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Intrigue
Un vent de changement souffle sur les terres d'Oranda... Pour en découvrir plus, la première intrigue a été dévoilée
Venez donc tout savoir (ou presque) du meurtre d'Osrian Thenkar, membre de la Famille Birghild
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Candles ◈ JackCee

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~#~Sujet: Candles ◈ JackCee Mer 19 Juil - 15:58


◈ 20, 11ème lune, 836 ◈
Candles
Ceersa & Jackwen
Cela faisait des semaines que je n'étais pas revenue ici. Entre affaires à gérer et réclusion dans ma maison au quartier Est, je n'avais pas pris le temps de repasser dans ces appartements. Pour y faire quoi ? Jamais je n'ai particulièrement eu la nécessité d'avoir une raison pour me rendre quelque part. Surtout dans un lieu que j'ai pu apprécier. Je compris qu'en vérité, je fuyais cet endroit. Je fuyais ce palais. Ne m'y rendant que lorsque j'étais appelée. Ce qui était rare depuis le départ des représentants. En tant que conseillers, nous n'avions pas autorité pour nous réunir. Aucun conseil n'étant pas présidé par un représentant ne voyait ses décisions être légitimées. Ce que certains paraissaient oublier lorsqu'ils venaient me chercher. Chaque chose devait se gérer d'elle-même. Notre image auprès du peuple de Lucrezia devait en avoir pris un sacré coup... Les Birghild partis, le quartier Est presque désert...

Moi-même je n'étais devenu plus qu'un fantôme errant. Je me sentais être à bout de forces. Une veuve éplorée, seule, pensant que le meilleur moyen de surpasser ma peine était de ne pas la laisser m'envahir, de ne pas la laisser m'enlacer et m'étreindre jusqu'à ce que le souffle vienne à me manquer... Ma décision de rester à Lucrezia m'apparaissait toujours comme être la bonne. Quelques messagers allaient de Gorka à Lucrezia et inversement où on m'assure que plus rien de bon ne pouvait nous attendre à Lucrezia. Je ne pouvais croire que notre rôle touchait à sa fin. Que tout ce pourquoi nous avions été élevés n'était finalement plus valable. Je me sentais perdue, à la déroute. L'enquête sur le meurtrier d'Osrian restait lente et de plus en plus difficile à comprendre. Les messages de Rhenis se faisaient moins fréquents mais ce n'était, je le pense, pas une question de silence volontaire de sa part. Nous étions face à un mur. Que ce soit elle, Ewlyn ou moi. Quelque chose n'allait pas et nous peinions tellement à mettre le doigt dessus que c'en devenait impossible. Cela me rongeait de l'intérieur, me tailladait le cœur. J'avais laissé la colère m'emplir. J'avais prié des nuits entières en vain pour qu'Osrian me soit rendu ou que je le retrouve. J'avais laissé ce sentiment d'injustice me tourmenter durant des jours... Cela faisait trois semaines que je parlais peu, écoutais au lieu d'agir. Je laissais les choses s'écouler sans intervenir. Là où avant j'aurais cherché à tirer mon épingle du jeu, à tout faire pour que mon peuple avance et ne stagne pas comme il le faisait depuis le départ des Birghild de Dahud.

Mes allers et retours au palais des représentants de la Terre étaient peu fréquents. J'y passais quelques heures dans mon bureau, même si j'avais ramené la majeure partie de ce qui m'était vraiment utile chez moi. Parfois je n'y venais que pur assister à ces réunions peu officielles où l'on tentait de maintenir le navire à flot sans les représentants. Bien que j'étais placée au premier plan, je restais en retrait dans les discussions. Après les réunions, je repartais sans m'attarder. La vue de ce palais sans ma famille m'était difficilement supportable. À maintes reprises on s'était inquiété de mon état. De ma discrétions. Mais la plupart des conseillers et autres visiteurs du palais se gardaient d'insister lorsqu'ils voyaient dans mes yeux cette froideur intimidante qui les défendait presque à elle seule de chercher à aller plus loin.

Ce soir, comme depuis bien des soirs, la nuit s'était abattue bien rapidement sur la ville. Un côté morose qui n'empêchait cependant pas la capitale de vivre. La réunion terminée, je n'avais pas rejoint le hall. Passé les portes de la grande salle je m'étais dirigée à l'étage. Mes pas étaient lents et cette direction que je pris laissa quelques murmures s'échapper. « Dame Ceersa ? » M'interpella Orméa, ma suivante, qui avait fait préparer la diligence pour me ramener chez moi. « Prenez votre soirée Orméa. » Lui dis-je sans me retourner, arrêtant ainsi son entreprise de vouloir suivre mes pas. Ceux-ci me menèrent jusqu'aux appartements que je partageais jusqu'à lors avec Osrian.

Les couloirs vides me donnaient la chaire de poule. Même si les domestiques continuaient d'entretenir le palais, il était devenu austère et les bougies n'étaient plus allumées dans les appartements privés. Mes pas étaient lents et mon regard perdu dans la mélancolie qui berçait mon cœur. Devant la porte fermée, je restai un instant figée, ma paume posée sur le bois qui la dessinait. Après une inspiration, je l'ouvris. Mon autre main au poing serré, je balayai le salon du regard. Tout était intact, comme je l'avais laissé avant de partir. Il y avait encore les affaires d'Osrian. Je n'avais pas eu la foi de les enlever. Me rendant dans la chambre où nous avions passé notre dernière nuit, notre dernier instant de bonheur, je crus sentir son odeur, sa présence. J'inspirai en retenant un sanglot alors qu'une larme s'aventura sur ma joue. Je l'essuyai d'un revers de la main. Ne souhaitant pas me laisser porter à mes émotions, je sortis une malle et commençai à ranger ses affaires. Il aurait souhaité en faire don aux pauvres. J'avais pensé les laisser à Efrem au refuge de Tellus au quartier Est. Il saurait probablement mieux à qui les donner. Il m'aurait été simple de demander aux domestiques de s'en charger. Mais je voulais m'en occuper moi-même. J'avais surmonté la brutale disparition d'Osrian. Bien que je ne m'étais pas encore réellement fait de raison, je l'avais accepté. Voir ses affaires m'évoquait mille souvenirs, mais je parvenais à y voir les bons, les mauvais, sans que cela ne me fasse mal. Je demeurais triste de voir tout ceci se finir. Mais Osrian n'aurait pas aimé me voir me morfondre ainsi. Me raccrocher à son image. Nous aurions tout loisir de nous retrouver dans l'autre monde, aux côté de Tarlyn. Il aurait aimé que je profite des instants de joie qui me restaient à vivre sur Oranda. Je devais réussir à passer à autre chose. Tourner la page sans pour autant oublier - ce qui me serait impossible de toute façon. Si au moins j'avais pu lui dire au revoir, cela aurait été bien plus simple... Pas plus facile à surmonter, mais plus facile à accepter.

