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La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn

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~#~Sujet: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Lun 3 Juil - 11:18

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
7, PREMIÈRE LUNE DE L'AN 831 ☙ La nuit était agitée. Il aurait été difficile de m'endormir si Brehn n'avait pas été là. Quel était cette apparition dans ma vie ? Ce jeune homme aussi dévoué et attentionné ? Il était une bonne étoile à suivre, j'espérais tellement qu'il puisse épauler la princesse du mieux qu'il puisse, avec cette même détermination dont il faisait preuve pour me venir en aide en ces jours sombres. J'allais devoir me résoudre à le laisser partir, un jour. Il devait avancer, retrouver sa place. Et je devais me lancer. Avoir le courage d'affronter tout ceci seule. Être exempt, ce n'était peut-être pas la mort ? Peut-être avais-je réellement une chance de m'en sortir. Malgré l'assurance dont Brehn faisait preuve, à croire que je devais forcément être bénie par Tarlyn, je peinais à me persuader de cette idée...

Une boule au ventre persistait face à cette anxiété que j'avais de rester sans marque. D'être exempte... Je ne voulais pas être vendue, je ne voulais pas servir autrui par obligation. Je ne voulais pas devenir l'objet de quelqu'un. Je tenais à cette liberté dans laquelle j'avais été élevée. Une liberté où chaque être humain est égal. À en voir le comportement des pêcheurs, je pouvais sans mal deviner que rien de bon ne m'attendait si je ne parvenais pas à développer une marque. À me démarquer aux yeux de Tarlyn. Quel affront avais-je fait aux dieux en quittant cette Cérémonie que je ne reconnaissais plus depuis la mort de ma sœur ?

Devant prendre sur moi, penser à autre chose pour me concentrer sur ce que, déjà, demain nous préparait, je tentais de reprendre des forces par ce repos turbulent. Ce ne fut pas la plus confortable des nuits - ni la plus reposante - mais au réveil, je me sentais un peu mieux que la veille. Doucement, j'ouvris les yeux et vis Brehn, encore endormi. Il faisait encore sombre, l'aube se levait à peine dans un ballet de brume et de couleurs cendrées. Je restai allongée contre lui, appréciant cet instant de silence. Les vents s'étaient calmés, l'air était très humide, peut-être que la pluie nous accompagnerait ce jour... On nous vantait le temps chaleureux et doux de Dahud. Mais j'avais l'impression qu'il s'agissait là plus du climat de Gorka avec cette lourdeur en prime qui nous étouffait... Silencieuse et immobile, mon regard oscillait entre les songes effectifs Brehn et cette aura qui nous englobait. J'aimais les matins. Les levés de soleil me laissaient rêveuse. Mais aujourd'hui, je ne retrouvais ni le ciel rosé de Gorka, ni la douce odeur de la rosée qui s'évapore de la flore...

Inéluctablement, je finis par vouloir bouger pour veiller sur ma blessure à la jambe. La barque bougea et Brehn se replaça, troublé dans son sommeil. Alors qu'il devait probablement se réveiller, j'inspirai par la bouche, gémissant d'une douleur qui se réveillait petit à petit. Un soupir. Il fallait faire quelque chose... La blessure ne s'était pas aggravée, mais je ne pourrais pas compter sur la chance d'éviter l'infection bien longtemps...

Au loin, je commençai à entendre quelques bruits qui contrastaient avec les bruissements de la nature et des animaux. Dans un réflexe instinctif, je m'allongeai promptement dans la barque, me collant à nouveau à Brehn. Il était encore froid... Lorsque les bruits s'éloignèrent, je me mis à demi-assise puis réveillai Brehn en le secouant doucement de ma main posée sur son épaule. « Brehn », chuchotai-je penchée vers lui. S'il se réveillait d'un sursaut je me prendrai certainement un coup, mais je ne l'imaginais tellement pas être brusque envers moi que cela ne me traversa même pas l'esprit. « Le soleil est levé, on ferait mieux de revenir sur la rive... » Lui dis-je de ma voix douce. Ma mine paraissait inquiète. Je me sentais en sécurité près de Brehn, mais il m'était difficile de faire semblant de me sentir au mieux de ma forme, sereine et sûre. Je n'étais pas sûre de moi... Il me fallait chercher assez loin pour conserver cet infime espoir dans lequel, grâce à l'aide de Brehn, je ferais apparaître ma marque - si marque je devais obtenir. Cela tranchait avec l'enthousiasme que l'ami de Nymeria témoignait face à ça.

Il avait beau avoir ce visage doux, Brehn avait cette expression profonde et intense que je retrouvais souvent au travers de mon père. Ce qui pouvait s'expliquer assez simplement par ses origines... Ce visage à la fois sûr, protecteur et inflexible. Une détermination qui n'était pas dénuée de doutes, mais qui inspirait cette force, cette obstination nécessaire pour braver n'importe quel obstacle. Une assurance que j'enviais... Son visible entraînement aux armes devait aussi jouer dans cette assurance qui émanait de lui. Cela lui ajoutait un charisme sûr, bien que cela pouvait plus m'inquiéter que me rassurer. Ce qui était créé dans le but de faire du mal à autrui me révulsait. Cependant, force est de constater qu'à Dahud, on avait besoin de ce genre de choses... des armes. J'étais à des années lumière de penser qu'un jour la guerre pourrait éclater et que, de ces armes, dépendrait la défense de ma région. Que peut-être un jour, je devrais moi aussi m'armer et combattre les ennemis qui nous veulent du mal. Et je n'étais pas prête d'y songer, quand bien même les épreuves que je traverserai viendraient à me faire remettre en cause cette estime que j'ai pour l'être humain. Toutefois, quand bien même Gorka serait menacée, je ne ferais qu'une piètre guerrière... Et quoi que j'en dise, jamais je ne serais capable de réellement faire du mal physiquement à quelqu'un. Penser à cela me ramène inévitablement à ces pêcheurs... Je me sentais toujours coupable quelque part... Quand bien même Brehn m'avait assuré qu'il s'en sortirait, ça me laissait un goût amer dans la bouche. Je culpabilisais d'avoir indirectement obligé Brehn à agir de la sorte. Autant que je commençais à culpabiliser du mal qu'a dû se donner la princesse pour me permettre de m'éloigner de la Cérémonie. Peut-être était-ce sans réelle raison, mais j'étais incapable de faire la part des choses...

