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Intrigue n°2
La deuxième intrigue a vu le jour
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[Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde

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~#~Sujet: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Dim 26 Fév - 11:22

Kara Ergorn-Jaggde
&
Eden'el Lumnar


Nos esprits réunis
« Allez, allez, vous n'êtes pas ici pour rêvasser alors au travail ! » La beuglante passée, mon guide dans ce nuage obscur qu'étaient les domestiques vaqua à ses occupations. Comme les autres esclaves et domestiques présents d'ailleurs. Je me retrouvais seule, dans cette pièce où les servants se reposaient, mangeaient, entre deux tâches à accomplir. « Et toi ? Que fais-tu encore là ? » Je me levai promptement, ne sachant quelle serait ma tâche aujourd'hui. « J-je n'ai pas eu d'attribution monsieur... » Il fronça les sourcils et finit par rire. S'approchant de moi, il passa sa main autour de mon épaule. Je pris sur moi, fermant les yeux et prenant une grande inspiration. « J-je n-n'ai p-pas... Si je t'entends bégayer face aux maîtres, je te corrigerai. Tu es ici, quelque en soit la raison, quelqu'un t'a ramenée ici. Peu importe ton histoire ou ce qui se passe là-haut - et je pense savoir - quand tu es avec nous, tu n'as pas à te tourner les pouces. Si tu ne veux pas finir à faire les tâches les plus ingrates à chaque jour que font les dieux, je te conseille de te montrer plus dégourdie que ça. Sinon je serai obligé de prendre les mesures qui s'imposent... Tu comprends petite papillon ? » Sa main descendait lentement le long de mon bras. N'écoutant qu'à moitié ses insinuation et ses menaces, je me défis d'un geste brusque de son étreinte. Alors que nos regards se lançaient des éclairs, une sonnette retenti. Les appartements du fils représentant Khorde. Je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de fréquenter ou même d'avoir à faire directement aux dignitaires du Feu. Mais c'était toujours mieux que d'avoir à faire à l'intendant en chef...

Sans aucune cérémonie, je quittai la pièce avec une rapidité fulgurante, comme en fuite contre un prédateur qui, de toute façon, me rattraperait un jour ou l'autre. Gravissant les marches, je longeais les murs en faisant attention de croiser le regard d'aucune des personnes que je croisais. Ici depuis quelques pauvres jours, je ne souhaitais en aucun cas attirer l'attention de quelque façon que ce soit. Même si étrangement, je ne mettais pas toutes les chances de mon côté... Ma tendance à toujours être nus pieds pouvait intriguer bien des personnes. Enfin, je me rassurais en me disant que la tunique grisâtre que l'on m'avait prêtée était trop grande et me tombait allègrement sur les pieds, les cachant par la même occasion. Discrètement, j'entrepris de frapper à la porte des appartements d'où provenait la sonnette. J'avais pour habitude - si tant est que l'on puisse parler d'habitude si tôt - de m'occuper du ménage, de l'entretien. Rien que ne m'oblige à montrer la moindre prestance ou tenue. J'avais beau avoir de l'éducation et de l'instruction, je restais une fille de la forêt de Gorka. Fille de paysans dans un petit village. Le protocole et les révérences n'étaient pas mon fort. Ceci s'ajoutait à mon malaise. J'avais entrevu le fils du représentant du Feu et croisé sa femme au bal des représentants quelques jours plus tôt. Mais cela ne me confortait absolument pas dans l'audace qui m'a prit de souhaiter les servir directement. Si je faisais quelque chose de mal ? Que m'arriverait-il ? Les Feux m'intimident, me font peur. Mis à part Ranrek, je n'en ai jamais croisé de bons... Je respirais longuement, lentement, pour garder mon calme et tenter de me rassurer.

#Sanie #Vanka


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Mer 10 Mai - 8:45, édité 6 fois
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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mer 1 Mar - 14:28


L’image que te renvoie le miroir ne t’est pas vraiment inhabituelle. Tu peux même dire que tu la vois régulièrement, à chaque fois sans réelle surprise. Tu reposes le petit morceau que tu tiens dans les mains, desserrant difficilement tes doigts douloureux. D’un simple geste de la tête, tu fais tomber quelques mèches de cheveux devant ton visage, fuyant la dernière vision que tu peux apercevoir sur la face réfléchissante. Tu ne veux plus voir toutes ces marques sur ton corps. Ainsi assise sur le bord du lit, la tête baissée vers tes mains crispées, tu essaies de penser à autre chose. Aux animaux que tu peux croiser dans la rue. Au vent qui viendra balayer tes cheveux quand tu sortiras. Aux merveilles que tu pourras rencontrer en te baladant. Ton esprit essaie de divaguer vers cet inconnu qui t’accoste de temps à autres, le regard vif, prêt à soigner au maximum les blessures sur ton corps. Tu aimerais, à cet instant, pouvoir sortir du palais pour essayer de le rejoindre, mais tu sais que ce n’est pas possible. Tu ressens dans toute la colère de ton mari que tu ne pourras pas sortir pour le moment. Et puis, si tu sortais, comment ferais-tu pour retrouver ce bel inconnu ? Tu ne sais pas où il habite, ni même qui il est. Et dans ton état actuel, tu ne ferais qu’empirer les choses.

Relevant légèrement le visage, tu jettes un petit coup d’œil au travers de la fenêtre de votre chambre. Aujourd’hui, la colère de ton mari t’est tombée dessus sans même que tu ne l’aies vue venir. Tu n’as pas eu le temps de réagir, de trouver les mots qui parfois fonctionnent. Tu as juste subi tous les coups portés, la douleur, les cris, les insultes, les menaces. Puis quand il s’est figé, tu t’es toi aussi immobilisée, t’attendant à une nouvelle volée de sévices, mais il s’est simplement redressé avant de partir de la chambre. Tu es restée au sol, plusieurs minutes, priant pour qu’il ne revienne pas, la peur au ventre. Quand il t’est apparu clairement qu’il ne reviendrait pas, tu t’es relevée pour t’asseoir sur le bord du lit, évaluant les nouvelles blessures. Cette fois-ci, tu n’avais rien eu de grave. Plusieurs bleus sur les bras, les jambes et le ventre. Ta lèvre inférieure est ouverte et ne cesse de gonfler. Pourtant, quand le sang coule le long de ton menton jusqu’à ton cou, glissant le long de ta poitrine pour atteindre ton ventre, tu ne bouges pas d’un pouce. Tu n’en as pas la force ni même l’envie. Pourquoi essuyer cette preuve immonde de la violence qui t’est faite presque chaque jour ? Si tu te montrais dans cette situation, dans cet état, tu serais immédiatement mise en sécurité, surtout ici, à Dahud. Auprès de ton autre famille. Auprès de ton beau-frère, de ta fille. Ton mari et ses frères seraient définitivement fuis par le reste de la population. Mais tu sais que ce n’est pas possible. Tu ne peux pas abandonner ton mari alors qu’il fait tant de choses pour toi. Tu as une vie plutôt confortable ; tu as tous les vêtements que tu veux à disposition, ainsi que toute la nourriture possible. Tu vis dans un véritable palais puant la richesse. Tu as tout ce dont tu as besoin, et bien plus.

En silence, comme détachée de ton corps, tu t’allonges doucement sur le lit, le regard rivé au plafond. Tu sens une curieuse douleur dans ton ventre sous l’effort qui te fait penser à ton enfant perdu. L’enfant que tu as tué. Tu ne ressens aucun remord. A vrai dire, à cet instant, tu ne ressens plus grand-chose. Tu n’arrives plus bien à réfléchir, ni même à te concentrer sur quoique ce soit. Tu as toujours besoin d’un petit moment pour te remettre de ces crises de colère brutales. Tu te souviens, la première fois que c’est arrivé, peu de temps après ta fuite ratée. Tu en es restée ébahie. Choquée. Terrassée. Tu t’es dit que c’était exceptionnel. Que ça n’allait plus jamais arriver. Que tu l’avais vraiment mis en colère, que tu ne recommencerais plus. Puis, tu t’es bien rendu compte que ça n’allait pas s’arrêter. Et que ce n’était pas vraiment de ta faute. En tout cas, pas de ton entière faute. Pas toujours. Comme aujourd’hui. Tu ne sais pas ce qu’il s’est passé. Tu ne sais pas pourquoi il était tant énervé. Tu as sûrement dû faire une erreur quelque part. Tu dois trouver laquelle, pour ne plus la refaire. Tu ne veux plus le voir dans cet état.

La porte de la chambre s’ouvre alors. Tu entends le bruit qu’elle fait quand elle vient cogner contre le mur, et ton cœur se sert immédiatement à l’idée qu’il est revenu. Instinctivement, tu serres les poings, prête à recevoir plusieurs ordres brusquement et rapidement crachés — « lève-toi ! Va te laver, et prépare-toi un peu ! Tu es aussi immonde qu’une esclave » —, mais pourtant, rien ne vient. Terrifiée à l’idée qu’il attende quelque chose de toi sans qu’il ne t’adresse la parole, tu te redresses, le visage aussi serein que possible. Tu t’attends à tout : un regard haineux, un regard doux, un regard neutre, un regard fuyant. Tu as déjà eu affaire à tous, au moins une fois dans ta vie. Le regard fuyant est le plus rare, mais tu sais qu’il existe. C’est cette partie de lui, avec ce côté doux qui se montre parfois, qui te prouve que cet homme est quelqu’un de bien. Malgré sa colère, sa brutalité, sa violence, tu sais qu’il y a quelque part, enfui au fond de lui, un homme valeureux. Pourtant, cette fois-ci, ce n’est à aucun de ses différentes facettes que tu fais face. Non, ce n’est pas ton mari qui se tient sur le pas de la porte, mais la jeune domestique blonde que ton beau-frère a ramenée au palais. Tu la regardes un instant, observant son visage, sa peau d’un blanc pur, ses longs cheveux d’un clair étincelant. Tu évites son regard, à elle. Tu ne veux pas savoir si elle te prend en pitié. Même si tu ne penses pas que ce soit le cas. La jeune femme a vécu des choses presque similaires à ce que tu subis en permanence. Même si tu as du mal, beaucoup de mal à la laisser s’approcher, tu sais qu’elle n’est pas le genre à prendre en pitié une femme de ta trempe. En silence, tu l’invites d’un geste de la main à entrer et refermer la porte derrière elle. Tu n’as pas l’habitude de montrer une quelconque faiblesse envers quiconque. Pas même envers les personnes que tu aimes, encore moins, même, envers elles. Mais la jeune femme ne peut pas faire autrement que remarquer ton état. Doucement, toujours dans cette même lenteur dont tu ne peux pas vraiment sortir, tu t’assois en tailleur sur le lit, plaçant tes mains à l’intérieur de tes jambes, comme dans une position de défense. Mais ce genre de position ne peut rien faire contre ton mari. « Je pense qu’un peu d’eau fraîche me ferait du bien, Eden ». Tu n’oses pas parler trop fort, ton murmure n’étant assez puissant que pour que la jeune femme puisse t’entendre. Tu as la voix un peu rauque, mais tu n’as pas cri ni même pleuré. Tu as bien trop l’habitude pour ça. Non, tu as la voix rauque parce que cela fait un bon moment que tu n’as pas parlé.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Ven 3 Mar - 18:34

Kara Ergorn-Jaggde
&
Eden'el Lumnar


Nos esprits réunis
Les mains jointes, j'attendais avec impatience que l'on vienne ouvrir la porte. Sautillant et me mordillant les lèvres. Appréhendant de croiser quelqu'un qu'il ne faudrait pas dans le couloir et aussi craintive de savoir qui allait ouvrir la porte... Aucun pas ne se fit entendre, et pourtant la porte s'ouvrit. Mes yeux s'écarquillèrent, souhaitant déceler un potentiel danger le plus rapidement possible. J'amorçai un pas de recul lorsque la porte des appartements s'ouvrit. Khorde Ergorn se tenait face à moi comme un roc près à me balayer d'un revers de main. Il avait un air énervé. D'un regard assumé, il me jaugea de haut en bas, s'arrêtant sur mes pieds nus face auquel il exprima un soupir désabusé. « Va t'occuper de ma femme, souillon. Et ne t'occupe pas de ce qui ne te regarde pas. » Il me perçait d'un regard dédaigneux. Sans autre cérémonie, il traversa l'encadrement de la porte pour quitter les appartements sans prendre soin de me laisser me décaler pour éviter d'être bousculée dans sa démarche. De pas peu assurés, je me permis alors d'entrer. Le salon semblait vide. Je me permis d'ouvrir la porte de la chambre où elle devait se trouver. La poussant avec délicatesse, j'aperçus la belle Kara se redressant sur le lit. Cette femme était mon opposé physique : cheveux noir de jais, peau sombre, yeux d'un marron satiné, elle avait une prestance et un charme qui envoûterait n'importe quel homme de goût. Malgré ce qu'elle semblait vivre chaque jour... elle restait debout. Elle ne s'enfuyait pas, affrontait la réalité. J'éprouvais une sorte d'admiration envers cette femme. Ce n'était pas le genre à se plaindre, même si elle méritait une vie plus paisible, avec ses enfants, loin de ce palais aussi beau que vampirisant... Jetant quelques coups d'œils autour de moi, je cherchais quelque chose à ranger, à nettoyer. Il n'y avait rien. À part elle... Mais je ne souhaitais pas paraître intrusive à souligner ses marques, à remarquer ses traces rougeâtres encore fraîches sur sa douce peau d'ébène.

Cela me coûtait de vivre à côté d'une personne qui faisait subir tant de violence à sa femme. Mais j'avais depuis longtemps fait d'un tait de caractère assommant la généralité des maîtres du Feu. Que ce soit envers les Exempts, les esclaves et même leurs femmes. C'était absolument indignant ! Mais les enjeux, qu'ils soient sociaux ou politiques, prévalaient sur la santé de celles qui, dans l'ombre, tentaient de faire tenir la réputation des familles de Sezni. J'étais incapable de dire ce que je ferais si le sort me mettait dans la même situation que dame Kara. Penser que je me révolterai, sans forcément crier sur les toits cette injustice et cette violence gratuite, je chercherai à me défendre et peut-être même à lui faire payer le mal qu'il me fait. Or, j'ai déjà été dans une situation de maltraitance. Et qu'avais-je fait ? Prise par la peur, j'avais cessé de me débattre. Doutant de moi, de mes capacités à faire quoi que ce soit pour me révolter, je m'étais résignée. J'acceptais la violence. J'étais prête à faire ce qu'il me demandait pour que ces instants de brutalité durent le moins longtemps possible. J'étais comme dame Kara en cela que si j'étais mariée à un tel homme, je resterai. Malgré les efforts que cela demanderait, je persisterai et tenterai de garder la tête haute. Elle devait avoir un échappatoire, au moins pour l'esprit. Je n'étais pas sans savoir qu'elle et Ranrek s'entendaient bien. Mais celui-ci gardait des distances pour des raisons évidentes... Si Khorde venait à soupçonner un trop fort rapprochement, je n'ose pas imaginer ce qui arriverait et à Kara, et à Ranrek. Pourtant, ces deux personnes iraient bien mieux ensemble que cette ordure de Khorde.

