me battre...

On ne peut fuir la fatalité, et si les dieux envoyaient une dernière tentative pour me rappeler à eux, alors qu'il en soit ainsi. Qu'avais-je encore à perdre ? Ma sœur n'était plus de ce monde depuis longtemps, mes parents, mes amis, tant d'années s'étaient écoulées, tous devaient me considérer comme morte. C'est ce que j'espérais en tout cas. Les penser prier chaque jour, attendre sans fin mon retour, cela m'était insoutenable. Sans m'en rendre compte, j'avais enserré un peu plus fort le bras de Ranrek l'espace de quelques secondes à leur souvenir. La route ne fut plus très longue jusqu'au palais. Les rues me paraissaient calmes et plutôt silencieuse. Cela avait un côté rassurant. Mais le parvis de la résidence Ergorn l'était beaucoup moins à mes yeux. Je les levai pour observer l'édifice. En soi, il était majestueux, de quoi en mettre plein la vue à des personnes comme moi venant des forêts et des landes éloignées des villes. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu de si près les palais. Mon estomac se compressait. Je n'allais pas pouvoir faire demi-tour. Si Ranrek acceptait de me rendre hospitalité, je ne pourrais me défiler. Ma respiration se voulait plus rapide, mon regard moins sûr, appréhendant à grand mal ce qui pouvait m'attendre en ces murs. Malgré ma sensibilité à l'architecture et l'agencement des lieux, vivre enfermée n'était pas pour moi. J'aimais la nature, le contact de la verdure sous mes pieds, le toucher de l'écorce des arbres et l'odeur de leur résine. La pierre froide et sans vie ne m'allait pas. Toutefois, si c'est ici que Ranrek me menait, alors je ne reculerai pas et le suivrai. Même si je commençais à croire que je faisais une erreur monumentale.

Apeurée et crispée, je laissais le dignitaire du Feu nous conduire à travers les couloirs. Je n'assurais aucun de mes pas, observant ce qui se trouvait autour de nous. Mémorisant les détours, les contours. Mon orientation était un allié fidèle qui allait probablement se montrer utile dans une demeure aussi grande que celle-ci ! La décoration paraissait impersonnelle et en même temps riche. Pas forcément riche en valeur, j'ignorais le prix des choses, mais riche en histoire, une valeur familiale ou culturelle. Nous arrivâmes à une porte où Ranrek se déchargea des deux gardes qui nous suivaient depuis le marché. Entrant dans la pièce, je découvris tout un faste auquel je n'ai jamais rêvé. Il lâcha mon bras et, lentement, je fis quelques pas timide dans la salle. « Bienvenue chez les Ergorn, Eden’El. Ces appartements sont le seul endroit où je puisse assurer ta sécurité. Je te conseille d’éviter de t’aventurer trop loin si je ne suis pas à tes côtés... » Son avertissement m'interloqua dans ma contemplation. Je le regardai de mes yeux craintifs. Prenant une grande inspiration, j'acquiesçai d'un signe de tête. Si lui pouvait prendre une parfaite inconnue, esclave et présumée exempte sous son aile, ça n'était pas le cas du reste de la famille, osai-je supposer. Ranrek devait être une exception. Mais pourquoi tomberais-je sur le seul Feu soucieux du sort d'autrui, peu importe sa force ou sa faiblesse ? Je gardais les yeux rivés sur lui, comme s'il faisait partie de l'ensemble de la pièce que j'observais.

Non loin, une servante se fit interpeller par Ranrek. Leanor. Ses cheveux cuivrés étaient d'une couleur étincelante. C'était bien loin de la fadeur des miens qui, ajoutés à la clarté de mon visage, devait me rendre insipide et plus froide qu'une étendue de neige à Vainui... En tout cas, elle semblait en bonne santé et bien traitée. Ce qui ne manqua pas de m'étonner par rapport à ce à quoi je m'attendais. Nos regards se croisèrent, mais je détournai rapidement le mien, gênée qu'elle ait pu remarquer l'insistance de ma contemplation. Ranrek lui demanda d'apporter de l'eau pour un bain, mais je ne fis pas vraiment attention à leur discussion, jusqu'à ce que sa voix porte son attention sur moi. « Je vais te faire porter des vêtements. Tu as une préférence pour la couleur ? Le tissu ? Tu voudrais manger quelque chose ? Je peux aller te chercher un repas. J’imagine que ces marchands ne doivent pas être très généreux sur les rations... » Cherchant ma voix quelques secondes, je serrai les poings, comme un reproche pour mon manque de réactivité. Ce n'est pas qu'il m'était difficile de parler en soi. J'avais juste du mal à m'exprimer en société, face à des inconnus, surtout des hommes pour tout dire... Respire, m'ordonnai-je. « Une simple tunique en lin suffira, m-monsieur... » J'ignorais comment on s'adressait à une personne de son rang, cela n'aidait à me mettre à l'aise. Le regard fuyant, je peinai à lui demander de quoi manger, trouvant qu'il en faisait déjà bien plus pour moi que ce que je pouvais mériter. « Je ne mange que des légumes, fruits ou féculents. » Me contentai-je de déclarer, plus que gênée. Peu assurée, j'avançai d'un pas vers Ranrek. « J-je ne vous en demande pas tant... ne vous donnez pas tout ce mal... » Loin de moi l'envie d'être un poids et de m'imposer à lui ou à quiconque ici.

#Sanie #Vanka


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Lun 13 Mar - 20:17, édité 3 fois
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Khorde Ergorn
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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Mer 1 Mar - 2:56

Sa nervosité face à toi te brise le cœur. Tu n’as pourtant pas l’air bien terrible. Tu redoutais l’instant où elle croiserait le regard un peu cruel de Karam, où les iris froids de Khorde. Près d’eux, tu n’avais l’air de rien. Ç’avait toujours été comme ça… Karam, Khorde et Nove étaient les têtes fortes de la famille, ceux qui imposaient la peur du peuple et le respect des autres représentants. Tu soupçonnais certaines famille de manquer de confiance en eux. Tu estimais être la personne qui sauvait la mise dans ces cas-là. Mais on t’aurait facilement comparé à un agneau parmi les loups lorsque tu te trouvais parmi les siens.

Amaigrie et fatiguée dans sa tunique en lambeaux, elle ressemblait à ces enfants pauvres qui allaient pieds nus dans les rues d’Inaki, près de la villa des Ergorn. Tu souvenais bien de ces enfants-là. De petits voleurs, disait sans arrêt ton père. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? Impossible de le déterminer… Elle rassemble son courage pour répondre à tes questions. « Une simple tunique en lin suffira, m-monsieur… »qu’elle balbutie d’une voix fluette, en prenant soin d’éviter ton regard. Elle hésite un instant avant de t’avouer qu’elle ne mange que des légumes, des fruits et des féculents. Cet aveu semble la mettre encore plus mal à l’aise, mais malgré sa gêne, elle fait un pas vers toi avant de déclarer : « J-je ne vous en demande pas tant… ne vous donnez pas tout ce mal… » Ce ton, cette hésitation, cette peur instinctive te ramènent vers un passé lointain. Vers ce jour où tu avais découvert le second tatouage de ta femme. Tu entends presque sa voix dans ta tête : « Tu ne peux pas m’aider, Elias… Elle était la seule personne à t’appeler par ton second prénom. Lorsqu’ils découvriront ce que je suis, ils me tueront. » Ton cœur se serre violemment dans ta poitrine. Une grande inspiration… Tu dois te ressaisir.

Ashara est loin derrière toi. Mais malgré les quinze années qui se sont écoulées depuis sa mort, sa douceur, son innocence et sa gentillesse n’ont pas disparu de ton esprit. Même si son visage devient de plus en plus trouble à mesure que les années s’égrènent – bien que tu te refuses à l’avouer  , certains souvenirs de cette femme, la seule femme que tu aies jamais aimé, ne disparaîtraient jamais réellement. Asha était celle qui t’avait ouvert les yeux. Celle qui t’avait fait comprendre que les anomalies n’en étaient pas, que chaque personne, chaque être avait son rôle à jouer dans l’univers. C’était elle qui t’avait appris à aimer les autres peuples et qui t’avait permis de développer cette curiosité que ta famille te reprochait tant. Tu lui devais la personne que tu étais devenu.

Tu lui souris avec bienveillance. « Appelle-moi Ranrek, s’il te plaît, que tu lui dis. Si je le propose, c’est parce que ça me fait plaisir. Et puis… je t’avoue avoir un petit creux, moi aussi. » Une étincelle de malice traverse ton regard alors que tu recules vers les portes de tes appartements. « Leanor ! interpelles-tu en apercevant la jeune femme traverser les appartements. Je vais chercher à manger aux cuisines ! Trouves une tunique pour mon amie Eden, veux-tu ? » La rouquine acquiesce.

Un dernier signe à la blonde demoiselle et te voilà dans le couloir. Tu marches vers les cuisines d’un pas détendu, croisant au passage les serviteurs qui emmènent de l’eau pour le bain de ton invitée. Et alors que tu réunis fruits, légumes, pain, fromage, eau et vin dans les cuisines, tes pensées bondissent vers ce passé lointain et révolu; celui de tes jours heureux, que tu écoulais dans ta maison d’Inaki avec ton épouse. Tu avais eu de nombreuses conquêtes au fil des années, des aventures d’un soir comme des idylles qui avaient duré quelques semaines avant que tu ne te souviennes que tu avais un devoir envers ta famille et ton peuple, mais jamais tu n’étais véritablement tombé amoureux. En quinze années, plus jamais tu n’avais ressenti quelque chose d’aussi intense et pur que ce que tu ressentais pour Ashara. Tu ne l’avais pas choisie, et elle ne t’avait pas choisi. Vos familles avaient choisi votre destinée à votre place. Mais la vie avait bien fait les choses, parce qu’Ashara et toi, c’était beau… quasiment indescriptible. Tu n’avais jamais laissé ton cœur être tenté par une autre femme. Ton statut ne te permettait pas de choisir la personne à qui tu unirais ta vie. Comme le précédent, ton prochain mariage serait probablement arrangé. Et ton père peinait à trouver un bon parti. Si seulement il regardait toujours…

Tu revins dans tes appartements avec ton repas frugal que tu déposas dans la salle à dîner. Cette pièce, tu ne l’utilisais pas souvent. Ton père tenait à ces repas familiaux dans ses appartements. Et tu n’aimais pas manger seul.

La porte de la chambre est entrebâillée. T u n’oses pas t’y aventurer par peur de trouver la demoiselle dans la baignoire. Après tout, elle a droit à son intimité… mais assis dans le salon, ton regard est accroché par sa blancheur avant qu’elle ne revête la tunique emmenée par Leanor. La pureté de sa peau est obscurcie par les stries vermeilles qui lui parcourent le dos, traces indélébiles d’une violence sans nom. Tu te retiens alors que tout ton être te crie d’entrer pour qu’elle t’explique quel être infâme pouvait lui avoir fait une telle chose. La rage t’arrachant un juron, tu quittes le salon attenant aux chambres pour t’asseoir dans la salle à manger, pensif. Ton regard s’illumine lorsqu’elle émerge enfin de la chambre. « Assieds-toi, je t’en prie, » lui dis-tu. Tu l’observes alors qu’elle détaille la nourriture étalée sur la table. Tu tends la main vers le plat de fruits, attrapant quelques raisins et un morceau de pain. « Tu ne dois pas avoir grandi dans le désert pour ne manger que des fruits et des légumes. Rien ne pousse là où j’ai grandi. On se contente de viande séchée et de pain sec… Ça doit être pour ça que j’aime tellement vivre à Dahud… Bois-tu du vin ? Ou seulement de l’eau ? J’ai emmené les deux… » Tu attrapes la carafe de vin rouge et te sers allègrement. Les cicatrices dans le dos de la jeune femme t’ont secoué. Des milliers de questions te brûlent les lèvres, mais tu n’oses pas les prononcer. La nervosité et toi ne faites pas bon ménage. Tu as tendance à parler sans pouvoir t’arrêter lorsque tu es énervé… « J’ai toujours aimé le vin, que tu déclares en lui souriant. Si j’avais eu mon mot à dire dans le choix de mon métier, je serais devenu viticulteur. J’aurais vécu à Gorka. J’aurais eu un vignoble somptueux près de la forêt fluorescente, avec ma femme et mes enfants… » Le reste de ta phrase meurt dans ta gorge. Encore ta femme… Pourquoi était-elle aussi présente dans ton esprit aujourd’hui ? Tu n’aurais su le dire… « Tu as déjà visité cette région, Eden ? » Tu pose ton regard sombre sur le sien, clair comme le jour.