L'obscurité devenait de plus en plus forte. J'avais ouvert les rideau et les fenêtres. Un peu de lumière due aux jardin et cette légère brise parvenaient à pénétrer les appartements. Il passa une bonne heure où je disposais les vêtements et effets personnels d'Osrian dans les malles. Le palais était calme, de plus en plus calme. Les derniers conseillers étaient certainement partis. Je devais être seule. Seule avec les dizaine de domestiques qui se chargeaient d'entretenir les lieux. Mais seule quand même. Une sombre impression de nouvelle habitude à prendre... Je n'avais jamais été seule. Même enfant, je partageais tout avec mes frères. Aleisren et moi partagions même les mêmes chambres fut un temps. Ma famille avait toujours été là. Et lorsque j'ai grandi, Osrian était là. Aujourd'hui, les Birghild étaient partis. Mes enfants faisaient leur vie. Et Osrian était mort... Je me sentais abandonnée. Délaissée. L'idée que cela devienne une situation durable s'ajoutait à mes peines.
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Jackwen Dolm
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~#~Sujet: Re: Candles ◈ JackCee Jeu 20 Juil - 16:40


Candles
ft. @Ceersa Birghild


Les journées étaient bien longues et monotones depuis que le départ des Birghild. J'ai en effet, moi le chef de leur garde plus personne à garder. Triste ironie non ? Bon il faut le dire c'est un choix que j'ai fait. J'ai fui Gorka en laissant mon ancienne vie et ses souvenirs associés derrière moi, il m'était donc impensable d'y retourner quitte à ne plus avoir réellement le même travail qu'avant. Du moins, il était devenu pénible à l'image des ces durs levés auxquels aucun Orandien n'échappe. Et pour cause, comment avoir la foi de sortir de son lit avec ce jour qui n'est plus tellement un jour - ni même une nuit - avec cet amoncellement de coussins noirs et cotonneux formant un voile opaque s'épaississant inexorablement jour après jour ? Enfin ce n'était pas le plus embarrassant, je m'y étais vite habitué. Le plus difficile restait de devoir composer avec les autres pays, car plus que jamais depuis le départ de Lucrezia des familles des Représentants Air et Terre, tous devait coopérer ensemble pour éviter l'anarchie. Il est vrai que depuis tout temps Lucrezia est un pays neutre où les quatre pays sont de connivences pour le bien de la cité, mais depuis mon arrivée j'ai toujours essayé d'atteindre l'auto-suffisance armée dans le quartier Est. D'ailleurs cela allait plutôt dans le bon sens, chacun s'occupait de ses problèmes, seuls quelques rares cas - lorsque différents Élémentaires étaient concernés dans un litige ou lorsqu'il fallait un nombre conséquent de gardes - échappaient à la règle. Mais tout ça est bien loin... Maintenant sans réelle figure pour diriger le quartier des Terre, tout était prétexte aux troubles. Vous comprenez bien la douleur que je pouvais ressentir lorsque j'expliquais à Ceersa que nous avions besoin de l'aide des autres pays pour pouvoir gérer notre propre quartier. Du reste, heureusement que cette femme, l'une des seules Birghild à être restée, était présente. Bien que ce ne soit pas officiel - et le problème est bien là -, la conseillère avait pris - malgré elle - les rênes du destin des Terre à Dahud.
C'est d'ailleurs une autre raison qui m'a poussée à rester ici; je ne pouvais la laisser encore plus délaissée qu'elle ne l'était déjà. C'est tout de même elle qui m'a permis de gravir les échelons, et de fait, avoir l'honneur de servir l'une des plus éminentes familles Terre. Enfin, je dois le dire - non sans honte - que depuis la mort de son défunt époux, ma concupiscence s'était réveillée alors que je l'avais profondément enterrée il y a de ça treize ans... Pensant d'abord que tout ceci n'était que pur délire passager, voilà déjà que plus d'une lune s'était écoulée durant laquelle mes sentiments envers elle n'ont fait que de s'accroître. Moi qui m'étais juré de ne plus jamais tomber amoureux d'une femme jusqu'à ne plus toucher à aucune d'entre elles pour éviter tout risque et nouvelles déceptions, je me voyais perdre petit à petit le contrôle...

Ce soir-là était particulièrement maussade, le calme était à son comble dans les dédales du palais si bien que les seuls bruits qui parvenaient à mes oreilles étaient ceux des frêles flammèches dansantes des bougies allumées çà et là dans les principaux corridors. Elles n'étaient pas très utiles, nous n'étions que très peu à fréquenter ce grand bâtiment à présent. Encore plus en soirée. Je crois même que les domestiques étaient en supériorité numérique... C'est pour dire.

Après une dernière ronde des plus consciencieuses, il était l'heure pour moi de retrouver mes appartements. Alors que je me dirigeai vers ceux-ci, de faibles murmures provenant d'un couloir faisant un angle droit avec celui que je traversai, vinrent susciter ma curiosité. Je ne pus distinguer précisément les mots énoncés, mais je reconnus sans mal la voix de Ceersa. Attendant de nouvelles bribes de parole, j'ouïs uniquement le son de pas lassés s'approchant de moi. Ce n'était pas ceux de Ceersa, ils n'avaient aucune élégance et ne rappelaient pas les souliers que porte habituellement la Birghild. Malgré tout, un doute subsistait et rien que de devoir le fait de devoir la croiser oppressa mon cœur. Je fus rapidement délivré lorsqu'une silhouette se dessina au loin. Ce n'était rien d'autre qu'une simple domestique.
Nous finîmes par nous croiser et nous dévisager après un bref rictus échangé. Je savais déjà ce qu'elle allait m'annoncer: l'inquiétude qu'elle a pour notre chef improvisée. Elle se faisait effectivement de plus en plus distante ces derniers jours. Ce qui avait pour conséquence de m'attrister mais aussi paradoxalement d'attiser d'autant plus l'envie de me rapprocher d'elle. J'espérais que cela n'avait rien à avoir avec un possible changement de mon comportement même si au fond de moi je ne crois pas être assez démonstratif pour que l'on puisse deviner mes sentiments. M'enfin, la finesse de l'esprit de Ceersa n'est à sous-estimer sous aucun prétexte et je ne devais certainement pas garder pour acquis que l'on ne peut lire ce que j'aie sur le cœur.

Sans surprise la domestique finit par m'annoncer d'un ton sincèrement soucieux:"Madame semble perdre de plus en plus le goût de la vie... Je crois que vous devriez lui parler, vous êtes le plus proche d'elle maintenant." Sans même attendre ma réponse, elle reprit sa route. Je la regardais, songeur, jusqu'à ce qu'elle ne devienne plus qu'une ombre vacillant entre les chandelles. Les dires de la jeune fille me déboussolèrent et remirent en cause ce que je pensais. Oui, nous sommes menés à nous côtoyer quotidiennement de par notre travail respectif. Elle est ma supérieure et je lui obéis au doigt et à l’œil - comme je le ferais avec n'importe quel autre chef. Mais cela ne me donne absolument pas l'étiquette du confident et même de l'ami proche qui aurait pour mission de la consoler. Non pas que je ne le veuille pas, mais du coup j'étais particulièrement troublé que l'on me voit légitime de le faire. En quelque sorte la domestique venait de me donner cette légitimité. Malgré ma déroute, je ne pouvais que la remercier. Grâce à elle - et je conçois que cela peut paraître disproportionné - j'ai pu prendre conscience que finalement au moins un lien amical et non pas uniquement professionnel ressortait entre nous deux. Peut-être que les barrières que je me suis construite m'ont empêchées de reconnaître que je suis relativement proche de Ceersa, de fait il me fallait une approbation extérieure pour ouvrir les yeux.