Au fil des jours, à passer du temps avec Ranrek, je me rendais compte que c'était un homme d'une très grande richesse intérieure. Le cœur sur la main et en même temps un sens aiguisé dans la perception d'autrui. Je n'avais pas cette capacité à voir ce que les gens étaient, représentaient ou ce à quoi ils pouvaient aspirer. Un manque d'expériences et surtout une forte tendance à me méfier de tous, baissant ma garde envers les mauvaises personnes. Je restais du coup fermée quant à penser au genre d'homme que pouvait être Khorde. Peut-être faisait-il un travail remarquable pour sa région. Peut-être que ses actions, en dehors de son foyer, portaient sa famille et son peuple vers un chemin droit et sain. Cependant, quand bien même ce serait objectivement le cas, je me refuserai de le reconnaître. Encore trop sensible face à la violence dont les gens comme lui faisaient preuve. « Je pense qu’un peu d’eau fraîche me ferait du bien, Eden », dit-elle d'une voix rauque et discrète. Dans le plus grand des calmes, je me rendis jusqu'au petit salon pour servir de l'eau dans un verre de cristal. Tout était présent. Cela ne ressemblait pas avec exactitude aux appartements de Ranrek, mais on retrouvait sensiblement les mêmes idées, les mêmes pièces. Tout le monde avait ce luxe d'avoir autant de pièces au palais ? C'était compréhensible, vu que cette grande famille devait vivre avec toutes les autres branches. Mais autant d'espace pour des familles qui pourraient très bien se satisfaire de moins, cela me paraissait être du gâchis. Le verre rempli, je revins dans la chambre. « Tenez, dame Kara », prononçai-je de ma voix fluette se voulant neutre et respectueuse.

Enfin respectueuse... j'avais beau l'être dans mes paroles, l'intendant en chef n'avait de cesse de me prendre pour une fille ingrate et totalement dénuée d'éducation. Même si lorsque je parle on se doute que je ne suis pas de haute naissance, on est loin de se dépeindre le tableau qu'il fait de moi... Ma posture n'est pas très gracieuse, je n'arbore pas de maquillage, mes cheveux sont soit lâches à peine peignés, soit noués à la va-vite, les robes que l'on me prête, décontractée ou de travail, me tombent toujours plus sur une épaule que l'autre et je suis pieds nus la majeure partie du temps. Alors c'est sûr que côté prestance, il ne fallait pas être devin pour se dire que quelque chose n'allait pas... C'est qu'à Gorka, dans la forêt fluorescente, on est loin de ces protocoles et règles de présentation. J'aimais sentir l'herbe fraîche et la terre sous mes pieds. Dans la jungle de Dahud, où j'ai vécu mon exil quatre années durant, je n'avais pas non plus besoin de souliers. M'en faire aurait été trop compliqué et les acheter m'était, de toute façon, impossible. Certes, quelques éraflures auraient pu m'être épargnées si j'avais su me chausser. Mais je n'aime pas cette sensation d'être enfermée dans mes vêtements. Peut-être est-ce parce que j'ai grandi en étant libre de faire ce que bon me semblait concernant mon accoutrement. Que ça aurait été différent si j'étais née dans une famille plus noble. Mais j'aimais à croire que ça n'aurait rien changer : que la synergie que je partageais avec la nature m'aurait, dans tous les cas, donné cette fâcheuse habitude. « Avez-vous besoin de quelque chose d'autre dame Kara ? Ou peut-être souhaitez-vous juste que je reste ici, en silence ? »

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mar 21 Mar - 17:31


Tu n’arrives pas à fixer ton regard, à te concentrer, alors qu’il se perd dans le vague, ton esprit embrumé. Tu ne remarques que vaguement que la jeune domestique blonde quitte la chambre un instant. Tu ne sais pas pourquoi elle est là, ici, dans ces appartements. Tu ne l’as pas appelée. Tu n’as pas cherché à demander quelqu’un auprès de toi. Tu t’es juste couchée, attendant la suite. Tu pensais que ton mari allait revenir. Ou te laisser seule pendant quelques heures avant de t’obliger à cacher tes nouvelles marques. Pourtant, aujourd’hui, il a cherché à t’apporter de l’aide. Du soutien. Comme s’il était désolé. Tu fronces légèrement les sourcils en baissant les yeux sur tes mains, les doigts croisés et les pouces s’opposant l’un à l’autre. Ton mari n’a jamais montré aucun remord après ses crises de colère. Ou alors, c’est quelque chose qu’il a parfaitement caché, à tes yeux et aux yeux du monde entier. Ce n’est pas un homme qui regarde en arrière et qui ressent de la culpabilité. Ce n’est pas ce genre de personne, bien au contraire. Alors non, il ne viendra jamais s’excuser des coups qu’il t’a porté, mais cette action, le fait d’avoir amené Eden à tes côtés te montre bien qu’il a malgré tout un petit cœur, bien dissimulé, quelque part en lui. Et c’est pour ça que, malgré tout, tu l’aimes. Parce que tu sais que derrière cette colère, cette rage, cette violence, il est un homme bon qui ne veut que le bonheur de son peuple.

Le retour de la domestique dans la chambre attire à peine ton attention. Elle te tend un verre d’eau que tu attrapes automatiquement, ton bras se levant sans même que tu n’y prêtes attention. Le verre apparaît dans ton champ de vision, mais tu ne le portes pas immédiatement à tes lèvres, alors que tu regardes la surface de l’eau qui tremble un peu. C’est seulement à ce moment-là que tu remarques que ta main tremble légèrement, créant l’ondulation du liquide, et tu sers plus fermement les doigts autour du récipient, agacée par ta faiblesse. Tu as encore mal là où les coups ont été portés, surtout là où ton mari s’est particulièrement… concentré. Tu sais que la douleur mettra un certain temps avant de disparaître, comme toujours. Que les marques s’effaceront encore moins vite, surtout que tu devras les masquer et non pas les traiter. Seules les coupures et les blessures ouvertes seront soignées. Mais ce n’est pas une excuse pour paraître faible, même dans ce contexte. Tu ne peux pas te montrer ainsi à une domestique, encore moins à celle qui est presque la plus proche de ton beau-frère préféré. Tu ne veux pas qu’elle lui rapporte ce qu’elle a vu, tu ne veux pas qu’elle lui dise que ton état empire à chaque fois que Khorde s’approche de toi. Il y a quelques années, tu pensais qu’avec le temps, tu t’habituerais. Que la violence et la brutalité des coups deviendraient routinières. Banales. Tu ne t’es jamais autant trompée.

Tu entends la voix de la domestique et tu relèves la tête vers elle, sans même avoir bu une seule gorgée de ton eau. Tu la regardes, avec son beau visage de poupée, légèrement baissé en signe de respect. Ses longs cheveux blonds. Sa taille menue. Sa peau d’un blanc pur. Elle fait tache, dans ce lieu. Au milieu de ces autres domestiques pour la plupart noir de peau, avec une posture droite, stricte. Le visage le plus impassible possible, faisant en sorte de ne pas se montrer, d’être invisible jusqu’à ce qu’on les demande. Eden se démarque bien trop des autres domestiques. Elle est trop différente. Tu n’es pas totalement contre sa présence dans ce palais, mais tu ne t’étonnerais pas qu’elle disparaisse un jour, sans explication réelle. Cela te dérangerait fortement. Tu t’es attachée à cette fille. Même si tu ne la connais pas en profondeur, son don t’intrigue. Plus que de raison. Et tu sais que ton beau-frère apprécie cette domestique. Tu te rends compte que plusieurs minutes ont passé alors qu’elle a posé cette question, à laquelle tu ne sais pas répondre. Tu ne sais pas ce que tu veux. En temps normal, tu resterais allongée. A ne rien dire, à ne rien faire. A ne rien penser. Juste à regarder le plafond de la chambre, attendant que les heures passent. Tu n’as pas l’habitude, encore une fois, de devoir agir après une telle violence. « Arrête donc de m’appeler dame Kara quand nous sommes seules. Je ne suis pas encore un fossile ». Tu amènes doucement le verre à tes lèvres avant d’en boire une petite gorgée, mais une douleur soudaine se fait ressentir quand tu décolles le récipient et, portant tes doigts à ta lèvre, tu sens un liquide chaud couler. Du sang. Tu as rouvert ta plaie, encore. Tu essuies doucement ta lèvre, sans un regard envers la domestique. Elle n’a pas à s’occuper de ça.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Dim 26 Mar - 23:27

Kara Ergorn-Jaggde
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Eden'el Lumnar


Nos esprits réunis
Les marques qu'elle portait sur sa peau d'ébène me brisait le cœur. Me donnait envie de laisser la colère me consumer. N'importe quel homme ou femme capable de temps de cruauté devait bien finir par payer le prix de leurs actes, non ? J'espérais secrètement que la personne qui m'avait maltraitée était en train de souffrir pour ce qu'elle a fait de mal dans sa vie. Chaque nuit où je me réveille toute en sueur après la peur qu'il m'a insufflée à travers un cauchemar, je prie Tarlyn que son cœur se fait transpercer par mille lames. Tant de violence dans ces pensées... Cela ne me ressemble pas. Mais j'ai gardé tant d'années cette rage en moi, ayant toujours refusé d'extérioriser cette haine, me contentant de sangloter lorsque mes pensées sont trop difficiles à supporter. Cette douleur qui m'éprend encore aujourd'hui, Kara doit la vivre et la vivra jusqu'à la fin de ses jours : elle était la femme de Khorde Ergorn, futur représentant en chef de la dictature du Feu. Quand bien même elle tenterait de fuir ou de se détacher de lui, cet homme plein de brutalité et vide de considération pour celle qu'il est censé aimer la ferait sûrement tuer... Elle était prise au piège d'une destinée qu'elle ne devait probablement pas avoir choisi. J'ignorais le détail de sa filiation, son rang et sa généalogie. Mais je me doutais que Kara faisait partie de l'aristocratie de Sezni. Une femme aussi forte, avec un tel sens du sacrifice et une telle dévotion à la tâche qui lui incombe. Ce n'est pas une fille du peuple qui supporterait tout cela. L'empathie que je ressentais devant son corps meurtri m'étreignait le cœur comme s'il se trouvait dans un étau que l'on resserrait, et pourtant, je ne pensais pas percevoir la moitié de ce qu'elle devait endurer... J'étais impuissante... N'était-ce pas ce qui me mettait le plus hors de moi ? J'étais à sa portée. Il me suffirait de tendre le bras pour la toucher. D'un murmure pour qu'elle m'entende. Mais je ne pouvais rien faire. Je ne voulais rien faire.

Peur d'un faux pas ? D'une erreur de jugement ? Des indications de son mari ? « Ne t'occupe pas de ce qui ne te regarde pas. » Ce n'était pas l'envie qui m'en manquait... ça non... Cela avait beau ne pas me regarder, le respect de la condition de chaque être humain était la responsabilité de tous. Surtout de ceux qui voyaient ces choses. Pour une fille élevé à Gorka, ce silence, cette zone d'ombre entourant les violences faites dans ce palais était un véritable calvaire. Ranrek finira par trouver une solution pour l'aider. Il doit trouver une solution. L'éloigner, la protéger, il devait pouvoir faire quelque chose. Peut-être avais-je trop tendance à le prendre pour un sur-homme... Il était à la merci de son père et de son aîné, comme tout le monde ici. Porter le patronyme des représentants du Feu ne suffisait pas à obtenir tout ce que l'on désirait. Pas en ces murs. J'observais Kara. Elle paraissait absente, à des milliers de lieues d'ici. C'était probablement ce qu'il y avait de mieux à faire... Lorsque j'étais captive, j'avais fini par comprendre qu'un jour, une erreur ou même la lassitude présenterait une opportunité pour mon évasion. Cela n'avait été qu'une épreuve de patience. Il était bien moins violent avec moi lorsque ma fureur s'était amoindrie. Bien que le mal ait été fait, attendre en silence avant le bon moment ne m'a pas été impossible. Ici, c'est très différent. Aucune fenêtre, ni même lucarne n'était accessible pour cette femme qui avait déjà tant donné de sa personne. Et rien ne semblait calmer Khorde. Une impasse dont il faudrait un miracle pour qu'elle s'en extirpe en vie. Cette pensée me glaça le sang. « Arrête donc de m’appeler dame Kara quand nous sommes seules. Je ne suis pas encore un fossile » Portant le verre à ses lèvres, je remarquai que celles-ci se mirent à saigner. Un léger fil que je préférai ignorer. Elle devait être bien assez embarrassée pour que je n'ai pas à me rajouter à son malaise. Le mal lui avait déjà été fait, de toute façon. Je ne pouvais pas remonter le temps. Malheureusement.

Mes yeux se baissèrent, suivant ma tête déjà inclinée. « Loin de moi l'envie de vous offenser, Kara. C'est juste que... je ne voudrais pas qu'une familiarité entre nous soit un nouveau prétexte pour... » Je ne terminai pas ma phrase, réalisant que dire ce que l'on pensait n'était pas, mais alors vraiment pas, bienvenu en toute occasion. De plus, Kara était une femme magnifique. Si elle était aimée et estimée à sa juste valeur, ce serait alors une grande dame, fière et aussi forte qu'un roc. Le genre de femme dont le charisme naturel suffisait pour asseoir une autorité certaine. Si le pouvoir émanait d'elle, ce serait un pouvoir maternel et attentionné. Loin de l'idée que l'on peut se faire d'une enfant de Malaggar... Serrant les dents, je m'en voulais d'effleurer le sujet. Mais ce serait la prendre pour une idiote que d'éluder totalement ce qui se passait réellement ici. Une inspiration plus longue. J'ignorais ce que Ranrek avait pu lui dire à mon propos. J'ignorais où se trouvait la limite de notre lien entre elle et moi. Ne voulant pas faire la moindre erreur, j'agissais toujours avec beaucoup de prudence et une méfiance certaine. Partagée entre mon envie de l'aider à traverser tout cela et mes instincts de survie en ces lieux. Je n'étais pas dupe, mon temps était compté dans ce palais. Je voyais cela aux regards que me portaient les maîtres, les domestiques et même parfois les esclaves... Je ne me sentais pas à ma place dans une telle demeure. Que ce soit par la différence d'élément, la différence de mode de vie. Je faisais tâche et ma proximité avec Ranrek n'était pas pour arranger mon cas. Doucement, je m'approchai un peu plus de Kara et me permis de m'asseoir juste à côté d'elle, sur le lit. « J'aurais aimé être Eau. » Lui confiai-je presque innocemment. Une petite pause, comme pour qu'elle ait le temps de s'interroger sur la raison de cette déclaration. Peut-être qu'appeler à l'incompréhension et à la curiosité, son attention serait suscitée.