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Mer 1 Mar - 11:51

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Il m'était difficile de me sentir à ma place dans un endroit comme celui-ci. La grandeur, le confort, le rang de mon hôte et la gentillesse dont il faisait preuve alors que je portais une aversion sans pareil envers son peuple ? Je ne me sentais pas digne de recevoir tant d'attention... c'était nouveau pour moi. Passer d'abris de fortune en pleine jungle aux appartements d'un représentant du Feu, ce n'était pas rien. « Appelle-moi Ranrek, s’il te plaît. » Me déclara mon bienfaiteur. « Si je le propose, c’est parce que ça me fait plaisir. Et puis… je t’avoue avoir un petit creux, moi aussi. » Mes traits parviennent à s'adoucir face à cette remarque. Il avait l'air de savoir comment mettre quelqu'un en confiance. « Leanor ! » Scanda-t-il à deux pas de là pour arrêter la servante. « Je vais chercher à manger aux cuisines ! Trouves une tunique pour mon amie Eden, veux-tu ? » Ajouta-t-il à ses tâches. Acquiesçant, elle poursuivit son travail alors que Ranrek nous quittait. Je m'autorisai à suivre Leanor jusqu'au baquet qu'elle remplissait. « Mettez-vous à l'aise, je vous apporte une tunique au plus vite. » La servante quittait la pièce lorsque je l'intimai d'un remerciement. Elle m'adressa un sourire attendrit. Ce n'était pas le genre de domestique à être malmenée et rabaissée, en tout cas, pas dans ces appartements. Au-delà de l'aspect rassurant que cela donnait à mon futur proche, j'en étais réconfortée. À présent seule dans la pièce, je retirai mes frusques. Sans m'arrêter une seule seconde sur mon corps meurtri, j'immergeai un pied dans l'eau tiède, puis l'autre avant de totalement m'enfouir dans le baquet. Un soupir de soulagement. Cela faisait un bien fou. J'ai toujours aimé l'eau. C'est la source de toute vie. Quelle soit animale ou végétale. Sans l'eau, nous ne sommes rien. J'immergeai mes oreilles pour n'entendre plus qu'en étouffé les bruits extérieurs. Comme c'était reposant...

Des sons, bien que sourds, parvinrent à me faire revenir à la réalité avant que je m'assoupisse dans ce bain. Ranrek devait être revenu. Je m'empressai de saisir le savon et entrepris de me laver. J'en avais bien besoin... Les conditions dans lesquelles le vendeur d'esclaves nous gardait n'étaient pas des plus hygiéniques. Lorsque je lavai mes cheveux, j'avais l'impression de les voir changer de couleur ! Une fois mes ablutions terminées, je me décidai à quitter le baquet pour me sécher, essorant une dernière fois mes longues mèches blondes. Leanor avait dû déposer la robe pendant que je fermai les yeux sous l'eau, je ne l'avais étrangement pas entendue elle, ni vue du coup. Je posai la serviette pour prendre la tunique apportée. Le vêtement paraissait simple, un blanc crème sans fioritures. Je l'enfilai et me tournai vers le miroir qui était disposé dans la pièce. La longueur était bien, j'appréciais plus que tout les manches longues. Mais elle m'allait un peu trop large... Je pris un instant pour m'observer. Mon teint pâle paraissait maladif, ma maigreur tirait mes traits et mon regard semblait vidé de toute vie. Cette vision me déplaisait... ce n'était pas moi. Non. J'inspirai profondément, me rendant dans la salle de repas où attendait Ranrek. Je ne souhaitais pas le faire attendre plus longtemps. « Assieds-toi, je t’en prie, » Prononce-t-il à mon arrivée. Je suivis ses instructions sans un mot. Installée, je ne pouvais m'empêcher de m'émerveiller devant tout ces mets. Même si plus jeune je n'ai jamais manqué de rien, l'opulence n'était pas commune. Par contre, après ma cérémonie, tout devint si rare que ce repas allait avoir une allure de festin. Après qu'il se soit servi, je pris ce qui se trouvait le plus près de moi, des tomates dont la rougeur se faisait écarlate. « Tu ne dois pas avoir grandi dans le désert pour ne manger que des fruits et des légumes. Rien ne pousse là où j’ai grandi. On se contente de viande séchée et de pain sec… Ça doit être pour ça que j’aime tellement vivre à Dahud… Bois-tu du vin ? Ou seulement de l’eau ? J’ai emmené les deux… » Je cessai de manger à l'écoute de sa remarque, repensant à mon bref séjour à Sezni où, effectivement, les denrées étaient l'opposées de mon régime alimentaire habituel. Je ne jugeai pas intéressant d'en faire part à Ranrek. « De l'eau, ça ira, merci. » Cela me faisait une sensation étrange : discuter autour d'un repas. Je restai rêveuse quelques courts instants.

Les années passées entre isolation et maltraitance ne m'ont pas rendues plus loquace qu'auparavant. Je n'ai jamais été très bavarde, ma sœur étant celle ayant hérité de la verbe. Sa voix me manque. Tout comme sa présence de manière générale. Elle m'aurait protégée. Elle m'aurait guidée. Jamais elle n'aurait permis ce qui m'est arrivé. Mon aînesse aurait été prête à défier les dieux en personne pour me protéger, je n'en doutais pas une seule seconde. Pourtant, je ne lui en demandais pas tant. Je détestais ma vulnérabilité, cette faiblesse. Rêvant de pouvoir un jour me défendre seule contre tous. Un souhait qui, je sais, ne saurait se réaliser. J'étais petite, fine, non-violente et trop gentille. Une incapable de qui on profiterait ou que l'on chercherait à couver comme une enfant qui ne sait grandir. Je me sentais idiote assise à cette table. Toujours pas à ma place. Peut-être qu'il fallait simplement du temps avant que je ne m'acclimate à tout cela... Le regard curieux et pourtant silencieux de Ranrek ne m'empêche toutefois pas de me restaurer. La faim me tiraillait depuis tellement longtemps que j'en avais oublié cette sensation de manque que je comblais doucement, ne voulant pas me rendre malade non plus. « J’ai toujours aimé le vin. Si j’avais eu mon mot à dire dans le choix de mon métier, je serais devenu viticulteur. J’aurais vécu à Gorka. J’aurais eu un vignoble somptueux près de la forêt fluorescente, avec ma femme et mes enfants… » Écoutant attentivement la conversation que se faisait l'hôte de ces lieux, je ne pus m'empêcher de frémir à l'évocation de ma région natale. La forêt fluorescente... J'ignorais s'il en parlait pour m'inviter à en discuter ou si c'était un simple partage de ses pensées. Viticulteur à Gorka... Il n'était pas né dans la bonne famille si tel était son espérance. Mais je comprenais son aspiration. Le calme de Gorka, sa plénitude, un paradis sur Oranda. Loin des grandes gens, de la politique, des guerres, les campagnes de la région de la Terre étaient des trésors. S'il souhaitait prendre une retraite avec sa famille, c'était effectivement le meilleur des choix.

Affichant une air mélancolique à la mémoire de mon enfance passée dans la forêt fluorescente, je mis du temps avant d'assimiler la question que Ranrek me posait. « Tu as déjà visité cette région, Eden ? » Ma bouche s'ouvrit, mais les mots eurent du mal à en sortir... « ... Oui. À vrai dire, j'y ai grandi... Un petit village dans la forêt fluorescente au Nord-Est de Bleuzenn. » Ma voix avait un grain de tristesse à l'évocation de ma terre natale. Je ne pensais pas avoir envie d'en parler. Je n'avais pas tellement envie de parler tout court à vrai dire... Mais je ne voulais pas paraître apathique devant sa générosité. S'il m'invitait ainsi à partager un toit, un repas, la moindre des politesses devait être de converser. « Votre femme et vos enfants ne vivent pas au palais ? » L'interrogeai-je, constatant que nous étions seuls et que les appartements de paraissaient pas habités par de quelconques enfants. Le soucis avec les questions personnelles, c'est que tant qu'on ne connaît pas une personne, on ne peut pas vraiment savoir les sujets abordables ou non avec elle. Avec la famille, je pensais avoir fait un bon compromis. Mêmes i pour ma part, c'était un sujet sensible - qu'est-ce qui ne l'était pas en même temps ? - pour le commun des mortels, c'était plutôt une source de fierté, d'accomplissement. Étrangement, malgré l'attachement que je ressentais pour mes parents et ma défunte sœur, je ne m'imaginais pas femme et mère. Peut-être étais-je encore trop jeune... Même si à mon âge, les jeunes filles étaient généralement fiancées ou tout du moins promises. Je rêvais plutôt de liberté, ne pas avoir à dépendre de quelqu'un, pouvoir faire mes choix sans laisser un mari ou des enfants contrôler mes envies. De plus, les responsabilités n'étaient pas ma tasse de thé.

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Dernière édition par Eden'El Lumnar le Lun 13 Mar - 20:20, édité 2 fois
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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Ven 3 Mar - 5:17

Tu souris à l’évocation de ce village. Tu aurais aimé qu’elle t’en dise plus. C’était une des choses que tu appréciais le plus lorsque tu côtoyais des gens venant d’horizons différents. Tu aimais fermer les yeux lorsqu’ils te décrivaient les paysages, les odeurs et les sensations. Bien que tu demeurât convaincu qu’il était impossible de changer le monde, d’ouvrir les frontières pour que les éléments puissent se côtoyer, tu aimais les images que tu parvenais ainsi à créer dans ta tête. Même Lucrezia qui se voulait un terrain neutre, une terre de paix et de tolérance, possédait des quartiers bien définis. Il était rare de voir un Eau s’établir dans le quartier sud de la cité reine, ou même de voir un Feu faire les boutiques dans l’Est de la ville. Tu avais donc depuis longtemps abandonné cette utopie que tu voyais en rêve. Ce monde idyllique où tous n’étaient qu’humains, où tous s’acceptaient tels qu’ils étaient et où les éléments s’entraidaient plutôt que de s'entre-déchirer. D’aussi loin que tu te souviennes, la forêt fluorescente avait toujours fait partie de ces rêves éveillés que tu te créais. Un tableau illustrant les lumières surnaturelles qui éclairaient la forêt qui portait si bien son nom était suspendu dans ta chambre à coucher. Gorka était probablement le plus beau territoire du monde. Et ses frontières t’étaient fermées…

Elle interrompt le cours de tes pensées de sa voix cristalline. Sa question agit sur toi comme un poignard en plein cœur… Ta femme et tes enfants habitaient-ils au palais ? Non. Tes enfants n’avaient jamais été. Ils n’avaient pas eu cette chance. Tu attrapes ton verre de vin que tu vides d’un trait. Tu frottes ton crâne rasé de ta main, choisissant les mots que tu t’apprêtes à prononcer avec soin. « Mon épouse et moi, nous avons été unis par obligation. J’avais 18 ans lorsque mon père a pris la décision à ma place… »

La frustration que tu avais ressenti ce jour-là, lorsque ton père t’avait annoncé qu’il unissait ta vie à cette fille de Dahud… c’était difficile à décrire. Un bon parti, qu’ils l’avaient qualifiée. Bien sûr que le reste ne les intéressait pas. Et si cette Ashara était un laideron ? Et si elle était une personne abjecte et détestable ? Qu’est-ce qui se produirait si vous vous détestiez ? Vous seriez forcément obligés de vivre ensemble. Comme Kara et Khorde. Unis par un mariage arrangé, forcés de se côtoyer tous les jours alors qu’ils avaient si peu de points communes. Kara détestait ton frère. Ou plutôt, elle s’efforçait de croire qu’elle l’aimait, qu’il l’aimait, alors que ton frère n’aimait que lui-même.

