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Intrigue n°2
La deuxième intrigue a vu le jour
Pour savoir ce qui va se passer entre les régions, c'est par ici !

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Loin des yeux, près du coeur [Elwyn]

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~#~Sujet: Loin des yeux, près du coeur [Elwyn] Mer 2 Aoû - 23:13

3, Treizième Lune de l’an 836

Bon.
Elle n’avait rien crâmé.
Elle n’avait pas mis le feu à la cuisine.
Et de jolis brownies trônaient fièrement sur l’une de leurs tables en bois.
C’était déjà un bon départ pour bien commencer la journée, non ?

En vérité, ce n’était pas comme si Aléa avait déjà vraiment mis le feu à quelque chose. Encore moins en cuisine. Voir la tête de ses grands-parents aurait peut-être valu le coup, mais aujourd’hui plus qu’hier, elle voulait que son plat soit particulièrement réussi.

Repoussant ses cheveux roux, la jeune fille se détourna du panier dans lequel elle avait déjà mis les gâteaux avant de jeter un œil dehors. L’obscurité semblait toujours là, mais aucune pluie ne semblait s’annoncer pour le moment. Une chose sur laquelle elle n’allait pas se plaindre, mais même si des gouttes s’annonçaient, elle n’était pas sûre que cela entacherait sa bonne humeur. La rousse était décidée à passer une bonne journée, et empoignant les quelques douceurs qu’elle avait faites, la l’Innocente sortit de la maison pour s’aventurer dans les rues du quartier Ouest.

Cela faisait déjà depuis quelques temps déjà que les Fanior avaient repris la route vers Sterenn. Teb comme Skynen étaient repartis, et Aléa ne savait pas vraiment comment elle prenait leur départ pour leur terre d’origine. Heureuse, elle ne l’était pas. Soulagée non plus. La jeune fille pouvait comprendre que la famille de son ami veuille se protéger : il y avait de quoi, compte-tenu l’accusation fallacieuse qu’on leur portait vis-à-vis des Birghild. Mais est-ce que cela allait arranger les choses pour autant ? Les rumeurs risquaient plutôt d’enfler encore plus, et les relations entre les Terres et les Airs n’allaient pas s’améliorer non plus. En un mot, les tensions engendrées lors de la dixième lune allaient se poursuivre encore longtemps… Et avec toutes les catastrophes dans Oranda, Aléa aurait aussi préféré que les Fanior restent au moins à l’abri de la fureur des éléments, si ce n’était des hommes.

Mais ils avaient fait leur choix, tout comme elle était revenue à Lucrezia sous instance de sa mère, notamment. Et la rousse devait bien avouer qu’il y avait un contraste saisissant entre la capitale et Sterenn. En termes d’architecture, évidemment – mais ça, elle se l’était déjà dit deux mois plus tôt –, et puis en termes « d’activités », vu qu’il n’y avait aucune catastrophe majeure comme dans les autres parties du continent. La seule chose, songea Aléa en jetant un coup d’œil à la rue encombrée, c’est qu’il risque d’y avoir un afflux d’habitants si les choses ne changent pas. Rien qui ne la ravisse réellement, sans compter que le ciel obscur – obstinément sombre – lui semblait aussi ne pas annoncer de bons présages.

C’était effarant comme un simple événement et un simple meurtre pouvait créer autant de conséquences alors que la très grande majorité d’Oranda n’avait rien demandé.

Mais Aléa ne comptait pas faire plaisir aux Dieux en étant de mauvaise humeur et en se lamentant sur son sort. Bien au contraire. Aujourd’hui, elle était même d’humeur guillerette, défiant presque l’obscurité ambiante de lui ravir sa bonne humeur. Tout en parcourant une des rues principales du quartier ouest, la rousse fit glisser sa main droite sur l’une des poches de sa cape. La présence de la broche qu’elle avait achetée à Torom Précieuse lui arracha un léger sourire et la rousse pressa le pas. Elle savait pertinemment où elle allait, et quand elle vit enfin la maison où sa mère habitait, la jeune demoiselle ne tarda pas à décocher un sourire affable aux gardes qui veillaient sur l’entrée de la demeure. Ils la reconnurent sans vraiment de mal, et l’espace d’un instant, leur expression quelque peu figée, voire même amorphe à cause de la banalité de leur travail, se détendit pour parler avec la jeune fille.

Il était vrai qu’au début, Aléa échangeait simplement des salutations avec les hommes armés. Avec le bal des représentants et l’attaque des extrémistes Eaux, ils semblaient toujours sur les dents,  et la jeune fille n’avaient pu les en blâmer. Ce fut en les voyant une fois sous une pluie torrentielle que la rousse les prit une fois en pitié alors qu’elle était de passage. Leur regard fut même assez drôle quand elle vint leur refourger le reste de biscuits qu’elle avait alors en surnombre – caractéristique typique de sa grand-mère qui cuisinait parfois bien trop. Depuis, elle s’était petit à petit attirée leur amitié, et l’entrée dans la demeure où résidait sa tante ne lui posa donc aucun problème.

Ce qu’Aléa escomptait bien, il fallait l’avouer.

Un domestique ne tarda pas à venir l’accueillir, et elle le rassura rapidement d’un geste. Elle n’avait prévenu personne de son arrivée, mais elle avait choisi une heure qui lui semblait peut-être plus facile afin de retrouver sa mère. En tout cas, il n’était pas loin de midi, et elle espérait bien qu’Elwyn ait quelques minutes durant lesquelles elle saurait se reposer un minimum. Aléa ne savait pas exactement jusqu’à quel point les événements récents l’occupaient, la seule chose dont elle était sûre, c’était que cela devait lui occuper sacrément l’esprit.

D’où l’idée du cadeau. De la broche. Et sur ce point, Aléa ne savait pas vraiment comment sa mère allait réagir. L’aigle était classique, quelque chose qui représentait bien Sterenn et la région qu’Elwyn affectionnait beaucoup. Le rubis, en revanche, cette pierre incandescente qui brillait avec une certaine intensité sous l’un ou l’autre rayon de lumière… Cela avait été surtout une interprétation de l’Innocente. A voir si sa mère aimerait. A voir si cela serait le bon moment de lui donner aussi. Mais c’était aussi pour cela qu’elle avait des brownies. Un prétexte pour venir, un prétexte pour pouvoir passer du temps avec sa mère loin des oreilles indiscrètes… Et puis, elle n’avait pas vraiment de crainte. Juste l’envie que cela lui plaise et qu’elle puisse voir au moins sa mère moins tendue qu’actuellement.