Toujours planté là comme un poteau, j'étais tiraillé entre le fait de rejoindre Ceersa qui s'était certainement dirigée vers les appartements dans lesquelles elle vivait avec son mari, ou bien ne pas tenir compte des paroles de la domestique et rentrer chez moi comme si de rien n'était. Devais-je rompre le serment que je me suis fait, celui d'éviter toutes situations pouvant me rapprocher d'une femme ? Ou bien devais-je me laisser aller une unique fois, ne serais-ce pour Ceersa, elle qui semblait si mal. Après mûres réflexions je voyais bien que ma patronne pouvait être considérée comme une connaissance amicale à défaut d'être vu comme une véritable amie. Et puis après tout, les circonstances faisaient que je devais mettre de côté mes peurs de me rapprocher d'elle. Il en vaut pour l'épanouissement des Terre, car en remontant le moral de Ceersa, celle-ci sera plus à même de diriger le Quartier Est et les affaires inter-élémentaire. Je savais bien que tout ceci n'était qu'un tour de passe-passe et que je me mentais à moi-même mais cette fois je ne savais résister à la tentation.

La porte était entrouverte, elle se tenait près de la fenêtre, le regard perdu vers les cieux ? Certainement qu'elle tentait de communiquer avec Osrian, ou bien elle implorait les Dieux pour qu'il le fasse revenir d'entre les morts. Elle ne m'avait pas encore repéré, ce qui me laissa quelques secondes pour préparer mon entrée. À vrai dire le temps semblait s'être arrêté au point que je ne profitai pas de cet instant que je voyais comme le calme avant la tempête. Comprenant que je n'étais pas disposé à préparer un discours je décidai de marquer ma présence en entrouvrant la porte de manière à ce qu'elle grince.
"Madame, je vous prie de m'excuser de vous importuner..." Ma gorge sèche se noua lorsqu'elle se retourna, las. J'attendais une réponse froide et laconique dont elle est l'une des seules à avoir le secret. Du moins je n'ai pas rencontré grand monde maîtrisant volontairement ou non ce style oratoire.

"Je ne vais pas y aller par quatre chemins, votre entourage est inquiet de votre état et je me sens responsable de celui-ci. Je viens donc maladroitement vous proposer ma compagnie..."
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© FRIMELDA @ Vanka 1554 mots


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Je vous demande pardon
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Dernière édition par Jackwen Dolm le Mar 25 Juil - 20:15, édité 2 fois
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~#~Sujet: Re: Candles ◈ JackCee Jeu 20 Juil - 23:20


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Les lumières de la ville vacillaient. Le jour peinait à se lever autant que je peinais à croire qu'il était encore possible d'avancer. La détermination qui m'inspirait paraissait s'évaporer autant que la lumière nous échappait. Échappait au monde. Un présage ? Une punition ? Un renouveau ? L'appel du changement ? Je souhaitais en parler à Danaria. Savoir ce qu'il en était. Ce que les dieux nous préparaient. Ce vers quoi Oranda allait marcher après cette pénombre sûrement instiguée par nos actes. La violence rongeait le cœur. Rongeait l'âme. Comme une graine de haine et d'hostilité que les extrémistes et comploteurs avaient implanté en chaque Orandien. Notre monde est perverti, délaissé. Nous sommes probablement incapable d'en prendre soin. Probablement indignes du cadeau que nous ont fait les dieux : la vie, la nature, nos sentiments. Nous ne méritions pas leur miséricorde ni leur pitié. Malles entassées, refermées, je soupirai. Où trouver la force d'avancer maintenant que tout paraissait m'avoir quitté ?

Au fond de mon cœur, je sentais un torrent d'émotions m'envahir. Je me sentais comme au bord d'un précipice dont je n'avais qu'une envie : sauter. Voir ce qui pouvait m'attendre en bas. Comment voir les choses autrement ? Les nuits étaient froides, silencieuses. Les jours étaient mornes et silencieux. Je pensais exploser de ce silence que pourtant je convoitais. Un paradoxe que me soulignait bien trop souvent Orméa. Mais comment faire taire cette absence ? Je ne pouvais infliger plus de mes faiblesses à Istvan. Ni aux autres personnes. J'avais beau ne pas manquer d'amis, je me posais souvent la question d'une réciprocité entre nous... Enfin souvent... Depuis ces derniers jours en vérité. Où je me demandais si cela valait vraiment la peine de chercher à s'ancrer dans des liens dont on ne pouvait réellement mesurer l'intensité. Je ne doutais pas un instant de la considération que pouvait me porter Istvan, loin s'en faut. Mais si je ne l'avais pas aidé dans mes jeunes années, aurait-il ne serait-ce que fait un pas vers moi ? Ces personnes que j'ai aidé, jamais je n'ai voulu quoi que ce soit en retour. Mais pouvais-je, avec ce qui nous unissait, réellement les compter parmi mes amis ? Les personnes qui m'étaient le plus proche étaient ma famille. J'avais beau porter chaque Terre dans mon cœur, je commençais à comprendre que tout ce que j'y gagnais, c'était cette sensation d'être enfermée dans un chemin dont je ne peux dévier la direction.

Depuis toute petite, j'ai toujours cru que ma vie devait être dédiée à une cause, celle du peuple que ma famille représentait. Je n'ai pas été élevée pour devenir représentante et ça n'a jamais été mon rôle. N'étant là que pour porter conseil à mon frère lorsqu'il en avait besoin. J'avais une place forte gagnée par l'efficacité de mes choix et ma vision du monde. Mais tout cela était sur le point de s'envoler. De part l'absence des représentants - qu'est-ce qui empêchait les autres familles de ne plus nous reconnaître, de nous laisser sur le côté suite à nôtre choix de quitter Dahud ? - et s'ils venaient à revenir, par la maturité grandissante de Ragon. Le visage du monde changeait. Là où j'ai toujours su où était ma place, j'avais l'impression de ne plus savoir où elle allait être demain. Ceci ne me faisait pas peur. L'inconnu ne m'avait jamais effrayée. J'étais simplement déboussolée. Et seule pour chercher à retrouver une façon de continuer à suivre ce chemin que mon m'imposait.

D'ici j'entendais Rulbaël me reprocher cet attachement viscéral que j'entretenais envers le destin de notre famille. Il me dirait probablement que ceci ne me concernait pas, que c'était à Thrad de prendre sur ses épaules le poids des décisions à prendre. Kalen voulait nous retirer de Dahud. Ysire nous y faire persévérer. Quelque soit sa décision, il aurait été soutenu par un président et discuté par l'autre. Le choix avait été entièrement sien que de suivre la demande de Kalen ; rentrer à la maison. Maison qui me manquait, je ne pouvais le nier. Mais une maison où je n'avais pas ma place. Non. Pas encore. Tant que ma combativité ne m'avait pas totalement abandonnée, je continuerais à arpenter les rues du quartier Est de Lucrezia. Je ne faillirai pas à mon devoir. Je devais accepter le choix de mon frère. Ce que j'avais fait. Malgré la peine que je ressentais d'être ainsi esseulée à présent. Un mal que j'avais choisi. Je ne lui en voulais pas. Je n'en voulais à personne. Ni à ceux qui sont partis, ni à ceux qui sont restés mais se sont éloignés. Ce n'était pas facile à vivre, mais je tenais bon. Pour l'instant en tout cas. Forte. Robuste tel les rocs soutenant les cascades de Gorka. Même si certains rochers tombaient, je résistais à l'avalanche.