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1079 mots
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Jeu 6 Juil - 15:03


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Entre, l'étroitesse de la coque qui obligeait nos deux corps à se serrer l'un contre l'autre et la boule au ventre qui ne m'avait pas quittée dès lors que l'idée que le pécheur soit mort m'ait traversée l'esprit, aucune condition n'était réunie pour que la nuit se passe bien. Et pourtant, bien que ce ne soit pas l'une des meilleures que j'ai pu passer, les deux causes que je viens d'évoquer ont plutôt été utiles. Du moins, mon optimisme avait pris le dessus si bien que je ne voyais que le bon de la situation dans laquelle je me trouvais. D'une part, je ne pouvais que remercier la coque d'être si étroite, de fait j'ai rapidement pu me réchauffer contre Eden, et ce, sans qu'il n'y ait de sous-entendu. De l'autre, les doutes quant à l'avenir du pêcheur m'ont remis en tête ce pourquoi je n'ai pas souhaité être chevalier. En outre, ils m'ont rappelé quelles étaient mes valeurs mais aussi fait comprendre que malheureusement la vie n'est pas aussi rose que je voudrais bien le penser. L'on n'apprend pas à se battre pour rien, même chez les nobles, eux qui semblent si intouchables... Et pour cause, personne n'est à l'abri de difficultés, d'ailleurs à mesure que l'on grandi, je remarque bien qu'elles deviennent de plus en plus nombreuses. De fait, il faut savoir y faire face, d'abord avec diplomatie et pacifisme comme je cherche toujours à le faire mais quand cela n'est pas possible, l'option de la violence reste inévitable. Finalement, je compris grâce à cette soirée, que je suis capable de protéger ceux que j'aime et que je ne dois pas prendre pour acquis ce que j'ai déjà appris lors de ma formation. C'est donc décidé, à mon retour à Ibaï, je reprendrai plus sérieusement l'entrainement de la danse de l'eau et redoublerai d'efforts pour me dégager du temps et ainsi voir Sérild pour parfaire la maîtrise de mon don. Peut-être gagnerais-je ainsi une meilleure estime de moi-même et du coup une certaine légitimité pour fonder un jour une famille.

Je repensais notamment à Nymeria, avec laquelle je commençais à ressentir d'étranges émotions que je n'arrivais pas à décrypter. Une sorte de profonde attirance qui était d'ailleurs mutuelle. Une attirance d'esprit, une attirance de pensée, en somme, une attirance entre nos deux âmes... Était-ce ça l'amour ? Je ne le croyais pas encore à l'époque, peut-être parce-qu'elle était très jeune et qu'elle était toujours à mes yeux une petite sœur. Il est vrai qu'en grandissant notre relation est devenu de plus en plus ambiguë sans toutefois que l'un et l'autre ne pensent l'impensable. C'était en quelque sorte une relation voguant entre confidents, fraternité, amitié et estime. Un savant mélange qui est pourtant habituellement des plus évidents... Je crois que le fait d'avoir toujours eu l'impression de s'être connu - surtout pour Nymeria - nous a aveuglé. Et puis, il faut le dire, Andar ne fut pas d'une grande aide... Il a fait en sorte que sa fille grandisse sans concevoir l'amour; il lui a littéralement occulté ce sentiment.

Une main posée sur mon épaule vint me tirer de mon sommeil. Je n'eus pas immédiatement de réaction, émergeant tout doucement et acclimatant mon cerveau à percevoir la lumière du jour à travers mes paupières ainsi qu'à l'écoute des bruits naturels alentour. Il y avait notamment les douces sonorités émanant du feuillage des arbres contrastant avec le claquement de l'eau sur la barque. Puis, une voix familière s'ajouta à cette musique sauvage: "Brehn... Le soleil est levé, on ferait mieux de revenir sur la rive..." Ses paroles mêlées à son souffle vinrent caresser mon visage tels les tous premiers rayons de l'aube. Celle-ci était déjà passée depuis un moment à en croire la luminosité que je pouvais observer. En quelque sorte, Eden fut ce jour-là l'incarnation de l'aurore. Rien que pour moi.
Tous ces stimulis physiques finirent par définitivement m'extirper de cette profonde torpeur. Je pus enfin prendre les commandes de mon corps: j'entrouvris légèrement mes paupières, lesquelles laissèrent apparaître le visage de la Gorkienne. Elle paraissait plutôt radieuse mais la douleur de sa cuisse transparaissait tout de même. De fait, je me levai assez abruptement sans même la saluer d'une quelconque façon; ma seule préoccupation était sa blessure. "Ce n'est pas vrai, j'ai encore dormi trop longtemps, et pourtant ce n'est pas comme si je n'étais pas matinal ! Il faut qu'on s'occupe au plus vite de cette fichue blessure. En regardant autour de moi je réalisai qu'il fallait avant tout que nous retournions sur la terre ferme. On fait comme hier, tu t'occupes de nos affaires." Aussitôt, à l'instar de la veille, je me déshabillai avant de plonger dans l'eau pour détacher la corde de la grosse pierre aquatique, puis je remorquai - à l'aide de la corde - l'embarcation sur la rive. La petite tempête d'hier semblait être déjà bien loin, et l'eau avait eu le temps de se reposer au point que la température était drastiquement différente: plus chaude. Enfin, les rayons du soleil, absents la dernière fois, ont rapidement asséché les gouttelettes d'eau perlant tout mon corps.