Touchant la paume de ma main avec le bout de mes doigts, je poursuivis : « Paraît-il qu'ils peuvent contrôler la température de l'eau. Un filet dans le creux d'une main. On la refroidit. Posé sur une contusion, cela atténue la douleur. » Les conseils de Brehn me revenaient, comme un poème que l'on récite. « Pure, une goutte d'eau peu même protéger des impuretés. » Mon visage avait beau rester neutre, il transparaissait de mon expression un air rêveur. Naïf. « Parfois, je regrette que les choses n'aient pas été différentes. Plus simples. Mais d'autres fois, je me dis que c'était nécessaire. Je me résigne en me disant que tout ce qui a pu m'arriver de mal a finalement participé à ce qui, aujourd'hui, peut m'arriver de bien. » Le rythme de mes mots était lent, ma voix basse et incertaine. Comme si je pensais à voix haute. « Mais c'est faux. » Perdis-je en optimisme. « Toutes ces mauvaises choses, on ne les mérite pas toujours. Et elles ne nous construisent pas. Au contraire. Elles nous détruisent et nous rongent. Mais on finit par les accepter parce qu'on n'a pas le choix. » Reprenant une inspiration, je remarquai que ça ne devait en rien rassurer Kara... « Tout ce que l'on peut espérer, c'est que quelqu'un soit là pour nous tendre la main et ne pas avoir à traverser ces ténèbres seul. » Je pensais à Ranrek et ce qu'il représentait. À mes yeux, bien qu'arrivant avec quatre années de retard, il était la personne qui me tendait la main et m'aidait à traverser l'obscurité. Il me redonnait la force de croire que la lumière se trouvait au bout de ce tunnel interminable. C'était peut-être plus simple maintenant que je ne vivais plus de calvaire. Mais tout le temps où il m'aura hanté, j'ai laissé ce mal grignoter chaque parcelle de ma personnalité, de mon intégrité. Je me suis laissée, abandonnée. Faible et sans aucun autre espoir que celui d'être récupérée par une âme pas trop malhonnête. La femme qui me revendît était probablement l'opposé de ce que j'entendais par "pas trop malhonnête". L'important était que, si je pouvais repartir de zéro, alors Kara pourrait trouver une personne, voire même plusieurs, capables de l'aider à surmonter tout cela. Cette femme ne mérite pas cette violence et ce traitement qui, chaque jour, la rabaisse dans son estime et la considération qu'elle peut avoir envers sa propre personne. De ce constat, elle n'avait pas à travers ces ténèbres seule. Absolument pas.


#Sanie #Vanka


Dernière édition par Eden'El Lumnar le Jeu 27 Avr - 15:47, édité 1 fois
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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mer 12 Avr - 10:30


Elle ne veut pas qu’une familiarité entre elle et toi soit un prétexte pour ton mari pour te frapper. La domestique ne le dit pas jusqu’au bout, s’arrêtant avant la fin de sa phrase, mais tu as très bien compris ce qu’elle a voulu dire. Et ça te gêne qu’elle ne veuille pas finir, de peur de te blesser, de t’enfoncer encore plus que tu ne l’es déjà. Tu ne veux pas de sa pitié, ni d’un quelconque apitoiement sur toi. Encore moins de la part de ces personnes qui servent ta famille et qui te voient presque tous les jours. Qui te croisent à n’importe quel moment, quand tu es seule ou accompagnée. Ces mêmes personnes qui te nourrissent, qui préparent ta chambre pour dormir. Qui rangent et ordonnent l’appartement dans lequel tu souffres un peu plus chaque jour. Tu ne veux pas voir ces regards emplis de compassion être posés sur toi, alors qu’ils se mettent à te traiter comme une simple femme battue alors que tu es l’épouse du fils du dirigeant. Tu as toujours été forte. A chaque coup que Khorde te porte, tu réussis toujours à te relever, à faire face. « Khorde trouvera toujours un prétexte pour me frapper, Eden’El ». Ta voix est tranchante, bien plus forte qu’il y a quelques minutes à peine. De peur que ton mari t’entende, tu baisses un peu le ton. Il ne doit pas savoir. « Ce n’est pas une simple amitié avec une domestique ramenée par son frère qui va me tuer. Sinon, il serait bien idiot ». Oui, il serait très insensé de te frapper à mort parce que tu es proche d’une domestique. Même si celle-ci a été engagée par le canard boiteux de la famille, même si celle-ci n’est pas une Feu, même si celle-ci n’est pas dans la couleur de peau de la famille, même si celle-ci dénote clairement dans ce paysage, Khorde n’est pas sot au point de te punir à mort, ni même pour te punir plus fort qu’en temps normal. Ce n’est pas un homme à se trouver des excuses. S’il veut te frapper pour se défouler, il le fera en tout état de cause.

La domestique vient s’asseoir sur le lit, juste à tes côtés. Tu n’as pas l’habitude que quelqu’un vienne aussi proche de toi, en dehors de tes enfants, de ton beau-frère et de quelques autres personnes très rares. Depuis quelques années maintenant, tu évites le plus possible une quelconque proximité avec qui que ce soit, de peur de la réaction de ton mari, mais aussi à cause d’un dégoût. Recevoir des coups violents presque chaque jour depuis près de vint-cinq ans t’empêche d’accorder de la confiance au premier venu. Non, tu passes ton temps à te demander qui va t’attraper par le bras en te serrant au point qu’un bleu apparaîtra au bout de quelques secondes. Qui va te tirer les cheveux pour que ta tête soit rejetée en arrière dans une position de soumission dont tu ne peux te dégager. Pourtant, quand Eden’El s’assoit sur le lit, tu ne tressailles pas. Tu ne frémis pas. Aucune palpitation de terreur en anticipation au prochain coup ne se fait ressentir. Parce que tu n’as pas peur de la jeune fille. Ce n’est pas avec ses petites mains blanches qu’elle pourra te faire mal. Tu sais bien que les femmes peuvent être autant des monstres que les hommes, voire même pire pour certaines d’entre elles. Mais Eden’El n’est pas ce genre de femme. Si Ranrek lui fait confiance, alors toi aussi.

La voix de la jeune femme t’intrigue, alors qu’elle t’avoue qu’elle aurait préféré être une Eau. Une Eau. Quelle idée. L’ombre d’un petit sourire menace ton visage alors que tu le tournes vers la domestique, l’air curieux. Quel serait l’intérêt d’être une Eau ? Selon toi, ce sont les plus faibles, après les Exempts. Au contraire du Feu, ils ne peuvent pas tuer aussi facilement une proie. Il faut du temps. L’eau n’est pas faite pour tuer ni blesser, elle n’est là que pour décorer. Faire des pirouettes avec le liquide fluide, s’amuser à faire pleuvoir. Rien qui ne peut être intéressant dans ce monde brutal et cruel. Tu écoutes la domestique alors qu’elle te parle. L’eau pourrait aider à soigner. Dans un sens, cela prouverait que l’eau est tout l’opposé du feu. Le Feu blesse et tue, l’Eau guérit. Mais en temps de guerre, sur un champ de bataille, les Eau seraient purement et simplement écrasés. Khorde n’arrête pas de le répéter. Le seul avantage qu’ils ont, c’est leur région trop froide pour un Feu.

Cependant, les paroles de la domestique deviennent peu à peu de plus en plus réfléchies. Moins terre à terre. Je me résigne en me disant que tout ce qui a pu m’arriver de mal a finalement participé à ce qui, aujourd’hui, peut m’arriver de bien. Tu n’y crois pas une seule seconde. Et Eden’El non plus. Khorde n’a en aucun cas participé à ton bonheur. Si tu ne l’avais pas rencontré, si tu n’étais pas devenue son épouse, tu aurais vécu avec ta famille à Sezni. Tu te serais mariée à un parti moins avantageux pour ta famille mais moins dangereux pour toi. Il ne peut pas y avoir pire que Khorde. Mais en même temps, tu as eu trois enfants de lui. Et même s’ils sont chacun différents les uns des autres, qu’ils ont chacun un caractère bien particulier qui fait que tu es certaine que l’un d’entre eux prendra la relève de son père sans aucun problème, tu les aimes tout autant. Alors oui, aujourd’hui, tu as certaines choses et certaines personnes qui font que tu es obligée de survivre. Mais tu ne fais que survivre. Ouvrir les yeux chaque matin est une épreuve que tu ne connaissais pas auparavant. A chaque lever du soleil, tu te demandes si aujourd’hui sera le dernier. Si tu auras la force de te lever, de marcher aux côtés de ton mari. De lui sourire, de le toucher. Malgré tout ce qu’il te fait, tu aimes cet homme. Et c’est ça aussi qui te fait te lever chaque jour. Au-delà de l’amour que tu portes à tes enfants, de ton amour pour Ranrek, tu ne peux te résigner à la mort à cause de cet amour insensé que tu ressens envers ton mari. Cet homme qui a fait de ta vie un enfer.

La domestique continue sur sa lancée, de sa petite voix tremblante. Trouver quelqu’un pour ne pas traverser les ténèbres seul. Tu sais qu’elle fait référence à ton beau-frère, celui-là même qui a sûrement dû lui sauver la vie. Tu ne sais pas quelle relation ils entretiennent. Tu ne veux pas t’immiscer. Mais Ranrek est ton ami. Il est même devenu bien plus qu’un simple ami dans cette famille. Alors tu ne peux pas rester sans rien faire. « Ranrek ne sera pas toujours là, Eden’El. Il t’aide à traverser ces ténèbres, mais une fois qu’elles seront passées, tu devras tracer ton propre chemin ». Tu la regardes un moment. Son beau visage blanc, ses longs cheveux blonds qui lui donnent un air pur. « C’est naïf de penser que la vie est facile. Qu’il suffit à apprendre à se battre pour survivre sans encombre. Tu as eu la chance de rencontrer Ranrek, qui a pu t’aider. Qui t’aide à chaque instant. Mais il finira par partir. Par avancer, sans toi ». Ranrek est un homme bon. Un homme droit qui n’hésite pas une seule seconde à trahir ses frères et surtout leurs mœurs pour ce qu’il croit bon. Mais il n’ira jamais au-delà des devoirs de son peuple et des devoirs envers son souverain suprême. Pas pour une domestique blessée. Pas alors qu’il a ce rang qui fait de lui un Ergorn respecté. « Tu as trouvé ton Ranrek, Eden’El. Mais je ne suis pas sûre qu’il en existe un pour chacun d’entre nous. Peut-être que tout le monde ne pourra pas survivre à ces ténèbres. Peut-être que certains sont voués à rester enfermés dans cette noirceur jusqu’à la fin ». Certains, comme toi. Car tu ne vois pas le bout de ce tunnel. Tu ne vois que noirceur, froideur, terreur et barbarie. Et tu sais que ça ne changera jamais.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Jeu 27 Avr - 16:33

Kara Ergorn-Jaggde
&
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Nos esprits réunis
La violence m'a toujours rebutée. Je n'ai jamais été confrontée à tant de violence gratuite que depuis ce jour où j'avais quitté la cérémonie. Le monde était pourtant bercé de ces personnes qui ressentaient le besoin existentiel de s'en prendre à autrui. À des personnes plus faibles, ou des personnes pacifistes qui ne souhaitent pas répondre à la violence par la violence. Du haut de mes vingts années, j'avais encore bien trop de choses à apprendre et à découvrir sur la nature humaine. Surtout lorsque l'on compte mon enfance passée dans une bulle de bonté et de bienveillance où le mal ne semblait pas être assez fort pour atteindre le cœur noble des habitants. D'un côté, je remerciais mes parents de m'avoir fait grandir dans ce village imperturbable. D'un autre côté, je regrettais de ne pas avoir été préparée à affronter la vie de cette manière... De ça ne je pouvais en vouloir qu'à moi-même. Si j'avais passé cette cérémonie comme tous les autres, si je n'avais pas pris peur face au feu et passé le jour suivant, j'aurais probablement été ramenée chez moi une fois ma marque apparue. Au lieu de ça, j'avais pris la fuite. Certes, ma marque était finalement apparue, telle un signe salvateur. Mais mon retour eut un prix qui me marqua à jamais. Et pas d'un élément... Il m'arrivait de me demander comment j'avais fait pour tenir bon, ne pas laisser tomber, être encore là. Je voulais comprendre, savoir d'où me provenait cette force insoupçonnable. Peut-être que cela pourrait aider d'autres personnes. Comme Kara. Elle ne semblait pas avoir besoin d'aide, tenant comme elle pouvait pour sa survie et surtout pour ses enfants...

Ils étaient sûrement le pilier qui la maintenait sur pieds. Je n'avais pas encore eu le loisir de les rencontrer personnellement. Restant assez éloignées des Ergorn dans la majorité des cas. J'espérais que dans la fratrie, il y en avait au moins un qui avait plus tenu de sa mère que de son odieux père... Son courage et sa ténacité étaient de véritables armes qui l'aidaient probablement à garder ce cœur noble et pur qu'elle paraissait posséder. Mon manque de tact sembla la gêner, ce qui me fit me sentir bête. « Khorde trouvera toujours un prétexte pour me frapper, Eden’El », avoua Kara. Je n'étais que trop bien placée pour savoir que la violence n'avait pas besoin de prétexte. Je détournai le regard, repensant malgré moi aux gestes posés sur ma personne par cet homme qui m'avait brisée. « Ce n’est pas une simple amitié avec une domestique ramenée par son frère qui va me tuer. Sinon, il serait bien idiot. » Sa voix était plus basse, mais son propos me fit rougir. Une honte cachée du jugement qu'elle pourrait porter sur moi. Ma présence ici. Près de Ranrek. Alors que ma sœur aînée avait toujours aimé savoir ce que les autres pensaient d'elle - par curiosité seulement, car elle ne se laissait pas influencer par leurs jugements - j'étais au contraire très impactée par ceux-ci. Préférant alors ne pas les connaître, de peur que cela ne fasse qu'empirer l'estime déjà faible que j'avais pour moi. Il m'était impossible de me regarder dans un miroir sans détester ce que je voyais. Impossible de m'affirmer auprès de quelqu'un, pensant être en tout point inférieure. Le seul instant où je pensais avoir encore un minimum de valeur, c'était lorsque je me voyais à travers les yeux de mon bienfaiteur...