Votre rencontre avait tout changé. Et ce n’était pas seulement le beau visage de la demoiselle qui avait fait tomber tes appréhensions, mais la gentillesse et la pureté qu’elle dégageait. Toi qui avait craint que le fait qu’elle ait grandi dans l’univers politique de la cité reine ne l’ait gangrenée, tu avais constaté tout le contraire au fil de vos conversations. Ashara était éduquée. Elle n’hésitait pas à faire valoir ses idées, ses valeurs et ses convictions. C’était beau à voir.

Le jour de votre mariage avait été le plus beau de toute ta vie. Dans le temple de Malaggar, elle s’était approchée lentement de l’autel, au bras de son père dans cette magnifique robe crème qui mettait son teint café-au-lait en valeur. Elle avait plongé ses iris clairs dans les tiens, et alors qu’elle souriait de toutes ses dents perlées, tu étais convaincu d’avoir trouvé l’âme sœur…


« Pendant deux années, nous avons été très heureux. J’avançais passablement bien dans l’univers politique de ma région. On vivait près du palais où je travaillais pour le roi de l’époque. Et mon Ashara était enceinte… »

Allongé près d’elle dans les couvertures légères, tu observes son visage endormi. Ses paupières ourlées de cils très sombres frémissent. Elle semble si paisible. Sa robe de nuit saumon dissimule à peine ses formes qui se sont arrondies. Sourire aux lèvres, tu effleures son ventre légèrement rebondi. Ton bonheur ne semble plus se tarir depuis que tu as appris qu’elle portait ton enfant en son sein. Après près de deux années de mariage, tu commençais à te demander si les dieux vous feraient un jour cadeau d’une progéniture.

Elle remue doucement en gémissant. De contentement ou d’irritation amusée, tu ne saurais dire… « Fripouille… tu me réveilles avec tes petits doigts qui dérangent le bébé, » qu’elle murmure d’une voix endormie. « Ce sera quoi à ton avis ? Un garçon ? Ou une fille ? » Elle soupire et pose ses grands yeux pâles sur toi. « Ça change quelque chose ? Je te croyais au-dessus du sexisme de tes frères, » qu’elle murmure en t’offrant une moue amusée. Tu émets un sifflement insulté. « Cesse de te payer ma tête, Ashara Ergorn… » Elle roule sur le dos et observe le renflement de son ventre, promenant ses doigts comme de petits pieds qui trottinent sur son estomac. D’une voix calme, elle déclare : « Si c’est un garçon, on l’appellera Aymerik. Si c’est une fille… » Tu l’interromps en riant : « On l’appellera Ayzebel, comme ta mère ! » Te redressant sur tes coudes, tu poses tes lèvres sur les siennes dans une étreinte passionnée…


Tu ne saurais jamais ce que c’était. « Puis les choses ont changé… » murmures-tu pensivement. Tu prends délicatement sa main à la peau claire comme la lune entre tes doigts sombres et pose l’index juste au-dessus de la vilaine cicatrice vermeille qui l’abîme. « C’est apparu juste là. C’était de toute beauté. » que tu déclares. Un rire sarcastique jaillit de ta gorge. Tu lâches son bras et t’adosses à ton fauteuil capitonné. « Je ne sais même pas pourquoi je t’en parle. Je n’en ai jamais parlé à personne… » Tu remets tes coudes sur la table et effleure de nouveau la peau de son avant bras avant de poursuivre : « C’est apparu juste là, au-dessus de sa marque Feu. C’était magnifique… Elle a développé un deuxième élément. Je n’ai jamais compris ce qui est arrivé, Eden… est-ce que c’était à cause de notre enfant qui grandissait en elle ? Je ne sais pas… Je ne l’ai jamais su. L’air était en mon épouse. Et son don Feu était hors de contrôle. Elle avait les nerfs à fleur de peau. Je ne l’avais jamais vue comme ça… »

Comme ce jour où elle avait mis le feu aux rideaux de votre chambre à coucher. Tu l’avais trouvée en larmes, recroquevillée dans un coin de la salle de bain alors qu’elle se berçait convulsivement. Incapable d’expliquer quoi que ce soit sinon que le feu avait jailli de ses mains et qu’elle n’avait pas été capable de maîtriser le flux. Jamais Asha n’avait créé de flammes auparavant. Elle avait toujours craint ce genre de catastrophes. Un domestique avait attrapé les rideaux qu’il avait jeté dans la baignoire. Accroupi devant elle, tu avais délicatement pris ses mains entre les tiennes pour constater de violentes brûlures sur ses paumes. « J’adorais ces rideaux, Elias, pleura-t-elle en levant ses yeux humides sur ton expression déconfite. Je suis tellement fatiguée… » La serrant dans tes bras, tu l’avais rassurée d’une voix douce : « C’est pas grave, mon soleil… On choisira d’autres rideaux. Viens t’allonger, ça te fera tu bien. » Malgré les bons soins d’un guérisseur, les cloques avaient mis plusieurs semaines avant de disparaître.

Bien que tu possédât toujours cette maison, cette chambre était toujours dépourvue de rideaux. Vous n’aviez jamais eu l’occasion d’en choisir de nouveaux avant qu’elle ne te quitte subitement. Il t’arrivait de t’allonger dans le lit lors de tes visites à Inaki en repensant à ce jour.

« Et puis un jour, un de mes serviteurs est venu me quérir alors que je revenais du palais. Tu te rappelles les pas pressés de l’homme qui accourait à tes devants dans les rues d’Inaki. Quand je suis arrivé chez moi… il était trop tard. Ashara avait mis fin à sa vie. Le bébé n’était pas assez développé. Il n’a pas survécu non plus. » Tu prends une courte pause, te remémorant le regard vide de ton épouse, tes cris de désespoir mourant dans ta gorge alors que les larmes coulaient sur tes joues. « Si je n’avais pas été un Ergorn, je vivrais avec ma femme et mes enfants à Gorka. Parce que si je n’avais pas été un Ergorn, ma femme n’aurait pas eu si peur de sa différence. Mais les choses sont ce qu’elles sont, n’est-ce pas ? Alors nous voici ! Au paradis sur terre dans le palais des représentants dans la cité reine d’Oranda… et même après quinze ans, je n’ai toujours pas réussi à combler ce vide. »

Tu saisis la carafe de vin et en verses de nouveau dans la coupe de cristal posée devant toi. Après avoir avalé une petite gorgée, tu avoues : « Ça me fait mal. Parce que même si j’aimerais dire que je me souviens d’elle comme si c’était hier, je sais que c’est faux. J’arrive plus à me rappeler clairement son visage… Plus le temps passe, plus c’est flou. C’est comme si j’arrivais seulement à saisir des lambeaux de souvenirs, mais qu’ils disparaissaient en fumée dès que je les effleure… Parfois, je ferme les yeux et je revois comme ses cheveux étaient sombres, noirs comme le firmament un nuit d’hiver. Je me souviens comme ils étaient doux lorsque ses boucles glissaient entre mes doigts. Comme ils sentaient bon lorsqu’elle sortait des bains… Sa peau était matte, parfaite, satinée, odorante… je me rappelle qu’elle avait ce grain de beauté dans son dos, juste au-dessus de la fesse gauche Et elle avait ce regard, Eden… vert et aussi clair que l’eau d’un ruisseau qui coule dans les montagnes.

Parfois, j’essaie d’imaginer nos enfants. Est-ce qu’ils auraient eu ses yeux ? Est-ce qu’ils auraient eu mes cheveux crépus ? Ou ils auraient plutôt eu les cheveux lisses d’Asha ? Comment est-ce qu’on les aurait appelés ? Mon premier né passerait sa cérémonie cette année… est-ce qu’il aurait été habité par le Feu, comme son père et sa mère ? Ou peut-être qu’il aurait été Air… ou Exempt, qui sait ?
» Tu attrapes une pomme et prends une bouchée du fruit. « Je les aurais aimés, ces enfants-là. Pas comme mon père et mes frères… Je les aurais aimés sans conditions. Même mes filles… »

Tu t’interromps brusquement et plonge ton regard dans celui de la jeune femme blonde. Ses yeux sont clairs comme une rivière. Malgré les sévices qu’elle semble avoir endurés, son visage porte toujours cette innocence propre aux jeunes personnes. Pourtant, tu sens dans le fond de son regard, une tristesse et une douleur qui ne transparaissent pas dans le reste de sa physionomie. « Je peux te poser une question, Eden’El ? Tu n’attends pas vraiment de réponse. Si elle désire te répondre, elle le fera. Sinon, elle te le dira. Le marchand dit que tu as vécu dans la nature longtemps par toi-même.. Tu n’as pas passé la cérémonie ? J’ai l’impression que cette cicatrice cache quelque chose. » Tu prends une autre bouchée du fruit rouge que tu as en main. Les marques que la jeune femme portait au dos son marquées dans ton esprit. Tu ne peux t’empêcher de lui demander brusquement : « Comment peux-tu me faire confiance ? J’ai vu les marques dans ton dos. Je sais que ce n’est pas l’œuvre d’un fouet. Ni de quelqu’autre objet qui me vienne à l’esprit... Ce n’est pas non plus une blessure que tu peux t’être infligée lors d’un accident. Et n’essaies pas de me berner. Je connais les excuses des femmes maltraitées, je les ai toutes entendues. Cette cicatrice, ça n’est pas la marque d’un fer ou d’un objet sur la peau… C’est une flamme. Une brûlure lente et douloureuse… On t’a fait du mal ? »

La question était finalement sortie. La demoiselle ne semblait pas volubile. Dans le pire des cas, elle se refermerait comme une huître et s’enfuirait dès que la nuit serait tombée…

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Fire and smoke
Our flames will devour everything
Until there is nothing left...

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Ven 3 Mar - 14:01

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Le repas, bien que frugal, me repaissait plus que je ne m'y attendais. Dans un silence religieux, les yeux oscillant entre mon assiette et les yeux de Ranrek, je l'écoutais parler. Sa voix grave avait une propriété rassurante, une intonation calme et apaisante. J'aimais l'entendre. Ma question semble pourtant gêner mon bienfaiteur. Je priais pour que ce ne soit pas un sujet douloureux pour l'homme qui m'avait apporté plus d'aide en ces quelques heures que n'importe qui d'autre dans ce monde depuis que j'avais fuis la cérémonie. « Mon épouse et moi, nous avons été unis par obligation. J’avais 18 ans lorsque mon père a pris la décision à ma place… » Les mariages politiques étaient le lot courant dans ce genre de familles prestigieuses. Bien que je me sentais incapable d'être liée à quelqu'un de force, je comprenais ce procédé. Mais une pensée me traversa l'esprit... Bien des Feux étaient impitoyables, surtout sans cœur avec les femmes... Les pauvres... Je me refusai d'imaginer les peines qu'elles devaient endurer. Ça n'était rien face à ce à quoi j'avais pu être confrontée car j'avais toujours su m'évader, fuir l'austérité et la violence. Ces femmes-là, elle étaient mariées à ces tyrans. Alors à moins de quitter la région et se faire cacher par quelqu'un, jamais elles ne pourraient fuir réellement. Et leurs enfants... Ne serait-ce que pour leur sécurité, elles ne devaient finalement même pas penser à l'hypothèse de fuir sans eux. Les humains on cela en commun avec les animaux que les mères sont prêtes à tout pour protéger leur progéniture. Je trouve cela beau, cette abnégation, cette dévotion pour une vie si fragile et sans défense d'un enfant.