Une fois accosté, j'aidai Eden - dont la douleur à la cuisse se lisait de plus en plus sur son visage - à sortir de la barque. "Voilà Mademoiselle... Au fait ! Pardonne-moi mais dans le feu de l'action je ne t'ai même pas demandé comment tu te sentais ? Je jetai un rapide coup d’œil à sa blessure, laquelle n'avait pas évoluée en pire, et malheureusement pas non plus en bien... Ma mine s'attrista. Il est temps qu'on s'en occupe, tu te sens prête ?" Cela n'allait pas être une partie de plaisir même si je m'efforcerai de faire du mieux que je peux. Il fallait absolument que j'enlève un à un les débris de bois qui se sont coincés dans la chair, et ce, sans l'abîmer davantage. Et pour couronner le tout je devais recoudre sa plaie à vif... Sachant que passé quelques heures, une plaie profonde comme la sienne, ne se referme plus correctement même si on l'y aide avec des fils. Je devais donc doubler le nombre de points de suture pour espérer que cela cicatrise; je présentai que ça allait être difficile pour Eden bien que je ne doute pas de son courage...

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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Lun 10 Juil - 18:11

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Le jour me paraissait bien doux après les tumultes de la veille. Devais-je en profiter pour rester allongée là, aux côtés de Brehn sans me soucier de ce qui pouvait nous attendre ? J'aurais aimé être sur la terre ferme dans une clairière à l'orée de la Forêt Fluorescente de Gorka. Allongée aux côtés de Hly'tha pour partager des rêveries innocentes. Regarder les nuages et leur associer des formes. Sentir la fraîcheur de l'herbe qui était mille fois plus confortable que les planches de cette petite barque. Mais ça n'était pas possible. Parce que j'avais fui ma Cérémonie avant de savoir si Tarlyn m'aurait choisie. Parce que Gorka était très loin. Parce que Hly'tha n'était plus depuis deux ans déjà. Malheur que de penser à cela... Mais Brehn ouvrit les yeux. Ses paupières qui se levaient eurent pour effet de faire s'envoler ces pensées emplies de tristesse.

Une tristesse que j'avais longtemps laissé s'exprimer. Ma sœur m'a manqué dès l'instant où nous avions appris que plus jamais nous ne verrions son sourire, ses yeux, ni n'entendront le son de sa voix, son rire... C'était si injuste à mes yeux... Hly'tha était une personne avec un très grand cœur et un esprit des plus fins. Intelligente, créative, altruiste, elle était un trésor pour toute personne ayant eu le plaisir de la rencontrer. J'avais quelques amis au village, mais Hly'tha était de loin celle qui les surpassaient tous... Repenser à elle me faisait toujours aussi mal. Même si ses souvenirs étaient heureux, ils étaient suivis de ce constat effarant : non, elle n'est plus là. Non, plus jamais tu ne pourras être aussi heureuse que tu avais pu l'être avec elle. Plus jamais tu ne seras invincible. Plus jamais le monde ne te délivrera ses secrets en te transportant dans ces épopées dont vous étiez les héroïnes. Je ne serais plus l'héroïne. Plus jamais. Je ne serai que l'ombre ou la fille là-bas derrière à qui on ne prête pas attention. Cette fille que personne ne connaît mais qui est pourtant là. Une simple silhouette traversant la foule. Rien de plus.

Heureusement, je n'étais pas seule et ces idées sombres me quittèrent brusquement : Brehn, en se levant, me fit doucement sursauter, m'arrachant un silencieux gémissement de douleur alors que je tenais ma cuisse. « Ce n'est pas vrai, j'ai encore dormi trop longtemps, et pourtant ce n'est pas comme si je n'étais pas matinal ! Dit-il subitement. Il faut qu'on s'occupe au plus vite de cette fichue blessure. On fait comme hier, tu t'occupes de nos affaires », annonça l'Eau. Je haussai les sourcils. À peine venait-il d'ouvrir les yeux qu'il paraissait déjà prêt à soulever toute une montagne ! Je souhaitais le ralentir, le calmer, mais il était déjà parti. Je me retrouvais avec ses vêtements dans les pattes avant d'avoir trouvé mes mots. Je n'étais pas aussi vive d'esprit qu'il pouvait l'être au réveil. J'avais besoin d'un certain temps d'adaptation.

De l'eau, Brehn resurgit, puis tira la barque pour la ramener jusqu'à la rive. « Voilà Mademoiselle... Au fait ! Pardonne-moi mais dans le feu de l'action je ne t'ai même pas demandé comment tu te sentais ? » S'enquit-il une fois la terre ferme regagnée non sans difficulté. Je lui redonnai ses affaires, ne m'attardant pas sur sa silhouette ainsi livrée. « Ç-ça va... » Dis-je simplement avec un sourire tiraillé par la douleur en m'asseyant. La nuit n'avait pas arrangé grand chose et la douleur revenait à froid. C'était bien plus lancinant qu'hier où, sous le feu de l'action, je n'avais pas vraiment prêté attention à ce que je pouvais ressentir physiquement. « Il est temps qu'on s'en occupe, tu te sens prête ? » Je me mordis les lèvres devant sa mine inquiète. « J-je... je ne sais pas... je ne me suis jamais blessée de la sorte auparavant... que vas-tu faire pour me soigner ? » Il m'était difficile de cacher mon appréhension. Les mains se serrant, froissant le tissu de ma tunique, je redoutais ce que j'allais devoir endurer. Mais en même temps, c'était indispensable. Les onguents improvisés ne parviendraient pas à endiguer une infection bien longtemps... Et il était hors de question que je retourne à Lucrezia. Si j'y retournais, je serai certainement dénoncée ou tout simplement vendue sans même avoir eu le temps de justifier ma situation. Les exempts n'étaient pas acceptés... ils l'étaient chez nous parce que nous les tolérions, mais ma mère m'avait souvent mise en garde contre l'esprit supérieur des élémentaires dans les villes et les autres régions. Dans l'inconscient collectif, les exempts étaient inférieurs et ne méritaient pas notre considération. Ils étaient bien en-dessous de nous, des animaux, de tout. Ils étaient "maudits". De quoi me faire frissonner de terreur.