Ce fut sur cette pensée qu’elle avertit le domestique qu’elle s’en allait trouver « sa tante », et ne lui laissant pas l’occasion de protester, la rousse s’en alla d’un pas vif prendre le chemin qui menait vers son bureau. A coup sûr, elle serait probablement là-bas, puisqu’il ne lui semblait pas qu’elle recevait quelqu’un de particulièrement important aujourd’hui. Aléa s’était quand même renseignée un minimum afin de ne pas tomber sur une entrevue à laquelle elle n’aurait pas dû assister.

Elle arriva finalement devant la porte en question, retint difficilement le sourire qui germa sur les lèvres, puis fit quand même une petite prière à Jahaliel pour que out se passe bien avec le cadeau qu’elle apportait. Toquer fut simple, entrer aussi, et elle ne retint cette fois pas le sourire qu’elle contenait depuis quelques instants alors qu’elle rencontrait le visage de sa mère. Une lueur espiègle brillait dans son regard, et fermant la porte, s’assurant en même temps qu’il n’y avait personne, la jeune fille s’avança dans la pièce.

- Madame la Dirigeante voudra bien me faire une entrevue toute particulière ?

Un sourire toujours sur les lèvres, Aléa ramena ses mains derrière elle, tenant toujours le panier où il y avait les quelques brownies qu’elle avait faites.

- Si tu résistes au chocolat que j’ai fait ce matin, je crois que je serai en droit d’appeler le médecin.

Une légère pause, puis Aléa reprit la parole d’une voix légère, attendant quand même par principe que sa mère lui confirme qu’il n’y avait qu’elles deux aux environs.

- Je me suis dit que passer un peu pourrait être bien. Comment est-ce que tu vas, avec tout ce qu’il se passe ?

Il fallait dire qu’elle était partie à Sterenn toute la onzième lune et ça ne faisait que depuis quelques jours qu’elle était rentrée. Et il était parfois difficile de parler tranquillement avec Elwyn. Et autant son rôle de nièce ne lui posait généralement aucun souci, autant laisser parfois tomber le masque ne la dérangeait pas du tout.


Dernière édition par Aléa Valior le Sam 5 Aoû - 16:33, édité 1 fois
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~#~Sujet: Re: Loin des yeux, près du coeur [Elwyn] Jeu 3 Aoû - 16:48

De sa fenêtre, elle regardait le ciel en direction de Sterenn… Elle regardait les montagnes qui la séparent de sa région, de sa responsabilité, de son ambition… Cette situation… Cette si dégradante situation… ! Elwyn tourne en rond… Elle force le contact avec les Kunan pour leur soutirer des informations qu’ils gardent volontairement secrètes. Elle envoie ses meilleurs éléments retrouver l’assassin d’Osrian pour tenter d’en tirer profit pour ses plans avec Sven… Sauf que rien n’avance… Elle est persuadée que l’attentat et le meurtre sont liés, mais elle n’a pas suffisamment d’élément pour faire le lien… Elle complote avec Ceersa pour pouvoir trouver un arrangement en attendant que les vérités éclatent, mais ce n’est pas facile… Il y a beaucoup de choses à gérer en même temps et les Dieux ne se montrent pas aidants…

Un de ses conseillers entra dans son bureau pour lui faire part d’une nouvelle qui allait encore une fois la contrarier… « Dame Valior, nous n’avons toujours pas reçu réception à votre demande d’entrevue avec Nekho Kunan… » Elwyn le regarda. Aucune expression ne s’afficha sur son visage, comme si elle n’avait rien entendu et comme si elle n’avait pas été touchée… Ses yeux et son visage étaient livides, comme si la vie l’avait quittée… Elle ne bougea pas et cligna enfin des yeux en sommant à son conseiller de s’en aller. Elle ne se retourna vers la fenêtre et repris sa contemplation…

Elle repensa à son entrevue avec Rhénis… Son entrevue décevante. Elle qui pensait rencontrer Nekho, l’occasion de comprendre pourquoi un tel mutisme leur était témoigné… Mais non. À la place, c’était Rhénis qui s’était montrée, Nekho étant trop occupé… Elly’ n’avait pas trouvé le réceptacle attentif et sérieux qu’elle aurait trouvé chez Nekho Kunan et cela l’avait profondément déçu et contrarié… Contrariée parce qu’elle avait perdu son temps. Du temps précieux qu’elle aurait pu passer à autre chose, qu’à discuter avec une gamine qui se prétendait être à la hauteur pour remplacer son père et tenir un discours construit de représentante des Eau… À place, Elwyn aurait eu honte de prétendre ainsi, au titre de son père ! Surtout vis-à-vis d’une Dirigeante officielle ! Mais Elwyn a coupé court à cette rencontre, ne voulant pas aggraver le cas de Rhénis qui s’enfonçait peut à petit à ses propos infondés… Elle n’était pas pusillanime, mais ses termes n’avaient pas de sens aux oreilles de la Dirigeante… Elle l’avait trouvé quelque peu immature et puérile.
Quant à sa rencontre avec Ceersa, qui l’avait accueilli de manière affable malgré son deuil, leur entrevue s’était montrée beaucoup plus constructive et beaucoup plus intéressante ! Au moins, avec elle, - et ce, malgré la situation pour - les deux femmes avaient pu avancer, recontactant alors leurs familles représentantes respectives pour revenir à Dahud histoire de trouver un terrain d’entente en attendant que la vérité soit révélée….