Derrière moi, la porte se mit à grincer. Mon don de Terre m'arracha à ma contemplation pour déceler la présence de quelqu'un. Je me retournai dans un long cillement alors que sa voix m'atteignit. « Madame, je vous prie de m'excuser de vous importuner... » Le visage de Jackwen se dessina sur ma rétine comme un présage. Il restait des rocs encore bien attachés à la falaise. J'avais beau me sentir seule, être isolée, je n'en oubliais pas ceux qui tentaient, autant qu'ils le pouvaient, de contribuer au maintient de la situation Terre à la cité-reine. Joignant mes mains devant moi, droite et m'efforçant de maintenir cette prestance que les années au palais m'avaient données en habitude, je le saluai d'un signe de tête. « Sûrement est-ce important, en quoi puis-je vous aider, Jackwen ? » Répondis-je sur un ton impassible mais néanmoins marqué par une fatigue profonde. Non pas cette fatigue du corps qui nous éprend après une longue journée. Une fatigue venant de l'âme. J'ignorais ce qui pouvait mener le chef de la garde à venir me quérir en cette heure tardive. Ma suivante avait noté l'intérêt que Jackwen pouvait porter à mon état depuis la mort d'Osrian. Je me doutais qu'en tant que garde de la famille Birghild, il avait été tout aussi impacté par cette perte... Il avait passé tant d'années à nos côtés. Celui de mon mari, de mes enfants. C'était un homme en qui j'avais placé toute ma confiance et en qui j'aurais été prête à placer ma vie et celle de mes enfants. Jamais il n'aurait pu prédire ce qui allait se passer le soir du bal des représentants. Se sentait-il coupable ? Je peinais à le savoir. Il avait toujours été réservé sur ce qu'il pouvait ressentir. Un profil parfait pour un garde de Dahud. Mais une personne alors frustrante. Nous avions une connivence certaine dans la façon de travailler et l'exécution de nos plans. Malgré ces heures passées ensemble, il conservait quelques secrets. Des zones d'ombres, des silences que je ne lui reprochais guère. Il était dévoué à son travail. Infaillible et loyal. Des valeurs que j'admirais.

En ces jours sombres comme avant, Jackwen avait toujours été particulièrement consciencieux dans sa mission de nous protéger. Maintenant que ma famille était partie, sûrement devait-il se sentir aussi délaissé, déboussolé quelque part. Il œuvrait comme il pouvait pour palier à l'absence des représentants, tout comme je le faisais avec les autres conseillers. Je craignais que ce ne soit pas suffisant. Et pourtant, ça devait l'être. Tout cela pouvait s'avérer perturbant. Peut-être souhaitait-il me faire part de ses inquiétudes, rechercher un peu de ce baume dont nous avions tous besoin en ces heures incertaines... Je ne souhaitais pas prendre la place de mon frère, mais face à son absence, je me doutais qu'au moindre doute, le moindre scepticisme, je devenais l'interlocuteur principal des Terres. Rôle que j'aurais certainement du mal à endosser vu mon état. Mais au moins cela me forcerait à sauver les apparence... Rester un semblant forte pour guider ceux qui avaient encore la foi de se battre pour notre cause.

Mon estime pour Jackwen n'était pas un secret. S'il n'avait pas mon entière confiance, il ne serait peut-être pas à la place qu'il occupe aujourd'hui. Je n'en retirais aucun orgueil, mais une certaine fierté. Je me trompais rarement sur autrui. Et son âme m'avait toujours paru noble. Chaque personne avait son lot d'ombres et de démons du passé. Mais cela n'entachait guère la personne qu'il était aujourd'hui. Il savait très bien qu'au-delà de nos rangs respectifs, il pouvait se permettre des libertés qui indigneraient indéniablement toute autre personne bien placée. À l'écoute, j'attendis qu'il me donne les raisons de sa visite, placide mais les yeux encore légèrement rouges que le manque de lumière masquait tant qu'il restait éloigné. « Je ne vais pas y aller par quatre chemins, votre entourage est inquiet de votre état et je me sens responsable de celui-ci. Je viens donc maladroitement vous proposer ma compagnie... » Je plissai les yeux et fronçai les sourcils. Gardant un silence de réflexion, je fis quelques pas lents le long des fenêtres. « Mon entourage, relevai-je en marquant une légère pause. Il s'est drastiquement restreint. Autant dire qu'Orméa continue de s'inquiéter », conclus-je avec un faible sourire bienveillant. Elle m'avait déjà conseillé de rechercher le soutien de Jackwen auparavant. Mais pour une raison qui m'échappait, je ne m'y étais pas risquée. Sans qu'il n'y ait de doute sur la bienveillance qu'il me réservait, peut-être résidaient entre nous des questions que je ne souhaitais pas me poser. Que je n'avais jamais tenté de me poser. « Vous n'êtes pas responsable de mon état ni de mon entourage Jackwen, vous devriez aller vous reposer », dis-je simplement.

Malgré mon inévitable besoin d'épauler toute personne pouvant nécessiter de l'aide même lorsqu'elle-même n'en pense pas avoir l'envie, c'était sans vergogne que je rejetai la proposition de Jackwen. Une lourde charge de travail l'incombait et je ne voulais pas m'ajouter à sa liste de choses à faire. Mon état devait peut-être le préoccuper lui aussi. Mais il me connaissait, il savait que je parviendrai à passer au travers de cette tempête qui s'échinait à me faire osciller entre force et vulnérabilité. Vulnérable, je l'étais. Plus que jamais à vrai dire... Non pas dans ma façon de penser ou mes convictions, mais dans la confiance que je pouvais me porter. Je finirai par trouver un moyen de reprendre le contrôle. D'une manière ou d'une autre, il y avait toujours une solution face à chaque situation. Peut-être espérai-je qu'un miracle n'arrive. Ou peut-être simplement n'étais-je plus aussi perspicace que j'avais pu l'être et ne voyais pas que le mirage était déjà présent... face à moi. M'offrant son soutien non pas par devoir mais par volonté. Ce qui m'était difficile à penser. Jackwen m'estimait, cependant, je ne parvins pas à me dire que sa présence pouvait être due à autre chose que son sens du devoir. De la responsabilité qu'il pensait avoir sur tout ce qui pouvait venir me tourmenter. Un garde du corps qui gardait aussi l'âme. Pensive, je tirai la chaise qui se trouvait près de moi, entourant une petite table ronde où se tenait une autre chaise. M'installant dessus, j'échappai ces mots en regardant l'amas de malles laissées : « Je pensais donner ces affaires au refuge Tellus. Demain je préviendrai l'intendant pour qu'il les fasse amenées au quartier Est. » Mon regard paraissait être ailleurs. J'inspirai longuement avant d'expirer lentement. « Rien ne le ramènera, il faut que je le laisse s'en aller. Être en paix. Je crois que je suis prête », confiai-je en baissant la tête. J'étais bien peu convaincante et pourtant bien convainque. Mon ton assuré ne s'y trompait guère. Même si ma voix se faisait basse, j'étais sûre de moi.