Cela avait de quoi me faire dédramatiser la situation. S'il fallait que je traverse ces instants de douleur, je le ferais sans hésiter une seule seconde. J'avais confiance en Brehn. Une confiance presque aveugle.
Mais en même temps, j'avais bien trop facilement confiance... Pourquoi me méfier des inconnus ? Ils n'avaient aucune raison de vouloir me faire de mal après tout... Les pêcheurs pensaient faire leur devoir en me dénonçant. Brehn voulait me protéger en les menaçant et en frappant l'un d'eux. Ils n'y avaient pas de réelles mauvaises intentions... Juste des gestes posés dans le but de servir des intérêts qui différaient. « Fais ce qu'il faut s'il te plaît, j'essayerai de rester forte le plus possible. » Il me serait certainement difficile de ne pas hurler comme si ma vie semblait m'échapper. Mais je me retiendrai au plus que je le pourrais. Je n'étais pas spécialement douillette. Il m'arrivait souvent de me blesser superficiellement, de tomber, de me faire mal. Mais j'étais loin de prétendre pouvoir imaginer ce qui m'attendait. Les descriptions de Brehn auraient beau m'effrayer, au moins je saurais à quoi m'attendre et la stupeur dégagée par la surprise de ce qu'il fera sera déjà un mal qui me sera ôté de l'esprit. Je préférais savoir ce qui m'attendait plutôt que de rester dans l’expectative. Au moins, je pouvais tenter de m'y préparer.

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1096 mots
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Ven 28 Juil - 1:22


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


Avant toute chose je lui expliquai rapidement comment aller se dérouler les soins. À mesure que j’avançais dans mes explications son appréhension semblait grandir dans ses yeux ce qui me fit perdre pied. J'étais gêné de m'improviser soigneur comme cela, j'avais les connaissances, certes, mais je n'ai jamais vraiment pratiqué... Eden le remarqua bien vite et me lança sans hésitations: "Fais ce qu'il faut s'il te plaît, j'essayerai de rester forte le plus possible." Elle n'avait pas fini de m'étonner, elle faisait encore une fois preuve d'une grande maturité et je me sentis quelque peu ridicule. Il fallait que je prenne mon courage à deux mains et que je me rende, tout seul, légitime de l'opérer.

"Je t'en prie allonge toi." demandai-je à Eden avec un sourire se voulant rassurant mais qui devait certainement l'effrayer plus qu'autre chose. Pour ainsi dire aucune bonne condition n'était réuni pour que les soins se passent bien. De fait, la fatigue que nous avons tous les deux accumulés ces derniers jours n'était pas pour améliorer la guérison d'Eden et de surcroît augmentait les chances que je fasse des erreurs. En plus, cela faisait déjà deux jours que la blessure était simplement traitée par un bandage de fortune et je craignais qu'elle se soit infectée. Nous le verrons bien assez tôt. Agenouillé prêt de la Gorkienne, je sortais de ma sacoche tout l'attirail nécessaire pour la soigner: des flacons d'eau purifiée - je n'avais pas complètement confiance en celle de la Rivière -, des étoffes propres, une aiguille, des fils, et d'autres petits outils métalliques dont une pince et un scalpel. Une chance qu'en médecine la plupart du matériel est petit, sans coin je n'aurais pu emporter tout cela avec moi... Une main prête à défaire le bandage, l'autre tenant fermement la main d'Eden je lui suggérai doucement: "Je vais commencer, d'accord ?" Elle n'avait guère le choix si elle voulait espérer pouvoir avoir une jambe pleinement opérationnelle, ce qui lui était plus que vitale lorsqu'elle sera livrée à elle-même dans la Jungle dans quelques jours. Qui pourrait survivre dans ce lieu si hostile en étant pratiquement estropié ? Cela me fit d'ailleurs culpabiliser, j'avais déjà honte de savoir que je devrais la laisser toute seule au milieu de cette faune et flore agressives... Nymeria aurait eu quelques années de plus, elle aurait sans nul doute pu faire quelque chose de plus pour elle. Cependant il n'était pas à exclure qu'elle proposerait à Eden de rentrer au château avec nous, ne serait-ce quelque temps. Qu'importe l’élément, tant qu'ils ne sont pas Exempt, quelques étrangers chanceux peuvent entrer à Vainui sous la protection de la Couronne et y vivre un certain temps. Bien que l'avenir de notre petite protégée m'importait beaucoup, l'heure était au soin, et quelque peu rassuré après avoir imaginé d'autres fins possibles je commençai l'intervention. Je défis délicatement le bandage écarlate et poisseux pour laisser apparaître la taillade. Aucune trace d'infection, mais le sang se mit à couler abondamment ce qui fit monter la pression que j'avais déjà sur les épaules; je n'avais pas tout mon temps... J'étais encore loin de maîtriser parfaitement le troisième pouvoir des Eaux, celui du contrôle de la température de l'eau, disons que j'étais en voie d'acquisition, mais la situation exigeait que je me fasse confiance et tente de l'utiliser malgré tout. Après avoir déversé l'eau purifiée d'un flacon autour de la plaie d'Eden, j'imposai mes mains au-dessus de celle-ci et me concentrai pour refroidir drastiquement l'onde toute épars sur sa peau. Après quelques instants je vérifiai à l'aide d'un doigt si le résultat escompté était atteint. Oui, je n'étais pas loin d'avoir cristallisé l'eau; sa peau était glacée. Sans attendre le saignement diminua à vue d’œil. Les vaisseaux sanguins s'étaient rétrécis avec le froid. En plus, je pouvais à présent commencer avec plus de sérénité - si toutefois je pouvais parler ainsi - l'extraction des résidus de bois. En effet le froid a aussi des vertus analgésiques. Enfin... tout est relatif. La jeune Innocente allait tout de même souffrir.