Ayant rejoins Kara sur le lit, je chassai ces mauvaises pensées de mon esprit. Ce n'était pas l'instant ni le lieu pour m'apitoyer sur mon sort, je le faisais bien assez lorsque je me retrouvais seule avec ma conscience pour seule compagnie. Mes gestes autant que ma voix étaient doux, délicat, comme si chaque chose autour de moi était faite de cristal. Malgré ma vivacité d'esprit, l'alerte de mes sens lorsque dans la jungle je m'étais réfugiée, j'avais toujours été calme, un corps posé, aussi tranquille que mes traits étaient blancs. Ma grand-mère me qualifiait toujours d'image de pureté. Ma peau pâle, mes cheveux blond nacré, mes lèvres légèrement teintées, la finesse de ma silhouette, il n'y avait que les perles azurées de mes yeux qui semblaient donner cette étincelle vivifiante et cristalline qui animait chacune de mes émotions. Un physique doux qui m'avait pourtant attiré bien des ennuis. Ma gentillesse se lisait sur lui. J'ai rapidement compris que pour le commun des Orandiens, être pacifique et respectueux envers tout et tout le monde, était une marque de faiblesse. Savoir se défendre par la violence était monnaie courante et n'user que de mots justes, sages et magnanime était signe de faiblesse. Cela me déconcertait, moi qui croyait encore il y a peu que la parole pouvait ramener le plus fou des hommes à la raison. Je ne nourrissais aucun réel désir de violence, de guerre ni de vengeance. Restant humaine, il m'est donné de détester, haïr jusqu'à ce que mes tripes s'en tordent, mais quand bien même on me donnait toutes les armes et toute la puissance nécessaire pour m'en servir, je resterai incapable de porter le moindre coup. Les guerres n'étaient que des légendes, elles faisaient partie du passé et n'avaient point lieu d'être. Une vision naïve du monde que je parvenais à conserver malgré les choses que j'avais pu voir et vivre.

Mes mots n'étaient plus réellement choisis. Comme si je laissais mes pensées s'échapper de mon esprit. Mes pensées n'avaient rien dont je pourrais avoir honte, mais il n'était pas dans mes habitudes de me montrer aussi loquace, gardant ces choses pour moi. Les intériorisant en espérant que jamais elles ne fassent surface dans une explosion intempestive que je serai incapable de contrôler. Incapable à gérer. « Ranrek ne sera pas toujours là, Eden’El. » Mon regard croisa le sien, mais une expression d'enfant punie commença à se lire sur mon visage. Il ne sera pas toujours là... C'est un fait, mais que je ne souhaitais pas prendre en considération. Je ne l'ignorais pas, mais l'occulter. Parce que pour l'heure, je ne m'imaginais pas redevenir seule... « Il t’aide à traverser ces ténèbres, mais une fois qu’elles seront passées, tu devras tracer ton propre chemin. » Mes traits se crispaient progressivement aux paroles pourtant censées de Kara. « C’est naïf de penser que la vie est facile. Qu’il suffit à apprendre à se battre pour survivre sans encombre. Tu as eu la chance de rencontrer Ranrek, qui a pu t’aider. Qui t’aide à chaque instant. Mais il finira par partir. Par avancer, sans toi », dit-elle. Naïf... sûrement... J'avais beau m'efforcer de maintenir mon regard vers elle, ma respiration se faisait plus difficile. Je maintenais un calme en surface alors qu'au fond, ses mots me perçaient le cœur. Il partira. Avancera sans moi... Je ne soutins pas plus longtemps son regard. Baissant la tête. Mes mains jointes sur mes jambes voyaient mes doigts s'entrelacer par ma nervosité. Ranrek était mon repère, ma lumière dans une nuit sans lune. La seule personne pour qui je parvenais à maintenir la tête hors de l'eau. Peut-être n'étais-je qu'un exutoire pour lui, une façon de trouver je ne sais quel pardon ou combler un vide. Mais je ne voulais pas croire que ça ne comptait pas à ses yeux. Que du jour au lendemain, il viendrait me dire que toutes ces promesses dont il m'a bercé n'étaient plus à l'ordre du jour et que je devais partir. Il m'était impossible de me détacher de lui...

Dépendre d'un homme de son rang n'était pas la meilleure chose qui soit. Car je savais bien que la Feu avait raison ; un jour, il serait obligé de me laisser de côté. Mais je ne croyais pas un instant qu'il m'évaporerait comme un souvenir d'une autre vie. Notre relation importait beaucoup pour moi. Peut-être parce qu'il était la seule réelle relation que j'avais depuis mon exil. Qu'il était la seule personne à n'avoir encore jamais tenté quoi que ce soit contre ma volonté ni tenté de me faire le moindre mal. Que ce soit en gestes, ou en paroles. Ranrek me préservait peut-être un peu trop... Ce qui tranchait drastiquement avec les mots de Kara qui étaient durs à entendre. Car même en connaissant l'avenir qui incombait à un homme de son rang, je ne voulais pas voir le présent être terni par ces paroles que nous n'avions jamais réellement prononcé lui et moi. Nous savons tous les deux qu'un jour, cette chambre ne serait plus mienne et que, même si je restais à son service, les choses seraient bien différentes. Mais de là à nous opposer et à nous confronter à cette vérité... Je fermai un instant les yeux et pris une longue inspiration. Expirant lentement l'air ingurgité, j'écoutais Kara. « Tu as trouvé ton Ranrek, Eden’El. Mais je ne suis pas sûre qu’il en existe un pour chacun d’entre nous. Peut-être que tout le monde ne pourra pas survivre à ces ténèbres. Peut-être que certains sont voués à rester enfermés dans cette noirceur jusqu’à la fin » L'hypothèse qu'elle exposait m'intriguait. Reportant mes yeux bleutés vers les siens, je tentais de comprendre ce qu'elle voulait dire... Se considérait-elle comme condamnée à l'obscurité ? Peut-être étais-je trop optimiste à croire que l'on n'est pas destiné à ces abîmes sans le mériter... Car si ce n'était pas le cas, alors même les personnes qui méritent d'être dans cette obscurité n'ont pas à l'être. Et donc celles qui mériteraient les ombres pouvaient aussi se retrouver à jouir d'une place au soleil sous le plus beau des halos de lumière ? La vie était-elle si injuste ?

Si je devais partir de son postulat où l'obscurité pouvait frapper les bons comme les mauvais, que ça n'avait rien à voir avec le mérite, ma façon de considérer chaque être comme égal me pousserait à croire que bonne comme mauvaise, chaque personne devait être sortie de ces ténèbres. Autant que Kara, Khorde devait être éclairé. Autant moi que cet homme qui m'avait détruite, nous devions être éclairés. Cela pourrait aider les mauvaises personnes à chercher la rédemption, les guider vers une vie plus saine et bienveillante. Mais cela pouvait aussi, au contraire, leur donner bien plus de force et d'armes qu'auparavant. J'ai beau croire qu'en chacun de nous réside une part de bonté, je ne peux pas accepter que tant d'injustices restent impunies. Peu importe les bons côtés que Khorde pouvait posséder, les joies qu'il avait pu apporter, il ne méritait pas d'être élevé, surtout pas au détriment de sa femme. Ma tête bouillonnait, rejetant et approuvant, cherchant à comprendre Kara pour tenter de lui apporter un soutien même si elle pensait ne pas en avoir le moindre besoin. Ce n'était pas par pitié que je m'étais attachée à elle, même si une part de moi voulait se montrer solidaire, je ne voulais pas être de ceux qui la font se sentir faible. Elle ne l'est pas. Et une fois encore, je le comprenais. Malgré mon apparence et les marques qui jonchaient mon corps, je ne pensais pas être aussi faible que le regard des autres voulait me le faire croire. Même si parfois, ils réussissaient à me le faire penser... « On verra bien ce que l'avenir me réserve, mais ça ne va pas m'empêcher de profiter du présent pour autant... Je ne veux pas perdre ce que j'ai trouvé en Ranrek sous prétexte que je pourrais tout perdre la prochaine lune, la prochaine semaine, ou demain... » Ma voix était douce et attristée à ces mots. Mais je ne me décomposai pas pour autant. « Pour chaque personne il existe une âme sœur. Qu'il s'agisse d'un homme, d'une femme, d'un enfant, d'un animal, pourquoi pas même d'une plante », dis-je avec légèreté. « Peu importe le temps que ça peut prendre avant de rencontrer cette âme, peu importe le temps qu'il faut pour que se fasse le déclic, il ne faut pas cesser d'y croire. » Conseillai-je à Kara avant de me lever et de me poster face à elle. « Et quand bien même l'espoir s'en serait allé... Cela n'empêchera pas cette âme de vous trouver. » J'aurais aimé lui offrir un sourire. Mais il n'y avait que l'ombre d'une courbure qui se dessinait sur mes lèvres alors que mes yeux s'étaient illuminés d'une étincelle vive. « Nous devrions peut-être faire autre chose que rester là à palabrer, non ? » Proposai-je afin que Kara ne se morfonde pas dans ses appartements.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Sam 29 Avr - 10:26


Tes yeux se baladent dans le vide de la pièce, profitant de la légère obscurité. Ton esprit vagabonde également, essayant de suivre la domestique dans ses paroles. Profiter du présent… Tu es bien d’accord avec elle. Il faut toujours profiter de ce que l’on a, car l’on peut tout perdre en un claquement de doigts. Ta vie a basculé le jour où ta famille t’a vendue à Khorde. Dès que tu l’as vu, cet homme qui serait ton mari jusqu’à ta mort, tout en toi a compris que tu n’allais plus jamais avoir la même vie. Malgré votre jeune âge, à tous les deux, tu ressentais déjà toute la violence qu’il contenait en lui, ses yeux flamboyants, ses poings serrés le long de son corps, sa mâchoire tendue. Il n’a jamais été autrement, avec toi. Il a toujours été sincèrement en colère contre toi, sans que tu ne puisses savoir pourquoi. Comme si ta simple présence suffisait pour l’agacer et lui donner envie de te frapper. De te mettre plus bas que terre. Lorsqu’Eden parle de l’âme sœur, tu ne peux pas t’empêcher de lâcher un ricanement sceptique. « Et même si cette âme sœur arrive, Eden, crois-tu que Khorde la laissera faire ? » Ta voix est emplie de dureté. « Il tuera quiconque essaie de m’enlever à lui. Il fera de quiconque essaie de me voler un exemple pour tout Oranda. C’est un homme possessif. Jaloux. Il en arrive même à jalouser son propre frère, de le voir si proche de moi alors qu’il n’y a rien d’autre que de l’amitié ». De l’amitié. Tu n’oses pas dire à la domestique à quel point Ranrek et toi avez pu être proches, bien des années auparavant. En plus du fait que ça ne la regarde pas, tu ne sais pas ce que ton corbeau a pu lui dire sur sa vie d’avant. Et tu ne veux pas créer plus de problèmes qu’il y en a déjà dans cette famille. Alors, à chaque fois que tu vois ton mari s’apprêter, se faire incroyablement beau, avant de sortir de la maison, tu préfères fermer les yeux. L’attendre dans votre lit pendant une bonne partie de la nuit avant qu’il ne revienne, complètement repu. Repu d’une autre femme. Parce qu’il ne supporte pas de te toucher autrement que par des coups.

« Nous devrions peut-être faire autre chose que rester là à palabrer, non ? » Tu lèves les yeux pour la regarder, alors qu’elle s’est postée devant toi, l’ombre de l’ombre d’un sourire sur le visage. Tu ne sais pas comment réagir face à cette demande. A chaque coup que ton mari te porte, après chaque correction, tu restes toujours dans ton coin, lorsque tu le peux. Tu attends que le temps passe, que ton mari se calme. Que sa colère disparaisse, ainsi que sa présence. Le croiser ne ferait qu’empirer les choses, et tu l’as toujours compris. Dans ces moments-là, tu dois rester discrète, faire de toi un fantôme que seuls les domestiques peuvent voir, toucher, entendre. Avec le temps, tout cela est devenu une habitude. Des actions presque automatiques. Mais depuis l’arrivée d’Eden, dans cette pièce, tes habitudes ont été brisées. Tu n’as jamais ouvert la bouche, après que ton mari eut quitté l’endroit de tes supplices. Tu n’as toujours fait qu’attendre, encore et encore. Attendre que la douleur passe. Que tes larmes sèchent. Que les bleus apparaissent pour que tu puisses ensuite les cacher. Tu n’as jamais parlé d’une potentielle âme sœur, de la possibilité de sortir de cet enfer. Parce que l’optimisme n’a jamais fait partie de ta vie. Tu as vécu près de vingt-quatre ans auprès d’un mari abusif et violent et que tu sais que tu vivras auprès de lui jusqu’à ta mort, sans aucun moyen d’améliorer ta qualité de vie. Tu soupires légèrement. Tu as beau détester la vie que tu as, tu ne peux pas dire que tu es mal logée, mal nourrie. Tu as eu trois beaux enfants. Et ton mari, même s’il ne t’aime clairement pas, toi, tu l’aimes. Tu aimes voir son visage s’illuminer quand il pense que personne ne le voit. Tu aimes entendre sa voix rauque quand il séduit une femme. Tu t’imagines souvent à la place de cette autre femme, t’imaginant être séduite de son plein gré. Et pas mariée alors qu’il ne voulait pas de toi.