Une main posée sur ma cuisse, l'autre au coude posé sur la table vint passer dans mes cheveux noir de jais. Je paraissais préoccupée. Je n'étais plus vraiment entière depuis la mort d'Osrian. Sa chaleur me manquait... Ce sentiment d'avoir quelqu'un sur qui compter jusqu'à la fin de ses jours. Une personne qui peut me soutenir quelques soient mes choix. Quoi qu'il arrive. J'avais beau toujours arborer un visage sûr et indépendant, je ne pouvais nier que c'était là un fil d'airain tissé par autre chose que ma force de caractère. L'amour. Cette essence que deux êtres pouvaient se donner l'un à l'autre. Une union spirituelle dans laquelle on s'épanouie, se trouve. Et j'avais perdu ça. J'avais perdu cette énergie que me donnaient mes sentiments. Je considérais que les sentiments étaient des faiblesses qui nous fortifiaient. L'on pouvait se moquer de l'attachement que les Terres portaient aux autres, à ceux qu'ils aimaient, leur famille, leurs amis, leurs semblables. Et pourtant, c'était ce qui nous donnait la force d'avancer même lorsque tout semblait perdu. Aimer était un cadeau que nous avaient offert les dieux. Celui qui se refusait à aimer se refusait aux dieux eux-mêmes.
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Dernière édition par Ceersa Birghild le Lun 31 Juil - 8:17, édité 1 fois
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Jackwen Dolm
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~#~Sujet: Re: Candles ◈ JackCee Jeu 27 Juil - 1:04


Candles
ft. @Ceersa Birghild


Planté là comme un simple garde ayant peur des réprimandes de son supérieur, je regardai Ceersa les yeux dans les yeux. Je la connaissais depuis plusieurs années et nous nous sommes toujours bien entendu. Dans un cadre professionnel, certes, mais au fond il était indéniable qu'il y avait une part d'affection réciproque non avouée à l'autre, et peut-être à soi-même. Je savais donc très bien que ma présence était peu dérangeante, encore moins avec de telles intentions, mais il subsistait toujours ce doute naissant de son attitude. Ce côté impassible voire même interprété comme froid, cette fierté et cet orgueil assumés et opulents. En somme un comportement qui laisse paraître une personne forte et sans failles et qui n'est point là pour dominer ou toute autre volonté agressive, mais bien ici pour se protéger. Là-dessus nous nous ressemblons beaucoup d'ailleurs. Pour ma part, au fil des années j'ai bien compris que c'était un barrage que je me suis imposé malgré moi pour éviter de souffrir à nouveau comme j'ai souffert dans ma jeunesse, tandis que pour Ceersa le mystère était toujours présent. Et pour cause, nous nous sommes jamais épandu ni l'un ni l'autre sur notre passé, ce qui semble logique vu notre relation. Mais celle-ci n'était pas figée et c'était ce pourquoi j'étais là. M'introduisant sans réelle vergogne dans l'intimité de la conseillère, elle ne semblait pas particulièrement déroutée de ma visite surprise. En fait, elle n'était toujours pas sorti de ses chimères et illusions dans lesquelles elle se berce depuis de nombreuses semaines.

Suite à la raison de ma visite, Ceersa plissa des yeux tout en faisant quelques pas nonchalants traduisant sa perte de raison de vivre. Des pas lents et mécaniques, lesquels me faisaient penser à la démarche des pantins que je me fabriquais plus jeune. Son apathie me désolait profondément; la voir ainsi renforçait mon envie de me rapprocher d'elle pour la consoler et combler tant bien que mal un manque presque irremplaçable. Non pas que j'avais la prétention d'être en mesure d'y arriver, mais je sentais bien que notre relation pouvait évoluer vers une amitié forte, qui se faisait d'ailleurs de plus en plus vitale pour l'un comme pour l'autre. Il était évident que la Terre s'était retrouvée abandonnée à gérer tout un quartier de la Cité-Reine - bien qu'elle sût à quoi s'attendre en y restant -, et moi cela me permettrait de mieux sonder mon cœur, avec lequel j'ai rompu toute communication depuis bien longtemps, et ainsi prendre la lourde décision de m'aventurer ou non vers le chemin de l'attachement intime...
"Mon entourage... Il s'est drastiquement restreint. Autant dire qu'Orméa continue de s'inquiéter" finit-elle par me répondre. Je serrai ma mâchoire lorsque je compris la maladresse des mots que je venais d'employer, mais à côté de ça je les assumais si bien que j'en profitai pour rebondir: "Oui Madame, permettez-moi de vous dire que les apparences sont trompeuses. Même si vous avez perdu beaucoup de ceux que vous chérissiez le plus, vous n'êtes pas si abandonnée que vous pouvez le croire. Je passai instinctivement ma main sur ma nuque, en espérant que je ne m'enfonçais pas plus que je ne l'étais déjà à l'issue de ma première prise de parole. Ce fut bref, je repris le contrôle dès que je remarquai cette inhabituelle prise de liberté de mon corps; espérons qu'elle ne l'a pas relevée. Il n'y a pas qu'Orméa, d'autres le sont tout autant qu'elle... Dont moi." Mon cœur se comprima ce qui me plaisait guère. Je me rendis bien compte à ce moment précis que j'avais peu ou pour ainsi dire aucune relation d'amitié profonde et que le simple fait de laisser sous-entendre à quelqu'un que j'étais disposé à me rapprocher de ce dernier me faisait paniquer. Cela m'était arrivé quelques fois de faire le point sur ma situation et mon comportement antisocial - mais pour autant pas désagréable -, surtout depuis que Ceersa était veuve; ces nouvelles sensations que je ressentais - dont elle était à l'origine -al allaient de pair avec mes remises en question, c'est certain. Malheureusement ma dernière élocution n'eut pas raison d'attiser une quelconque envie de sa part de se confier... Du moins elle ne le laissa pas paraître et préféra rejeter ma proposition en m'invitant à regagner mes appartements. À vrai dire j'avais oublié comment il pouvait être difficile de devenir intime avec autrui, d'autant plus avec une personnalité comme celle de Ceersa. Toutefois ce premier refus n'était pas pour me décourager, quelque part il me motivait à persévérer. La persévérance... au moins c'est un trait que j'ai réussi à garder uniquement dans le cadre de mon travail; il m'était donc facile de la ressortir pour l'utiliser ailleurs. Enfin bon, je devais la mesurer sans quoi elle deviendrait bien vite un défaut. A fortiori parce que ce n'est pas comme si j'avais pour habitude d'être insistant dans ce genre de situation; un si rapide changement de façon d'être me desservirait fatalement.