Après avoir préalablement nettoyé mes mains, je me hâtai avec la petite pince de retirer tous les débris qui se sont coincés dans la chair avant que sa cuisse ne se réchauffe et que les douleurs se fassent plus vives. Focalisé sur l'opération je ne lui avais toujours pas lancé le moindre regard réconfortant. J'avais trop peur de me laisser attendrir par ses grimaces. Là est d'ailleurs un paradoxe duquel je n'arrive pas à me sortir, celui qui me fait apprécier mais aussi détester le fait de soigner quelqu'un car bien souvent il faut faire mal pour soulager la personne que l'on soigne. J'aurais préféré qu'il en soit autrement. Peut-être un jour lorsque mes pouvoirs et mes connaissances me permettront de prévenir toutes douleurs... Sérild m'avait confié qu'il était capable de geler momentanément les nerfs lors de chirurgie si bien que le membre innervé par le nerf gelé se retrouvait complètement endormi. Cela me laisse rêveur d'être aussi inventif avec son don, surtout si c'est pour faire de belles choses avec.
Quelques gémissements interrompirent le cours de mes pensées ce qui me permit de me refocaliser sur ce qu'il me restait à faire. "Courage, le plus dur est passé..." déclarai-je avec une petite conviction. Je ne croyais pas bien ce que je venais d'annoncer, les tissus étaient si meurtries qu'ils réagissaient au moindre contact; ils étaient à vif.

Les douces étoffes encore immaculées me permirent d'achever le nettoyage de la plaie. Après quoi j'enchaînai rapidement sur la suture. Sans dire mot je tendis à Eden ma ceinture de cuir. Elle comprit sans mal ce qu'elle devait en faire. Avant de commencer la phase finale de l'intervention, je réutilisai mon don pour refroidir l'eau que je venais de renverser autour de la plaie. Mais je n'atteignis pas de températures suffisamment fraîches pour qu'il y ait un quelconque effet significatif sur le ressenti de la douleur... Tant pis, je devais y aller quand même. Méticuleusement je lui transperçai la peau de part en part. Ses tressaillements asséchèrent ma gorge: à l'image du paradoxe que j'ai évoqué, je me sentais mal de lui infliger pareille torture, même si c'était pour son bien.

Après de nombreux points effectués tout était enfin fini. Le front plein de sueur je regardais Eden, souriant. Nous étions aussi soulagé l'un que l'autre. Finalement cela s'était plutôt bien passé, il n'y avait plus qu'à espérer que la cicatrisation se fasse correctement, ce qui n'était pas chose gagnée au vu de la vie qu'y attendait la Gorkienne dans les prochains jours. Présentant un flacon rempli d'eau je lui intimai affectueusement: "Voilà ton eau pour la journée, elle est réputée de part chez nous pour être riche et nous donner la forme. J'imagine que cela t'aidera à récupérer." Même s'il y avait peu de chances qu'elle soit bénie par Glorë, je ne doutais pas un instant que la déesse ne soit pas de son côté. À travers cette eau presque sacrée, telle que j'ai appris à la connaître - grâce à mes rêves - j'étais persuadé qu'elle viendrait en aide à la pauvre fille.

@Brehn@Théollys@Lestin@Ritus 1281 mots


Dernière édition par Brehn Shöva-Drogon le Ven 18 Aoû - 23:55, édité 1 fois
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Sam 5 Aoû - 19:01

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Ne pouvant qu'appréhender ce qui m'attendait, je serrai les dents, priant Tarlyn pour que ce soit supportable... Brehn ferait de son mieux, je n'en avais aucun doute. Mais il n'était pas non plus magicien, ça allait me faire mal, c'était inéluctable. Mais ce serait forcément préférable que de voir la plaie s'infecter et que je ne perde l'usage complet de ma jambe... Je repensais à cet homme que j'avais vu, agonisant de ses blessures, lorsque j'étais à Gorka. Encore avec Hly'tha. Ses cris transcendant la forêt me revinrent à l'esprit. J'espérais ne pas me tordre ainsi de douleur. Ma mésaventure au lac lors de l'épreuve de l'Eau avait été bien plus risquée, plus dangereuse pour ma vie, mais cette opération me paraissait être encore plus éprouvante ! Nymeria n'était pas là pour moi... Enfin si, quelque part, elle l'était au travers de Brehn. Mais il n'avait pas l'air bien sûr de lui. J'essayais de montrer un visage assuré, mais moi-même je n'étais pas réellement préparée à ce qui m'attendait en vérité... « Je t'en prie allonge-toi », je m'exécutai, de mouvements lents, respirant calmement, lentement. Il s'agenouilla à côté de moi, anxieux malgré son sourire.

De sa sacoche, il sortit quelques flacons, tissus et outillages servant aux premiers soins. Un nécessaire pour guérisseur en devenir. Était-il guérisseur ? Un soigneur qui manie l'épée, ça doit être rare tout de même... Mais quelque part, cela me rassurait. De le voir ainsi équipé donnait l'impression qu'il savait ce qu'il faisait. Ça suffisait à me faire garder mon calme alors qu'il déballait ces effets un à un. Il posa une main sur le bandage, saisit la mienne de l'autre. J'entourai mes doigts frêles autour de sa main, la maintenant avec une fermeté toute mesurée. « Je vais commencer, d'accord ? » J'acquiesçai. Il fallait le faire. C'était indispensable. Alors autant en finir maintenant. Je ne voulais pas retourner à Lucrezia, ni dans n'importe quelle ville. Si je voulais rester dans la nature, il fallait que je sois en pleine possession de mes moyens. D'autant que la jungle paraissait bien moins accueillante que les forêts de Gorka... J'avais besoin de ma jambe, indéniablement. Sans plus attendre, il retira le bandage. Je gémis de douleur alors que le tissu quittait ma peau. J'avais l'impression que ma peau partait avec, ça brûlait... Je ne regardai pas la plaie, me contentant de serrer très fort la main de Brehn. Le visage déformé par cette brève mais intense douleur, il m'accorda un instant de répit avant de venir faire s'écouler de l'eau sur la blessure. Je sentis comme des petites aiguilles tomber sur la plaie. Mais très vite, l'eau commença à se rafraîchir. J'ouvris les yeux et m'attardai sur le visage de Brehn. Il était tellement concentré, les mains exposées au-dessus de ma jambe. Que faisait-il ? Je régulai ma respiration, serrant les poings. Le froid devint de plus en plus mordant. Si bien que j'en eu des frissons.