L’un de ses gardes était là… Celui qu’elle avait fait venir. Celui avec lequel elle s’entraînait régulièrement… Celui à qui elle se confiait lorsqu’elle en ressentait le besoin… Celui qui est le seul à l’avoir déjà vu se défouler pour expulser sa colère et sa frustration. Parce qu’avec tout ce qu’elle a à supporter, pour éviter qu’elle n’explose, il faut qu’à un moment donné, elle relâche la pression avant de faire péter une soupape qui pourrait lui être fatale… C’est pour ça qu’il est là. Il l’aide à expulser pour qu’elle puisse garder son self-control dans toutes les situations et devant faire face à n’importe qui…Elle ne peut pas se permettre de faire partager ses humeurs et ses émotions dans le monde politique. Ce monde est réservé à la raison et aux valeurs que défende le peuple. Ce monde est réservé à la logique et à la justice. Le cœur n’y a pas sa place…  Il la force à méditer aussi… Parce qu’il le faut. Parce qu’elle en a besoin. Parce qu’il est là pour ça et parce qu’il ne lui posera jamais de question qui la mettrait mal à l’aise…
Il vint auprès d’elle. À ses côtés, regardant dans la même direction… Elle reste calme, mais une tempête fait rage à l’intérieure… Il le sent… Il l’observe et il remarque alors que des objets sont en lévitation autour d’eux… Sans même bouger les bras ni les mains, Elwyn y arrive… Mais il sait. Il sait qu’elle est en train d’évacuer du stress et de la tension en voulant s’en prendre à ces objets… En voulant les briser après les avoir fait tournoyer… Elle ne supporte plus cette situation où personne ne lui donne les infirmations qu’elle demande… Elle ne supporte pas d’avoir le contrôle… Elle allait se laisser pâmer lorsqu’il posa sa main sur son épaule…. Les bras toujours croisés, elle ferme les yeux… Elle expire lentement par le nez, comme si elle soupirait et les objets se replacent délicatement à leur place d’origine… Alors une fois qu’ils sont en place, il enlève sa main. Et elle rouvre les yeux… C’était son comportement. C’était tout ce dont elle avait besoin… Besoin d’un rappel. Besoin d’un geste pour lui inspirer le calme… Il lui proposa une petite séance de méditation et elle deigna enfin se tourner vers lui et elle lui répondit qu’elle n’avait pas le temps pour ça… Que des affaires l’attendais et qu’une relecture des lettres envoyées par le Conseil de Sterenn était nécessaire avant d’y répondre sur le coup de l’émotion – même si ce n’est pas son genre – il fallait qu’elle les relise pour bien saisir tous les aspects dont ces Conseillers parlent ! Ils étaient partisans de fermer les frontières et avaient même menacé Elwyn de le faire si elle n’apportait pas plus d’information sur la situation à Lucrezia… Sauf qu’elle ne pouvait rien relayer, puisqu’elle n’avait rien à relayer… Quelle misère !

Elle envoya alors son garde particulier en mission dans les rues de Lucrezia pour tenter d’extraire des informations de ses relations Eau – Feu – Terre qui pourrait être utile à l’avance de cette affaire et surtout aux décisions qu’elle s’apprête à prendre… Le garde sortit alors et il ne fallut pas une minute après sa sortie pour qu’un nouveau toc toc se fasse entendre, percutant la porte de son bureau. Elly’, toujours debout devant son bureau avec les lettres du Conseil entre les mains, dominant cette paperasse autour de cette situation en train de péricliter au fur et à mesure que le temps passe, releva la tête pour voir qui entra dans son bureau et elle la vit. Elle. Un sourire immense sur ses lèvres, l’innocence même incarnée… « Madame la Dirigeante voudra bien me faire une entrevue toute particulière ? » Dit-elle en cachant visiblement quelque chose dans son dos. Elwyn eut un faible sourire en la voyant et en entendant sa voix… Mais elle était réellement heureuse de voir que sa fille était bel et bien arrivée saine et sauve à Dahud ! Elle était tout pour elle. Elle était sa lumière, son secret. Elle est sémillante en toute situation et ça lui donne de l’oxygène. Ça lui donne une raison de se battre. Une raison d’être…

« Si tu résistes au chocolat que j’ai fait ce matin, je crois que je serai en droit d’appeler le médecin. » Dit-elle à son intention. Elwyn sourit alors plus franchement en découvrant alors qu’elle avait pris la peine de cuisiner pour elle. Aléa tombait réellement à pic ! Elwyn n’avait rien avalé depuis la veille, alors qu’elle a passé une grande partie de la nuit à travailler… Sa peau et ses yeux commençaient à montrer la fatigue, mais pas au point encore de ressembler à un zombie ! La présence d’Aléa allait lui faire du bien. Surtout qu’elle arrivait avec de la nourriture qu’elle avait pris la peine de faire elle-même ! Elwyn s’en doutait bien…

Elly’ acquiesça alors de cette façon si familière, qu’Aléa ne pouvait que comprendre qu’elle n’avait rien à craindre ici. Qu’aucune oreille curieuse ne serait présente pour les écouter et découvrir leur secret. Puis elle lui ouvrit les bras, après avoir déposé ses papiers sur son bureau, pour l’accueillir. Parce qu’elle l’aime. Parce qu’elle aime la sentir au creux de ses bras. Parce qu’elle est sa chaire. Parce qu’elle est son sang. Parce qu’elle est unique. Parce qu’elle précieuse… Parce qu’elle est elle.

« - Je me suis dit que passer un peu pourrait être bien. Comment est-ce que tu vas, avec tout ce qu’il se passe ? » Passant une main dans ses cheveux de feu pour la remettre derrière une oreille et contempler son visage si frais et si doux qu’elle était heureuse de voir, elle lui répondit : « Maintenant que tu es là, je me sens déjà mieux… » Lui répondit-elle, comme toute mère répond à sa fille ne voulant pas qu’elle s’inquiète inutilement…  
Puis, sur un ton bienveillant, elle lui demanda, tout en l’admirant et en oubliant petit à petit un petit peu le malheur du monde : « Qu’est-ce que qui t’amène mon ange ? » lui demanda-t-elle, avec ce surnom. Ce surnom qui lui va si bien. Ce surnom qu’elle est la seule à lui donner, lorsqu’elles sont que toutes les deux…
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~#~Sujet: Re: Loin des yeux, près du coeur [Elwyn] Sam 5 Aoû - 12:42

Sa mère se tenait là, devant son bureau, à avoir des feuilles en main dont Aléa ne connaissait pas le contenu. La jeune fille n’était pas tellement étonnée de la voir encore au travail en plein milieu de la journée. Si certains pouvaient s’accorder une pause aux alentours de midi, Elwyn était plutôt de celle qui ne se reposait que quand il le fallait ou plutôt, que quand son corps et son esprit le lui obligeaient. A plus forte raison, avec l’enquête en cours sur l’assassinat des Birghild, elle ne devait pas savoir où donner de la tête… Et Aléa ronchonna encore intérieurement sur le responsable de tout ce méli-mélo. Sa mère travaillait beaucoup à l’origine : maintenant, elle devait littéralement prendre sur ses nuits afin de réfléchir à tout ce qui pourrait aider Sterenn – et la situation des Airs avec les autres nations.