Tandis que je réfléchissais à une autre approche, la belle Birghild prit la parole d'elle-même. "Je pensais donner ces affaires au refuge Tellus. Demain je préviendrai l'intendant pour qu'il les fasse amenées au quartier Est." me dit-elle sans trop savoir si cela m'était adressé. Le regard perdu, sans once d'éclat, elle s'arrêta pour maîtriser sa respiration. J'osais espérer que je n'étais pas arrivé alors qu'elle était en pleine crise de panique. Ou pire, ma venue et mes mots pouvaient en être la cause. Tentant de lui demander si tout allait bien, Ceersa me devança à nouveau:"Rien ne le ramènera, il faut que je le laisse s'en aller. Être en paix. Je crois que je suis prête." Complètement perturbé par le fait d'être coupé dans mes lancées mais aussi par ce qu'elle venait de d'annoncer, je restai stupéfait. Elle était déjà prête à tourner la page. Par simple introspection. Et à ma connaissance elle n'a même pas eu besoin de l'aide d'autrui pour déverser tout ce qu'elle avait sur le cœur. Devais-je y voir là, à nouveau, l'incroyable volonté de Ceersa ? Était-t-elle si forte pour pouvoir affronter une passe si difficile en quelques semaines ? Même si ce ne sont que des mots et que son étrange respiration laissant penser qu'elle n'était pas parfaitement convaincue de ce qu'elle disait, je me sentais à côté d'elle bien ridicule. Moi qui en treize années de temps n'ai jamais osé affronter mes démons. Moi qui soupçonnais à tort la conseillère de se complaire d'illusions alors qu'en réalité elle a toujours fait preuve d'une grande lucidité. Au pire elle était nostalgique ce qui est plus que compréhensible... Néanmoins il devait demeurer chez elle une grande détresse à laquelle je devais pallier; le rôle que m'a attribué Orméa n'était pas mort avec les dernières paroles de Ceersa.

"Je dois dire que je ne m'attendais pas à une telle annonce. Je serais presque tenter de vous demander qu'elle est votre secret pour être aussi résiliente..." Repensant à mon passé, je m'arrêtai un instant. Un jour peut-être que je pourrais lui en parler et qu'elle saura me délivrer de mes chaînes aussi bien qu'elle a réussi à se délier des siennes. J'espère qu'elle possédera toujours les clés salvatrices d'ici à ce que je sois prêt. Je repris tout en m'avançant vers elle de la manière la plus normale qui soit, ni trop brusquée, ni trop feutrée: "Je m'excuse par avance de mon insistance mais je tenais à vous dire que vous pouvez compter sur moi... Je répondrais présent à toutes vos demandes même si elles dépassent de très loin mes attributions. Je pris une chaise pour m'asseoir à côté d'elle comme pour asseoir ce que je venais de dire. Ne voyez pas là que je vous impose d'être en situation de faiblesse et donc à devoir demander de l'aide pour aller mieux, mais j'ai vécu un traumatisme tout aussi douloureux que le vôtre et je me rappelle que j'aurais aimé avoir quelqu'un sur qui compter... intimement parlant..."
Croisant mes mains, je me surpris à les sentir moites. C'était certainement la première fois que je laissais entrevoir une part de mon passé. Je n'en étais pas fier, mais quelque part cela était nécessaire pour me rapprocher d'elle. Tout n'est pas aussi simple que je le voudrais et il faut savoir se donner un minimum, sans quoi aucune chance d'arriver à ses fins. De toute façon je présentais bien qu'elle n'insisterait pas si je me montrais réticent - ce que je ferais assurément - lors de probables questions à ce sujet. En tout cas pas aujourd'hui. J'étais encore loin d'être prêt. Dans un premier lieu tout ce qui importait était le bien-être de Ceersa, avec ou sans rapprochement entre nous... Après ça, peut-être que je me sentirais légitime de me livrer à mon tour.


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~#~Sujet: Re: Candles ◈ JackCee Lun 31 Juil - 10:44


◈ 20, 11ème lune, 836 ◈
Candles
Ceersa & Jackwen
Depuis toutes ses années de loyaux services, Jackwen faisait partie de mon quotidien. Une personne qui connaissait mes habitudes, mes proches, qui avait veillé sur ma famille depuis tant de temps que ma confiance lui était admise aveuglément. Sa loyauté et sa dévotion avaient toujours fait de lui une personne remarquable. Malgré son côté taciturne, ses qualités l'avaient porté au devant des autres et les échelons avaient été gravis sans réelle peine. Peut-être qu'avant, les choses ne s'étaient pas passées avec autant de facilité, avant qu'il ne vienne à notre service. Mais je ne savais finalement que trop peu de choses sur son passé, respectant son silence. Après tout, il n'était pas là pour faire la conversation ni pour mettre son passé à nu. Nous aurions toute légitimité de vouloir fouiller, de lui demander de nous en parler, mais ça n'avait pas d'intérêt. Je n'étais pas regardante sur le passé de mes gardes car ce qui comptait, c'était leur foi actuelle envers la cause Terre. Leur sens de la justice, leurs valeurs. Après ce que j'ai pu voir des Hommes, il y a bien des raisons qui poussent une personne à faire de mauvaises choses ou à tomber dans un côté sombre. Le plus important, c'est que lorsque l'on retrouve le bon chemin, les portes devant nous ne se referment pas et au contraire, encouragent cet effort. Jackwen pourrait très bien avoir fait mille choses douteuses ou regrettables que ça ne changerait pas la façon dont je le percevais : un homme droit, passionné et consciencieux, dévoué et prêt à donner de lui-même dans son travail pour le mener au mieux.

Thrad n'avait pas fait d'erreur en l'acceptant comme chef de la garde. Je n'avais pas fait d'erreur en lui accordant ma confiance. Avec lui dans les parages, un sentiment de sécurité m'emplissait. Même s'il était garde, de ceux qui doivent assurer la défense de personnes comme moi, quand c'était sa présence que je sentais, il apportait un réconfort que peu pouvaient me procurer aujourd'hui. Je craignais pour mes proches, si bien que leur présence était finalement un poids m'imposant de me demander : et si ça avait été lui, ou elle. Et si là, des cris retentissaient à nouveau ? Si la mort frappait encore abruptement dans les couloirs du palais ? Rien que d'y penser j'en avais la chair de poule. Aujourd'hui ils étaient loin, en sécurité. Un poids se levait. Mais la solitude pesait. Solitude à laquelle Orméa tentait de remédier. Une solitude face à laquelle Jackwen souhaitant étonnamment se confronter. « Oui Madame, permettez-moi de vous dire que les apparences sont trompeuses. Même si vous avez perdu beaucoup de ceux que vous chérissiez le plus, vous n'êtes pas si abandonnée que vous pouvez le croire, insinua Jackwen en me laissant perplexe, tant par le propos que par sa manière de le prononcer. Il n'y a pas qu'Orméa, d'autres le sont tout autant qu'elle... Dont moi. » Je fronçai les sourcils. Non pas d'indignement, ou de contrariété. J'étais dubitative. Ne sachant quoi répondre à cela. Malgré son travail qu'il prenait très à cœur, Jackwen avait toujours observé une certaine distance. Une distance cordiale imposée par nos fonctions respectives, mais aussi par un sentiment d'admiration qu'il semblait vouer à mon égard. J'ai toujours été touchée par sa considération, ce qui a sans doute mis son poids dans la balance quand fut l'heure de le juger. Mais jamais il ne s'était réellement épanché sur ce qu'il pouvait sincèrement penser de moi. De quelle façon me voyait-il, quand il prononçait mon nom, quelle idée lui venait ?