Mes traits restaient tiraillés par la douleur qui se rependait à travers tout mon corps. Une chose est sûre : je ne me suis pas ratée... J'essayais de penser à autre chose pour oublier la douleur. Mais rien ne parvenait à m'éloigner de la situation. Les seules pensées qui me venaient en tête ne faisaient que me rattacher à cette douleur... Je fermai à nouveau les yeux alors que Brehn s'avançait pour retirer les corps étrangers qui s'étaient glissés dans ma jambe. Des larmes perlèrent et s'échouèrent avant même d'avoir pu parcourir la moitié de mes joues. « Dis à ton âme qu'elle est profonde et authentique, Dis à ton cœur que chaque jour est nouveau, Dis à ta voix que chaque chanson a son oiseau, Et insuffle un peu de vérité dans chaque mot. Dis à ton âme qu'elle est pure et bonne, dis à ton cœur d'abandonner tous les soucis derrière, dis à ta voix de faire de chaque chanson une prière, De les faire entendre et de combler l'air... » la chanson de murmures, entrecoupée de gémissements de douleur masqués, je ne retenais pas les larmes. Je les laissais s'écouler comme si elle expiaient cette douleur qui me faisait tressaillir à chaque morceau qu'il enlevait de cette plaie à présent gelée. « Courage, le plus dur est passé... » M'informa Brehn. Je rouvris un instant les yeux et regardai vers le ciel. Déglutissant, je gardai mes poings serrés en tentant d'amenuiser la douleur que je percevais. « Comble l'air. Dis au jour qu'il est radieux et nouveau, Et dis au matin de laisser passer minuit, Dis aux heures de faire prier chaque minute, De vivre et de combler l'air. Comble l'air... » Ce n'était pas encore terminé.

Je percevais les mouvement des mains de Brehn qui époussetait la plaie avec un linge. Je préférais ne pas regarder... respirant lentement, essayant de contrôler ces élans de douleur qui me donnaient envie de hurler. Je me crispais à chaque vague de douleur, tentant de ne pas trop bouger pour ne pas compliquer la tâche dans laquelle Brehn s'était lancé. L'Eau me tendit sa ceinture. Je le regardai, inquiète mais résignée. Je la pris. Quelque chose à mordre, pour éviter de crier à l'agonie... Sans faire monter la peur, Brehn n'attendit pas avant de commencer à refermer la plaie. Je sentis l'aiguille percer ma peau. Je crus exploser mes dents tant je serrai fort. Mes ongles auraient été un peu plus longs qu'ils se seraient plantés dans mes paumes. Je gémissais d'un son atroce tant la douleur était intense. Les larmes s'écoulaient comme un flot sans fin et je n'arrivais presque plus à respirer. Des sanglots m'échappaient au fur et à mesure qu'il œuvrait. Pitié Tarlyn, faites que ce soit bientôt fini... Par pitié ! Suppliai-je. Mes prières, Brehn finit par les exhausser. Il n'y avait pas été de main morte, mais au moins, ça semblait être terminé. Je lâchai la ceinture et sanglotai quelques secondes, essayant de reprendre mes esprits. J'étais éreintée, je me sentais fébrile, comme si toute force s'était échappée de me mon corps. Brehn me regardait avec bienveillance. « Voilà ton eau pour la journée, elle est réputée de part chez nous pour être riche et nous donner la forme. J'imagine que cela t'aidera à récupérer », dit-il en me tendant une petite gourde d'eau. Il avait réussi. Une fois calmée, je tâtonnais pour trouver sa main du bout de mes doigt. « Merci Brehn, merci... » Parvins-je à dire avant de m'assoupir.

@Brehn Shöva ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1149 mots
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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Sam 19 Aoû - 23:51


La Cérémonie du salut

Eden'El Lumnar & Brehn Shöva


"Merci Brehn, merci..." me glissa doucement Eden tandis qu'elle prenait ma main avec cette même douceur. Cette dernière était particulièrement froide et témoignait de l'épuisante épreuve que venait d'affronter la jeune gorkienne. En outre, le pouls que je pus prendre à son insu confirma son état de faiblesse. C'était normal après tout, ce n'était pas une opération anodine et nous avons vécu ces derniers jours de nombreuses péripéties toutes aussi harassantes les unes que les autres. Pourtant, l'heure n'était pas au repos. En effet demain je devrais rejoindre la délégation des Eaux pour rentrer à Vainui. Il me restait donc à peine deux journées pour apprendre à une pauvre fille blessée de quinze ans les rudiments pour survivre en milieu hostile, et surtout, tenter d'éveiller son don. Malgré tout cela, je ne pouvais lui en demander tant. Une pause s'imposait car de toute façon elle ne pouvait être actuellement réceptive à un quelconque enseignement vu son état...
Tenant toujours sa main, je commençai à chantonner à mon tour une berceuse de ma patrie que ma mère me chantait lorsque le sommeil m'était difficile à trouver:

"Ma douce enfant, fille de Glorë,
Que ta nuit soit paisible,
Reposes-toi, rêves et souhaits, sont avec toi, pour te guider
Ma douce enfant, reines des contrées,
Viendront les invisibles.
Ces déités, à tes côtés,
Seront te couver, de tous les dangers.
Ma douce enfant, fille de Glorë,
Que ta nuit soit paisible..."