Le cœur déjà noué à ces pensées, je continuais d'écouter avec attention Ranrek. « Pendant deux années, nous avons été très heureux. J’avançais passablement bien dans l’univers politique de ma région. On vivait près du palais où je travaillais pour le roi de l’époque. Et mon Ashara était enceinte… » J'esquissai l'ombre d'un sourire partiel au coin de mes lèvres. Mêlé de politesse et de joie à l'idée que son mariage se pass...ait bien. Pourquoi parler au passé ? Sentant le drame arriver, je laissai mes main reposer sur la table, cessant de manger le temps de son laïus. « Puis les choses ont changé… » Ma respiration s'allongea, soupirant à l'idée que la situation ne se soit désagrégée trop brutalement. Je sens sa main toucher la mienne, une faible convulsion, comme un réflexe face à un danger. Le contact n'était pas mon fort... Mais je le laissai faire. Ranrek était absorbé par ses pensées, sûrement ses souvenirs. Il n'était pas vraiment ici, avec moi. Ma peau claire contrastait avec sa main foncée. Un frisson mélangeant appréhension et douceur. Sa main paraissait être la terre, rassurante et maternelle, qui venait secourir mon âme en peine. Or c'était la sienne qui paraissait l'être, pour l'heure. Je ne prononçai pas un mot, ne sachant que dire et ne souhaitant le couper. Son doigt vint se poser sur cette cicatrice qui m'avait tant fait défaut. Je le regarde, comme surveillant le moindre de ses mouvements. Bercée de crainte et de courage, je ne retirai pas mon bras. Pourtant, j'en avais envie. Pas tellement par pudeur, plus par embarras. Je n'aimais pas les souvenirs qu'elle me rapportait. Mais elle gravait finalement mon passé sur ma peau. Jusqu'à la fin de mes jours je me souviendrai de lui qui, après toutes ces années, ne devait même plus savoir que j'avais existé.

Pointant de son index le dessus de l'endroit où aurait dû se situer ma marque, il déclara : « c’est apparu juste là. C’était de toute beauté. » Mes sourcils se froncèrent. Je ne compris pas de suite. Qu'est-ce qui était apparu ? Son éclat de rire sans joie consentait à mon intrigue. « Je ne sais même pas pourquoi je t’en parle. Je n’en ai jamais parlé à personne… » Il avait beau avoir lâché mon bras, je ne le bougeai pas d'un millimètre, désireuse de connaître la suite de l'histoire. Qu'est-ce qui était apparu ? Ma curiosité piquée, il ne pouvait pas simplement s'arrêter là... Figée, j'attendis quelques secondes où il se redressa sur son siège avant de reprendre. « C’est apparu juste là, au-dessus de sa marque Feu. C’était magnifique… Elle a développé un deuxième élément. Je n’ai jamais compris ce qui est arrivé, Eden… est-ce que c’était à cause de notre enfant qui grandissait en elle ? Je ne sais pas… Je ne l’ai jamais su. L’air était en mon épouse. Et son don Feu était hors de contrôle. Elle avait les nerfs à fleur de peau. Je ne l’avais jamais vue comme ça… » Mes traits crispé d'incompréhension se changèrent en l'expression d'une stupeur indescriptible. Un deuxième don ? Jamais je n'avais entendu parler d'une telle chose... C'était improbable ! Mais peu à peu, le tableau commençait à se dessiner et je pensais comprendre ce qui avait dû lui arriver lorsqu'il annonça que son Feu était hors de contrôle. Le Feu. Élément brûlant, violent, destructeur. On ne peut le contrôler vraiment. On peut s'en jouer, les plus puissants peuvent même en créer. Mais le mal qu'il fait, les ravages de son passage, personne ne peut vraiment les contenir. Le Feu était ce qui allait nous consumer, tous. Ashara. Lui. Cette ville. Ce monde.

Par naïveté ou par un élément docile de magnanimité, je me surpris à regretter d'avoir ce genre de pensées à l'intérieur même du palais porte-parole de cet élément. Avoir ces pensées alors que c'était un maître du Feu qui me recueillait, qui me faisait partager le confort de ses appartements. Qui m'offrait l'eau, le pain, l'habit et le toit. Mon air étonné disparu pour laisser place à un visage triste, appréhendant la suite de son histoire. « Et puis un jour, un de mes serviteurs est venu me quérir alors que je revenais du palais. Quand je suis arrivé chez moi… il était trop tard. Ashara avait mis fin à sa vie. Le bébé n’était pas assez développé. Il n’a pas survécu non plus. » Comme une gifle en plein visage, je portai ma main sans cicatrice à la bouche, réprimant l'épouvante qui se lisait dans mes yeux qui s'humidifiaient par empathie à ce que Ranrek a pu ressentir devant cette vision effarante de la femme qu'il aimait et de son enfant, tout deux morts. Bien que je n'ai jamais connu l'amour, que je n'ai jamais enfanté, il ne m'était pas impossible de me mettre à sa place. J'ai vu l'accablement que la nouvelle de la mort de ma sœur avait provoqué chez mes parents. Et encore, nous n'avions pas assisté à cela, nous n'avions même pas vu son corps. Alors imaginer perdre un enfant qui avait toute une vie à promettre, un enfant sans encore de nom, de visage connu, mort par le choix d'une future mère dépassée par son pouvoir, ses craintes. La douleur qui saignait le cœur de Ranrek devait être insoutenable.

Mes doigts se recroquevillèrent contre son bras proche de ma cicatrice. Je ne devais être à ses yeux - comme à ceux des autres - qu'une enfant, il pouvait juger que je n'avais pas assez de vécu ni de maturité pour comprendre à quel point ça devait être atroce. Mais cela m'était égal. Les desseins des dieux m'échappaient depuis la mort de ma sœur où tout semblait aller de mal en pire. Fut un temps où j'étais une fille optimiste et pleine d'espoir. Mais plus les jours passaient et plus je me rendais compte de l'ineptie qu'était d'espérer vivre une vie paisible et heureuse. Tôt ou tard, le sort venait toujours par nous rattraper. Certains plus rapidement que d'autres. Plus violemment que d'autres. Cela me mettait en colère. Voir autant de peine, autant de souffrances. J'en venais parfois à blasphémer en silence envers ces dieux qui laissaient les êtres humains se montrer aussi cruels envers leurs frères, qui laissaient les âmes en peine comme Ashara en finir. Ce n'était pas sa faute à elle, qu'avait-elle fait pour mériter un aussi funeste destin ? « Si je n’avais pas été un Ergorn, je vivrais avec ma femme et mes enfants à Gorka. Parce que si je n’avais pas été un Ergorn, ma femme n’aurait pas eu si peur de sa différence. Mais les choses sont ce qu’elles sont, n’est-ce pas ? Alors nous voici ! Au paradis sur terre dans le palais des représentants dans la cité reine d’Oranda… et même après quinze ans, je n’ai toujours pas réussi à combler ce vide. » Lui aussi semblait abhorrer certaines mœurs de son peuple. Cela pourrait me rassurer, mais pas vraiment en fin de compte... Car même si directement, cela attestait de ses bonnes intentions à mon égards, cela ne changeait pas la donne : Alors nous voici ! Au paradis sur terre dans le palais des représentants dans la cité reine d’Oranda… Tant qu'il y aurait les autres, les choses restaient les mêmes. Les craintes étaient toujours actuelles. Rien n'avait changé. Je me rendais cependant compte de la chance qui m'avait été donnée de le rencontrer, lui.

Ne perdant pas espoir à découvrir qu'il n'était pas le seul Feu a être aussi humain, il me permit de donner un nouveau sursit à ce peuple qui était pour moi le dénominateur commun à toutes les catastrophes et autres affres de la vie. Je l'observai remplir son verre de vin. Je me sentais bête de ne rien avoir à dire, aucune parole ne pouvait, selon moi, être rassurante face une telle tragédie. Ce serait même insultant, pensai-je. L'entendre évoquer ce sentiment qu'il avait de la perdre de vue chaque jour qui avant. Le temps a ce pouvoir de faire se dissiper les souvenirs. Parfois, cela panse les blessures. Parfois, cela creuse les peines. J'aimais à croire qu'un jour le temps passerait son voile d'ombre sur ce qui m'était arrivé. Mais pour le moment, malgré ces quatre années passées, tout me paraissait encore dater d'hier. Je ne devrais pas penser ainsi. Car si le souvenir de ces temps obscurs passait, alors je perdrais aussi le souvenir de ma sœur. Son visage... cela remontait à sept ans, mais je le voyais encore. Nous nous ressemblions physiquement, ce qui aidait à me souvenir. Peut-être que s'il avait au moins eu la chance d'avoir l'enfant, Ranrek aurait pu maintenir plus longtemps le souvenir de sa tendre aimée... Je fermai les yeux lorsqu'il me la décrivait. Ce devait être une femme magnifique... Il la décrivait avec tant de passion, tant d'émotion, qu'il me semblait la voir telle qu'elle était vraiment. Telle qu'il s'en souvenait. Je revins à lui lorsqu'il évoqua l'imagination de ses enfants. Ils auraient été magnifiques. Si Ashara était telle qu'il la décrivait, que les enfants partagent les traits de l'un ou de l'autre, un mélange subtil d'ombres et de couleurs, il ne fait aucun doute qu'ils auraient été ravissants.

Malgré son silence brusque, je gardai les yeux rivés vers les siens. Captant ainsi la moindre étincelle, la moindre émotion. Ranrek avait beau porter toute cette peine sur lui, il paraissait aussi fort qu'un roc. L'érosion était produite par le temps, non par l'eau, mais il restait là, prêt à aider, bravant le courant de la Morale demandée par son peuple. Comment faisait-il pour supporter tout cela ? Cette force mentale qu'il semblait avoir, d'où venait-elle ? Du souvenir qu'un jour il ait aimé ? Sa famille ne devait pas être d'un grand soutien. Son travail devait être ennuyant ou alors trop angoissant, il n'avait pas l'œil d'un simple dilettante. La force était-elle innée chez certaines personnes ? J'espérais croire que non. Car j'aspirais à pouvoir surmonter mon passé et les épreuves avenir. Si la force ne s'obtenait que par naissance, alors ce serait sans espoir pour moi. « Je peux te poser une question, Eden’El ? » Son ton auparavant rassurant m'intimida soudainement. Redoutant quelle pouvait être sa question. Toutefois, j'étais comme prise au piège : comment rester fermée face à tant d'ouverture de sa part ? Coincée dans cette impasse, j'acquiesçai d'un hochement de tête, peu confiante face à ce qu'il pourrait me demander. « Le marchand dit que tu as vécu dans la nature longtemps par toi-même... Tu n’as pas passé la cérémonie ? J’ai l’impression que cette cicatrice cache quelque chose. » Mon corps tout entier se raidit. Cela faisait plus d'une question. Mais jouer sur les mots n'allait pas me sortir de là. Je détournai son regard et passai une main dans mes cheveux encore humides.

L'embarras était plus que perceptible. J'aimerai tant ne jamais avoir à répondre à cette question... J'avais beau avoir été inscrite à la cérémonie, je n'avais reçu aucune validation, rien qui pouvait attester qu'effectivement, j'étais allé au bout. Je n'étais pas allé au bout. Connaissant les règles, je savais que ceci était un motif pour me renier et me réduire à l'état d'esclave. Mais ce n'est plus une chose que je craignais vu que dans tous les cas, sans marque apparente, c'est ce qui m'attendait. À cela je pouvais répondre sans risque. Mais aucun mot ne sortait. Ma jambe tremblait et sous cette pression que je m'infligeais, mon rythme cardiaque s'accélérait alors que je m'efforçai de garder une respiration constante, stable. Cela ne bernait que moi... Mon angoisse était presque palpable. « Comment peux-tu me faire confiance ? J’ai vu les marques dans ton dos. » Mon regard se riva dans le sien comme si mes yeux pouvaient le foudroyer. Je lui en voulais de m'avoir ainsi regardée, mais pas d'une rancœur concrète. C'était plutôt une excuse pour justifier la peur qui me tiraillait. « Je sais que ce n’est pas l’œuvre d’un fouet. Ni de quelqu'autre objet qui me vienne à l’esprit... Ce n’est pas non plus une blessure que tu peux t’être infligée lors d’un accident. Et n’essaies pas de me berner. Je connais les excuses des femmes maltraitées, je les ai toutes entendues. Cette cicatrice, ça n’est pas la marque d’un fer ou d’un objet sur la peau… C’est une flamme. Une brûlure lente et douloureuse… On t’a fait du mal ? » Au fur et à mesure de ses paroles, mon visage se décomposait. Peu à peu, mes yeux se gonflaient de larmes que je ne voulais laisser tomber.