Ce n'est pas une chose à laquelle j'ai beaucoup songé moi non plus. Sur tant de points il est différent des personnes qu'il m'est donné de côtoyer. Ce qui nourrit un intérêt peut-être mal placé. Une curiosité indiscrète. « Je dois dire que je ne m'attendais pas à une telle annonce. Je serais presque tenté de vous demander qu'elle est votre secret pour être aussi résiliente... » Je soupirai dans un sourire attristé. J'avais foi en Tarlyn. Je savais qu'il était à ses côtés et qu'il y trouverait son bonheur. Un bonheur différent. Tout comme je devrais trouver sur Oranda : une nouvelle façon de trouver le bonheur. Peut-être - sûrement - ne sera-t-il jamais aussi fort et stable qu'il avait été aux côtés d'Osrian. Mais je devais continuer d'avancer, quelques soient les circonstances à vrai dire. La douleur de la perte de mon époux ne pourra pas s'effacer si aisément, impossible. Malgré ça, le temps finira par atténuer mes souffrances. Tenter de me re-construire, de trouver un nouveau chemin à suivre, un nouveau soutien qui sait, était sans équivoque une bonne façon de participer à cette atténuation. Jackwen s'avança, quittant peu à peu sa place, étonné par ma résignation. « Je m'excuse par avance de mon insistance mais je tenais à vous dire que vous pouvez compter sur moi... Je répondrais présent à toutes vos demandes même si elles dépassent de très loin mes attributions, m'assura-t-il. Ne voyez pas là que je vous impose d'être en situation de faiblesse et donc à devoir demander de l'aide pour aller mieux, mais j'ai vécu un traumatisme tout aussi douloureux que le vôtre et je me rappelle que j'aurais aimé avoir quelqu'un sur qui compter... intimement parlant... » Il s'installa près de moi, tirant une chaise pour s'y asseoir. La limite avait beau avoir été dépassée, physiquement comme ans ses paroles, cela ne m'offusqua guère. Je ne fuyais pas les situations de faiblesse. Si ? Une gêne tendait à s'installer, mais je ne demandai pas au garde de retourner à sa place. Je ne voulais pas qu'il s'éloigne. À vrai dire, une part de moi voulait qu'il outrepasse ses fonctions et nos statuts respectif. Pouvoir le regarder d'égal à égal.

Une inspiration, un soupir. Le fait qu'il me laisse entendre qu'il avait lui-même dû faire face à des difficultés de cette ampleur me laisse confiante en un sens. Je prêtais beaucoup d'importance à la façon dont on me percevait car c'était ainsi que j'avais été élevée : même si je ne serai jamais représentante, je restais une Birghild. Un Birghild, viticulteur ou représentant, devait par son image refléter Gorka et le peuple Terre. Même si Thrad oubliait de transmettre ça à la plus indisciplinée de ses filles, c'est quelque chose que tous nous avions : ce souci de l'image. Un jeu imposé par notre nom que nous devions accepter de porter en échange des privilèges que ça nous apportait. Mais je ne pouvais pas nier que je voulais parfois relâcher tout ça. Ces derniers jours étaient une preuve de ce besoin que j'avais de faire fi de ce que l'on allait penser de moi. Faire fi de mon nom. Alors ce soir, je n'avais pas besoin d'un garde. Et malgré ma fierté, je devais avouer avoir besoin d'un ami. Jackwen était ce qui pouvait s'en rapprocher le plus. Raison pour laquelle je le laissais s'approcher un peu plus. Même si un manque d'assurance inhabituel se faisait ressentir chez moi. « Au-delà d'être une épouse, j'ai rapidement été une mère. Une mère pour mes enfants et pour le peuple Terre. De ces mères de substitution que l'on ne voit jamais fléchir. De celles qui restent dans l'ombre mais dont la présence se ressent même - et surtout - dans les moments les plus difficiles. Peut-être que je parviens à être cette mère pour moi-même. Peut-être pas. Peut-être n'était-ce qu'une illusion et que si personne ne restait à mes côtés pour me rattraper lorsque je perdrais cette illusion, je sombrerais complètement. Je... je me garderai de faire un rapport au chef des Représentants quant à votre insistance, Jackwen », dis-je avec un regard complice. Comme si une brève note d'humour pourrait suffire à le rassurer sur mon état. Mais mon hésitation laissait de quoi réfléchir. Je n'étais pas de ceux qui hésitaient ou balbutiaient en temps normal...

En vérité, mes yeux s'humidifiaient. La pénombre pouvait cacher l'inquiétude de mes traits, mais difficilement cet écart. Je cillai à plusieurs reprises pour faire s'en aller ces picotements qui venaient perturber mes yeux. Presque naïvement, je pensais ne pas pouvoir craquer. Ne pas pouvoir laisser les émotions prendre le dessus. Parvenir à rester forte et digne, prendre mon mal en patience et laisser le temps au temps. Je m'étais résignée à l'idée d'avoir perdu l'homme de ma vie. Ma vie paraissait alors terminée. Comme un livre que l'on ferme mais dont la fin, trop brutale, nous forçait à imaginer comment les autres personnages pouvaient avancer. Tirer sur la corde de l'imaginaire pour essayer de trouver notre propre fin, celle qui nous plaît. En existe-t-il une qui soit heureuse ? Une où ce ne serait pas complètement fini ? Une fin alternative dans laquelle je pouvais continuer de vivre sans en arriver à l'extrême que j'expérimentais aujourd'hui ? À n'être qu'un moyen, qu'une ombre se contentant de faire ce qu'on lui demande et qui, peu à peu, se refermerait sur elle-même ? Je ne voulais pas me refermer. Je ne voulais pas m'oublier. Je ne voulais pas faire une croix sur le bonheur et la joie de vivre. Lui en débordait tellement. Osrian... Il savait comment profiter de ce qui se présentait à lui et même quand il n'avait rien, il parvenait à se réjouir. Parce qu'à côté, il avait toujours ses enfants, il m'avait toujours moi. Ça n'avait pas toujours été tout rose, nous avions nos moments forts et des moments plus faibles. Mais nous restions des repères les uns pour les autres.

C'est ce qu'il me manquait aujourd'hui, un repère. Mes enfants étaient partis à Bleuzenn, avec les représentants et autres membres de notre famille. Était-ce possible que, d'une manière ou d'une autre, Jackwen puisse devenir un repère ? Peu importe ce que je lui demanderais, j'avais l'impression qu'il le ferait. Plus par devoir que par réelle affection. J'ignorais comment savoir si, au-delà de l'estime qu'il pouvait avoir pour moi et l'égard suscité par nos rangs, il pouvait avoir une réelle envie d'être plus qu'un visage au service du peuple Terre. S'il pouvait, au-delà du garde, être un ami. De ceux face à qui on se confie, face à qui on se défait de ces apparences et de ces règles que nous imposent la société. Une personne à qui l'on peut d'ouvrir, une personne vers qui on peut se permettre de ressentir des émotions et partager des sentiments plus profonds et personnels. « Je crois que moi aussi... je pourrais avoir besoin d'une personne vers qui me tourner... » Lui confiai-je à voix basse comme s'il s'agissait d'une crainte. Mes lèvres tremblaient légèrement, mais je serrai les poings. Prête à concevoir que je pouvais avoir besoin d'aide, mais peut-être pas à me laisser aller devant Jackwen. Pourquoi tant d'orgueil ? Je l'ignore. Je n'avais rien à perdre face à lui. J'avais assez confiance en lui pour garder le silence devant mes faiblesses. S'il voulait réellement nuire à l'image de ma famille, il n'était pas obligé de se donner le moindre mal pour trouver des éléments à utiliser. Ma vulnérabilité de l'instant n'était rien en soi. Cette retenue à laquelle je me rapprochait venait d'autre chose. Peut-être de la façon dont je souhaitais qu'il me perçoive... Prêtai-je une importance déplacée au jugement qu'il pouvait faire de moi ? Ce n'était, techniquement qu'un garde. Pourquoi une conseillère devrait prêter la moindre attention à son jugement ? Un doute s’immisçait en moi.
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~#~Sujet: Re: Candles ◈ JackCee Ven 18 Aoû - 23:53