Ses paupières, devenant de plus en plus lourde au fil de la comptine, finirent par se clore pour amorcer un profond sommeil, qui je l'espérais, serait des plus réparateurs. Je n'osais pas rompre l'étreinte entre nos deux mains si bien que je restai quelques minutes assis près d'elle à contempler ses traits fins et innocents. Ils me firent rappeler ceux que revêtait Nymeria lorsqu'elle était plus jeune - maintenant ils étaient bien plus matures que ceux de la jeune gorkienne; son statut l'exigeait -. Je crois même qu'une situation similaire s'était déjà produite. Oui... même de nombreuses fois lors de nos multiples fugues à travers les steppes glacées... Une fois la torpeur bien installée, je décidai de me relever pour ranger tout l'attirail utilisé pour la soigner. Puis, je la pris délicatement dans mes bras, en biais, pour la transporter dans les profondeurs de la Jungle, lieu de tous les dangers mais aussi lieu salutaire pour quiconque sait où et comment chercher. Ainsi, dès son réveil nous pourrions débuter les cours de survie.

Elle n'était pas bien lourde et mes pas lents n'avait pas l'air de la déranger, je crois même que c'était un agréable bercement. Par contre cette aventurée dans la Jungle était pour moi réellement pénible. Entre les arbres tortueux, les racines sournoises et les lianes agrippantes, rien n'était fait pour que je puisse progresser facilement même si le fait de longer un petit affluent de la Rivière minimisait ces caractéristiques propre aux sylves. Mais bon, je devais m'estimer heureux qu'aucune bête n'ait montré le bout de son nez alors qu'il n'en manque pas ici... Les cris étaient d'ailleurs plutôt rares; faisaient-elles la sieste tout comme Eden ou nous épiaient-elles en silence ? Peu importait tant qu'elles ne venaient pas m'importuner en ce moment délicat. Je préférais qu'Eden soit réveillée et lucide pour qu'elle apprenne, ce qui n'aurait pas été le cas si elle venait à se réveiller en panique à cause d'une attaque sauvage...

Après de longues dizaines de minutes je finis par trouver une minuscule clairière de laquelle on pouvait enfin distinguer le ciel bleu de Dahud. L'air y était un peu plus respirable: moins humide et plus léger. L'endroit était somme toute parfait pour y construire un abri mais avant cela je devais ramener au monde des vivants l'esprit d'Eden. Je n'avais pas vraiment envie préférant la laisser dans de belles chimères - elles en avaient bien besoin, comme tous -, mais les circonstances m'y obligeaient, c'était pour son bien... La fin de tout ce bourbier était encore loin d'être visible, mais nous y approchions à l'aide de pas assurés. Pour l'instant, c'était un sans faute, ou presque... Je pense que l'on peut dire sans difficultés que nous nous en sommes plutôt bien sorti jusqu'à présent bien que ce ne fût pas de tout repos. Une dernière ligne droite et nous toucherions au but, certes elle était longue cette ligne droite, mais si j'en crois mon instinct, Eden saura tenir le rythme que je donnerais pour que nous puissions atteindre l'arrivée en temps et en heure. Au demeurant ce n'est pas comme si Nymeria n'avait pas confiance en elle. La Princesse des Eaux ne s'est jamais trompée dans la lecture d’autrui. Elle est capable de savoir en un éclair quels sont leurs valeurs. Alors pourquoi ce serait elle trompée pour Eden ? Elle avait donc notre confiance, et j'espère qu'elle en a conscience, ainsi peut-être qu'une certaine pression la poussera à se surpasser, pour nous, bien que l'on ne se connaisse depuis peu. Et qu'importe d'ailleurs... Le temps n'est pas si important, les actes par contre en disent long. Et il y en a eu. Finalement j'espère qu'elle se révélera, non pas à mes yeux - car elle l'a déjà fait - mais aux yeux de nos Créateurs, lesquels sont certainement plus difficiles et attendent encore plus ? Peut-être que non après tout; il se peut qu'il soit en train de se battre pour déterminer à qui appartiendra cette jeune fille pleine de ressources... Qui sait ?

"Eden... Il est temps de revenir..." chuchotai-je tout en lui tapotant l'épaule. Son visage reprit vie. Une moue se dessina sur celui-ci et en l'espace de trois-quatre respirations, elle fut de retour. "Tu as un sommeil profond, tu le sais ?" lançai-je railleur alors qu'elle reprenait lentement contenance et que ses yeux tenaient de s'habituer à nouveau à la lueur du jour. Jusque-là abaissé, je me relevai de façon vive et déclarai d'un ton motivé et motivant: "Allez, c'est parti, le temps nous est compté."

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~#~Sujet: Re: La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn Dim 1 Oct - 23:55

Brehn Shöva
&
Eden'el Lumnar


La cérémonie du Salut
Le noir complet accueillait des songes invisibles. Des chimères faites de simples halos de couleur rougeâtre s'entre-mêlant dans l'obscurité la plus complète. Je me sentais légère, toute légère. Comme si je flottais. La douleur devait avoir forcé mon corps à trouver un subterfuge pour que je ne la ressente plus. S'accorder une pause bien méritée. J'aurais aimé ne plus jamais me réveiller à cet instant. Ce moment où tout paraissait ne plus avoir la moindre importance. Où la seule chose qui comptait était la plénitude qui m'envahissait. Mon sommeil me paraissait profond, guidé par la voix de Brehn, chantonnant quelques doux mots réconfortants. J'avais l'impression de sentir sa présence. Non pas que j'étais consciente de sa proximité, je restais complètement endormie. Il n'était pas non plus de ces chimères qui dansaient dans mes rêves. Je paraissais vraiment percevoir le fait qu'il était là. Un fait assez étrange à décrire que je ne saurais réellement expliquer à vrai dire...