Si l’Innocente n’était cependant pas ravie par toute la fatigue que devait accumuler sa mère, son sourire ne faiblit pas une seconde. Elle n’était pas là pour l’accabler de reproches, mais bien pour profiter de sa présence, et, la jeune fille l’espérait, lui donner une petite bouffée d’air avant qu’elle ne se retrouve encore seule dans la pièce où elle travaillait souvent. D’habitude, un garde était généralement à ses côtés, sans aucun doute pour épauler sa mère, ce sur quoi Aléa lui était reconnaissante. Ici, il ne semblait pas être là… Et autant son absence ne la dérangeait pas le moins du monde – elle n’aurait pas pu s’adresser comme elle le voulait à Elwyn, sinon – autant la rousse se promit un jour de le remercier pour tout ce qu’il semblait faire pour la Dirigeante. Peut-être lui dirait-il que c’était simplement son travail. Sûrement lui dirait-il cela, d’ailleurs. Mais il n’en restait pas moins qu’il fallait quand même parfois beaucoup de patience, quand on gravitait comme cela autour du monde politique. Et s’il était une sorte de point de repère pour sa mère, alors Aléa ne pouvait que le remercier et le respecter comme il se devait. Peut-être, un jour, si elle refaisait une pâtisserie, elle lui mettrait une part de côté… Ca le surprendrait probablement, mais Aléa ne s’inquiétait pas de ce qu’il pouvait penser outre mesure.

Quoi qu’il en soit, il n’y avait personne, aussi s’avança-t-elle doucement après avoir fermé la porte du bureau, contemplant plus franchement Elwyn, qui lui avait d’abord donné un sourire léger face à son arrivée.  Certains, peut-être, auraient pu voir dans le regard de celle-ci une face peut-être polie, mais Aléa était suffisamment complice avec sa mère pour savoir qu’elle était heureuse de la voir. C’était bien elle qui lui avait demandé de revenir à Lucrezia. Face aux catastrophes, ses grands-parents avaient aussi trouvé cela plus sage… Et si le voyage avait été long, tous avaient été contents d’arriver, finalement. Sa famille avait si tôt prévenu Elwyn qu’ils étaient arrivés à bon port, mais la jeune fille n’avait pas pour autant résisté à l’envie d’aller la voir. Ce qu’elle ne regretta pas quand elle vit un sourire franc naître sur les lèvres de la Dirigeante alors qu’elle lui parlait des chocolats qu’elle avait fait.

Puis, elle donna finalement le signe qu’elles pouvaient parler sans encombre et sans crainte d’être dérangées. Un hochement de tête tout simple, très léger, mais vis-à-vis duquel Aléa savait alors qu’elle pouvait réellement être sa fille, et non la nièce des Valior. Déposant momentanément son panier quelque part, sur un coin du bureau non encombré par la paperasse, la jeune fille vint se réfugier dans ses bras.

Pour le plaisir d’être contre sa mère.
Pour le plaisir de goûter à cette solitude où elle pouvait paradoxalement être vraiment elle.
Pour le plaisir de lui montrer son affection, tout simplement, alors qu’elle pouvait parfois la lui cacher en présence d’autres individus qui ne devaient pas connaître leur secret.

Levant son regard vers Elwyn, elle la sentit caresser ses cheveux et remettre une de ses boucles derrière son oreille. Tant de gestes qu’elle ne pouvait pas toujours goûter, et qu’elle appréciait d’autant plus quand la situation le leur permettait. « Maintenant que tu es là, je me sens déjà mieux… » lui souffla-t-elle. Aléa retint difficilement une moue, peu convaincue que sa mère passe de réelles vacances avec tous les événements en cours. Mais celle-ci continuait déjà sur un ton bienveillant, reprenant la parole tandis que la demoiselle regardait la Dirigeante.

« Qu’est-ce que qui t’amène mon ange ? »

Une lueur espiègle apparut sur son visage, tandis qu’un sourire germait à nouveau sur ses lèvres.

- Je me suis dit que si le personnel devait te faire de merveilleux repas équilibrés, qu’ils étaient peut-être nuls en dessert. Et que ç’aurait été dommage de ne pas t’en faire profiter un peu alors que personne ne sait résister au chocolat.

La vraie raison, bien sûr, n’était pas là. Les petits gâteaux qu’elle avait faits étaient seulement un plus, un petit encouragement pour sa mère afin de lui rendre un peu plus légère sa journée. Son ton quelque peu malicieux devint d’ailleurs un peu plus sérieux tandis qu’elle faisait un pas en arrière pour mieux voir Elwyn.

- Cela faisait longtemps que je ne t’avais pas vue. Avec le voyage avec Sterenn, les catastrophes, la situation dans les autres régions… Je voulais simplement voir comment tu allais, fit franchement la jeune fille. En priant pour ne pas trop te déranger dans ton travail, continua-t-elle en coulant un regard vers toutes les lettres qui attendaient sa mère sur le bureau où elle travaillait. Mais je me suis dit que faire attendre Sterenn quelques minutes ne serait pas la mort, reprit la rousse aux cheveux flamboyants, avec un certain sourire.

Même si elle pouvait comprendre que sa région veuille que les choses soient mises au clair quant aux événements de la Dixième Lune. Les Airs restaient soupçonnés… Et même si Aléa était convaincue que les Fanior n’avaient rien à voir là-dedans, il était peut-être plus difficile de convaincre les autres nations. Surtout qu’il était toujours agréable d’avoir un bouc émissaire tout désigné…

Chassant ces pensées quelque peu moroses, l’Innocente se reconcentra sur sa mère.