Ne supportant pas cette oppression qui m'enveloppait petit à petit, je me levai d'un élan brusque. Ma respiration était haletante. Je sentais comme un poids sur ma poitrine m'empêchant de respirer correctement. « Vous... » Mon ton était sec mais plein de détresse, si bien qu'il m'était impossible de trouver les mots pour signifier une quelconque indignation de ma part. Et quand bien même... Il n'avait rien demandé. Je m'étais offerte à lui. Au risque qu'il me maltraite. Me regarder était dans ses droits. Je n'avais pas à lui en vouloir. Mes paupières se fermèrent, laissant perler deux larmes cristallines qui vinrent s'échouer sur la tunique dont j'étais vêtue. Les poings serrés, je luttais pour reprendre mon calme. Je n'étais pas prête à exploser en sanglots, ce n'étaient que mes nerfs effleurés qui entremêlaient la colère, la haine et le souvenir des souffrances subites qui, après l'empathie ressentie à l'écoute de son histoire, m'empêchaient de me dominer. Quelques secondes passèrent et je finis par rouvrir les yeux et m'asseoir. Je ne regardais pas Ranrek en face, comme me sentant salie et bafouée par ce que j'avais vécu. « Je n'ai pas terminé ma cérémonie. Le feu avait emporté ma sœur deux ans auparavant. Tout ça pour tenter de déclencher un don, on l'a confrontée aux flammes. Mais un accident s'est produit. Les enfants de pauvres famille ne sont pas les plus surveillés lors des tests... » Une profonde peine se ressentant entre les syllabes sonnant comme des sanglots. [« Je n'ai pas eu le courage de traverser le feu. » Fuir la cérémonie n'avait pas été la meilleure décision de ma vie. Mais mon courage s'était dérobé et la peur m'avait submergée...

Ma voix frêle peinait à se faire entendre, mais je persistai, reprenant peu à peu mon souffle. « C'est un maître du Feu qui m'a trouvée. Loin de ce que vous pouvez imaginer. Je n'étais pas une épouse battue. Je ne suis personne ici, ni même à Gorka. Il n'eut pas de mal à faire de moi son esclave. Sous les flammes, maintenue dans la peur et la douleur dès lors que je tentais de me défendre. » Me contentai-je d'expliquer, les poings serrés. Une esclave. Pas une Exempte. Mes mots étaient choisis. Je n'allais pas affirmer mon élément face à Ranrek. Même si je pensais qu'il était capable de me croire, je ne souhaitais pas tenter de perdre toute crédibilité face à lui. « Je suis parvenue à me dérober à son attention lors d'un voyage vers Inaki. » Mes inspirations étaient longues, mais cela me permettait de rester placide. Il me coûtait de parler de tout cela, ayant du mal à me détacher des sentiments, des émotions que j'avais ressentis durant cette période douloureuse de ma vie. Je ne doutais pas que j'en vivrai d'autres. « Tu es encore jeune, profite de ces années. La vie n'est pas rose, tu verras quand tu seras plus grande les épreuves qui t'attendent. Ce que tu vis là, ce n'est rien en comparaison de ce qui pourra t'arriver quand tu auras mon âge », endentai-je en écho dans mon esprit. Les paroles d'une habitante du village chez qui nous passions du temps. Elle était veuve, esseulée, ce qui la rendait aigre et médisante. Mais nous devions nous occuper d'elle. Lorsque ma sœur ou moi étions contrariées ou que nos mines étaient habitées de sombres émotions, elle nous estourbissait les oreilles avec ses leçons sur la vie. Si comme elle disait, ces épreuves n'étaient rien comparé à ce qui pouvait m'attendre dans le futur, jamais je ne saurais tenir la distance. Étais-je trop faible pour ce monde ? Sans doute. Finirai-je comme Ashara ? Cette idée me glaça le sang.

Petit à petit, je me replaçai face à Ranrek et le regardai à nouveau. « Je suis parvenue à retrouver la jungle de Dahud. Ce n'était pas la forêt fluorescente, mais au moins je m'y sentais à l'abri. J'y suis restée quelques courtes années avant qu'une femme ne me fasse à nouveau captive pour me vendre à ce marchand d'êtres humains. » Les Exempts, les élémentaires rejetés et réduits à l'esclaves, c'étaient des êtres humains. Comme Ranrek. Comme moi. Comme n'importe qui. Mais ça, lui le savait. C'est pour cela qu'il nous a acheté. Pour ça qu'il a acheté notre liberté. L'avais-je seulement remercié pour cela ? Mon expression s'était adoucie. Comme si le plus dur avait été de me lancer. Je n'observais aucune colère envers lui. Bien au contraire. Mais ma sensibilité avait tendance à me dominer. « J-je suis sincèrement désolée pour votre femme... » Prononçai-je après un court silence. Au-delà du fait que cela permettait de détourner l'attention qui se portait sur moi, je voulais qu'il sache que je compatissais pour Ashara. Ce devait être une femme formidable pour qu'un homme comme lui s'intéresse à elle malgré l'obligation de leur union. Elle ne méritait pas la fin que son peuple lui a indirectement donné. Ranrek devait avoir bien du courage pour rester. C'est sûr que de s'éloigner, renier sa famille, n'arrangerait rien. Alors qu'en restant, il pouvait tenter de faire changer les choses. Ou tout du moins de faire des actions, même isolées, pour aider autrui. Ma présence en était le fruit. S'il s'était enfui comme j'avais l'habitude de faire plutôt que d'affronter les autres, qui sait où nous aurions atterris, tout ces esclaves et moi...

#Sanie #Vanka


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Lun 13 Mar - 20:24, édité 1 fois
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Khorde Ergorn
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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Lun 6 Mar - 3:18

Sa main lâche subitement la tienne. Elle repousse vivement sa chaise et se redresse, raide comme une branche. Tout un mélange d’émotions passe sur son visage alors qu’elle te domine de toute sa grandeur. D’un à la fois sec, accusateur et paniqué, elle s’écrie : « Vous… » Le reste de sa phrase reste étouffé dans sa gorge. Les mains posées sur la table de bois précieux, elle ferme les yeux pendant ce qui te semble être une éternité. Tu t’attendais à ce genre de réaction… tu entrais en terrain précaire. Tu touchais une corde plus que sensible. Tu l’avais observée à son insu. Tu lui posais des questions très personnelles. Tu ramenais probablement un traumatisme qu’elle faisait beaucoup d’efforts pour oublier. Et tu étais assez bien placé pour savoir qu’il était frustrant de faire ressasser de mauvais souvenirs, surtout lorsqu’on mettait tant d’efforts pour ne plus y penser. Ce même genre de colère pleine de détresse qui avait envahi Ashara le jour où tu avais découvert le tatouage qu’elle cachait depuis plusieurs semaines à l’aide de maquillage…

Vous aviez pris un bain la veille. Adossée à ton torse dans la baignoire, tu l’avais caressée avec amour en lui parlant au creux de l’oreille. Sa longue chevelure sombre flottait dans l’eau. Elle souriait. Et dans la semi-pénombre, la pièce n’étant éclairée que par la flamme des chandelles, tu n’avais pas vu la marque sur son avant-bras. Vos corps encore humides, vous vous étiez glissés dans les draps de soie, la brise fraîche de la nuit faisant flotter les rideaux diaphanes dans la clarté de la nuit. Le personnel vous déconseillait constamment de laisser les volets ouverts même si vous étiez au troisième étage de votre demeure. Les cambrioleurs n’étaient pas réputés pour se laisser rebuter par le manque d’appuis pour escalader les demeures de la ville. Mais tu aimais sentir le vent nocturne sur ta peau avant de t’endormir. De plus, ton épouse avait constamment des bouffées de chaleur depuis qu’elle portait votre enfant dans son ventre.

Au petit matin, les rayons du soleil s’étaient mis à caresser ta peau de façon agréable. Roulant sur le côté, tu admires comme ses cheveux sombres détonnent sur le jaune doré des draps. Sa peau café-au-lait est douce et odorante, comme toujours. Endormie, elle semble toujours paisible. La veille, alors qu’elle se baignait dans tes bras, son calme t’avait fait du bien. Tu la voyais rarement aussi calme ces temps-ci. Elle regardait constamment par-dessus son épaule. Elle tirait constamment sur ses manches. Tu avais l’impression que le renflement de son ventre commençait à la mettre mal à l’aise, qu’elle était entrée dans cette phase de sa grossesse où les femmes se sentaient mal dans leur peau. Aussi, tu n’en faisais pas trop de cas. Tu respectais l’espace qu’elle demandait. Tu te pliais à ses humeurs et faisais de ton mieux pour lui redonner le sourire, même si ça ne fonctionnait pas toujours.

Elle avait repoussé les draps dans son sommeil. Nue sur le matelas de plume, son ventre se soulevait au rythme de sa respiration. Ce ventre rond qui te fascinait depuis que tu savais que ton enfant y grandissait. Tu hésitais d’ailleurs à la toucher. Du sommeil lui ferait du bien. Pourtant, quelque chose accrocha ton regard. Cette petite marque sur son avant-bras. Une marque que tu connaissais très bien pour l’avoir déjà vue sur le bras de la sœur de ton meilleur ami. Juste au-dessus de son tatouage Feu. La marque du peuple de l’air. Comme si elle avait senti ton regard sur sa peau, elle s’était réveillée. Sur son visage était passé le même mélange d’émotion que tu avais tout juste aperçu sur celui d’Eden. De la surprise, de la panique, du désarroi, de la tristesse, du désespoir pur et simple…


La jeune femme se rassied et retient son souffle alors qu’elle t’explique que c’est un maître du Feu qui avait fait d’elle sa prisonnière. Il arrivait souvent que les Feu se brûlent comme elle avait été brûlée. C’était un effet secondaire de l’insensibilité aux flammes. Parce que même si vous pouviez sans mal passer dans les flammes quelques instants, ça n’empêchait pas votre peau de brûler. Et ça n’empêchait pas la douleur de venir après que la peau se mettait à carboniser. Tu te doutais que la demoiselle avait dû ressentir une douleur cuisante sur son dos pendant des semaines si son geôlier avait omis de soigner ses blessures rapidement. La plupart des Feu se servaient d’onguents qui apaisaient les brûlures comme eux seuls pouvaient les faire, mais l’homme qui l’avait ainsi retenue et brûlée pour son simple plaisir ne devait pas être un être des plus sympathiques. Elle te révèle qu’elle a pu échapper à la surveillance de son vigile lors d’un voyage vers Inaki. Tu ne peux t’empêcher de penser à toutes ces jeunes femmes que tu avais aperçues juchées sur des cheveux en compagnie d’hommes de ton peuple. Combien d’entre elles pouvaient avoir été captives sans que tu le saches ?