Engouffrée dans un état inconscient, je ne me rendais pas compte des gestes de Brehn. Ni qu'il me portait. Loin d'être dérangée par les mouvements de la marche et les encombrement des sentiers qu'il empruntait. Les mélanges de couleurs abstraites finirent par dessiner le visage de ma sœur perdue, de ces promenades qui gagnaient constamment un air d'aventure à nos yeux. Fut une fois où nous avions réellement sauvé la vie d'un homme ! Mais la chose nous avait finalement été reprocher : notre naïveté face au monde n'était pas un secret. Mais dans un village où la méfiance n'avait pas lieu d'être, difficile d'apprendre la prudence aux enfants. Je n'étais pas prudente avec les autres car je ne voyais pas quel intérêt ils pourraient avoir à me faire du mal. Ils ne me connaissaient pas, je ne les connaissais pas. Face à un inconnu, la seule chose que nous sommes en droit d'avancer, c'est une envie d'aider son prochain. Mais aucunement de s'en prendre gratuitement et sans raison à lui. Brehn et moi n'étions pas plus que des inconnus il y a encore peu de temps. Et quand bien même il agisse par demande de la princesse Nymeria, je n'avais pas l'ombre d'un doute sur le fait qu'il m'aurait aidé s'il m'avait croisée par le plus grand des hasards. Parce que les gens étaient bons. Nous étions sur Oranda pour des raisons que seuls les dieux comprenaient réellement, mais aucun d'eux ne voulait le mal des autres. Alors aucun humain n'avait de raison de vouloir le mal d'un autre.

Mes yeux clos paraissaient condamnés à l'ombre de mes paupières fermées. Une force me forçait à rester endormie, comme si la fatigue se personnifiait pour m'enraciner dans son étreinte. Et d'un autre côté, une voix m'appelait, m'incitait à revenir. Je luttais dans un silence paralysé pour m'extirper de ces songes qui pourtant me faisaient envie. Rester encore quelques minutes avec ma sœur, profiter de ces images que je rêvais de nous deux, réunies, ensemble, liées pour l'éternité... Éternité à laquelle je n'avais pas encore le droit. Je devais me lever et continuer d'avancer. Des personnes comptaient sur moi. Que ce soit Nymeria, Brehn, ma famille : je devais me réveiller pour eux. Avancer pour eux. Me faire violence pour résister et me battre. Ici, je me battais contre moi-même et ma fatigue... « Eden... Il est temps de revenir... » Difficilement, j'ouvris les yeux, décollant mes paupières. Je les frottai de ma main, gémissant d'une douleur lancinante. Une douleur que j'extrapolai : ça allait mieux, ma blessure. Sûrement était-ce le souvenir de l'intensité des souffrances engagées lors de l'opération de Brehn qui resurgissait comme une alerte, une anticipation. « Tu as un sommeil profond, tu le sais ? » Dit-il en souriant. Je peinai à lui rendre ce sourire, tentant de m'habituer à la luminosité. Doucement, j'observai l'environnement. Une jolie clairière perdue au milieu de la jungle, ça avait un charme que je n'aurais pas su soupçonner. « Allez, c'est parti, le temps nous est compté. » Déjà debout, sur le pied de guerre. Je me redressai. « Mais toi... Brehn... tu n'as pas dormi ? » Demandai-je avec un air désolée. Je me sentais coupable d'avoir pu me reposer... « Tu n'aurais pas dû me laisser m'endormir comme ça... » Ronchonnai-je en tentant de me lever. Première tentative qui échoua, m'assénant un vertige qui me rassit sur l'instant. Je soupirai. « Il n'y a pas de raison pour que je me repose et pas toi... » Ma voix n'était pas encore claire et mon visage tout chiffonné. Je pris l'outre qu'il m'avait donnée, en bu une petite gorgée afin de l'économiser. Après une inspiration, je me relevai plus doucement que lors de ma première tentative. « Qu'allons-nous faire ? » Lui demandai-je, luttant pour paraître prête à toute activité.

J'étais loin d'être en forme... Même si ce repos m'avait fait du bien, il me faudrait plus de temps pour récupérer d'une telle épreuve, c'était là une évidence qui ne m'échappait pas. Cependant, je n'étais pas sans oublier que Brehn avait des impératifs et que, bien rapidement, il serait obligé de repartir à Lucrezia. Je devais optimiser le temps qui me restait à passer en sa compagnie. Traversant les quelques pas qui me séparaient de lui, je vins lui prendre une main avec délicatesse. « Brehn je... je ne sais pas si je t'ai dit à quel point j'étais reconnaissante de ce que tu faisais pour moi... je voulais te remercier, parce que je ne sais pas du tout ce que je serais devenue sans ton aide... ce que Nymeria et toi faites pour moi compte beaucoup. J'aurais tant aimé la revoir... » Lui avouai-je avec une mine triste. C'est une princesse. de l'Eau. Peut-être que plus jamais je n'aurais l'occasion de la voir, ni même de l'apercevoir... Et ça me faisait mal. Au-delà des barrières d'étiquette qui m'étaient inconnues, il y avait la barrière de l'élément. Jamais une Gorkienne ne pourrait mettre un pied en Vainui sans être choisie par Glorë. Et je n'allais pas être choisie par Glorë. Pourtant, et ce depuis longtemps, j'avais l'impression d'être intimement liée à cette déesse. Cet élément. Comme une réminiscence de l'héritage de mon père qui est né en Vainui. « Tu sais... peut-être que si je venais à être effectivement une exempte... je pourrais entrer à votre service ? Enfin si les exempts sont tolérés en Vainui... je fis une moue soucieuse avant de laisser sa main m'échapper des doigts. Je ne veux pas me retrouver seule Brehn. Pas une nouvelle fois. Je suis perdue depuis la mort de ma sœur... Nymeria et toi, vous auriez pu la remplacer », me mis-je à imaginer naïvement, la larme à l'œil. « Excuse-moi... je n'aurais pas dû dire ça... ce n'est pas correct de ma part. Désolée... On ferait mieux de se concentrer sur la suite, non ? » La suite proche. Celle où j'allais me retrouver seule pour affronter le monde. Car malgré toute les bonnes volontés des Eaux qui m'aidaient, je ne pouvais décemment pas me mettre en tête de partir pour Vainui et d'abandonner mes parents. Je ne voulais pas qu'ils perdent leur deuxième fille.

@"Brehn Shöva" ☙ #Sanie #Vanka ☙ 1276 mots
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La Cérémonie du Salut - Chapitre III ☙ Brehn
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