Touchant ta lèvre du bout du doigt, tu constates qu’elle n’a pas dégonflé. Tes bras bleuissent à vue d’œil, ainsi que tes cuisses, là où ton mari t’a marché dessus. Là où ses pieds se sont abattus, violents, cruels. « Que voudrais-tu faire, Eden ? » Tu ne peux clairement pas sortir dans cet état. Même si les jardins des Ergorn possèdent une partie séparée des jardins des autres Familles, le risque de croiser un membre Ergorn est bien trop important. Tu imagines mal voir Ranrek dans cet état. Le connaissant, il n’hésiterait pas à faire entendre son point de vue à ton mari. Baissant les yeux, tu grimaces légèrement. Tes enfants auraient honte de te voir ainsi. Lyntha essaierait de tuer son père, d’une manière très douloureuse — et elle ne réussirait qu’à se mettre en danger. Zaël finirait le travail de Khorde. Pas physiquement, loin de là — il est bien trop feignant pour ça. Il ne ferait que te rabaisser plus bas que terre, sachant pertinemment que tu ne ferais rien pour l’en empêcher — car ce serait subir la colère de Khorde encore une fois. Zaël est son préféré. Le toucher, l’abîmer, reviendrait à toucher aux Feu tout entier. Et puis, Uriel… Tu verrais la colère, dans ses yeux. De la pitié. De la tristesse. Tu l’aimes trop pour lui infliger ça. « Que proposes-tu qui ne nécessiterait pas de sortir et de voir du monde ? » Parce que même si tu ne te sens pas de croiser des gens dans cet état, tu ne veux plus rester dans cette chambre à ne rien faire.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mar 2 Mai - 15:59

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Nos esprits réunis
Le regard de Kara paraît distrait. Pensif. Il existait un décalage très fort entre nous deux. Avec le temps, elle avait dû perdre tout espoir, ne plus devenir qu'une ombre pour son mari. Alors que de mon côté, j'avais toujours cet élan optimiste, positif qui me poussait à aller de l'avant pour ce qui était bien et ce qui pouvait m'arriver de bon. L'espoir était une force qui me maintenait vibrante. Quand en face, Kara paraissait s'éteindre... Deviendrai-je comme elle si je tombais à nouveau sur quelqu'un de néfaste ? Cette idée me fit frissonner. Hors de question. Et même elle, elle pouvait encore briller. Son beau visage, son charme, elle avait tant l'apparence d'une femme forte, fière et prête à braver le moindre obstacle ! Dans un monde juste, elle aurait été reine. Un esprit terre à terre et un cœur aussi ouvert que les mers... Ranrek la préservait, la maintenait hors de l'eau par je ne sais quel moyen. Mais il devait forcément exister une personne n'ayant pas les pieds et mains liées face à Khorde. Une personne en dehors de sa famille qui pourrait l'aider à briller à nouveau. Elle eut un rire incrédule. « Et même si cette âme sœur arrive, Eden, crois-tu que Khorde la laissera faire ? » Je baissai les yeux en me mordant les lèvres. Évidement que non, il ne la laisserait pas faire... Mais Kara était plus intelligente que cela. « Il tuera quiconque essaie de m’enlever à lui. Il fera de quiconque essaie de me voler un exemple pour tout Oranda. C’est un homme possessif. Jaloux. Il en arrive même à jalouser son propre frère, de le voir si proche de moi alors qu’il n’y a rien d’autre que de l’amitié », ajoute-t-elle. J'esquissai un léger haussement d'épaules. Croyant qu'elle cherchait simplement à se trouver une excuse. Le jour où cette personne apparaîtrait à ses yeux, soulignant l'évidence qu'elle puisse être cette âme-sœur, alors Kara saura trouver le moyen de ne pas la laisser filer. Et cette personne saura se préserver de Khorde. On a tous une porte de sortie. Toujours. Penser le contraire était d'une fatalité que je n'osais considérer ne serait-ce qu'un seul instant.

Il ne m'était pas donné de saisir toute l'étendu de la situation de Kara. Nous ne nous connaissions pas depuis bien longtemps après tout, et même si je ne pouvais que comprendre le mal qu'elle pouvait subir à cause de son mari, ça ne suffisait pas. Elle tenait à sa vie, à ses enfants, et sûrement même à Khorde... Pour moi, il était impensable d'éprouver le moindre sentiment pour une personne aussi odieuse. Il avait l'air d'être plus lié avec les problèmes actuels que son père qui avait les idées arrêtées vers le plus pur des extrémismes. La politique m'échappait, mais je ne pouvais pas nier que Khorde avait le mérite de vouloir faire ce qui est bien pour son peuple. Malheureusement, cela n'était pas son objectif dans sa vie de couple... Il négligeait Kara, la violentait sans relâche, peu importe le prétexte. Qu'avait-elle pu faire pour mériter un tel traitement ? Rien. Rien ne me venait à l'esprit... Je ne pouvais pas prétendre connaître son passé, mais pour une fois, je pouvais être sûre de moi : elle ne méritait pas ce qu'il lui infligeait. Mais résignée, elle devait penser qu'il était trop tard pour tenter de se dépêtrer de cet enlisement perpétuel dans lequel l'a poussée Khorde. Même si Kara était une femme forte, cela finirait par la détruire... J'ignore depuis combien d'années cela dure, mais que ce soit son visage, ces marques, son regard... Forcée à afficher un masque en présence d'autrui, devoir toujours faire cet effort supplémentaire... Je comprenais qu'elle ne veuille pas s'afficher ainsi et rester enfermée dans cette chambre. Loin des regards.

C'est sans surprise qu'elle m'interroge sur ce que je pouvais avoir en tête... « Que voudrais-tu faire, Eden ? » Mes lèvres s'entre-ouvrirent. « Que proposes-tu qui ne nécessiterait pas de sortir et de voir du monde ? » Coite, je la regardai d'un regard démuni. Je détournai mes yeux de la belle Kara, pensive. Il y avait forcément un moyen de lui changer les idées... Indéniablement, lorsqu'il fallait me sortir d'une situation délicate ou dangereuse, mon esprit allait piocher dans le souvenir de ma sœur. Elle était d'une intelligence sociale époustouflante ! Mais cela marchait la plupart du temps sur moi car nous étions jeunes et j'ai toujours été très naïve... Sujette alors à la moindre de ses suggestions. Les yeux brillant d'une étincelle espiègle que je m'ignorais, je regardai à nouveau Kara. « Je connais un endroit... » Dis-je d'une voix mystérieuse. « Mais il faut pouvoir se vider l'esprit et l'ouvrir pour prétendre à y accéder. » J'espérais qu'elle me croit, qu'elle se prenne au jeu. C'est sans nul doute grâce à cela que j'ai réussi à tenir bon. Ne pas tourner la carte quand les pires sévices m'étaient infligés. Pendant ces longues journées de solitude et d'incapacité je me demandais si retenir ma respiration jusqu'à ne plus du tout sentir l'air dans mes poumons ne valait pas mieux que de me battre en vain. C'est ce qui m'a maintenu en vie, incontestablement. Et je le devais à ma sœur... Peut-être me voyais-je ainsi avec Kara. Malgré notre différence d'âge, je souhaitais prendre soin d'elle. Non pas par pitié ou par désolation, ce n'était pas un acte altruiste isolé, non. C'était plus fort. Je voulais pouvoir la soutenir, être là quand elle avait besoin. Même si cela signifiait rester silencieuse des heures durant. Être là si elle avait besoin de se changer les idées, penser à autre chose. S'évader... « Accepteriez-vous de fermer les yeux, Kara ? » Demandai-je en me rasseyant au bord du lit à ses côtés.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mer 3 Mai - 14:42


Lorsqu’Eden te propose de fermer les yeux, tu ne comprends pas où elle veut en venir. Parce que fermer les yeux, à cet instant, reviendrait à revivre la scène que tu viens de subir, encore et encore. Ce n’est pas pour rien que tes yeux refusent de se fermer si longtemps alors qu’ils se perdent dans la noirceur de la pièce, essayant de fuir la sombre réalité qui s’abat sur toi un peu plus chaque jour. Cette violence et cette cruauté dont tu n’arrives pas à te défaire et dont parfois tu ne veux tout simplement pas te défaire. C’est devenu pour toi ton quotidien. Une habitude dure mais avec laquelle tu as appris à vivre. Que tu as appris à ignorer en gardant les yeux fixés sur quelque chose, pour tenter d’oublier la douleur, la honte. La douleur que chacun des coups provoque sur ton corps, alors que le poing de Khorde s’abat, alors qu’il s’approche de toi avec un tison en fer chauffé à blanc, grâce à son fichu don du feu. La honte, alors que tu vois chaque jour un peu plus de marques sur ton corps, que même ta peau noire ne peut pas cacher. Parfois, tu te demandes ce que les autres penseraient en découvrant que le futur Représentant des Feu est un homme violent. Puis tu te dis que les autres s’en ficheraient. Qu’ils penseraient que tu ne fais que le mériter. Qu’il y a une bonne raison pour tout ça. Et tu serais probablement d’accord avec eux. Parce que si tu venais à parler de ton calvaire, de la vie que tu mènes depuis si longtemps, ce serait une bonne occasion pour que les autres éléments contestent le pouvoir des Feu. Et ce serait une très mauvaise idée.

« Non, Eden ». Ta voix n’est pas plus haute qu’un murmure alors que tu sens une boule se former dans ta gorge. Tu sens les larmes monter à tes yeux, et tu bats des paupières pour tenter de les faire fuir, mais tu es obligée de détourner le visage de la domestique alors qu’une larme rebelle roule sur ta joue. La première larme depuis bien longtemps. « Je ne fermerai pas les yeux ». Ta voix déraille alors que tu tentes encore de réprimer les larmes, qui coulent sans que tu ne puisses le contrôler. Tu te hais. Tu te détestes de voir tant de faiblesse en toi, alors que tu ne peux pas t’empêcher de pleurer devant une autre personne. Encore pire, une autre personne proche de ton beau-frère. Inconsciemment, tu aimerais tant que Ranrek puisse venir te sauver de son frère, qu’il vienne te protéger des coups, des insultes. Mais il ne pourra jamais le faire sans se mettre en danger. Et c’est un trop gros risque pour lui que tu refuses qu’il prenne. Et tu te mets à prier Malaggar que la domestique n’aille pas tout raconter à son ami, parce que tu t’apprêtes à déballer une partie de ta souffrance. Tu ne peux plus retenir les larmes sur tes joues, mais tes mains ne font rien pour les essuyer, parce que tu es fatiguée de tout ça. Fatiguée de devoir te cacher.

« Je ne peux pas… Je ne peux plus… » Tu n’arrives plus à trouver tes mots alors que ta bouche se tord méchamment, alors que tes dents mordent violemment tes lèvres pour empêcher les sanglots de sortir. « Je ne peux pas revivre ce cauchemar. Vivre avec Khorde… c’est au-dessus de mes forces. J’ai subi vingt-quatre longues années de torture, de violence. Je lui ai fait trois enfants. Un héritier qu’il aime. Je ne suis rien de plus qu’un fantôme, une possibilité pour lui de montrer l’image d’un homme bon auprès de son peuple. Qu’ai-je donc fait pour mériter tout cela ? Dès le premier jour, il m’a détestée ». Tu renifles sans aucune dignité, mais au fur et à mesure que les paroles sortent, tu sens une partie de ta douleur disparaître. Une partie minime, qui reviendra sûrement dans les jours, voire les heures à venir, mais qui te fait sentir mieux à l’instant présent, alors que tu déballes ton sac pour la première fois depuis vingt-quatre ans. « Je l’ai vu dans ses yeux ». Ton regard se perd dans la vague, à nouveau, alors que tu te souviens de ce jour, où vous vous êtes rencontrés pour la toute première fois. Toi, qui t’attendais à rencontrer un homme magnifique, rieur, joueur, séduisant. Tu t’es retrouvée face à un homme froid, les yeux flamboyant de dégoût, de haine et de colère contre toi, alors que tu n’avais fait que lui sourire et lui faire un petit signe de la main.

« Dès que je ferme les yeux, chaque soir, je revis toute ma vie comme si c’était la dernière fois. Rien ne peut m’assurer que je serais vivante au petit matin, et pas tuée par la colère de Khorde qui se serait abattue dans la nuit pour une raison que j’ignore. Je vis avec cette… pression constante. Cette haine. Le jour où Lyntha est née, je n’ai reçu que des insultes pour avoir créé ce monstre de fille. Et quand je lui ai fait son fils, il m’a simplement dit que je n’étais peut-être pas si lamentable ». Le froid attaque tes joues trempées de larmes, alors que tes sanglots commencent lentement à se tarir. Toujours frémissante, honteuse de tout ce que tu viens de dire, tu n’oses pas regarder Eden, alors que tes yeux se posent sur tes mains. Sans que tu ne t’en sois rendue compte, tu as sauvagement agrippé tes vêtements. « C’est ce que je vis depuis vingt-quatre ans, Eden. Avec des hauts, des bas. Je… peux comprendre que tu aies gardé une certaine innocence, en toi. De l’espoir ». Tu renifles, essuyant mollement la goutte au bout de ton nez. « Mais le seul espoir que j’ai, c’est que la mort puisse un jour me délivrer de cet homme ». Un ricanement semble vouloir sortir de ta gorge, jaune, ironique, mais il ne se décide pas. « Et il semble que je ne sois décidément pas assez courageuse pour me donner la mort moi-même ».

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Jeu 4 Mai - 15:21

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Nos esprits réunis
Kara n'avait pas l'air des plus coopératives... Suspicieuse et méfiante. J'aurais aimé qu'elle me fasse confiance et ne pas voir cet éclair de peur dans ses yeux. Je savais que trop bien ce qu'elle serait amenée à voir les premiers instants. Lorsque l'homme qui m'avait volé toute innocence s'en prenait à moi, je pouvais passer des heures à limier mes cillement pour empêcher toute vision de son visage. Chaque fois que mes paupières se fermaient, je sentais son odeur, la chaleur de son souffle rythmé par les violence qu'il m'infligeait avec véhémence et toute l'animalité dont un homme était capable de faire preuve. Le rouge de mes paupières me paraissait pareil à celui des flammes qui m'avaient tourmentées. Mais le seul moyen de s'évader sans pouvoir se sortir d'une position était l'esprit. Les songes. Des jours entiers passés attachée à ce lit dans cette cabane humide et froide, austère et vide de toute vie. Même de la mienne. J'avais eu la chance d'avoir les histoires de ma sœur et les chansons de mon père pour m'inspirer et me permette de penser à autre chose. M'enfuir. M'échapper au moins les quelques instants où il m'était donné de croire à cette évasion que je m'accordais. J'aurais aimé pouvoir communiquer cela à Kara. L'aider à se servir de son esprit pour échapper à cette situation à laquelle elle semblait pieds et mains liés. Persuadée de pouvoir bien faire, de pouvoir l'aider, j'occultais bien des détails qui devaient compter pour elle. Comme le fait qu'elle ait, malgré tout ce mal, une position à tenir auprès de Khorde, des autres représentants, une responsabilité qui lui incombait par cette alliance que je ne comprenais guère. Mais l'appareil politique qui régissait Dahud, aussi bien que les autres régions, me dépassait de loin. Si bien que même si je comprenais que l'union de deux personnes de haut rang assurait des alliances, des contrats entre familles, je trouvais très dramatique que des personnes à l'esprit libre et détaché de ces manigances devaient se plier à ces pratiques. Peut-être qu'au début c'était différent. Peut-être qu'au début, ils s'aimaient. Que quelque chose s'est passé et a déclenché tout cela...