- Tu réussis à te reposer quand même, malgré tout ce qu’il se passe ? Livius ne te fait pas trop de misères à vouloir fermer les frontières ? Elle n'avait jamais aimé sa façon de tourner autour de sa mère. Et elle aimait sans doute encore moins quand ils avaient des avis différents et que l'un et l'autre voulait gagner la partie. Mais tout cela, sa mère le savait, et elle décida de repartir sur un sujet léger, avec une voie plus enjouée, plus dynamique aussi. Tu veux un brownie ?

Elle les avait faits spécialement pour qu’elle les mange, après tout, et discrètement, Aléa vint effleurer la poche où il y avait le bijou qu’elle avait acheté pour Elwyn à Thorm Précieuse. La broche. L’aigle ailé, l’aigle de feu.

Et revint l’éternelle question : allait-elle aimer ?

Aléa avait eu le temps, bien sûr, d’y repenser, et elle croyait toujours aux propos qu’elle avait dit à Lexmja Kielrhan alors qu’elle lui avait acheté sa création.  A présent, il restait à choisir le moment où elle la donnerait à sa mère… Peut-être après qu’elle ait terminé un brownie ? Ou après qu’elle ait terminé de répondre à ses questions ? Elle ne savait pas trop, et à défaut, la rousse décida de le lui donner selon ce qu’elles allaient discuter. Il y aurait bien un moment plus propice qu’un autre. Sauf si Elwyn arrivait à deviner que sa fille réfléchissait sur place et qu’elle ne lui avait pas encore tout dit…
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~#~Sujet: Re: Loin des yeux, près du coeur [Elwyn] Ven 11 Aoû - 10:48

Même si ça ne s’était pas vu tout de suite, Elwyn était profondément heureuse de voir sa fille en cet instant. Sa présence lui fait un bien fou. Après tout, elle est la seule chaire de sa chaire. Elle est la seule à avoir son sang. Combien elle ne regrette pas de ne jamais s’être rendu compte qu’elle était entre ses entrailles pendant 9 mois ?!! Ça avait été une véritable surprise… Elle est sa surprise. Depuis sa naissance et jusqu’à sa mort, elle ne cessera de surprendre sa mère…

Lorsqu’Elwyn lui demanda la raison de sa présence, la jeune rousse sourit de façon espiègle, comme elle avait l’habitude de le faire lorsqu’elle lui cachait une petite surprise de sa confection. Elwyn avait l’habitude qu’Aléa vienne de temps en temps la retrouver pour lui offrir des pâtisseries ou des préparations personnelles. Sans prévenir évidemment. C’est ce qui donne ce côté ‘surprise’ à sa visite… Elle était attentionnée envers sa mère et la Dirigeante ne pouvait qu’apprécier ce côté très empathique… Cela la rassurait sur ses sentiments envers sa mère… En réalité Elwyn craint toujours que des sentiments négatifs se développent chez Aléa en ce qui la concerne, puisqu’elle ne sait pas remplir son rôle de mère et que la vérité sur son identité lui a toujours été cachée… Mais le jour où cette vérité explosera, Elwyn se doute qu’Aléa sera blessée par ce mensonge… ou très certainement touchée. Mais c’est la vie. C’est comme ça que vit Elwyn… Avec ces doutes permanents, avec ces lourds mensonges, cette double vie… Tout ce mal pour une seule et unique personne qui n’a jamais cessé de croire en elle ; son frère le dictateur Sven Ramose… C’est ainsi qu’elle a décidé de vivre sa vie. Nourrir les noirs desseins de son frère en lui procurant une partie du monde et en manigancent des stratégies, des plans et des complots pour pouvoir dominer le monde d’Oranda.

« - Je me suis dit que si le personnel devait te faire de merveilleux repas équilibrés, qu’ils étaient peut-être nuls en dessert. Elwyn afficha un sourire amusé en écoutant les mots de sa fille. Et que ç’aurait été dommage de ne pas t’en faire profiter un peu alors que personne ne sait résister au chocolat. La Dirigeante acquiesça. Elle était plutôt d’accord avec sa théorie ! Personne ne sait résister au chocolat et surtout pas elle… ! Enfin, surtout pas à ses desserts qu’elle prend le temps de cuisiner pour elle. Comment résister ?! En priant pour ne pas trop te déranger dans ton travail. Mais je me suis dit que faire attendre Sterenn quelques minutes ne serait pas la mort. » En réalité, même si Elwyn était sur des affaires urgentes, lorsqu’Aléa était là, ces affaires pouvaient bien attendre le temps d’un petit moment partagé entre mère et fille. Même si Elwyn était un monstre en politique, elle savait prendre le temps d’être une mère pour sa fille qu’elle ne voit que trop rarement. De faite, jamais Aléa ne dérangera Elwyn par sa présence et ses offrandes toutes aussi succulentes les unes que les autres – sauf bien entendu si elle parlemente avec le Conseil et Livius lors d’une entrevue officielle – …

Aléa se montrait plutôt inquiète pour sa mère. Elwyn était assez touchée par son empathie et son inquiétude. Mais c’était son rôle. C’était son devoir envers ce peuple qui l’a élue pour le représenter. Elle était là pour ça et elle s’en accommode avec une certaine motivation et une certaine énergie. Jamais elle ne les laisserait tomber ! Elle se battra jusqu’au bout pour eux. « Tu réussis à te reposer quand même, malgré tout ce qu’il se passe ? Livius ne te fait pas trop de misères à vouloir fermer les frontières ? » lui demanda-t-elle. Si seulement elle savait à quel point elle souhaite faire tomber Livius et ce Conseil composé que de vieillards cacochymes, qui ne cesse de la tourmenter en ce moment avec des principes tous aussi bidons les uns que les autres… ?! D’autant plus que sans nouvelle de la part d’Elwyn, ils veulent fermer les frontières, histoire de protéger les Fanior, de protéger leur Région contre une potentielle guerre… Ils doivent avoir des preuves, ils doivent avoir des éléments de l’avancement de cette enquête qui pourront les empêcher de mettre en place leur stupide protocole de sécurité ! Sauf que pour qu’Elwyn puisse avoir des arguments conter cette fermeture de frontière, il lui faut des éléments de l’enquête. Hors, les Kunan se montrent totalement muets envers Elwyn. Rien, même pas un petit rapport sur cet état d’avancement. Nada… Personne ne vient lui parler ou l’entretenir sur d’éventuelles pistes… Elwyn a le couteau sous la gorge. Toute une région dépend d’elle à cause de malentendus… c’est éprouvant de chercher la vérité. C’est éprouvant d’essayer de faire comprendre aux Kunan qu’elle a besoin d’éléments à mettre sous la dent du Conseil de Sterenn pour les calmer et éviter qu’ils fassent une connerie en fermant ces fichues frontières… Parce s’ils ferment les frontières, cela prouvera au monde qu’ils ont quelque chose à se reprocher et à cacher. Hors, ce n’est pas le cas. Mais comment leur faire comprendre ?! De plus, avec les évènements météorologiques, la majorité du peuple de la Région va venir se réfugier à Dahud… Et puis de toute façon, les Fanior font route vers Dahud sur sa demande et celle de Ceersa – tout comme les Birghild d’ailleurs – . Ils n’ont plus le choix à présent.