Elle poursuit en t’informant qu’elle a trouvé refuge dans la jungle. Combien de fois pouvais-tu avoir traversé la végétation pour te baigner dans la rivière dans cette région ? Bien trop de fois pour que tu ne puisses le compter. L’avais-tu déjà croisée sans t’en rendre compte ? Probablement pas. D’une voix désolée, elle t’avoue : « J-je suis sincèrement désolée pour votre femme… »

Tu souris en la regardant. Tu sais que ses paroles sont honnêtes. « C’était il y a longtemps. C’est moi qui suis désolé… Je n’aurais pas dû te demander de me parler de tout ça. Je vois bien que ça te fait du mal. Et je n’aurais pas dû regarder par la porte entrebâillée. Pardonne-moi… Et pas parce que je te le demandes… pardonne-moi parce que tu le veux… » Tu ne touches plus à la nourriture posée sur la table ou à la carafe de vin rouge. Tu ne fais que la regarder. Avec franchise. Avec gentillesse. Sans faux-semblants. « Et si tu veux seulement te restaurer, prendre du mieux, puis t’en aller, je comprendrai. Mais je veux que tu saches qu’il y aura toujours une place pour toi dans ce palais. Tu n’as qu’à me dire ce que tu aimerais faire… Si tu désires apprendre à lire, à écrire, à coudre, à filer, à peindre, j’engagerai un précepteur. Si tu as envie de folâtrer dans mes appartements, libre à toi de le faire. Si tu as envie de travailler, on te trouvera quelque chose. Je ne veux pas que tu te sentes prisonnière. Tu es libre d’aller et venir à ta guise… »

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Lun 6 Mar - 16:18

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Il est souvent des histoires non contées qui se déroulent à côté de nous sans que jamais l'on ne s'en aperçoive. C'est là l'un des drames des grandes villes ou des régions oubliées ; bien des lieux sont trop bruyants pour que jamais on ne décèle un mot, un regard, un passant qui pourtant dirait tout, bien des lieux sont trop calmes pour que jamais on ne soupçonne que quoi que ce soit s'y passe. Je n'en voulais qu'à celui qui m'avait enlevée. Pas vraiment à moi, ce qui est étonnant vu ma capacité à culpabiliser rapidement pour les actes que les autres peuvent poser. Encore moins à Ranrek qui, au-delà de son acte altruiste, avait accepté de m'offrir tout ce confort que je ne songeais pas avoir, ne serait-ce que dans mes rêves les plus fous. À vrai dire, je ne pensais même pas pouvoir à nouveau dormir dans un lit, prendre un bain avec du savon, manger à ma faim. Je m'étais résignée, dans ces années passées seule, à ne plus avoir tout ce dont j'avais besoin. J'avais même baissé les bras, risquant de me retrouver esclave d'un nouveau dégénéré. Ce n'est pas les villes qui en manquaient... Surtout pas Lucrezia. Au lieu de cela, il me paraissait être tomber sur la personne la plus compréhensive et soucieuse de la capitale. Et il s'agissait d'un maître du Feu... Assez improbable à mon sens. C'est étrange comme les expériences passées pouvaient impacter notre vision des autres. J'étais de ceux qui prônaient la tolérance, ceux qui, dans un élan d'utopie qu'ils savaient irréaliste et impossible, croyaient en une possible symbiose entre les éléments plutôt de de les voir ainsi scindés. Mais dès lors qu'il s'agissait du peuple de Sezni, j'étais plus fermée qu'un coquillage renfermant une perle qu'il garde avidement. Pourtant, à voir le visage doux et avenant du fils Ergorn, je ne pouvais m'empêcher de constater l'idiotie de mon aversion envers tout un peuple. Il fallait toutefois comprendre que je cumulais bien trop de peines en rapport avec le feu pour réussir à balayer mes préjugés et a priori. La mort de ma sœur, ce tyran qui m'avait réduite à l'état d'ombre, cet homme cruel qui - bien qu'il avait fini par m'aider - n'aurait pas hésité à me tuer, cette femme qui m'avait faite à nouveau captive... Difficile de passer outre tout cela et d'ignorer que leur point commun était le feu.

Enfin calmée, je reprenais peu à peu mes esprits. Ma réaction pouvait paraître démesurée, je n'en avais cure. Cela pouvait être risqué, Ranrek semblait avoir bien assez de problèmes sans que je vienne en ajouter. Il avait accepté de me recueillir, mais il pouvait tout autant souhaiter mon départ. C'est que je n'étais sûrement pas la meilleure des compagnies... La petite Eden souriante et vagabonde, cette fille qui sautillait dans les champs dorés entourés de forêts, qui riait et s'émerveillait comme si elle découvrait la vie pour la première fois... Cette Eden-là me manque... j'aurais aimé qu'il me voit ainsi. Cet homme méritait d'être entouré de personnes positives et pleines de vie. Ce que, à l'évidence, je n'étais plus depuis longtemps. Une coquille vide... « C’était il y a longtemps », m'expliqua-t-il pour sa femme. « C’est moi qui suis désolé… Je n’aurais pas dû te demander de me parler de tout ça. Je vois bien que ça te fait du mal. Et je n’aurais pas dû regarder par la porte entrebâillée. Pardonne-moi… Et pas parce que je te le demandes… pardonne-moi parce que tu le veux… » La sincérité de Ranrek me toucha. Malheureusement pour lui, il semblait savoir ce que je devais ressentir... J'avais beau venir d'un village où tous vivaient en harmonie, il me paraissait encore bien plus noble intérieurement que ces personnes qui m'avaient vu grandir. Timidement, je recroise le regard de Ranrek. Sa sérénité devant tout cela m'apaisait. « Et si tu veux seulement te restaurer, prendre du mieux, puis t’en aller, je comprendrai. Mais je veux que tu saches qu’il y aura toujours une place pour toi dans ce palais. Tu n’as qu’à me dire ce que tu aimerais faire… Si tu désires apprendre à lire, à écrire, à coudre, à filer, à peindre, j’engagerai un précepteur. Si tu as envie de folâtrer dans mes appartements, libre à toi de le faire. Si tu as envie de travailler, on te trouvera quelque chose. Je ne veux pas que tu te sentes prisonnière. Tu es libre d’aller et venir à ta guise… » Tant de propositions me laissait tout de même méfiante. Pourquoi ? Qu'a-t-il à y gagner au final ? Est-ce qu'une personne aussi généreuse pouvait être réelle ?

Ce qu'il me proposait là dépassait toutes les attentes d'une simple fille de mon rang... Je n'étais pas à plaindre côté éducation, mais Ranrek semblait près à me donner un emploi du temps digne d'un enfant de sang bleu... Cela me dépassait totalement, mais je me dis que vu son rang, tout devait être possible finalement. « Ma mère ét... est préceptrice », me repris-je. Évoquer si naturellement ma mère au passé l'avait un instant enterrée dans un souvenir si lointain et inatteignable... Elle l'était, après tout, inatteignable. Mais encore en vie. Tout du moins, je l'espérais. « Même si je préférais de loin travailler la terre avec mon père, j'ai retenu quelques leçon d'écriture et de lecture... mais ça ne m'a jamais paru bien utile étant donné ma condition... » Confiai-je à Ranrek, perdant peu à peu de ma timidité maladive. « Je souhaiterais, si c'est possible, rester avec vous. Au moins tant que cet endroit reste sûr pour moi... Dehors, je sais que mes chances de me construire une vie sont presque inexistantes... » Ce n'était pas une révélation. On pouvait lire ma faiblesse rien qu'en observant mon physique un instant. Mon air enfantin n'arrangeait rien à cela... De plus, après tout ce qui m'était arrivé, j'étais encore plus fragile psychologiquement. « Mais je ne veux pas être un poids. Pensez-vous que je pourrais travailler au palais ? Et rester dans vos appartements... » Je me mordillais les lèvres, trouvant ma requête présomptueuse. Je n'avais pas de réelle prestance, pas de compétences dans l'entretien d'une telle demeure, que trop peu de connaissances concernant le protocole, à quoi pourrais-je leur servir ? J'aime les animaux et sais très bien m'en occuper, mais je ne pense pas que le palais regorgeait de bétail ou d'un chenil... Cependant, j'aimais apprendre sur le terrain. Assez curieuse et astucieuse, je pouvais aisément parvenir à m'intégrer si je m'en donnais la peine. Il a bien fallut que je me débrouille ces dernières années. Si j'étais parvenue à survivre dans la jungle, pourquoi n'y parviendrais-je pas en ville ? Ce palais n'était finalement qu'une forêt dont les animaux étaient différents... En temps normal, j'aurais cru m'imposer à lui, mais en posant mes yeux dans les siens, constatant sa façon de me regarder, je compris qu'il ne faisait pas ça par simple pitié - peut-être un peu, mais il y avait plus - et qu'il avait vraiment envie de m'aider. Je voulais y croire. J'y croyais. Peut-être à tord. Mais je n'avais plus grand chose à perdre...

#Sanie #Vanka


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Lun 13 Mar - 20:26, édité 1 fois
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Khorde Ergorn
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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Dim 12 Mar - 4:29

Elle marmotte que sa mère était préceptrice, qu’elle préférait travailler avec son père dans les champs, mais que les enseignements de sa mère ne lui avaient pas servi à grand-chose dans la condition où elle se trouvait.. Tu tentes de t’imaginer ce à quoi pouvaient bien ressembler ses parents. De qui tenait-elle sa chevelure si blonde ; ces fils brillants aussi purs que de l’or ? Et ses yeux, clairs comme l’eau d’un ruisseau… étaient-ils ceux de sa mère, ou bien ceux de son père ? Peut-être qu’elle ressemblait plutôt à l’un de ses aïeuls… Ton imagination dériva vers ceux qui avaient enfanté cette si belle créature. L’image, d'abord trouble dans ton esprit, s’éclaircissait à mesure que tu les scrutais. Tu voyais dans tes pensées une femme de petite stature. Menue et délicate comme sa fille, sa peau était aussi pâle que la lune. Elle semblait aussi douce que celle de ton interlocutrice. Ses longs cheveux blond clair étaient tressés dans son dos, quelques mèches balayant ses joues. Elle souriait de bonheur, de fines rides se creusant sur ses tempes et au creux de ses joues. Ses longues jupes tombaient sur ses chevilles, sa chemise blanche et bouffante flotte dans le vent doux de l’été, contrastant férocement avec la profondeur du vert des arbres de la forêt fluorescente près de laquelle elle se tenait. Du coin de l’œil, tu apercevais leur maison. Un endroit très modeste, mais douillet. Puis tu vis son père. Un homme de grande taille, que tu l’imaginais, aux traits marqués par le temps, mais dont le visage était empli de chaleur et de bienveillance. Tu imagines ses cheveux poivre et sel, plus ou moins longs, et le chapeau qu’il poserait sur sa tête lorsqu’il partait pour les champs, pour y travailler la terre. Ses mains apparaissaient clairement dans ta tête, leur peau devenue caleuse, de la terre s’incrustant sous ses ongles abîmés alors que la poussière recouvrait ses vêtements…

Et ces gens qui apparaissaient dans ton esprit étaient très loin des personnes qui t’avaient enfanté, toi… L’endroit où la jeune femme avait grandi, près de Bleuzenn devait être extrêmement différent du paysage qui agrémentait tes souvenirs d’enfance dans la cité d’Inaki... Gorka. Tu en rêvais depuis que tes précepteurs avaient commencé à t’enseigner la géographie d’Oranda. Depuis que tu avais observé pour la première fois les dessins que l’on faisait de cet endroit verdoyant , tu avais regretté d’être venu au monde dans les plaines arides et sèches du désert, dans la région de Sezni. Ton enfance avait été marqué par la présence de gouvernantes et de précepteurs plutôt que celle de tes parents. Mille fois tu avais espéré être venu au monde dans une autre famille.

Les Ergorn, bien qu’ils fussent puissants et respectés en apparence, ne cultivaient pas de liens familiaux très profonds. L’apparence, l’honneur et la force étaient beaucoup plus importants aux yeux de Karam et Ahankh Ergorn que l’affection qu’ils auraient pu porter à leur progéniture. Tu ne saurais réellement dire à qui tu ressemblais le plus… Comme tes parents, tu avais la peau sombre comme le chocolat au lait et les yeux aussi sombres que la nuit sans lune. Tes cheveux, lorsque tu les laissais pousser, étaient frisés comme la laine d’un mouton. Tu n’aimais pas particulièrement leur texture. Aussi, tu prenais le temps de les raser presque tous les matins. Alors que tu imaginais la maison d’enfance d’Eden’El comme une petite demeure très modeste, très humble et accueillante, les demeures dans lesquelles tu avais vécu depuis l’enfance, malgré leur aspect grandiose et richissime, ne t’inspiraient pas la moitié de la chaleur que t’inspirait cette image. Au milieu du désert Feu, sous l’autorité de Karam qui ne s’intéressait pas plus qu’il ne le fallait à ses fils et la froideur d’Ahankh qui ne supportait pas la moindre incartade ou caprice, l’ambiance de votre maisonnée manquait de vie et de chaleur.