Préférant ne pas avancer d'hypothèses sur des sujets qui ne me concernaient pas et me dépassaient en tout point, je restai attention à la réaction de la belle Kara. « Non, Eden. » Se contenta-t-elle de rétorquer. Ses prunelles deviennent humides et son visage se détourne du mien alors qu'elle tente d'épousseter ce qui semble être une larme. Mais une autre arrive, elle est prête à s'échapper de son œil... « Je ne fermerai pas les yeux. » Sa voix se brise un instant alors que les perles hyalines semblent persister à vouloir se dérober à ses mains œuvrant pour sécher ses joues. Elle finit par lâcher cette idée et se laisser aller. Comme si elle abandonnait. Mon visage se ternit à cette vision. Je n'étais pas capable de l'aider... Il fallait que je me rende à cette évidence : tant qu'elle ne croirait pas en moi, je resterai impuissante. Et comment faire qu'une dame telle que Kara Ergorn-Jaggde parvienne à me faire confiance ? À m'accorder une crédibilité autre que cette appréciation d'une fille face à une mère, aussi perdue et lésée par le monde qu'elle mais avec cette apparence opalescente qui semble décrire que quoi qu'il arrive, je m'en sortirai toujours. Ce n'est pas tant mon visage mais mes convictions qui me portaient. Et si elles étaient parvenues à me faire surmonter toutes les atrocités indescriptibles, les humiliations, la soumission et la violence que j'avais dû encaisser, alors je devais être capable de les communiquer pour qu'elles viennent à toucher le cœur de cette femme paraissant totalement démunie, dépassée, incapable de faire le moindre mouvement sans risquer le pire. Éloigner Khorde... c'était peut-être la seule solution. Mais loin d'être à ma portée... Ni à celle de Ranrek. Peut-être à celle de Karam, mais étant façonné dans le même moule, c'était absolument stupide de croire qu'il ferait quoi que ce soit pour empêcher son fils aîné d'être ce qu'il est. Peut-être qu'à travers Ranrek, la détresse de Kara pourrait être entendue par le dictateur... Peut-être pourrait-il influencer les choses, faire pencher la balance...

Mais tout cela, elle ne devait pas avoir attendu ma venue pour l'envisager. Ni même Ranrek qui, de ce qu'il me semblait, était pourtant prêt à beaucoup de choses pour la douce Kara. J'ignorais le détail de leur relation et ne m'y intéressait pas tant. Je sais qu'à l'évocation de cette beauté d'ébène, son regard s'adoucissait et se renforçait. Tergiversant entre l'affection certaine qu'il lui portait et son impuissance face à ce qu'elle vivait. Peut-être pouvait-il y avoir quelque chose de plus derrière tout ça, mais les histoires de famille des Ergorn étaient loin de me concerner et plus j'en restais éloignée, mieux ce serait. Je n'étais pas en état de grâce aux yeux de la majorité de cette famille sectaire et renfermée sur elle-même, sur leur élément, le Feu, sur leurs valeurs et leur façon de vivre. « Je ne peux pas… Je ne peux plus… » Avouait-elle, grimaçante, déçue d'elle-même. J'aurais beau lui dire qu'elle n'avait pas à se sentir ainsi, ça ne changerait rien à ce sentiment qui l'étreignait... Je n'étais qu'une domestique nouvellement protégée par son beau-frère. Ce dernier point pouvait nous rapprocher, mais était bien loin de suffire pour la réconforter avec une sincérité sans faille. Mes tentatives auraient beau être véritables, elles ne vaudraient jamais celles d'un ami ou d'un proche. Le mieux que je pouvais faire, c'est être là. L'écouter pour ce qu'elle s'autoriserait à me dire. Une oreille attentive et soucieuse. Pas là pour la jugée et encore moins pour l'enfoncer. Juste là pour la soutenir dans cet instant difficile qu'elle traversait depuis sûrement des années déjà. « Je ne peux pas revivre ce cauchemar. Vivre avec Khorde... c’est au-dessus de mes forces. J’ai subi vingt-quatre longues années de torture, de violence. Je lui ai fait trois enfants. Un héritier qu’il aime. Je ne suis rien de plus qu’un fantôme, une possibilité pour lui de montrer l’image d’un homme bon auprès de son peuple. Qu’ai-je donc fait pour mériter tout cela ? Dès le premier jour, il m’a détestée » me dévoilait-elle sans réfléchir. Comme ces larmes qu'elle ne pouvait plus retenir : les mots traversaient ses lèvres sans qu'elle n'ait plus la force de les retenir.

Sa voix fébrile, peu assurée et pourtant pleine de souffrance, m'agrippait le cœur comme si j'avais une part de responsabilité à son mal. Je sais bien qu'elle ne me tenait en rien liée à tout cela, mais ce ton désespéré m'impactait bien plus que je ne l'aurais aimer... « Je l’ai vu dans ses yeux » Son regard se perd peu à peu dans ses souvenirs qu'elle aurait peut-être aimé garder enfouis dans son for intérieur. Mais parfois il fallait regarder ses démons en face et les affronter. J'avais moi-même beaucoup à travailler pour accepter et passer à autre chose devant les horreurs que j'avais pu vivre et dont mon corps gardaient des séquelles irrémédiables, pour certaines indicibles de l'extérieur. « Dès que je ferme les yeux, chaque soir, je revis toute ma vie comme si c’était la dernière fois. Rien ne peut m’assurer que je serais vivante au petit matin, et pas tuée par la colère de Khorde qui se serait abattue dans la nuit pour une raison que j’ignore. » Implacablement, son ressenti fit remonter des choses que moi-même j'avais longtemps gardé sous silence. Ce sentiment que chaque coup sera le dernier. Que chaque humiliation pourrait être la fin de tout... Ces quatre ans passés dans la jungle avaient été parsemés d'insomnies dans lesquelles je luttais pour ne pas voir son visage. Les yeux humides, menton tremblant marquant mes efforts pour ne pas m'effondrer face aux paroles de Kara... « Je vis avec cette… pression constante. Cette haine. Le jour où Lyntha est née, je n’ai reçu que des insultes pour avoir créé ce monstre de fille. Et quand je lui ai fait son fils, il m’a simplement dit que je n’étais peut-être pas si lamentable. » Ces fois où il me reprochait ma fougue vaine et mes tentatives stériles de chercher à atténuer sa perfidie... Et celles où, abdiquant, je l'avais laissé faire ce qu'il voulait de moi, me récompensant de cette docilité, marque de l'ascendant et de la position dans laquelle il se mettait face à moi.

Je fermai les yeux. Incapable de rester stoïque face à cette cruauté dont pouvaient faire preuve les hommes. Poings serrés, respiration difficile, je restai attentives aux paroles de Kara qui lui semblait être un exutoire auquel elle n'était pas accoutumée. Ranrek n'avait pu que deviner, déduire le mal qui m'avait été fait. Je n'en parlais pas. Gardant cela pour moi, portant seule ce fardeau et tentant de me lever sans tendre la main. J'avais beau savoir qu'il m'était impossible de me relever seule, me dévoiler me paraissait encore plus insurmontable. Le regard des autres me peinait déjà bien assez pour ne pas ajouter à cela leur imagination quant aux sévices que ce monstre avait pu me faire. Les marques de feu sur mon dos et mes bras étaient déjà bien trop éloquentes à elles-seules. Les cacher ne servait pas à grand chose car même les Feu devinaient. Des punitions, voilà tout ce que c'était à leurs yeux. Comme ça l'avait été pour leur auteur. Des punitions méritées. Alors même les questions ne se posaient pas. Contrairement aux marques qui peuvent apparaître sur le corps noble de Kara. « C’est ce que je vis depuis vingt-quatre ans, Eden. Avec des hauts, des bas. Je… peux comprendre que tu aies gardé une certaine innocence, en toi. De l’espoir. » Elle continuait à ne pas vouloir croiser mon regard qui pourtant, restait rivé sur elle comme si voir le courage dont elle avait dû faire preuve jusqu'à lors était une source d’inspiration. Je l'admirais. Ô combien je pouvais l'admirer ! Personne ne pouvait soupçonner le poids de tout ce qu'elle venait de me raconter. Pas même ses plus proches parents et amis. L'innocence gardée... Si seulement... Je luttais aujourd'hui comme je luttais depuis qu'il avait posé la première fois ses mains sur moi. La première fois qu'il avait attrapé ma tête pour me forcer à... Retiens-toi... Sois forte... M'ordonnai-je en évitant de repenser à tout ce que cette innocence gardée impliquait.

Mes lèvres tremblotantes, ma respiration lente entrecoupée de pauses dans lesquelles je me concentrais pour ne pas m'effondrer en sanglots. « Mais le seul espoir que j’ai, c’est que la mort puisse un jour me délivrer de cet homme. » Avoua Kara, capitulant. « Et il semble que je ne sois décidément pas assez courageuse pour me donner la mort moi-même. » Son ricanement et sa révélation balayèrent d'un souffle glacé toutes ces choses du passé qui souhaitaient me hanter à nouveau. « Au contraire. Vous êtes bien plus courageuse que vous ne souhaitez l'admettre, Kara. » Ma voix fluette était assurée, convainque de ce que je disais. « C'est facile de lâcher prise. D'abdiquer et d'abandonner. » Combien de fois avais-je pensé à cesser de me battre, de maintenir la tête hors de l'eau ? Et combien de fois pensais-je perdre espoir ? Mais cette étincelle qui me poussait à vivre, à maintenir le cap, je ne regrettais pas de l'avoir suivie. Pas une seule seconde. Surtout depuis que Ranrek était entré dans ma vie... « On peut perdre des batailles et pourtant gagner la guerre. Et le combat n'est pas fini. Même si vous décidez de ne plus vous battre, quelque chose le fera pour vous. » Détournant mes yeux d'elle, je soupirait. « Je n'ai pas toujours eu l'espoir que je peux avoir aujourd'hui. J'ai passé quatre longues années à errer, rester allongée en attendant qu'un animal vienne s'en prendre à moi et m'arracher à Oranda. Qu'un chasseur me confonde et me transperce le cœur d'une flèche. » Un silence. « Mais le temps m'a aidé. Lentement. À sa manière secrète et indicible. Je pense qu'il m'aide encore. À croire qu'un jour le cauchemar prendra fin. Que ce visage disparaîtra un jour de mon esprit. Il n'est déjà plus humain depuis longtemps, si ce n'est que son regard me perce encore l'épiderme à ressentir une fois de plus ses mains enflammées me toucher, m'étreindre... » Mes mains tremblaient. Comme mes genoux où reposaient mes doigts entrelacés. « Dans les moments les plus sombres ou dans ces instants où je me demandais : à quoi bon lutter ?, j'avais cette voix sûrement divine qui me disait de poursuivre le combat malgré les batailles perdues. Sans rien me promettre, juste ce murmure qui silencieusement, s'échinait à m'encourager. Le temps à peut-être réduit cette voix au silence le plus complet pour vous, Kara. Mais si vous êtes encore là aujourd'hui, c'est que quelque chose vous pousse à avancer. Et c'est ce qu'il faut garder à l'esprit. Vous êtes encore là. Et tant que vous respirez, alors rien n'est perdu. Rien n'est vain. » Je n'étais pas sans savoir qu'elle ne croirait pas un instant à mes mots et qu'ils virevolteraient au-dessus d'elle comme une douce mélopée que l'on entend sans écouter. Mais au moins, j'aurais essayé. Tachant par la même occasion, de me persuader un peu plus moi aussi.

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❝ Métier : Aucun, Kara est juste l'épouse de Khorde Ergorn, fils du Représentant en Chef des Feu à Dahud
❝ Age : 41 ans
❝ Niveau : 2


~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Ven 5 Mai - 17:20


Tu secoues la tête. A chacune de ses phrases, de ses paroles, de ses mots, tu secoues la tête. Tu n’es pas d’accord avec elle. Comment pourrais-tu l’être ? Ta bouche se tord à mesure qu’Eden parle, essaie de te soutenir. Alors qu’une certaine colère sourde pointe le bout de son nez, alors que tu serres les dents. Alors que la misère de ton état te saute aux yeux comme jamais auparavant. « Tu as faux, Eden. Tu as tout faux ». Tes larmes se sont taries aussi vite qu’elles sont apparues, alors que tes yeux se sèchent face à une colère que tu n’avais encore jamais ressentie. Pas même envers ton mari. Car tu sais que Khorde trouvera toujours un prétexte pour justifier chacun de ses actes. « Tu es complètement à côté de la plaque. Tu te fourres le doigt dans l’œil si tu penses un seul instant qu’un jour, je serai délivrée de cette horreur ». Ta voix tremble à chaque mot que tu prononces, et pourtant, tu ne peux pas laisser Eden dans une telle naïveté. Peut-être qu’elle essaie uniquement de t’aider. T’aider à survivre à tout cela, à garder les pieds sur terre. Mais tu ne peux pas continuer à l’entendre parler de moyen de s’en sortir, alors qu’il est clair qu’elle-même n’a pas les pieds sur terre. Qu’elle parle de choses qu’elle ne comprend visiblement pas.

« Tu n’étais pas encore née que je vivais déjà auprès de Khorde dans cette violence permanente ». Tu ne sais pas quel âge elle a. Depuis combien de temps elle a ouvert les yeux sur ce magnifique monde d’Oranda. Mais tu es certaine qu’elle n’a pas pu vivre autant de temps sur terre que toi auprès de Khorde. De ce monstre sans coeur. Quand tu penses à tout ce temps gâché avec ton mari, à vivre avec sa famille que tu hais tant, à quelques exceptions près, tu as l’impression d’avoir vécu pendant près d’un siècle avec lui. Le temps semble toujours plus long quand la douleur prend possession de ton corps, de ton esprit, de ta vie. De ta misérable vie. « Je ne sais pas ce que tu as vécu, Eden. Je ne le saurai probablement jamais et, sans vouloir te vexer, je ne veux pas savoir ». Tu as vécu ton propre calvaire. Un calvaire qui est loin d’être terminé, surtout en ce moment. La douleur, la peur. L’horreur, la terreur. Chaque journée que tu passes, encore vivante, est trop propre cauchemar, que tu vivras probablement jusqu’à la fin de tes jours et pendant encore très longtemps, au vu du nombre d’années que les Orandiens vivent en temps de paix. Malgré ce que tu subis, ton mari a toujours fait en sorte que tu sois en bonne santé. Capable de marcher, de parler. De prouver au monde que la femme du futur Chef des Représentants est une femme forte. Forte, mais soumise. Quel paradoxe. Et tu ne veux pas avoir à subir l’horreur des autres. Tu n’as pas les épaules pour ça, bien au contraire. Tu n’as déjà pas les épaules pour tes propres problèmes. « Mais tu n’as pas vécu vingt-quatre années de supplice. Tu n’as pas passé quatorze mille quatre cent jours et des poussières à te lever, te faire frapper, humilier, cracher dessus, brûler, martyriser, avant de te coucher en priant chaque instant que Malaggar ou quiconque autre Dieu vienne te sortir de ce cauchemar ». A chacun des mots que tu prononces, ta voix claque comme un fouet dans l’air. Chacun de ces jours, tu les as comptés. Tu as passé ta vie à compter les jours qui te séparaient de cette mort tant attendue qui serait le seul moyen de quitter cette vie douloureuse et non voulue. Tous ces supplices, cette souffrance, tu n’as jamais voulu subir tout cela.