« Tu veux un brownie ? » Lui demanda-t-elle alors d’une façon plus enjouée. Elwyn afficha un sourire amusé et elle lui répondit : « Avec plaisir. » Elwyn attendit qu’Aléa lui présente alors sa cuisine avant de se servir et d’en croquer un morceau de bon cœur. Elle mâcha tout en fermant les yeux… C’était bon. Que c’était bon ! Les rouvrant sur sa fille, elle lui répondit la bouche encore pleine : « C’est délicieux ma chérie… ! » Dit-elle alors d’une façon presque déconcertée… En faite, elle l’épatait tout simplement. Elle adorait ce genre d’attention venant de sa part. Elle aimait partager ces délicieux petits moments avec sa fille.

Elwyn s’assis sur sa chaise, de façon à être confortablement installée et d’un geste significatif, elle indiqua à sa fille qu’elle pouvait faire de même en pouvant se placer où elle voulait. Elwyn avala sa bouchée et se lécha les doigts de la main qui n’avait pas le reste du morceau qu’elle avait attrapée… Elle regarda Aléa et lui répondit alors : « Si ! … Livius et ce Conseil se comportent comme de vrais gamins… C’est effrayant de constater leur façon de penser... Dit-elle de façon plus évasive… Puis, regardant Aléa, elle poursuivit : Ils mettent Sterenn en danger en voulant fermer les frontières et ils ne s’en rendent pas compte… Il leur faut des preuves pour éviter cette fermeture, mais je n’ai rien à leur envoyer, parce qu’on me tient à l’écart de toute évolution et de tout avancement… Les Kunan taisent l’avancement de leur enquête et ça me dépasse… ! Puis, elle ajouta pour conclure en regardant vers l’extérieur et en croquant une nouvelle bouchée de son morceau de brownie qu’elle faisait plus qu’apprécier : Je commence à penser qu’il faut que je fasse tout moi-même ici, même cette fichue enquête ! » Dit-elle sur une voix un peu plus basse et surtout déçue de Nekho Kunan qui avait tout de même réussi à gagner un peu d’estime de la part de la Dirigeante, mais qui venait de tout perdre en laissant sa fille rencontrer la Dirigeante Air à sa place… Elwyn avait encore cette rencontre pathétique en tête, avec cette Rhenis Kunan, aux paroles et aux arguments fallacieux... Cette pauvre gamine trop ingénue encore pour prendre la relève de son père, mais soit. Elle ne manquait pas de pusillanime certes, mais encore fallait-il que ce soit crédible et justifié !  Et elle n’avait pas tort… Parce que même la rédaction d’une lettre avec Ceersa Birghild – dont la rencontré s’était plus que très bien passée et que la veuve avait accueilli la Dirigeante de façon affable et aimable malgré son deuil – , allait faire revenir les Birghild et les Fanior pour une trêve, le temps d’une négociation alors que ce n’était leur rôle de faire ça. C’était les Kunan qui avaient pris le parti de résoudre cette histoire et c’était à la Dirigeante et à la Conseillère de faire leur boulot… ?! Ce n’était pas normal… Les Kunan allaient bientôt devoir faire front aux représailles d’Elwyn à force de laisser cette situation péricliter même si aquila non capit muscas … Ils allaient devoir bientôt payer de leur manque de professionnalisme… ! Ceci étant dit, Elwyn ne connait pas non plus l’étendue des actions des Eau, même si elle est révoltée contre eux. Elle sait qu’ils ne sont pas resté à rien faire, mais leur manque de communication leur font gravement défaut et c’est surtout ce côté silencieux et élitiste qu’elle va leur reprocher…
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~#~Sujet: Re: Loin des yeux, près du coeur [Elwyn] Ven 18 Aoû - 16:54