Tu sors de tes pensées lorsqu’elle te demande de rester près de toi tant que le palais sera sécuritaire pour elle. Elle t’avoue qu’elle ne croit pas que ses chances de survie soient très élevées seule et sans protection. Ce n’était un secret pour personne, que tu te dis. Tu l’avais su dès l’instant où tu avais posé le regard sur elle. Le peuple était cruel. Surtout envers les Exempts. Ces êtres à part n’avaient pas leur place dans la société orandienne. On les voyait comme des erreurs de la nature. Si les dieux n’avaient pas eu assez de respect pour ces êtres pour leur accorder un don, alors les Exempts ne méritaient pas le respect du peuple. Au lieu de faire preuve de compassion, on les réduisait à l’état de déchet, de moins-que-rien… Elle te demande s’il serait possible qu’elle puisse travailler au palais tout en restant dans tes appartements. Elle se mordille la lèvre, comme si elle regrettait de poser une question qui lui semble stupide. Tant de gens allaient et venaient dans les limites des palais des représentants… une personne de plus ou de moins ; personne ne la remarquerait. « Comme je te l’ai dit, je te le propose parce que ça me fait plaisir ! Si tu veux travailler, tu recevras un salaire, comme les autres domestiques qui travaillent pour moi. Qu’est-ce que tu aimes faire ? Comme tu sais lire et écrire, les possibilités sont presque infinies… » que tu déclares avec bonne humeur. Attrapant un autre raison entre tes doigts, tu l’enfournes rapidement avant d’énumérer les possibilités qui te viennent en tête. « Tu pourrais aider Leanor dans ses tâches quotidiennes, travailler dans les cuisines ou avec les lavandières. Nous employons aussi des jardiniers, des palefreniers, des échansons, des barbiers, des musiciens, des soigneurs et parfois aussi des scribes. Quoi que tu décides, tu n’auras pas à dormir parmi les autres domestiques. Comme je ne suis ni marié ni promis, cette chambre n’est occupée par personne. C’est la tienne, et je ne laisserai personne t’enlever ce privilège. »

Tu aurais pu lui proposer d’entrer au service de Kara ou Jynn ou peut-être d’une de leurs filles, mais tu n’as pas envie de l’envoyer dans les appartements de tes frères… Au palais, chacun avait des domestiques propres à leur maison et d’autres qui allaient et venaient. Leanor était à ton service depuis plusieurs années. C’est elle qui dirigeait les domestiques dans tes appartements. Bien qu’elle semble très douce et obéissante, tu savais qu’elle menait les autres serviteurs d’une main de fer. Devenir la servante d’une de tes belles-sœurs, par contre, c’était une autre histoire…

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Dim 12 Mar - 13:15

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Le souvenir si lointain de mes parents me faisait mal... J'aimais penser à eux, ne pas les oublier, espérer un jour les revoir... Revoir nos amis, revoir mon village, ces étendues verdoyantes, les forêts entourant les maisons, les champs qui s'élancent au milieu comme le puits de notre survie en parfaite symbiose avec notre élément... De Gorka : tout me manquait. Dahud était bien jolie comme région, mais pauvre et perturbée par tant de présence humaine en son sein. Lucrezia était majestueuse, mais austère et anonyme pour quiconque s'y aventurant sans titre. Ici, nous ne sommes que des fourmis venant de différentes régions. Rien en commun, le partage de culture ne se fait même pas dans cette cité dite reine où la cohésion est censée maintenir nos régions dans une paix tacite. Lucrezia n'a pas d'identité. Même pas celle du mélange des peuples. Car tout était, là aussi, comme partout, divisé. Dans un autre sens, on comprenait facilement pourquoi... Mon éducation et ma culture ne collaient absolument pas au tableau de la capitale. Que ce soit dans les loisirs, l'architecture, l'environnement, la politique, ne serait-ce que la façon de vivre : le régime alimentaire, le marché - ce n'est pas dans la forêt fluorescente que l'on verrait une vente aux esclaves... À Bleuzenn peut-être, je n'y suis que trop peu allée dans mon enfance. Mais les regards qui m'auraient été portés auraient été loin de ceux qui s'étaient posés sur moi tout à l'heure... Le peuple de la Terre respectait les exempts comme des êtres humains. Ils se servaient d'eux, certes, mais ils observaient à leur égard la considération due à chaque être vivant. À Lucrezia... exempts ou considérés comme exempts étaient traités comme un bétail déficient. Ceux qui pouvaient sembler servir à quelque chose étaient achetés puis conservés au minimum de leur forme. Alors que les autres, ceux de ma trempe, étaient malmenés jusqu'à ce que le pire arrive. Trop peu utiles pour justifier de dépenser quoi que ce soit dans notre entretien.

À y repenser, je n'avais jamais été laissée sans boire ni manger... durant ces longues lunes de captivité, de l'eau m'était apportée, des écuelles de nourriture données. Certes, la majorité des denrées constituaient des restes animaux et je m'étais toujours refusée de m'en repaître. Mais il l'avait compris, et même s'il n'enlevait pas cela du plat, cela arrivait que d'autres aliments ornes l'écuelle. Pourtant, ce n'est pas vraiment le traitement que l'on accorde à des esclaves si frêles et fragiles dans mon genre... Loin de moi l'envie de lui trouver des excuses et de relativiser tout le mal qu'il m'avait fait... Toutefois, cultiver cette acrimonie que j'observais à son égard me coûtait. J'ignorais quelle montagne de balivernes il se donnait de gravir afin de justifier et d'accepter les traitements qu'il m'infligeait, bien que ma curiosité ne trouvait pas là sa limite, je n'étais pas pressée d'en savoir plus. Au contraire : je voulais passer à autre chose, ne plus y songer. Qu'il libère mes nuits afin que de doux rêves balayent son souvenir dans ces cauchemars incessants qui me réveillent à chaque fois que j'ose clore mes paupières. Le regard captif et l'oreille attentive de Ranrek m'accordait un sentiment de confiance, de sécurité. Je ne le connaissais pas plus que cela, ignorais jusqu'à l'honnêteté de son être, mais j'avais besoin de croire en sa bienveillance. Ça ne m'était pas difficile de passer outre sa nature de Feu. Sa personnalité semblait tellement différente de celles que j'avais pu croiser chez ce peuple, qu'aucune animosité ne transparaissait dans ses yeux. Pourtant, il avait dû vivre dans cette région aride et austère que j'avais eu le malheur de fouler. Étant donné sa place actuelle, il devait vivre dans une ville plus prestigieuse que ne l'étaient les plaines désertiques et sèches de Sezni. Je ne l'imaginais pas sous le soleil cuisant de la savane, plutôt à l'abri. Le peuple du Feu devait avoir bien des qualités malheureusement souvent poussées à leurs extrêmes antinomiques... Leur force d'esprit, leur force physique, leur capacité d'adaptation, leur ingéniosité. Un peuple grand et fier qui pourrait tant accomplir si ils n'en venaient pas à être aussi rigides et fermés... Cela pouvait les protéger, mais dans un autre sens, cela les coupait tellement du reste du monde qu'ils en venaient à cultiver cet élitisme prônant la force et dédaignant les faibles, ne leur donnant pas l'aide nécessaire pour les rendre fort à leur tour. Un potentiel bien trop gâché à mon goût. Heureusement, finalement, que j'avais rencontré ce Ranrek Ergorn. Lui paraissait être l'idée que j'avais d'un Feu. Loin de rabaisser les autres et, au contraire, apprendre d'eux et communiquer sa force.

Mon regard face à lui se faisait plus doux, moins sur la défensive. M'acclimatant peu à peu à sa présence. « Comme je te l’ai dit, je te le propose parce que ça me fait plaisir ! Si tu veux travailler, tu recevras un salaire, comme les autres domestiques qui travaillent pour moi. Qu’est-ce que tu aimes faire ? Comme tu sais lire et écrire, les possibilités sont presque infinies… » Continua-t-il de me proposer. Je plissai les sourcils, pensive. Ce que j'aimais faire ? C'était une question qui me demandait une certaine réflexion... Ce que j'aimais faire... à part survivre dans la jungle, profiter de la nature et de ses bienfaits, approcher des animaux et tenter d'en apprendre plus sur eux, je n'avais pas eu beaucoup d'occupations ces dernières années... « Tu pourrais aider Leanor dans ses tâches quotidiennes, travailler dans les cuisines ou avec les lavandières. Nous employons aussi des jardiniers, des palefreniers, des échansons, des barbiers, des musiciens, des soigneurs et parfois aussi des scribes. » Proposait Ranrek. Travailler avec Leanor me plairait probablement. Rester près de ces appartements, ne pas avoir à m'aventurer dans les sphères des autres membres de la famille représentante. Mais un travail en lien avec les animaux me siérait peut-être plus. Quoi qu'il en soit, je ne pense pas que ma décision doive être immédiate et quand bien même, elle ne devait pas non plus être définitive... Gardant chaque idée, je tâcherai de prendre un temps pour y réfléchir. « Quoi que tu décides, tu n’auras pas à dormir parmi les autres domestiques. Comme je ne suis ni marié ni promis, cette chambre n’est occupée par personne. C’est la tienne, et je ne laisserai personne t’enlever ce privilège. » L'attention de Ranrek me touchait réellement. Même si cette chambre qu'il m'accordait était promise à celle qu'il viendrait à choisir pour remplacer sa douce Ashara, je pouvais en bénéficier sans crainte.

L'évocation de sa future me gêna toutefois. Ramenant la réalité à moi ; il allait veiller sur moi pour l'heure. Mais j'étais bien placée pour savoir que du jour au lendemain, tout pouvait basculer et peut-être - sûrement - il aurait vite d'autres priorités que de veiller sur moi... Je ne pensais pas avoir à me faire d'inquiétudes, sachant que si je parvenais à me faire une place comme domestique au palais, dans tous les cas, j'aurais un toit et de quoi subvenir à mes besoins. C'est juste que... je ne voulais pas me retrouver à nouveau seule. Même si survivre dans ce palais allait être bien plus simple que de faire son nid dans la jungle, j'émettais trop de réserves à l'égard de la famille Ergorn pour me sentir en confiance si je venais à passer la porte des appartements de Ranrek. « Je pourrais voir avec Leanor, le temps peut-être de m'adapter... Tout ça est très nouveau pour moi. » Le palais était bien loin de tout ce que j'avais pu connaître auparavant. Me laisser guider par une autre personne pourrait probablement m'aider à tourner la page sur mon douloureux passé. Devenir une page blanche, immaculée. Cet extrême est inatteignable, mais j'avais besoin de repos. Autant physique que moral pour espérer avancer à nouveau dans un chemin loin de ce que j'avais pu traverser comme épreuves. Peut-être alors pourrais-je espérer retourner chez moi, à Gorka. Retrouver mes parents. Trouver un maître de la Terre pouvant m'aider à m'améliorer et faire en sorte que ma marque s'extirpe enfin de cette cicatrice qui me ramène chaque fois quatre ans auparavant... Rentrer. Revoir mes parents. Mes amis. Entendre à nouveau les douces mélopées chantées par mon père au coin des lanternes de lucioles et des arbres luminescents la nuit tombée... Je pourrais lui conter, à Ranrek, ces douces soirées où le cœur des hommes se mêlait à celui de la nature, enlacés par Tarlyn... Je voulais qu'il découvre tout cela de ses propres yeux. Je ne serais pas la compagnie qu'il espérait, ni sa femme, ni son enfant, mais la magnificence de Gorka saurait lui donner l'illusion d'avoir ces présences à ses côtés. Je m'imaginais le tenir par la main et l'entraîner vers ce paradis qu'était la forêt de Gorka. Sur le sommet d'une colline, le laisser observer la grandeur de cette végétation, l'envol des oiseaux, la brise caresser son visage et sur celui-ci, le sourire mélancolique du souvenir de sa chère femme. Alors qu'il continuait à se restaurer, je l'observais, les yeux pourtant paraissant regarder au-delà des siens, comme projetés dans une rêverie à mille lieues de ce palais...