« Tu as peut-être eu une vie difficile, Eden, mais tu en es sortie vivante et visiblement plus forte, mais certainement pas brisée comme je peux l’être. Tu as la possibilité de te sortir de cette misère et de prendre ta vie en main et ce, même si tu penses que ce sera dur. Parce que oui, ce sera dur. Violent. Tu es jeune, tu es faible. Tu vis dans un monde empli de cruauté. Mais tu as reçu une possibilité hors du commun que tu n’as pas le droit de gâcher ». Et cette possibilité lui a été offerte par ton beau-frère. Cet homme qui a été proche de toi et qui a su t’aider, mais qui ne peut pas te sauver. Cet homme bon que tu adores, que tu as aimé comme tu n’as jamais aimé quiconque. Cet homme que tu as toujours respecté, avec ce caractère bon et noble qui en fait l’exception de cette famille de dangers. Tu as toujours cru en lui, en sa capacité à protéger les gens qu’il aime. Même s’il a lui aussi subi des horreurs, il a su se relever. Faire face à ses problèmes. Et tu es sûre qu’il saura aider Eden pour se prendre en main. Pour se relever. « Que m’arrivera-t-il si je fuis ? » Ta voix devient dure. Cruelle. « J’ai déjà essayé, de fuir, et je l’ai très amèrement regretté. J’ai passé des jours et des nuits à en subir le châtiment, seule dans une pièce noire, renfermée, avec une unique pomme pour me nourrir ». Cette période de ta vie est encore un traumatisme, pour toi. Tu ne t’en es jamais remise. A chaque fois que ton mari te menace, tu as peur qu’il retrouve cette pièce. Qu’il décide de te renvoyer dans ce monde fait de noir, de douleur et de pleur. De terreur. C’est cette unique pièce qui a commencé à te briser. A briser cette partie sauvage en toi. C’est cette fichue pièce qui t’a rendue aussi soumise à lui, qui t’a empêchée de le repousser, de hurler à qui voulait l’entendre que le futur représentant des Feu était un homme cruel sans aucune valeur et aucun honneur.

« Tu as peut-être des marques qui prouvent ta douleur, Eden, des marques qui ne cicatriseront jamais. Des marques que tu détestes et que tu aimerais voir disparaître à tout jamais. Mais tu ne sais pas ce que c’est de devoir cacher chacune d’entre elles sous peine d’en recevoir d’autres, encore et encore. De dire à tout le monde que tu vas bien. De faire attention à chacun de tes pas, de tes mots, de tes actions. De tes regards. De réfléchir à trois fois avant de dire telle ou telle chose, avant de faire tel ou tel acte, et ce pendant plus de vingt ans ». Tu as passé ta vie à te cacher. A cacher les marques qui auraient pu faire tomber Khorde de son piédestal. Les rares personnes à avoir vu les marques se sont soit détournées, faisant mine de ne rien voir, ou se sont attaquées à Khorde dans une grossière erreur. La seule à pouvoir le faire tomber, à arrêter cet homme, c’est toi et toi seule. Et pourtant, la seule personne qui peut l’arrêter ne peut rien faire sans risquer la vie des gens qu’elle aime. Tu n’as rien à perdre, si ce n’est cet homme que tu aimes tant, et cette fille qui te donne si souvent le sourire dans les moments les plus douloureux. Tu ne peux définitivement pas mettre leur vie en danger.

« La seule personne qui aurait pu m’aider a été tuée. L’autre a les mains liées. Alors non. Tu ne peux pas dire que je suis courageuse. Tu ne peux pas dire qu’il faut garder espoir, car le temps fera peut-être des miracles. Cela fait vingt-quatre ans que j’attends que le temps fasse ses pseudos miracles. Qu’il m’aide à m’affranchir de cet homme ». Tu ne peux plus attendre de telles sornettes. Tu as passé tes journées à attendre un miracle, à attendre que Malaggar ou même les autres Dieux d’Oranda prennent pitié de toi en t’arrachant à ce monde, il y a plusieurs années. A présent, tout ce que tu attends, chaque jour, c’est ton mari. Quand tu t’assois sur le bord du lit, les mains posées sur tes genoux, tu attends que ton mari arrive, décidant s’il doit te frapper ou non. S’il doit te corriger pour une erreur que tu as commise sans le savoir, et sans le vouloir. Ou s’il veut juste t’humilier, se défouler sur toi, te faisant ressentir toute la haine qu’il lui est possible d’avoir en lui. « Où est-ce que j’en suis, hein ? Rien ne me pousse à avancer. Rien. Si ce n’est cette peur, ce seul sentiment qui vit en moi depuis bien trop longtemps. Cette peur qui est l’émotion la plus puissante en moi ». Au début, il y avait de l’espoir. De la joie. Et maintenant, il n’y a plus rien. Même ces petits moments de bonheur sont gâchés par cette peur latente qui ne te quitte plus. Combien de fois en une seule journée te demandes-tu quelle sera la réaction de Khorde. Quelle sera la punition de la journée. S’il décidera d’utiliser ses points, sa ceinture, ou le tison de fer chauffé à blanc qu’il garde précieusement dans vos appartements, près de la cheminée.

« Mais je t’en prie, Eden. Vis donc avec Khorde pendant autant de temps. Subis donc chacun de ses coups, chacune de ses insultes ». Tu secoues la tête en te relevant subitement. Tu ne peux plus rester assise, alors que la colère grouille en toi. Alors que le dégoût de ton mari pulse dans tes veines. « J’étais jeune. Belle. Sauvage. Tout comme toi. Et je suis devenue une femme soumise, dont le corps a été détruit par son mari ». Combien de fois as-tu détourné le regard du miroir dès que tes yeux ont frôlé ces marques qui jalonnent ton corps, ces cicatrices qui ondulent sur ta peau. Tu n’oses même plus sortir sans au moins deux couches de vêtements, peu importe la chaleur qu’il peut faire. Tu as tellement peur du regard des autres, peur de voir cette pitié que les autres ressentiraient forcément à la vue de ce que tu es devenue. Tu n’es plus rien d’autre qu’une femme lamentable. « Je doute franchement qu’il y ait un seul espoir pour moi ». Lassée, tu te tournes vers l’unique fenêtre de la chambre, posant ton visage chaud contre la vitre froide. Les yeux fermés, tu ne fais que secouer la tête. Tu n’as jamais dit tout ça à Ranrek. Malgré votre amitié profonde, votre attachement l’un envers l’autre, tu n’as jamais pu lui avouer ce mal-être constant depuis que tu as rencontré sa famille. Cela le détruirait. Son incapacité à te mettre à l’abri des coups de Khorde, son impuissance face au déchaînement de violence de son frère le rendraient fou de rage. Cela l’anéantirait. Tu l’as déjà vu anéanti, à la mort de celle qu’il aimait et de leur enfant. Tu t’es toujours promis que jamais tu ne lui ferais subir une telle chose, pas de ton plein gré. Et tu as toujours tenu parole.

Te tournant vers la domestique, tu fixes ton regard dans le sien. « Eden… Peu importe ce qui se passe ici. Ce que tu entends, ce que tu vois. Tu ne dois jamais en parler à Ranrek. Il ne pourrait pas le supporter ». Tu entends alors un bruit, derrière la porte. Sûrement un domestique qui a fait tomber quelque chose sur le sol, et qui risque de se faire punir. Mais cela a le mérite de te ramener sur terre. Frottant tes joues avec un morceau de tes vêtements, tu essuies les traces de larmes et de sang. « Je pense que tu devrais partir, Eden. Khorde risque de revenir d’un moment à l’autre. Je doute que tu veuilles être là à son retour ». Ta voix n’est plus qu’un murmure. Toute trace de colère a disparu. Tu ne veux pas être seule, surtout avec Khorde. Surtout maintenant. Mais tu ne veux pas qu’Eden soit en danger.

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~#~Sujet: Re: [Terminé] Nos esprits réunis ☙ Kara Ergorn-Jaggde Mer 10 Mai - 8:45

Kara Ergorn-Jaggde
&
Eden'el Lumnar


Nos esprits réunis
Chacune de mes paroles paraissait vaine. Kara avait déjà bien réfléchit son cas et en avait eu du temps pour cela. Ruminer seule toutes ces choses qu'elle vivait, se faire ses conclusions sans penser que les choses peuvent être différentes, qu'un échappatoire existe et qu'il faut simplement le trouver ; à travers une personne ou un rêve. Que ce soit à travers ses enfants, Ranrek ou une personne extérieure avec qui elle serait capable de ne plus songer à tout ces malheurs qui forgent son quotidien. Trouver quelque chose qui lui permette de maintenir sa tête en dehors de l'eau. Il y avait forcément un moyen. Forcément. Kara méritait en tout cas que l'on se batte pour l'aider à trouver cette façon par laquelle elle pourrait parvenir à se soustraire à toutes cette violence qui la submerge depuis toutes ces années sans autre raison que de ne pas plaire. Peut-être existaient-ils des éléments qui échappaient à ma connaissance, voire à la sienne également, qui justifierait cette aversion que semble lui porter son mari. Même si à mon sens, rien ne justifiait une telle violence envers sa femme, ni envers n'importe quel être vivant que ce soit. Elle ne méritait pas ça et il n'avait pas à la traiter ainsi. Mais la malice de la vie m'avait appris que la logique avait quitté le cœur de bien des hommes. Qu'ils en perdaient leur sens commun, leur morale. Frapper, insulter, humilier, violenter de toutes les manières que ce soit, tuer, tout ça était la preuve que quelque part, la volonté des dieux avait échoué la conquête du cœur des auteurs de ces atrocités. Les dieux ne sont pas là pour nous punir ni nous vouloir de mal, c'est ce que Ranrek avait cherché à me faire comprendre. Bien des fois on se le dit pourtant, cela nous permet de trouver une justification dans ces gestes inconsidérés qui laisseront inéluctablement une trace de leur passage. Que ce soit sur notre corps ou dans notre esprit.

Les séquelles visibles sur mon corps, je pourrais les compter. Mais celles qui restaient dans mon esprit gravées comme si elles faisaient partie intégrante de ma personne à présent, elles me paraissaient innombrables. Cette honte que je portais au travers de ma réserve et de ma docilité. Cette distance que je tenais avec chaque homme autre que Ranrek. Cette peur du feu qui m'ébranlait à chaque bougie que l'on allumait. Cet écœurement à chaque fois que j'apercevais mon reflet dans un miroir, une fenêtre, de l'eau. Cette aversion toujours croissante pour tout acte de violence, qu'il soit verbal ou physique. Tant de choses qui me rendaient craintives et à la fois fragiles aux yeux des autres. Il fallait bien plus de force pour encaisser que pour donner des coups. Plus de force pour les retenir que pour les porter à une fille sortie de sa Cérémonie ou sur une femme qui s'est pliée à la volonté de son époux. « Tu as faux, Eden. Tu as tout faux », lança-t-elle alors que ses larmes cessaient de perler. La seule chose que je pouvais voir dans ses yeux était une colère qui me dépassait. Je pouvais comprendre qu'avec ce qu'elle endurait, Kara avait plus qu'une simple rage passagère à évacuer. Peut-être que s'abandonner ainsi et quitter son masque, celui qu'elle s'impose pour rester digne, qu'elle s'impose pour montrer le visage que Khorde attend d'elle en société, est une façon de se libérer un tant soit peu de cette douleur silencieuse qui la ronge et la pétrie de douleur en son for intérieur... Je n'aurais même pas le courage d'affronter ainsi mes émotions. De me mettre dans cet état qui pourtant, pourrait s'avérer salvateur. Expiateur de ces souffrances qui tournoient dans les pensées dans une valse dont les danseurs sont les démons qui nous hantent. Ceux qui ont laissé ces marques dans notre esprit et dont on ne pourra jamais vraiment s'émanciper...

Cette colère soudaine me stupéfiait et me faisait également peur. Un léger mouvement de recul me prit alors que Kara déversait des paroles d'une voix fébrile et pourtant vindicative. Comme si elle cherchait à imprégner ces mots dans mon esprit. « Tu es complètement à côté de la plaque. Tu te fourres le doigt dans l’œil si tu penses un seul instant qu’un jour, je serai délivrée de cette horreur. » Plus jaune, j'aurais sûrement porté mes mains à mes oreilles pour ne pas entendre sa voix grondante. Ce n'était pas l'intonation d'une mère qui cherchait à faire comprendre une leçon. J'avais plutôt l'impression qu'elle m'en voulait. Qu'elle m'en voulait d'avoir cette vision encore naïve et positive qui me permettait pourtant de garder tout l'optimisme dont j'avais besoin pour ne pas retomber dans ces abîmes au fond desquelles je me morfondais encore quelques nuits. Les tréfonds de ces abysses qui m'avaient pourtant bercées à chaque nuit passée dans cette jungle à me demander si Tarlyn allait faire s'abattre sur moi un prédateur ou si elle me protégerait jusqu'au lendemain. Je ne voulais pas retomber là-dedans maintenant que la lumière se faisait à nouveau plus vive au loin. J'aurais espéré pouvoir la montrer à Kara... « Tu n’étais pas encore née que je vivais déjà auprès de Khorde dans cette violence permanente », me confia-t-elle. C'était probablement vrai. Pas très difficile étant donné mon jeune âge. Même si la violence que j'avais pu subir avait cessé dans cette réalité, ça ne m'empêchait pas d'en être constamment bercée. D'être bousculée à chaque sensation, chaque stimuli d'un sens susceptible de me ramener à cette rude période. Dans cette cabane, j'étais seule. Dans cette jungle, j'étais seule. Et malgré la présence des autres, je me sentais toujours seule. J'avais beau avoir Ranrek auprès de moi, la distance que ma crainte persévérante mettait entre nous me ramenait toujours à cette perpétuelle solitude que je devais affronter. J'aurais tout donné pour avoir une famille, une personne stable et sûre. Une présence imperturbable qui m'aiderait à traverser les épreuves quoi qu'il se passe. Kara avait Ranrek, ses enfants, sûrement d'autres personnes qui se souciaient d'elle. Elle ne serait jamais vraiment seule. Elle avait une place.