Tout contre sa mère, Aléa s’accorda cet instant bref, mais tendre en même temps, où elle pouvait vraiment être elle quelques minutes. Dès lors qu’elle quitterait ce bureau, dès lors qu’elle rejoindrait les rues de Lucrezia, voire même Sterenn quand les catastrophes s’amenuiseraient, elle ne serait plus que « la nièce de sa tante », et en présence de n’importe qui, Elwyn comme elle feraient semblant d’adhérer à ce mensonge qui les concernait toutes les deux. Seules quelques rares personnes connaissaient la vérité – à dire vrai, ils se comptaient sans doute sur les doigts d’une main. De toute façon, la très grosse majorité ne devait pas savoir ce qui concernait l’Innocente. Vu le rôle que tenait sa mère, Dirigeante des Airs, ç’aurait été trop facile de viser Aléa pour faire pression sur sa mère. Et sa naissance même aurait probablement fait une polémique à l’époque, puisque non seulement Elwyn n’était pas mariée, mais aussi que cet enfant serait venu de nulle part. Aléa ne savait franchement pas si le peuple l’aurait acceptée, sans le mensonge qu’avait adopté sa mère dès qu’elle était venue au monde. Sa vie aurait été radicalement différente – elle n’aurait pas eu à cacher son identité et elle aurait pu vivre avec Elwyn – ; cependant, celle-ci n’aurait peut-être pas pu réaliser toutes ses ambitions non plus. Sa mère était une femme de pouvoir, Aléa le savait pertinemment et l’avait toujours compris. Quelqu’un qui ne laissait pas marcher sur les pieds, et qui visait aussi les sommets, tout en s’investissant un maximum pour son peuple. Du haut de ses neuf ans, l’Innocente n’avait pas mal pris son accès au pouvoir lorsqu’Elwyn avait été élue. L’enfant savait alors que c’était quelque chose qui lui tenait à cœur, quelque chose qu’elle voulait vraiment. L’un de ses grands objectifs, l’un de ses grands souhaits. Alors, peut-être naïvement, mais avec toute l’innocence qu’une âme enfantine pouvait alors faire preuve, elle avait été sincèrement ravie quand ses grands-parents avaient été lui dire que sa mère avait été élue. Puisque c’était un de ses rêves, avait-elle pensé, c’était bien qu’elle le réalise. Elle n’avait alors pas compris tous les aboutissants de ce rôle : tout avait été progressif. Depuis, cependant, sa mère s’investissait pleinement dans son pays. Corps et âme au point de parfois s’oublier elle-même. Ce dernier point, Aléa le désapprouvait clairement. Pour ce qui concernait le reste… Elle ne pouvait en vouloir à Elwyn de tout donner pour Sterenn. Si on pouvait dire cela ainsi, c’était comme son second enfant, et la jeune fille savait qu’elle voulait le meilleur pour son peuple. Elle regardait donc avec une certaine bienveillance, ou au moins une certaine patience, la manière dont celle qu’elle aimait le plus se consacre aux terres de l’Ouest. Elle ne voyait donc pas cela comme un mal et ne le verrait sans doute jamais comme tel. En revanche, peut-être avait-elle été parfois un peu déçue, voire même jalouse quand elle ne pouvait pas toujours voir sa mère alors que le moment se présentait. Il était en tout cas bien arrivé des moments où Aléa attendait sa génitrice dans son village tout proche d’Arne et que celle-ci n’avait pas su venir. Alors il était vrai que la jeune fille n’avait pas toujours su retenir son désappointement, voire certains murmures grognons contre le Conseil qui lui volait sa mère. Elle n’avait pas toujours apprécié, mais si elle n’avait pas toujours caché son état d’esprit à ses grands-parents – qui le devinait plus qu’autre chose –, elle n’avait jamais vraiment fait de reproches à sa mère. Probablement parce que quand elle la voyait, le reste passait en second plan. Puis, se disputer avec Elwyn… C’aurait été quelque chose qui l’aurait sans doute suivie longtemps. Au moins tant qu’elle ne se serait pas réconciliées. A dire vrai, Aléa n’avait jamais aimé cette perspective et l’avait donc toujours évitée.

Leurs rencontres ne se faisaient cependant pas non plus autant qu’elles le désiraient et Aléa profitait donc d’autant plus de cet instant qu’elle avait un peu provoqué aussi. Des visites surprises, elle n’en faisait pas tout le temps pour ne pas tomber sur d’autres personnes qui seraient en train de voir Elwyn. Une ou deux fois passaient encore. Plus, cela aurait pu attirer des questions, pas toujours les plus plaisantes. Quand tous les regards étaient ailleurs, néanmoins, et qu’Aléa était sûre qu’elle pouvait sortir de sa réserve, sans crainte d’un visiteur impromptu, elle n’hésitait pas non plus à faire ressortir sa bonne humeur, son espièglerie, voire un ton malicieux aussi. Loin de l’aspect « sage » que pouvaient parfois voir certains vieux du Conseil de Sterenn après de rares rencontres avec eux.

Ici, cependant, ce côté plus réservé n’avait pas lieu d’être. Sa mère était elle aussi contente de la revoir, et ce fut sans cacher son plaisir de la voir qu’Aléa lui proposa de goûter l’un des gâteaux qu’elle avait fait au matin. Allant débarrasser le tissu qu’elle avait mis sur le haut du panier, une simple protection pour la balade qu’elle ferait d’abord, elle lui en saisit un qu’elle donna à sa mère. Le reste aussi serait à elle… Mais elle était curieuse de savoir ce qu’en pensait sa génitrice. Qui sembla apprécier et savourer sa sucrerie. Une lueur amusée apparut dans son regard alors que sa mère lui disait la bouche pleine que c’était délicieux, et un sourire germa sur son visage en réponse au compliment de sa mère. Elle lui désigna les autres gâteaux d’un geste de bras, manière silencieuse de lui dire qu’elle pouvait se servir si elle le désirait.

Dans tous les cas, elle la laissa manger tout à son aise, et si Elwyn l’invita à se mettre où elle le voulait. Aléa hocha la tête pour lui dire qu’elle avait compris, mais resta debout, à côté de sa mère et adossée sur le bord gauche du bureau. Elle aurait pu s’asseoir, évidemment, mais elle allait bientôt lui offrir la broche. Autant donc qu’elle soit à côté pour pouvoir directement la lui donner, c’était quelque chose qu’elle tenait vraiment à lui remettre en main propre après tout. Puis, Amléa devait aussi se l’admettre, elle se demandait quelle serait la réaction de sa mère. La surprise ? Peut-être… Sûrement. Aléa lui faisait certes certaines visites, mais alors elle lui apportait plus des choses qu’elle avait préparé elle-même ; rien de grandiose, en l’occurrence. Enfin, la broche non plus ne serait pas grandiose. Mais l’intention était différente que d’apporter simplement quelques plats à son bureau…