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Mer 15 Mar - 2:03

Tu continues à grignoter les fruits qui recouvrent le plat doré que Leanor a déposé sur la table. Elle t’assure qu’elle verra le tout avec la rouquine, qu’elle finira par s’adapter. Tu te sens un peu mal lorsqu’elle te rappelle que le palais, cet endroit, est nouveau pour elle, mais elle le dit d’une voix très calme, très douce. Tu lui souris en hochant la tête. Son regard se pose sur ton visage, mais tu sens qu’elle est très loin. Peut-être plongée dans ses souvenirs. La nostalgie était une caractéristique commune à tous les humains. Il existait bien des gens qui vivaient avec cette philosophie que tous les êtres humains devraient vivre dans le moment présent ; cesser de regarder vers l’arrière, puisqu’il était impossible de changer ce qui était passé et ne pas regarder trop loin vers l’avant, parce que le destin traçait notre chemin. Tu avais bien tenté d’appliquer cette philosophie pendant un certain temps, mais tu n’y étais jamais parvenu. Indiciblement, ton passé revenait toujours te hanter. Peu importe ce que tu faisais, Asha et ton enfant qui aurait pu être revenaient toujours hanter tes pensées. Une voix derrière toi te fait sursauter : « Sire, votre père réclame votre présence. » Le mépris emplit ton regard lorsque tu te retournes vers Asgad, dans son uniforme rougeoyant près de la porte de ta salle à dîner, mais tu sais qu’il ne te dérangerait pas s’il n’y avait pas eu urgence. Lorsque Karam Ergorn ordonnait quelque chose, il obtenait. Ta mère elle-même, aussi obstinée soit-elle, n’avait jamais désobéi. Tes frères et toi, aussi turbulents que vous ayez pu être, reveniez immédiatement à l’ordre du moment que votre père vous le demandait. Karam Ergorn imposait le respect. De tous et chacun. Il n’avait même pas à hausser le ton pour se faire entendre. Sa voix chaude et profonde perçait le silence comme un poignard perce la chair.

« Laisse lui savoir que je viens de ce pas. Le garde s’incline avec raideur et tourne les talons. Merci, Asgad. » Tu te retournes vers ton invitée et scrute son regard interrogateur. Lui adressant un sourire, tu relèves lentement, finissant ton verre de vin d’un trait. « Vous m’excuserez de vous abandonner aussi cavalièrement, mademoiselle. Le devoir m’appelle. Et il n’accepte pas le refus. » Tu le dis avec un énorme sourire, l’humeur légère. « Leanor ! Tu aideras mon invitée à s’installer ? » La servante à la chevelure orangée apparaît dans l’embrasure de la porte et pose ce regard curieux et intriguée bien à elle sur le visage de la jeune femme à la blonde chevelure. « Dans la petite chambre, sire ? » qu’elle demande de cette voix fluette qui n’a jamais semblé grandir malgré les années. Tu secoues vivement la tête. « Mais non, voyons… que tu réponds d’un ton mi-amusé. Installe Eden dans la chambre attenant la mienne, veux-tu ? » Un éclair étrange passe dans le regard de la jeune servent à ces paroles, mais elle acquiesce promptement, sans poser de questions : « Oui, bien sûr, sire. Ça va de soi… »

Attrapant un morceau de fromage frais, tu te diriges vers la sortie sans interrompre ton discours : « Assure-toi qu’elle a tout ce dont elle a besoin. Je suis sûr que vous vous entendrez bien ! Elle s’est même proposée pour t’aider un peu par ici ! Oh ! Eden’El, je suis sincèrement désolé, j’espère que ça ne t’ennuiera pas trop, mais je ne sais pas combien de temps durera cet entretien avec le représentant en chef. Si je ne suis pas revenu à l’heure du dîner, Leanor t’amènera un peu de nourriture. N’est-ce pas, Leanor ? » La domestique acquiesce avec un air qui te semble docile, mais tu sais qu’elle brûle de curiosité pour cette étrange invitée que son maître a laissé entrer dans son intimité.

Tu sais que tu seras revenu dans tes appartements le soir venu. Tu espères que la présence de la jeune femme blonde ne se soit pas déjà ébruitée jusqu’aux oreilles de ton père. Tu accueillerais cette nouvelle avec beaucoup de frustration, mais tu sais que les commérages entre domestiques allaient de bon train dans ce palais. Même si les nobles avaient tendance à constamment oublier leur présence, comme s’ils n’étaient servis que par des ombres muettes, les domestiques étaient là. Et la plupart d’entre eux avaient des oreilles aussi grandes que leurs bouches. Longtemps, tu avais songé à suggérer à ton père d’engager des domestiques muets pour le servir lors de vos entretiens, mais tu craignais que Karam ne fasse couper la langue de ses subalternes actuels plutôt que d’en trouve de nouveaux. Aussi, tu n’avais jamais ouvert la bouche. Après tout, tu étais un pacificateur parmi les tyrans. Asgad t’attend dans le couloir. Très large d’épaules et massif en terme de musculature, le quadragénaire servait ta famille depuis de nombreuses années. Il t’avait toujours été très fidèle. « Ce n’est pas un bonne idée de la garder ici, sire. Vous savez que votre père s’y opposera… » Tu le coupes d’un mouvement de la main. D’une voix qui n’appelait pas à la réplique, tu réponds que tu t’en fiches. Même si tu le dis pas à haute voix, tes pensées allaient de bon train. Se révoltant contre cette dictature qui s’imposait dans ta vie même si tu n’habitais plus la région du sud. Si Sven était dictateur à Sezni, Karam Ergorn dictait la conduite de tout et chacun dans le palais qui abritait sa famille. Mais cette fois-ci, on ne te dirait pas qui tu pouvais ou ne pouvais pas accueillir chez toi. Ce palais avait beau appartenir à ta région et à son dirigeant, on t’y avait attribué des appartements, et tu y ferais ce dont tu avais envie et y recevrais qui tu le voudrais. Si ton père te demandait de mettre la jeune femme à la rue, alors tu l’emmènerais dans le quartier sud. Tu y possédais une jolie et grande maison où elle serait certainement à son aide – probablement plus qu’au palais même. Si tu devais y déménager temporairement jusqu’à ce que ton père ne finisse par accepter que tu puisses toi aussi avoir des caprices, eh bien, soit ! Tu ne laisserais pas Karam Ergorn e dicter ta conduite toute ta vie durant. À 35 ans, tu estimais être assez âgé pour prendre tes propres décisions.

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Fire and smoke
Our flames will devour everything
Until there is nothing left...

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~#~Sujet: Re: I'll fix you | avec Eden'el ♥ [TERMINÉ] Mer 15 Mar - 21:14

Ranrek Ergorn
&
Eden'el Lumnar


I'll fix you
Perdue dans mes pensées, je ne touchais plus au plateau. Ce silence ne me gêna pas ; étonnement. Il s'avéra même apaisant. Comme si la simple présence de Ranrek suffisait à adoucir mes démons. Malheureusement, cet instant ne dura pas aussi longtemps que je l'aurais aimé : l'éternité. « Sire, votre père réclame votre présence. » L'importun s'était immiscé dans cette bulle qui paraissait se dessiner autour de nous. Je baissai les yeux, me concentrant sur la nourriture. Sortant un fruit, je m'occupai à le grignoter alors que Ranrek lui répondait : « Laisse lui savoir que je viens de ce pas. » Remerciant son garde qui quittait la pièce aussi promptement qu'il y été entré. Mes yeux oscillaient entre les siens lorsqu'il se tourna à nouveau vers moi. « Vous m’excuserez de vous abandonner aussi cavalièrement, mademoiselle. Le devoir m’appelle. Et il n’accepte pas le refus. » Expliqua-t-il après s'être levé et avoir terminé son verre. Plus anxieuse de me retrouver seule qu'amusée par sa personnification du devoir, je restai immobile. « Leanor ! Tu aideras mon invitée à s’installer ? » Demande l'hôte lorsque la servante arrive suite à son appel. Gênée par la situation, je me contentai de fixer cette pomme que j'avais entamée. « Dans la petite chambre, sire ? » « Mais non, voyons… Installe Eden dans la chambre attenant la mienne, veux-tu ? » La requête de Ranrek paraissait malvenue, intrigante. « Oui, bien sûr, sire. Ça va de soi… » Une fille de ma position ne devait pas mériter ce privilège. Un lit était un lit, l'on m'aurait donné une paillasse dans un couloir que j'aurais pu m'en contenter. Mais il sembla tenir à ce que la servante prépare une chambre normalement prévue pour de plus nobles dames. Vu l'appréhension de Leanor, je n'en fus encore que plus embarrassée...

De mes doigts fins, je fis tourner la pomme verte croquée, tentant de penser à cela plutôt qu'à ce poids semblant s'être installé dans l'atmosphère. Le ton guilleret et sûr de Ranrek ne suffisait pas à me persuader que son idée était des plus réfléchies et considérées. Il était bien placé pour savoir s'il pouvait ou non se permettre de me garder ici, toutefois l'incertitude côtoyant Leanor me laissait dubitative. Je ne souhaitais pas être remarqué, mais plutôt me fondre derrière lui comme une ombre et être oubliée de tous, disparaître et être enfin tranquille. Sans avoir à me soucier des autres, du mal qu'ils pourraient me faire... Peut-être m'habituerai-je et finirai-je par avoir confiance en Ranrek pour oser profiter du confort qu'il m'offrait. Mais pour l'heure, je restais perplexe. Leanor l'était tout autant. Comme si elle-même ne croyait pas un instant que je pourrais résider ici une journée de plus que celle-ci. « Assure-toi qu’elle a tout ce dont elle a besoin. » Poursuivait-il en se préparant à quitter la salle à dîner. « Je suis sûr que vous vous entendrez bien ! Elle s’est même proposée pour t’aider un peu par ici ! Oh ! Eden’El, je suis sincèrement désolé, j’espère que ça ne t’ennuiera pas trop, mais je ne sais pas combien de temps durera cet entretien avec le représentant en chef. Si je ne suis pas revenu à l’heure du dîner, Leanor t’amènera un peu de nourriture. N’est-ce pas, Leanor ? » La domestique opina du chef alors que je me contentai d'adresser un regard incertain à Ranrek. Il n'allait pas se soustraire à son devoir pour moi et je ne le souhaitais pas. Mais ce n'est pas pour autant que je m'en retrouvais rassurée... Une fois qu'il eut quitté la pièce, je me retrouvai seule avec Leanor qui me fixait à distance. Je me tournai vers elle. La jeune femme aux beaux cheveux roux se retourna et alla vers la chambre que le maître souhaitait voir préparée pour m'accueillir.

L'esprit préoccupé, je ne parvenais pas à savoir que penser de ce qui m'arrivait. D'ailleurs, est-ce qu'au moins cela m'arrivait ? Où n'était-ce qu'un rêve duquel je me réveillerai bientôt ? Finissant la pomme que je tenais dans ma main, je restais alerte afin de percevoir le moindre bruit de pas en ma direction. Ayant finis ma pomme de longues minutes après le départ de Ranrek, je me levai et partis rejoindre Leanor silencieusement. Elle sursauta en m'apercevant dans l'encadrement de la porte. « Pardonnez-moi. Je ne vous ai pas entendu arriver. Désirez-vous quelque chose ? » Me demanda la jeune femme. Je secouais doucement la tête en signe de négation. « Non. Je voulais juste venir vous aider. » Dis-je d'un ton neutre à voix basse. Elle m'adressa un sourire cordial. « Non ça ira, reposez-vous. Vous avez l'air fatiguée. Aussi moralement que physiquement. » La servante arriva à ma hauteur et me salua d'un geste de la tête, le regard compatissant. Je la regardai quitter la chambre. Quelques portes ouvertes et refermées, puis le silence. Le plus complet. J'observai la chambre, spacieuse et claire. Lumineuse et sobre. Leanor venait tout juste de faire le lit et émanait du linge de maison une odeur d'un parfum auquel je n'étais pas accoutumée. Fatiguée moralement et physiquement... Avais-je à ce point l'air d'être au trente-sixième dessous ? Je regardai mon visage dans un miroir disposé sur un coiffeuse de bois. J'étais si peu habituée à mon reflet que je ne percevait qu'une étrangère. Refusant de me dire que j'étais devenue cette fille transparente et vide. Déçue par ce que je voyais, ce que j'étais, je couvris le miroir du linge le plus proche et tirai les rideaux. La lumière s'acharnait encore à vouloir se frayer un chemin, mais la pièce était devenue plus sombre. Je fermai la porte et me laissai choir sur le lit. Les yeux rivés au plafond, dans le plus grand des calmes, je sentis des larmes chaudes glisser le long de mes joues.

#Sanie #Vanka
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