Comme elle l'avait si bien dit, Ranrek ne serait pas toujours là pour moi. Ici, dans ce palais, indésirée et trop différente, je savais que je n'étais qu'un éphémère. Une étrangeté qui, une fois qu'elle deviendra trop gênante, sera évincée sans que mon protecteur ne puisse rien y faire. Je ne réfléchissais pas à ce qui pouvait m'attendre. Espérant que cela puisse repousser l'échéance ou, à défaut, éviter de me ronger à l'instant présent pour me concentrer sur ce qui important sur le moment. Mon rétablissement, ma re-découverte de la société et Ranrek... Profiter de ces instants qui m'étaient donnés de passer avec lui. « Je ne sais pas ce que tu as vécu, Eden. Je ne le saurai probablement jamais et, sans vouloir te vexer, je ne veux pas savoir », poursuivit Kara. Blessante et grondante. L'impression de voir toute cette colère qui l'envahissait resurgir sur moi, qui avait osé tenter de l'aider. Prenant sur moi, je gardais mon calme. Les poings serrés appuyés sur le lit et ma respiration de plus en plus rapide attestaient de cette crainte qu'elle m'inspirait à l'instant. Mais quelque part, Kara avait besoin d'extérioriser tout ça. Même si cela devait être à mes dépends, je prenais sur moi. Les yeux humides, tentant de retenir les larmes opalescentes qui cherchaient à se frayer un chemin au travers de mes cils. « Mais tu n’as pas vécu vingt-quatre années de supplice. Tu n’as pas passé quatorze mille quatre cent jours et des poussières à te lever, te faire frapper, humilier, cracher dessus, brûler, martyriser, avant de te coucher en priant chaque instant que Malaggar ou quiconque autre Dieu vienne te sortir de ce cauchemar. » Je connaissais ces sentiments qu'elle éprouvait chaque jour. Mais elle avait raison, je ne les avais pas vécu pendant vingt-quatre ans. Je les avais vécu avant même de connaître le monde. Luttant chaque jour pour reprendre les choses au départ, tout recommencer en occultant cette tragédie qui m'avait frappée, en quête d'une rédemption absurde, je m'acharnais trop à vouloir chercher le bon côté et m'y rattacher. Après tant d'années, je pouvais concevoir qu'elle n'avait plus la force de faire cet effort. Quand bien même un jour elle aurait cherché cet espoir. Peut-être qu'après tout, elle était consciente de sa position. De ce que ça lui apportait, à elle et à ses enfants. Peut-être qu'elle s'était attachée en quelque sorte à cette violence. La subissant en ce disant que rien ne pourrait être mieux que de rester et de souffrir en silence.

Peut-être n'était-ce pas laissé au hasard, mais j'avais l'évident sentiment que ce n'était pas à moi qu'elle souhaitait déballer tout cela. Kara savait pertinemment que je ne pourrais rien y changer. Que cela me dépassait et qu'elle s'assurait à chaque mot que je saisisse à quel point je n'étais pas du même, que ce qu'elle endurait n'était pas à ma portée et ne le serait jamais. Qu'avoir une existence aussi torturée et fatale que la sienne n'était même pas un concept que je pouvais saisir. Imperceptible souffrance qu'une fille de vingt ans ne pourrait ne serait-ce qu'imaginer comprendre. « Tu as peut-être eu une vie difficile, Eden, mais tu en es sortie vivante et visiblement plus forte, mais certainement pas brisée comme je peux l’être. Tu as la possibilité de te sortir de cette misère et de prendre ta vie en main et ce, même si tu penses que ce sera dur. Parce que oui, ce sera dur. Violent. Tu es jeune, tu es faible. Tu vis dans un monde empli de cruauté. Mais tu as reçu une possibilité hors du commun que tu n’as pas le droit de gâcher. » Elle se trompait sur mon compte... J'étais sortie de mes tourments bien plus faible que je ne l'étais avant... Cette isolation que je m'étais infligée n'avait rien arrangé, bien au contraire. Et malgré ça, malgré cette difficulté que j'avais à me reconstruire même après cinq ans, je savais que la lumière au bout du chemin était éphémère. C'est probablement pour cela que je n'ai pas encore tout tenté pour retourner chez moi... Quelque part, je me savais incapable, même avec les efforts que je faisais, de revenir à une vie normale. J'avais beau rêver des forêts, des champs, de la chaleur de mon foyer, je savais qu'une fois là-bas, tout aurait un goût différent. Que la mélancolie ne serait qu'encore plus forte. Que tout ce qui est positif deviendrait gorgé de remords, de regrets, de tristesse. Je devais trouver la force de reconstruire ma vie tout en sachant que jamais je ne serais vraiment heureuse. Pas autant que j'ai pu l'être lorsque j'étais jeune. Parce que la vie ne faisait pas de cadeau, je l'avais compris à mes dépends. Ranrek avait beau être là pour m'apporter l'idée de son soutien, cela n'effacerait pas le passé. Et quoi que je fasse, quoi que je décide de construire, ce sera avec le spectre de mon passé qui, toujours, me rappellera d'où je viens. Ce cauchemar persisterait avec les années. Comme les souvenirs ne se sont faits que plus violents au fil des lunes. Moins réalistes, mais toujours aussi terrifiants.

La chance dont elle parlait, je l'assimilai sans mal à Ranrek. C'est vrai, il représentait une opportunité inespérée. Une chance insolente qui avait brisé le cercle infernal dans lequel je m'étais trouvée piégée. Il aurait mille fois préféré lui venir en aide à elle qu'à moi. Il tenait à Kara comme si elle faisait partie de lui, de son paysage qu'il n'imaginait pas sans la beauté de son visage. De ses yeux, de ses lèvres... Même lorsque la colère déformait ses traits. Elle restait belle. Parce que cette femme rayonnait malgré la tristesse, malgré la douleur. Une aura que peut-être personne ne voyait. Une beauté qui émanait d'elle. Son ton avait beau être sévère et ses mots durs, je ne percevais aucune méchanceté dans ses propos et sa façon de les prononcer. « Que m’arrivera-t-il si je fuis ? » Énonça-t-elle de façon plus virulente. « J’ai déjà essayé, de fuir, et je l’ai très amèrement regretté. J’ai passé des jours et des nuits à en subir le châtiment, seule dans une pièce noire, renfermée, avec une unique pomme pour me nourrir. » Mon regard n'avait guère détourné le sien, même s'il se gorgeait un peu plus d'eau à chaque claquement que provoquait ses mots. « Tu as peut-être des marques qui prouvent ta douleur, Eden. » Je portai instinctivement ma main gauche à mon avant-bras droit, comme si je cherchais à le protéger d'un nouveau supplice. De toutes les marques visibles, c'était probablement celle qui m'avait le plus fait souffrir. Les autres, plus ou moins perceptibles, n'étaient que des engeances relatant les atrocités qui, bien plus en intérieur, avaient probablement créer bien plus que des séquelles. Loin de moi l'envie d'y penser, mais avec ce que j'avais vécu, il serait évident pour le plus médiocre des rebouteurs que jamais je n'aiderai ma famille à perdurer à travers les âges... « Des marques qui ne cicatriseront jamais. Des marques que tu détestes et que tu aimerais voir disparaître à tout jamais. Mais tu ne sais pas ce que c’est de devoir cacher chacune d’entre elles sous peine d’en recevoir d’autres, encore et encore. De dire à tout le monde que tu vas bien. De faire attention à chacun de tes pas, de tes mots, de tes actions. De tes regards. De réfléchir à trois fois avant de dire telle ou telle chose, avant de faire tel ou tel acte, et ce pendant plus de vingt ans. » Les traces incorrigibles de mon passé, je ne pouvais que les accepter.Les assumer. Ce que je faisais avec difficulté, mais qui faisaient partie de moi à moins que l'idée ne me vienne de les scarifier pour qu'elles ne deviennent plus les cicatrices de mon tortionnaire, la marque de mon appartenance à sa violence, mais celle de ma violence à moi. Or, je n'en trouvais pas... Ne pas se défendre en usant des armes de son ennemi est probablement un signe de faiblesse, mais cela ne suffit pas à provoquer cette cruauté chez moi. Je ne suis pas dénuée de mauvais sentiments, de négativité, mais je gardais cette intégrité et cette dernière parcelle de considération que j'éprouvais pour moi-même. Respectant les préceptes de Tarlyn en respectant chaque être vivant. Quel qu'il soit, quoi qu'il ait fait, quoi que je pense de lui.

Malgré les horreurs qui me sont données de voir depuis que j'ai mis les pieds à Lucrezia, le comportement déviant de certains Terre, je comprenais que ma morale et mes principes avaient trouvé leur limite à l'instant même où j'avais quitté la forêt fluorescente. Pourtant, dans un monde qui se laisse gangrener par la violence, la peur, l'irrespect et l'intolérance, je reste persuadée que souhaiter rester fidèle à ce que j'étais, à qui j'étais, était une chose importante. Autant pour moi que pour ceux qui m'entourent ou croisent mon chemin. Je souhaitais être une lumière dans le paysage pour ceux qui se noyaient dans l'ombre. Avoir un sourire pour chacun, une bonne attention pour chaque personne. On récolte ce que l'on sème et tout le monde a besoin d'un geste amical, d'un sourire, d'un instant où tout se met en suspend et où les ténèbres font place à une lueur d'espoir. Ces moments, quand bien même brefs, peuvent aider. Mais Kara ne semblait que trop déterminée à ne pas s'aider elle-même. À se résigner à sa situation et sa fatalité. « La seule personne qui aurait pu m’aider a été tuée. L’autre a les mains liées. Alors non. Tu ne peux pas dire que je suis courageuse. Tu ne peux pas dire qu’il faut garder espoir, car le temps fera peut-être des miracles. Cela fait vingt-quatre ans que j’attends que le temps fasse ses pseudos miracles. Qu’il m’aide à m’affranchir de cet homme », détailla la femme du futur représentant des Feu. Les dieux ne l'avaient pas abandonner. Non. Tout ces jours à espérer ne peuvent s'être passés en vain. Si elle est encore debout c'est forcément parce que son courage et sa force l'aident à se surpasser, à combattre intérieurement ce mal qui lui ait fait. Pour elle, pour ses enfants, pour Ranrek, pour sa famille. « Où est-ce que j’en suis, hein ? Rien ne me pousse à avancer. Rien. Si ce n’est cette peur, ce seul sentiment qui vit en moi depuis bien trop longtemps. Cette peur qui est l’émotion la plus puissante en moi. » Il y avait plus que cela. On ne survie pas de peur. On n'avance pas par peur. Elle peut être un moteur, mais ce n'est pas ce qui la fait avancer. Je me retiens de dire quoi que ce soit. Kara semblait persuadée de ses mots. De ce qu'elle exprimait. Mais au fond de moi je ne pouvais pas croire qu'elle avait concrètement abandonné tout espoir.

De plus en plus colérique et tonnante, Kara finit par se lever en me lançant au visage : « Mais je t’en prie, Eden. Vis donc avec Khorde pendant autant de temps. Subis donc chacun de ses coups, chacune de ses insultes. » J'essayais d'encaisser ses paroles dures et impitoyables alors que des chemins hyalins se traçaient sur mes joues. Chaque mot me faisait tressaillir et me ramènait cinq ans en arrière. Son ton bien plus que suggestif me faisait ressentir une nouvelle fois les coups, le feu, la violence de ses attouchements. Je ne veux plus jamais connaître ça, plus jamais. Je ne veux plus vivre ces atrocités. Je baissai les yeux, telle une enfant que l'on venait de gronder. Mon cœur me faisait mal et je luttais pour ne pas laisser de sanglots s'échapper. « J’étais jeune. Belle. Sauvage. Tout comme toi. Et je suis devenue une femme soumise, dont le corps a été détruit par son mari. » Fébrile et tremblotante, je gardais mes poings fermés sur les draps du lit sur le bord duquel j'étais encore assise. « Je doute franchement qu’il y ait un seul espoir pour moi », sembla conclure Kara en se dirigeant vers la fenêtre de la pièce. Je sens son regard se porter sur moi, alors je relève les yeux pour affronter la dureté de son regard une nouvelle fois. « Eden… Peu importe ce qui se passe ici. Ce que tu entends, ce que tu vois. Tu ne dois jamais en parler à Ranrek. Il ne pourrait pas le supporter », avoua-t-elle en provoquant mon intrigue. Je comprenais, vu l'intérêt qu'il lui portait, que Kara souhaitait le préserver. Pourtant, il serait bien plus à même de l'aider que je ne l'étais... Le peu de crédit qu'elle me portait n'allait que lui permettre de se défouler sur moi en paroles aussi fracassantes que des gifles à répétition. Un acharnement dont je ne comprenais pas la réelle motivation ni le but. Pensant qu'elle avait simplement besoin d'alléger son cœur en expiant tout cela sur moi. « Je pense que tu devrais partir, Eden. Khorde risque de revenir d’un moment à l’autre. Je doute que tu veuilles être là à son retour », dit-elle alors qu'un bruit avait retenti dans une pièce adjacente. Khorde m'intimidait, c'est vrai. Mais d'un autre côté, je ne souhaitais pas que Kara se retrouve seule avec lui. En tout cas, pas maintenant. Ma présence pouvait servir d'excuse à ce qu'il ne porte pas sa main sur elle...

La voix de Kara s'était à nouveau adoucie et elle avait retrouvé son calme. Avais-je le sentiment d'avoir été utile ? Non. Mais j'avais l'impression d'avoir reculé de trois pas en arrière. Je ne cherchais pas à signifier une justice ou une injustice. J'appréciais Kara et ses paroles m'importaient beaucoup. Bien trop sûrement... Mes joues se séchaient d'elles-mêmes. Hésitante, je me levai, évitant de croiser le regard de Kara. « J-je... je ne dirais rien... » Ma voix restant en suspend cachait les mots que je ne souhaitais dire afin de ne pas attiser une nouvelle fois sa colère. Mes yeux ne parvenaient à s'accrocher au moindre détail sans que ne résonnent les paroles de Kara. « V-veuillez m'excuser. » Dis-je simplement en prenant congés d'une bribe de révérence sans la regarder en face. Ne me sentant pas à ma place. La mienne était bien plus en bas, bien plus dans l'ombre. Je n'avais pas sa valeur et sa force. Sa détermination et ses convictions. Je n'étais pas de ce monde. Pas de ce palais, ni de cette ville ou de nulle autre encore. La seule chose que je souhaitais, c'était retourner chez moi, à Gorka, loin de toutes ces atrocités, loin de cette réalité qui était à présent mienne. Je bousculai les portes et rejoignis promptement les appartements de Ranrek. Je savais qu'il ne s'y trouvait pas, je ne m'attendais pas à y voir qui que ce soit. Mais lorsque j'ouvris la porte, je tombai nez à nez avec Leanor, sa domestique.Nous restâmes coites quelques secondes. La belle jeune femme aux cheveux flamboyants tel un feu rassurant posa le linge qu'elle portait et me pris par le bras pour m'entraîner à l'intérieur. Elle referma la porte sans manquer de jeter un œil à l'extérieur afin de savoir si j'étais seule ou non. Sans même prendre la peine de prononcer un mot, elle semblait avoir compris que j'étais bouleversée. Elle me prit dans ses bras et m'entraîna jusqu'au premier lit que nous croisions. M'incitant à m'y allonger, elle maintint une étreinte réconfortante alors que je laissai, visage posé contre son épaule, la tristesse qui m'envahissait s'exprimer.

@Kara Ergorn-Jaggde ☙ #Sanie #Vanka
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