Candles
ft. @Ceersa Birghild

Ceersa ne semblait pas spécialement outrée de mon rapprochement physique bien que celui-ci dépassait mes fonctions et tout bonnement mes habitudes. Évidemment nous savions depuis bien longtemps que nous nous apprécions un peu plus que de simples collègues de travail. Mais la relation professionnelle l'emportait et cachait jusque-là l'amitié qui lie nos deux êtres, ce qui n'était pas pour nous déplaire d'ailleurs: nous sommes tous les deux pudiques et cette distance que nos professions exigent nous arrangeait bien. Pourtant, maintenant, les circonstances faisaient que cette barrière professionnelle devait se briser pour que nous puissions être un tant soit peu plus épanouie. En effet Ceersa pourra ainsi mieux gérer la douleur qui ébranle son âme depuis ce cri familier qui a transpercé tous les cœurs des convives lors du bal... Et moi, je ne me morfondrai plus de la voir ainsi désenchantée, à errer sans réels buts dans les dédales du palais. De plus, peut-être qu'elle saura rallumer une lumière trop longtemps éteinte, cette lumière que l'on perçoit dans les yeux d'un homme heureux, une lumière synonyme de vie.

Gardant son calme elle inspira longuement après ma révélation. Je crois qu'elle était touchée de mon passée bien qu'elle n'en sache aucun détail. Peut-être comprenait-elle déjà un peu mieux mon comportement qui je le sais et loin d'être habituel. Il se rapproche plus de celui d'un automate à qui ont peu lui faire faire toute sorte de choses sans qu'il n'ait à redire quoi que ce soit. Mes émotions étaient cachées, imperceptibles, même parmi les personnes proches que je côtoie, au point même qu'il était impossible de dire de l'extérieur si j'étais proche d'untel ou untel. Peut-être que finalement je ne le suis auprès de personnes ? Tout a une explication, et je suppose que Ceersa a imaginé quelques hypothèses ? Ou pas... ce serait bien l'une des seules à me respecter en ne cherchant pas à comprendre, et à me prendre tel que je suis actuellement, mais après tout cela ne m'étonnait guère venant d'elle. Du reste cela expliquerait le fait qu'elle ne m'ait pas posé de questions à l'issue de ce que je venais de lui révéler. Cohérence. Voilà bien une des nombreuses caractéristiques que j'apprécie chez Ceersa, du moins nos pensées sont bien souvent de connivences et j'ai toujours compris sa logique. Est-ce parce-que je suis à ses ordres depuis tant d'années ? Aurait-elle profité de ma détresse pour faire de moi son plus fidèle serviteur ? Non, je ne crois pas; c'est même honteux d'avoir pu penser cela... Ceersa n'était rien d'autre que ma sauveuse, pourquoi mon esprit s'obstinait à y voir du mal alors que je tentai de me rapprocher d'elle ? N'avais-je pas le droit de l'avoir comme amie ? Cette amitié était-elle donc déjà ambiguë avant même d'avoir commencée, si bien qu'elle serait un grand risque quant à la promesse que je me suis faite ? Tant de questions qui me taraudaient l'esprit...

Ceersa m'en extirpa en prenant la parole tout doucement. Encore une fois je n'avais pas l'impression que cela m'était directement adressé, je pense même qu'elle se parlait à elle-même et que bizarrement j'étais une sorte d'intermédiaire. Toutefois elle termina sur une note pleine d'humour pour recentrer la conversation sur nous deux et édulcorer ses derniers propos peu joyeux. Cela n'eut pas l'effet escompté pour le second point, et des larmes frappèrent à la porte de ses yeux pour s'écouler librement le long de ses joues. À jamais digne et forte, la Conseillère  lutta de toutes ses forces pour ne pas les laisser passer, et elle réussit. Je fis mine de ne pas y prêter attention, que tout ceci m'avait échappé même s'il n'en était rien. "Je n'en attendais pas moins de vous..." finis-je par dire pour continuer sur cette lancée humoristique et détendre l'atmosphère bien que j'aurais préféré lui dire de ne pas se retenir, de laisser extérioriser toute cette douleur qui la ronge depuis tant de semaines. Ce serait elle sentie plus légère en dépit de l'inévitable honte d'avoir cédé sous mes yeux ? Je ne pense pas et puis de toute manière je n'aurais pas voulu la voir se morfondre, le terrain serait devenu bien dangereux et ce n'est pas mon fort de marcher sur des œufs... Ce n'est effectivement pas comme si j'avais l'habitude de ces situations; je serais même incapable de dire à quand la dernière pouvait remonter.

Une douce brise vint caresser nos visages, ce qui acheva de faire retomber la tension. "Je crois que moi aussi... je pourrais avoir besoin d'une personne vers qui me tourner..." reprit Ceersa toutefois peu assurée. Ses lèvres tremblaient même encore quelques secondes après avoir énoncées ces mots. Et quoi de plus normal après une telle annonce ! Je fus moi-même ébranlé de l'intérieur même si je réussissais à le cacher. Elle était donc prête à ce qu'on apprenne un peu mieux à se connaître. Qu'il y ait une relation de confidences et d'aides hors cadre professionnel, donc intimes. Moi qui croyais que je jouais avec le diable en voulant pareilles choses. Et pourtant... Peut-être que tout ceci était un signe. Signe que je n'étais donc pas si fou, qu'il y a probablement quelque chose de fort et d'inexplicable qui lie nos deux personnes. Sinon Ceersa n'aurait jamais accepté de construire une vraie amitié avec moi. Elle l'a d'ailleurs dit: elle allait enfin mieux et avait fait une croix sur les derniers événements passés. Devais-je même y comprendre qu'elle faisait une croix sur son défunt époux ? Quelle était prête à reprendre tout à zéro ? Si seulement cela pouvait être vrai...

Je ne me reconnaissais pas ainsi. Tant de questions presque existentielles qui m'assaillaient à chaque mot prononcé par Ceersa. Même si je le croyais et faisais tout pour, c'était impossible que je paraisse comme à mon habitude à ses yeux. Ma foi, tant qu'elle ne me voit pas aussi dérouté que je le suis vraiment, ce n'était pas si grave... Quelque part je montrais que je suis un être doté de sensibilités. Longtemps enfouies, certes, mais toujours là, prêtes à resurgir. À mes risques et périls. "Je ne crois pas que vous ayez l'embarras du choix dans ce palais, mais soyez sûr que je ferais de mon mieux pour être cette personne..." déclarai-je calmement sans cligner des yeux tout du long de ma réponse. De fait, j'observais avec attention sa réaction pour être sûr que mon inhabituelle aise ne la gêne pas. Visiblement, tout allait bien, elle semblait me faire confiance, et si j'étais elle, j'aurais confiance en l'homme que je suis. Aucun secret ne sera dévoilé, aucun tort ne sera causé, aucun affront ne la contrariera. Quelques maladresses, oui peut-être, mais rien de plus...
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