Vint finalement la réponse à ses questions sur le Conseil. Et la jeune fille comprit directement qu’ils devaient – au minimum – bien agacer sa mère. « Si ! … Livius et ce Conseil se comportent comme de vrais gamins… C’est effrayant de constater leur façon de penser... La rouquine haussa légèrement un sourcil, lui lançant un regard interrogateur et Elwyn reprit tout en tournant son visage vers elle. Ils mettent Sterenn en danger en voulant fermer les frontières et ils ne s’en rendent pas compte… Il leur faut des preuves pour éviter cette fermeture, mais je n’ai rien à leur envoyer, parce qu’on me tient à l’écart de toute évolution et de tout avancement… Les Kunan taisent l’avancement de leur enquête et ça me dépasse… ! Cette fois, Aléa fronça vraiment des sourcils. Elle ne s’attendait pas à ce que les Khunan ne fassent pas de suite à l’enquête. En tout cas, qu’ils ne tiennent pas Elwyn au courant… N’était-elle pas la Dirigeante des Airs ? Et ceux-ci n’étaient-ils pas les plus impliqués par les événements avec les Terre ? Enfin, impliqués… Pas coupables – la jeune fille ne pouvait absolument pas concevoir qu’un membre des Fanior soit accusé de meurtre, cela la dépassait. En revanche, de par les soupçons qui pesaient sur son peuple, celui-ci n’avait-il pas droit de savoir comment cela évoluait ? Au moins pour ce qui était la Dirigeante ? Le silence des Eaux semblait incompréhensible.   Je commence à penser qu’il faut que je fasse tout moi-même ici, même cette fichue enquête ! » Sa mère avait dit cela d’une voix plus basse, plus déçue, aussi. Sans doute que tout cela devait la miner, en plus qu’elle devait être révoltée qu’un membre de son peuple soit faussement accusé… Comment on pouvait seulement concevoir que Teb soit le responsable de tout ceci ? Et comment on pouvait se taire ainsi aussi, vu les événements ? Ce n’était pas seulement le Conseil de Sterenn qui devait savoir s’il y avait du nouveau. Le peuple aussi, de sa région, mais également des autres pays d’Oranda, devaient savoir ce qu’il se tramait…

Les sourcils légèrement froncés, inquiète aussi pour sa mère qui semblait se frotter à des gens qui risquaient de lui en faire baver, Aléa reprit la parole.

- Tu peux leur dire que fermer les frontières nous rendraient surtout plus suspects. Que cela serait mal vu par les autres peuples, que ça pourrait être une preuve pour certains que nous sommes responsables… Que ce serait se jeter dans la gueule du loup plutôt que de vraiment s’en sortir sur le long terme. Elle secoua légèrement la tête, secouant ses boucles rousses, avant de river à nouveau son regard dans celui de sa mère. Livius n’est pas stupide. Il devrait bien savoir que fermer nos frontières ne nous aideraient pas non ? Les Eaux et les Feux sont peut-être neutres dans cette affaire, mais ce serait donner à tout le monde des raisons pour qu’on soit un bouc émissaire…

Les hommes étaient généralement contents de trouver un coupable, quand une catastrophe se produisait. Ils déversaient ainsi toute leur colère, tout leur mécontentement, voire toute leur haine sur eux, sans forcément se demander si leur réaction était juste. Pour l’assassinat commis à l’envers des Birghild… Soupçonner quelqu’un était légitime. A la place de Ceersa désormais veuve, peut-être qu’Aléa aurait soupçonné tout le monde… Mais elle n’était pas mariée, n’avait même pas été au bal, et ne connaissait rien de cette famille représentante. La jeune fille ne pouvait pas comprendre tout ce que cela engendrait, à défaut de ne pas avoir vécu dans le monde politique. Elle l’avait côtoyé, bien sûr. Elle savait certaines choses, certains modus operandi, et surtout savait qu’on entrait généralement dans un champ de bataille quand on voulait asseoir ses idées. Ce qui n’était pas toujours simple lorsqu’on avait ou des abrutis, ou des gens très malins qui voulaient généralement nous mettre des bâtons dans les roues. Se trouver des alliés, notamment, des alliés fiables et sincères était sans doute le plus difficile…

Du reste, pour ce qui était la fermeture des frontières, Aléa pensait sincèrement que c’était une mauvaise idée. Et pas seulement pour le regard qu’auraient les autres nations à l’égard de Sterenn.

- Si on ferme les frontières, demanda-t-elle franchement à sa mère en la regardant dans les yeux, avec un ton plus interrogateur, est-ce qu’on ne risque pas aussi d’entrer dans un cercle vicieux ? Je veux dire, vouloir se protéger encore plus au fur et à mesure du temps, sans être plus vraiment ouvert aux autres nations ? Parce que, fit-elle tout en réfléchissant et en attrapant distraitement l’une de ses mèches rousses, cela pourrait entrainer de la suspicion, même à l’égard de nous-mêmes… Et on s’acculerait encore plus contre le mur tout seul. Et ce n’est pas ce que voudrait faire le coupable de cet assassinat, mettre le feu aux poudres parmi toutes les nations, si ce n’est pas un assassinat de vengeance personnelle ? On ne jouerait pas à son jeu dans ce cas-là ?

Evidemment, sa mère devait y avoir réfléchi pendant des heures, bien plus qu’elle. Aléa lui disait les choses comme cela lui venait à l’esprit, mais sans doute qu’Elwyn devait déjà y avoir pensé…

- Et pourquoi les Khunan ne veulent rien te dire ? Ce n’est pas forcément en faisant cavalier seul qu’ils arriveront à la réponse par magie… fit-elle d’un ton légèrement plus dépité.

Même à Dahud, la situation risquait d’imploser à un moment ou un autre s’ils ne donnaient pas de nouvelles informations… Sans compter les catastrophes et cette noirceur incompréhensible qui risquaient de ne pas réduire les tensions.

Finalement, un soupir s’échappa de ses lèvres avant qu’un sourire, cette fois nettement plus joyeux, naisse sur son visage.

- Enfin. Je me doutais un petit peu que l’ambiance ne serait pas au beau fixe. Donc, et son sourire s’accentua, j’ai quelque chose pour toi.

Sous le regard peut-être incrédule d’Elwyn, pas, elle sortit le paquet dans lequel reposait la broche destinée à sa mère. L’aigle de feu, l’aigle aux pierres incandescentes… Aléa était vraiment curieuse de savoir la réaction de celle qu’elle aimait énormément. Il fallait qu’elle le déballe encore, bien sûr, cela faisait partie du plaisir de découvrir un cadeau. Mais si la rouquine était bien certaine d’une chose, c’était qu’Elwyn ne devait pas s’y attendre.

@Elwyn Valior
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Loin des yeux, près du coeur [Elwyn]
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